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Full text of "Histoire du diocèse et de la principauté de Liége pendant le xve siècle"

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HISTOIR 



DU 




DIOCÈSE ET DE LA PRINCIPAUTÉ 

IDE L.IÉC3-E 
PENDANT LE XV-^ SIÈCLE 

PAR 

JOSEPH DARIS 

PROFESSEUR DE DROIT ET D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE 
AU SÉMINAIRE DE LIÈGE 



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LIBRAIRIE CATHOLIQUE LOUIS DEMARTEAU 

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HISTOIRE 



DU 



DIOCESE ET DE LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 



PENDANT LE XV< SIECLE 



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HIS'TOIRE 



DU 



DIOCÈSE ET DE LA PRINCIPAUTÉ 

DE LIÈSO-B 
PENDANT LE XV* SIÈCLE 



PAR 



JOSEPH DARIS 

PROFESSEUR DE DROIT ET d'hISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE 
AU SÉMINAIRE DE LIÈGE 




LIÈGE 
LIBRAIRIE CATHOLIQUE LOUIS DEMARTEAU 

a — PLACE VERTE — ii 

1887 



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I 






PRIÉSFAOE 



Nous avons, publié en 1884, YHistoire du diocèse et de la 
principauté de Liège pendant le XVt siècle. Cet ouvrage a 
été Tobjet de plusieurs appréciations. M. Henri Loncbay, 
professeur à l'athénée de Bruxelles, s'en est occupé en 1885. 
Il a publié dans la Revue de Finstruction publique (t. XXVIII, 
p. 189), un article que nous reproduisons textuellement, en 
raccompagnant de quelques notes : 

« Le récent travail de M. Daris : Histoire du diocèse 
ei de la principauté de Liège au XV f" siècle est, non pas 
la continuation, mais la préface des volumes précédents 
H. Daris a adopté une méthode différente de celle de ses 
prédécesseurs. C'est par l'examen de l'époque la plus contem- 
poraine qu'il a commencé son grand ouvrage sur l'Histoire 
Liégeoise. Il a successivement étudié le XVIII* et le XVII"" 
siècle. Il est arrivé maintenant au XV^ siècle. Cette méthode 
offre le grand inconvénient d'aller au rebours de la chrono- 
logie et de dérouter l'esprit du lecteur. Ajoutons que le 
règne de chaque prince-évéque est pour M. Daris une 
occasion de passer de l'histoire de la principauté à celle du 
diocèse. Si M. Daris a tenu à être plus complet que ses 
devanciers, tenir compte de la vie religieuse qui est toujours 
si intense dans un état ecclésiastique comme le pays de 
Liège et rendre à cette partie de l'histoire l'importance 
qu'elle mérite, il a été bien inspiré. Malheureusement,, il 



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VI PRÉFACE. 

s'est étrangement fait illusion, s'il a cru que de l'enchevê- 
trement des épisodes militaires, des fastes religieux et des 
événements politiques la clarté de son livre n'aurait pas à 
souffrjr. Il aurait dû plutôt diviser son travail en deux 
parties, consacrer Tune à l'histoire politique et l'autre à 
l'histoire religieuse. Ajoutons qu'il est malaisé de réserver 
un chapitre spécial à chaque prince-évôque. Si le règne de 
prélats comme Érard de Lamarck, Gérard de Groesbeeck, 
Ernest de Bavière, attire l'attention de l'historien par 
l'importance des événements dont ces princes ont été les 
témoins, nous comprenons difficilement qu'on consacre une 
étude particulière et qu'on coupe le fil du récit pour des sou- 
verains aussi médiocres que Corneille de Berghes et Çeorges 
d'Autriche. Cette méthode se justifierait peut être pour le 
moyen-âge. A cette époque, le pays de Liège n'avait pas 
encore de politique extérieure et tout l'intérêt de son his- 
toire se concentrait dans les luttes intérieures de la cité. Le 
trône épiscopal étant électif, chaque prince-évêque apportait 
au pouvoir des traditions de famille très souvent différentes 
de celles de ses prédécesseurs. A partir d'Érard de Lamarck, 
au contraire, la petite principauté poursuit une politique 
uniforme. Elle devient l'alliée fidèle de Charles-Quint et de 
Philippe II et son histoire extérieure présente cette unité 
d'action qui manque dans les siècles précédents. 

L'impression qui résulte de la lecture de ce nouveau 
travail de M. Daris c'est que lauleur sacrifie très souvent 
rbistoire de la principauté à l'histoire du diocèse. Cette 
dernière est traitée avec une exactitude d'informations et 
une science de détails qui en font certainement une œuvre 
définitive. Rien n'échappe aux investigations de l'historien: 
transformation des couvents, procès d'hérétiques, progrès 
des études religieuses, réformes ecclésiastiques; en un mot 
tout ce qui se rattache à l'histoire du diocèse semble avoir 
été examiné à la loupe, tant l'auteur a montré une exactitude 
scrupuleuse dans son travail. 



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PRÉFACE. VI! 

Malheup'eusement la mission de rhistorien ne consiste pas 
à accumuler des détails el à réunir des faits innombrables. 
S'il veut faire plus qu'un simple travail d'érudition, il doit 
comprendre les causes qui ont présidé h la succession des 
événements, mettre ces causes en pleine lumière et grouper 
tous les faits qui en sont la conséquence (i). Â ce titre, deux 
grands événements dominent l'histoire de la principauté et 
du diocèse de Liège au XVP siècle : l'alliance des princes- 
évéques avec les souverains des Pays-Bas, l'iptroduction et 
la répression de la réforme religieuse. 

C'est en vain que nous avons cherché dans ce nouveau 
livre l'explication de la politique extérieure de la principauté. 
H. Daris nous expose bien le traité d'alliance conclu à Saint- 
Trond en 1518 entre Érard et Robert de la Marck avec 
Charles -Quint, mais il omet de faire ressortir les consé- 
quences importantes de ce traité : l'alliance définitive de la 
principauté avec les Pays-Bas,alliance qui devint une véritable 
sujétion, quand le pays fut gouverné par des princes inca- 
pables, comme Corneille deBerghes ou Georges d'Autriche (s). 

L'auteur qui connaît à fond les écrivains liégeois contem- 
porains et qui a dépouillé si consciencieusement les archives 
de Liège, ignore complètement l'importance des archives 
du royaume à Bruxelles. Il semble oublier que ce n'est pas 

(i) Les événements sont exposés dans notre ouvrage, pensons-nous, 
d'une manière exacte avec leurs causes et leurs effets. La majeure 
partie du volume est consacrée à rhistoire de la principauté qui aurait 
été, d'après M. Lonchay, sacrifiée à Thistoire du diocèse. 

{i) Par le traité d'alliance défensive conclu en 1518 avec le gouver- 
nement des Pays-Bas, la principauté de Liège ne renonça point au 
principe de la neutralité à garder envers les puissances voisines. 
Quoiqu'elle soit restée fidèle à ce traité, elle n'a fourni ni troupes, 
ni argent à Charles-Quint dans ses guerres contre la France, ni à 
Philippe n, pour soumettre les sept Provinces-Unies du Nord. Elle ne 
leur a point permis d'occuper ses villes et ses forteresses. Sans doute 
elle a subi Tinfluence du gouvernement des Pays-Bas et elle n'a pas pu 
faire respecter sa neutralité par les troupes des parties belligérantes, 



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VIH PRÉFACE. 

dans le sec Chapeauville qu'il faut chercher une histoire 
diplomalique de la principauté au XYI* siècle, mais dans les 
documents de la chancellerie des Pays-Bas et principalement 
dans les nombreuses liasses des papiers cTétat et de Vaudience 
qui constituent certainement une des sources les plus impor- 
tantes de l'histoire de Liège aux temps modernes (i). 

M. Daris paraît ignorer le livre de M. Rahlenbeck : Uéglise de 
Liège et la r^o/a//ow, livre qui, à côté de vues hardies et parfois 
paradoxales, a le grand mérite d'avoir fait entrevoir la nature 
exacte des rapports de la principauté avec les états voisins (â). 

mais au moins elle n*a jamais pris une part active aux fréquentes 
guerres du XVI« siècle, et c'est, en grande partie, à cette neutralité 
qu*il faut attribuer qu'elle a conservé son indépendance, c'est-à-dire, 
qu'elle n'a été conquise ni par les Pays-Bas, ni par la France, ni par les 
Provinces-Unies du Nord. La politique extérieure de la principauté 
consistait à ménager les puissances voisines et à ne prendre part à 
aucune guerre, pour conserver sa liberté et son indépendance. Cette 
politique, nous l'avons exposée, pour ainsi dire, à chaque page. 

(i) La correspondance entre le Gouvernement de Liège et les Gou- 
vernements voisins se trouve principalement dans les registres du 
Conseil-privé, des États, des députés des États et du chapitre de Saint- 
Lambert, conservés au dépôt général à Liège. Il s'en trouve, sans doute, 
des parties notables et peut-être intéressantes dans d'autres endroits, 
notamment à Bruxelles, à Paris, à-Lille, à La Haye, à Dusseldorf et à 
Munich, et même dans les familles des anciens princes-évêques ; mais 
peut-on en conclure que des faits importants sont restés inconnus 
jusqu'ici et qu'ils seront un jour révélés par le dépouillement de ces 
archives? Nous souhaitons bien sincèrement qu'il en soit ainsi, sans 
oser le prédire. Nous ferons encore remarquer que Gachard a publié 
dans sa CoUection de documents inédits y dans les Bulletins de la œmmission 
royale d'histoire^ dans la Correspondance de Guillaume de Nassau, prince 
d* Orange, dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de 
Parme avec Philippe II j et dans la Correspondance de Philippe II, les 
pièces les plus intéressantes du dépôt de Bruxelles qui concernent la 
principauté de Liège. 

(2) Le livre de M. Rahlenbeck était loin de nous être inconnu ; mais 
nous ne lui avons fait aucun emprunt. Nous n'avons puisé qu'aux 
sources historiques. 



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PRÉFACE. IX 

Aussi les épisodes les plus importants et les plus curieux 
de rhistoire diplomatique du pays de Liège sont méconnus 
ou omis par M. Daris. C'est ainsi qu'il s'est complètement 
mépris sur les auteurs de la conspiration de 1542, qui 
étaient, non les vulgaires meneurs cités par Chapeauville, 
mais Jehan de la Marck, sire de Lummen et son frère 
Guillaume de la Marck archidiacre et chanoine de Saint- 
Lambert, tous deux petits-fils du fameux sanglier des 
Ardennes et neveux de feu le prince-évôque Ërard de la 
Marck. M. Daris ignore la mission confiée à cette occasion 
au conseiller d'État, Charles Boisot, et l'énergie avec laquelle 
la gouvernante des Pays-Bas, Marie de Hongrie, intervient 
dans cette aGTaire. Cette mission aurait éclairé M. Daris sur 
la fameuse neutralité liégeoise qui ne fut jamais qu'un 
mythe et que les princes- évéques de Liège, vassaux du 
Saint- Empire et alliés du souverain des Pays-Bas , ne 
pouvaient taire respecter, quelle que fût la sincérité de.leurs 
intentions (i). 

Nous aurions voulu voir M. Daris insister davantage sur 
les circonstances qui amenèrent sur le trône épiscopal de 
Liège le jeune Ernest de Bavière et à cette occasion nous 
recommandons le livre récent de M. Lossen paru à Munich: 
Der Kolnische Krieg. A notre avis, c'est l'écrivain qui a le 
mieux compris l'histoire politique de la principauté de 
Liège et les deux derniers chapitres de son livre, consacrés 



(0 Les épisodes les plus importants et les plus curieux de Thistoire 
diplomatique du pays de Liège ont été soit méconnus, soit omis par 
nous, dit M. Lonchay ; et il cite comme preuve la conjuration de 1542. 

Nous avons exposé les deux conjurations qui ont eu lieu sous 
Corneille de Berghes, la première au mois de décembre 1541 et la 
seconde pendant Tété de 1543 ; nous avons montré qu*elles avaient 
été concertées par le parti français, sous Tinfluence du gouvernement 
de France (p. 128 à 135). Les Lamarck qui étaient les chefs du parti 
français depuis plus de soixante-dix ans, furent naturellement Tobjet 
de graves soupçons. 



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X PRÉFACE. 

à réiection d'Ernest de Bavière, sont des modèles d'exac- 
titude et de critique (i). 

M. Daris a-t-ii mieux réussi à nous décrire l'histoire de 
la réforme dans la principauté et surtout la répression 
exercée par les évoques du XVI« siècle ? Nous ne le croyons 
pas, d'autant plus que M. Daris manque complètement de 
l'impartialité exigée dans une étude aussi délicate. Qu'il 
n'éprouve pas de sympathie pour les réformes du XVI« 
siècle, c'est son droit. Nous lui permettrons même d'ap- 
prouver la conduite rigoureuse d'Ërard et de ses successeurs 
à l'égard des protestants. Mais pourquoi, à propos d'hérésie, 
attaquer le libéralisme moderne qui n'a aucun rapport avec 
les doctrines des réformés ? L'histoire souffre toujours des 
allusions à la polémique du jour et le premier devoir de 
l'écrivain est de juger les hommes d'un autre âge sans 
haine et sans passion (2). 

Ajoutons qu'il est difficile de se faire une idée exacte de 
l'introduction de la réforme dans le pays de Liège, en lisant 
le travail de M. Daris. Ce n'est pas cependant que les maté- 

(1) Les circonstances qui amenèrent réiection d*Ernest de Bavière au 
siège épiscopal de Liège, sont bien exposées par les historiens liégeois, 
Chapeaville et Fisen. Les allemands, Félix Stieve dans son ouvrage 
Briefe und acten zur Geschichte des dreissigen Krieges (t. IV), et Lossen 
dans son écrit Der kUnische Krieq n'ont révélé aucun fait nouveau. 

(2) Nous avons exposé les faits qui concernent les protestants au pays 
de Liège, d'une manière exacte, avec droiture et impartialité, sans 
haine, ni passion a regard des personnes. Nous avons exposé aussi les 
motifs sur lesquels se fondait le gouvernement pour s'opposer à l'intro- 
duction de l'hérésie. L'hérésie, avons-nous dit, s'est toujours montrée 
hostile à la religion catholiaue et elle a constamment employé des 
moyens violents pour la détruire. A cette occasion, nous avons ajouté 
en note que, depuis un siècle, le libéralisme s'est aussi montré 
constamment hostile à la religion catholique, et qu'il ne s'est pas borné 
à des moyens de persuasion pour l'attaquer, mais qu'il a employé, par 
voie législative, des mesures violentes et qu'il a fondé ces mesures sur 
des prétextes tout à la fois faux et hypocrites. La comparaison entre le 



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PRÉFACE. Xt 

riaDx manquent pour une telle étude. L*auteur le sait mieux 
que nous et il a contribué d'ailleurs pour une grande part à 
les mettre en lumière. Grâce à lui, nous connaissons le nom 
de la plupart des inquisiteurs liégeois , les procès d*hérésie 
les plus saillantS; mais ce livre, si riche de faits, nous fait-il 
comprendre la manière précise dont ces procès étaient jugés, 
détermine-t-il rigoureusement le rôle des magistrats et les 
attributions des inquisiteurs. C'était là que résidait la plus 
grande difficulté d'une telle étude. La curiosité du lecteur 
n'est pas satisfaite, quand on lui affirme que tel prêtre a été 
nommé inquisiteur, que tel malheureux, bourgeois de Hasselt 
ou de Liège, a été exécuté pour crime d'hérésie. Il est plus 
intéressant de lui exposer en vertu de quels principes juri- 
diques les hérétiques étaient condamnés et de décrire l'impres- 
sion que leur exécution produisait sur les contemporains (i). 
Une grande qualité fait défaut dans les différents chapitres 
consacrés par M. Daris à Thistoire de la réforme au pays 
de Liège ; c'est la précision. C'est étonnant, alors que nous 
possédons de si précieux documents, comme nos historiens 

protestantisme du XVI« siècle et le libéralisme du XIX« siècle, sous le 
rapport du but et des moyens, se présentait d'elle-même. D'ailleurs ce 
sont des faits historiques qu'on ne peut pas nier. 

L'historien qui professe la religion catholique est obligé d'être im- 
partial envers les personnes et les choses, parce que sa religion lui en 
fait un devoir. L'historien, au contraire, qui professe le libéralisme ne 
peut guère être impartial envers la religion catholique et les Souverains 
qui la protègent, parce que le libéralisme consiste principalement dans 
une véritable hostilité à la religion catholique. 

(i) Nous avons clairement exposé la législation sur la répression de 
l'hérésie, ainsi que la compétence du tribunal ecclésiastique de l'Offl- 
cial, quand le délit était commis par un clerc et la compétence des 
tribunaux civils, quand il était commis par un laïque, au moins depuis 
1532. Les procédures qu'on suivait devant ces Cours, sont également 
exposées dans notre ouvrage. Nous aimons à croire que M. Lonchay les 
a lues. Les réflexions qu'il fait à ce sujet ne prouvent qu'une chose, 
c'est qu'il a enfoncé une porte ouverte. 



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XU PRÉFACB. 

modernes se méprennent encore sur la procédure suivie 
contre les réformés. A cet égard, M. Daris n'a pas été plus 
heureux que beaucoup de ses prédécesseurs. 

Il semble ignorer que le prince-évéque intervenait dans la 
poursuite des hérétiques à deux titres : comme prince et 
comme évéque ; comme prince, il devait faire exécuter dans 
sa principauté les lois impériales relatives aux héritiques et 
exiger des tribunaux et des Cours de justice l'application de 
ces lois ; comme évéque, il devait empêcher par les moyens 
spirituels particuliers à cette époque la propagation de l'hé- 
résie dans son diocèse. Les maieurs, drossards, baillis et les 
échevins nommés tous par le souvei^ain, avaient à veiller à 
l'exécution de l'édit de Worms de 1521 et des autres récès 
promulgués dans la principauté. L'official, les archidiacres 
et les inquisiteurs s'enquéraient du maintien de la religion 
catholique et de l'observance des prescriptions canoniques 
dans tout le diocèse. Les premiers étaient des laïques qui 
appliquaient les décrets du prince ou de l'Empereur ; les 
autres des théologiens dont la première mission était de 
rechercher les bourgeois suspects d'hérésie, de les désigner 
à la vindicte des magistrats ou de les réconcilier avec l'église. 
Le crime d'hérésie était un crime politique autant qu'un délit 
religieux, c'est pourquoi il était de la compétence des juges 
civils et des tribunaux ecclésiastiques. 

M. Daris aurait dû réserver un chapitre spécial à l'hérésie 
et non disperser les différents points de cette importante 
étude dans l'histoire du diocèse. De cette incohérence résulte 
une grande obscurité dans les explications données par 
M. Daris et une grande difficulté pour le lecteur de com- 
prendre un des épisodes les plus compliqués de l'histoire 
du XVI* siècle. En veut-on un exemple. L'auteur (page 86) 
parle d'un bourgeois d'Andrimont, nommé Wilhiam Kaiskin, 
arrêté pour hérésie, par le lieutenant du duché de Limbourg, 
Herman de Ghoer,et retenu en prison dix-sept mois. Le lieu- 
tenant se fondait, dit M. Daris, sur un édit impérial du 17 



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PRÉFACE. XIU 

oc(obre 1529. Remis en liberté, Raiskio demanda des dom- 
mages-intérêts à la Cour de Verviers. « Cette Cour, après 
avoir instruit le procès, demanda la recharge à celle de 
Liège. La haute justice de la cité la chargea de décider que 
la demande de Kaiskin était mal fondée. » L*auteur semble 
oublier que le duché de Limbourg faisait partie des Pays-Bas. 
L'édit dont il est ici question , est le placard promulgué par 
Charles-Quint,lel4octobrel529, pour nos provinces. M. Daris 
eut éclairci ce passage assez obscur en expliquant comment 
un Limbourgeois arrêté dans son pays par un juge local de- 
manda des dommages-intérêts à une Cour étrangère,à la Cour 
de Verviers, une bonne ville de la principauté de Liège 0). 

M. Daris ne fait que citer le fameux décret de Worms 
de 1521, décret qui, jusqu'en 1555, consacra la procédure 
à suivre, à Tégard des hérétiques de TEmpire d'Allemagne. 
Il aurait dû rappeler les principaux articles, signaler les 
diverses interprétations qui furent émises par les deux par- 
ties et insister sur les résistances légales que leur application 
suscita dans les différentes parties du pays de Liège (3). 

(i) Kaiskin était d'Andrimont et Andrimont était un village de la 
principauté de Liège. Kaiskin était, par conséquent, liégeois et de ce 
chef justiciable des tribunaux liégeois. Cest tout simple. 

Kaiskin, s'élant rendu à Petit-Rechain et à Dolhain, villages du duché 
de Limbourg, y commit le délit d'hérésie. Le lieutenant du duché, 
Herman de Ghoer, le fit arrêter en flagrant délit, en vertu du principe 
reus sortitur forum delicti ; et il se fonda sur Fédit de Charles-Quint du 
14 octobre 1529. Cest encore tout simple. 

Kaiskin, remis en liberté, demanda des dommages-intérêts au lieute- 
nant Herman de Ghoer. Il pouvait, dans ce but, s'adresser aux tribunaux 
du pays de Liège où Herman de Ghoer possédait des biens et leur 
demander de mettre une saisie-arrêt sur ces biens. A cette époque, 
c'était une chose toute simple. 

(2) L'édit de Worms est parfaitement motivé; il est, en outre, écrit 
dans un beau style latin. Le légat Alexandre, chanoine de Saint-Lambert 
et ancien chancelier d'Érard de Lamarck, en fut le rédacteur. Les motifs 
qui y sont exposés, sont reproduits dans notre ouvrage, (p. 51 à M). Ses 
principalesdispositionsysontégalementrésuméesd'une manière exacte. 



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XIV PRÉFACE. 

Négligence plus grave, il ne dit presque rien delà paix de 
religion d'Augsbourg de 1558, qui modifia complètement la 
situation politique des luthériens et dont on retrouve les 
dispositions essentielles dans Tédit d*Ernest de Bavière 
de 1581 (i). 

M. Daris, comme la plupart des écrivains liégeois, semble 
ignorer que la principauté de Liège était un État du Saint- 
Empire romain et que son droit public comme sa législation 
pénale, sauf les garanties octroyées par les chartes locales, 
n'était le plus souvent que Fapplication des lois impériales. 
Si Ton méconnaît les liens qui rattachaient la principauté à 
l'Empire d'Allemagne, l'histoire de Liège devient incompré- 
hensible (s). 

Nous avons le regret de le dire : jusqu'ici les historiens 
liégeois ont plutôt fait des monographies qu'une histoire 
vraiment sérieuse de la principauté de Liège. 

Le nouveau travail de M. Daris accuse de consciencieuses 
recherches ; il est très riche en renseignements biographiques 
et les écrivains futurs pourront y trouver des détails très 
précis et très curieux ; mais, nous le répétons, nous atten- 

(i) Le gouvernement et le pouvoir judiciaire au pays de Liège se sont 
conformés à la paix d'Augsbourg de 1555. Nous Tavons montré, notam- 
ment aux pages 212 et 228. Il est à remarquer cependant que cette 
paix ne concernait ni les calvinistes, ni les anabaptistes ; elle concernait 
uniquement les luthériens de la confession d'Augsbourg ; or, c'étaient 
surtout le calvinisme et l'anabaptisme qui cherchaient à se propager 
au pays de Liège. 

(2) L'observation faite dans ce paragraphe dépasse toutes les bornes. 

Quoique la principauté de Liège fît partie de l'Empire d'Allemagne, 
elle avait cependant sa législation spéciale, connue dans l'histoire, sous 
le nom de Coutumes, Le droit romain qui était enseigné dans les 
universités, au moins depuis le Xin« siècle, ne fut proclamé droit public 
de l'Empire qu'à la fin du XV« siècle par Maximilien. Cet Empereur qui 
érigea, en 1495, la Chambre impériale comme Cour souveraine de 
l'Empire en matière civile, lui prescrivit de juger d'après le droit 
romain. Néanmoins la législation spéciale de chaque principauté conti- 



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PRÉFACE. XV 

dons encore une histoire définitive de la principauté de Liège 
au XVI* siècle. » 

M. Kurth , professeur à TUniversilé de Liège, a publié, 
dans le BuUetin de la Société d'Art et d^Histoire (t. III, p. 209), 
une appréciation que nous reproduisons également : 

a U histoire du diocèse et de la principauté de Liège j pendant 
le XVt siècle, par M. le chanoine Daris (Liège, 1884, in-8« 
de XIII-698 pp.), vient s'ajouter dignement aux deux impor- 
tants ouvrages du même auteur sur notre pays pendant le 
XVI^ et pendant le XVIII^ siècle. Cette allure particulière à 
M. Daris, qui remonte le cours de l'histoire au lieu de le 
descendre, nous fait espérer que quelques jours nous fini- 
rons par arriver, sous sa direction, jusqu'à la source de 
nos annales, et l'entrain avec lequel les volumes coulent 
de sa plume, l'un après l'autre, nous autorise à croire que 
nous n'attendrons pas trop longtemps. Quoi qu'il en soit, 
voilà pour la première fois, grâce aux labeurs de M. Daris, 
les trois derniers siècles de notre histoire liégeoise exposés 
devant nous dans un vaste tableau dont les couleurs ne sont 
pas, il est vrai, des plus vives, mais dont tous les traits sont 
rigoureusement exacts et permettent au lecteur instruit 



nua de subsister et elle dérogeait au droit général. Le pouvoir législatif 
dans chaque principauté pouvait même porter des lois contraires au 
droit commun, de manière que ce droit n'était applicable qu'aux cas 
non prévus dans la législation spéciale. La principauté de Liège obtint 
même le privilège qu'en matière criminelle on ne pourrait pas appeler 
à la Chambre impériale et qu'en matière civile on ne pourrait y appeler 
que quand l'objet en litige était d'une certaine importance. (V. V Histoire^ 
p. 22.) 

Les décisions des diètes de l'Empire qui étaient exécutées à Liège 
concernaient principalement les Mais romains accordés à l'Empereur 
pour la guerre soit contre les Turcs, soit contre d'autres Souverains. 

La législation spéciale qui régissait la principauté de Liége,se trouve 
dans le Recueil des édits et ordonnances (6 vol. in-fol.),dans les Coutumes 
du pays de Liège (3 vol. \n'i% dans les Coutumes du comté de Looz 
(2 vol. in-4«), dans les Coutumes de Maestricht (vol. in-4o). 



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XVI PRÉFACE. 

d'apprécier en connaissance de cause notre ancien régime. 

Le livre qui est sous nos yeux se distingue par les solides 
qualités de ses prédécesseurs : une prodigieuse abondance 
de détails, dont beaucoup étaient inconnus jusqu'aujourd'hui, 
une parfaite sincérité dans le récit des faits, une constante 
préoccupation de faire disparaître la personnalité de l'histo- 
rien derrière les événements, pour laisser à ceux-ci leur 
véritable signification. M. Daris a tout lu, les sources iné- 
dites comme les imprimées, et dans le riche dépôt des 
archives de Liège, il est plus d'un registre dont il a, le pre- 
mier, secoué la vénérable poussière ; aussi ne pourra-t-on 
guère que glaner désormais dans le champ parcouru par cet 
infatigable moissonneur. 

Nous signalerons comme particulièrement neuves et inté- 
ressantes les parties du livre consacrées à la répression de 
l'hérésie, aux procès de sorcellerie et à l'état de l'instruction 
publique ; nous appelons également l'attention des admira- 
teurs de Guillaume d'Orange, s'il s'en trouve au pays de 
Liège, sur les pages où sont racontés, d'après des pièces 
authentiques, les exploits de ce grand homme de contre- 
bande au milieu des paisibles campagnes de la Hesbaye. 

Tout cela est d'un vif et puissant intérêt. On assiste, dans 
le livre de M. Daris, aux eflbrls quotidiens et soutenus de 
nos princes pour répondre aux nécessités a'une situation 
politique des plus périlleuses, pour la neutralité du pays et 
pour écarter le fléau de Thérésie, et l'on constate avec plaisir 
qu'en règle générale, ils furent dignement secondés par la 
population. Tous, à coup sûr, ne déployèrent pas dans le 
gouvernement les grandes qualités d'un Ërard de la Marck 
et d'un Gérard de Groesbeeck ; pourtant aucun ne fut en 
dessous de sa tâche, et nous ferons remarquer particulière- 
ment qu'Ernest de Bavière, parfois maltraité par nos histo- 
riens, se montre ici sous un jour des plus favorables et 
comme un véritable homme d'État. 

Nous ne chicanerons pas M. Daris sur ses procédés de 



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PRÉFACE. XVU 

composition, dont nous ne nions pas les avantages, mais 
dont il serait impossible de contester les inconvénients. Le 
livre est divisé en règnes ; chaque règne est partagé en deux 
parties, Tune consacrée à Tadministration de la principauté, 
l'autre à celle du diocèse ; au sein de chacune est observé 
un ordre rigoureusement chronologique ; s'il se présente 
en route un sujet qu'il soit impossible de &ire rentrer dans 
cet ordre, on le traite d'emblée tout entier et on reprend 
son chemin, jusqu'à ce qu'on arrive devant quelque nouvel 
obstacle du même genre. Cette méthode n'est pas du goût 
des lecteurs modernes ; elle a quelque chose de fatiguant et 
même de factice ; elle expose à de fréquentes redites et ne 
parvient pas même à garder intact l'ordre chronologique. 
C'est ainsi que l'avènement de Robert de Berghes est raconté 
jusqu'à trois fois (p. 185, 19S, 239) ; c'est ainsi que nous 
lisons page 535 et suivantes, l'histoire de la guerre de suc- 
cession de Juliers (1609-1614), tandis que celle qui eut lieu 
dans réiectorat de Cologne en 1584 ne vient qu'à la page 566. 

Mais ce sont là des querelles littéraires qui ne doivent pas 
être vidées ici ; nous nous hâtons de rentrer dans le cercle 
de notre modeste compétence en signalant au savant auteur 
quelques incorrections qui se sont glissées dans la repro- 
duction d'un certain nombre de noms, tels sont : Perronet, 
invariablement écrit au lieu de Perrenot (Granvelle), page 
154 et passim ; DanvUle, page 158, p«ur Damvillers ; Alain, 
page 496, pour Allen (le célèbre cardinal anglais) ; Tuits, 
page 569, pour Deutz, enfin Delf, page 635 et même Delphes, 
page 540, pour Delft. Ces incorrections, à part peut-être la 
première, ne sont pas le fait de M. Daris; elles appartiennent 
au vocabulaire archaïque des sources qu'il a consultées, et 
qu'il a reproduites avec une fidélité cette fois excessive. » 

Dans le rapport du jury sur le concours quinquennal 
d'histoire nationale, notre Histoire du diocèse et de la prin- 
cipauté de Liège au XVI^ siècle est également appréciée. 
L'auteur, après avoir parlé d'un grand nombre de publica- 



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XVUI PRÉFACE. 

tions historiques faites depuis 1880, continue dans les 
termes suivants: 

c( Nous voici arrivés aux ouvrages qui ont arrêté le plus 
longtemps Tattention du jury et qui, par leur haute valeur, 
ont tous mérité d'être pris en considéiation pour le prix 
quinquennal. Ce sont : 

l"" V histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant 
le XVI^ siècle, par M. le chanoine Joseph Daris ; 

2*» Le cours d'histoire nationale y (t. IX à XVI) par M«' 
A. J. Namèche ; 

3® Christophe Plantin, imprimeur anversois, par M. Max 
Rooses ; 

4*» Bibliotheca Belgica (XI« à LXVI* livraisons), par Mes- 
sieurs Ferdinand Van der Haeghen , Th. J. J. Arnold et 
R. Van den Berghe ; 

S"" Les Huguenots et les Gueux, étude historique sur vingt- 
cinq années du XVI* siècle (1560-1586), par M. le baron 
Kervyn de Leltenhove. 6 vol. in-8*'. 

Et G"" Histoire politique nationale, origines, développements 
et transformations des institutions dans les anciens Pays- 
Bas, par feu M. Edmond Poullet. 2 vol. in-8^'. 

M. Daris poursuivant sa vaste enquête historique sur le 
pays de Liège, nous a retracé cette fois le tableau complet 
du XV^ siècle dans la principauté épiscopale. Il embrasse 
ainsi les règnes d*Évrard de Lamarck, de Corneille de Berghes, 
de Georges d'Autriche, de Robert de Berghes, de Gérard de 
Groesbeeck et d'Ernest de Bavière. Pour chacun de ces 
princes, Fauteur a établi deux divisions : il traite successi- 
vement 1 histoire de la principauté et celle du diocèse, le 
côté politique et le côté religieux de chaque règne. On assiste 
ainsi aux commotions intérieures de la cité et des bonnes 
villes flamandes et wallonnes ; on s'initie aux rapports diplo- 
matiques et militaires de la principauté avec ses puissants 
voisins des Pays-Bas, d'Allemagne et de France pendant la 
tourmente des guerres de religion ; on assiste à la naissance 



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PRÉFACE. XIX 

et aux développements de l'hérésie protestante et on se rend 
compte des moyens mis en œuvre par le prince, les échevins 
et les inquisiteurs pour Tétouffcr. L'histoire minutieuse des 
églises et des monastères, de Finstruction publique, des 
lettres et des arts, ainsi que du commerce et de Tindustrie, 
vient compléter ce vaste tableau d'ensemble d'un siècle si 
mouvementé. Pour chaque règne, l'auteur donne les biogra- 
phies succinctes des hommes les plus marquants de la prin- 
cipauté. Notons aussi quelques monographies intercalées çk 
et là, par exemple, sur la souveraineté indivise de Maestricht 
entre le prince-évéque et le duc de Brabant, sur les décrets 
du concile de Trente et leur admission dans le pays de Liège, 
etc. L'auteur qui avait déjà traité antérieurement l'histoire 
de la patrie liégeoise au XVII* et au XVIII* siècle, a ainsi 
ajouté une grande page à sa vaste entreprise historique. 

Mais en étudiant à rebours l'histoire de la principauté et 
du diocèse de Liège, en commençant par le XVIIP siècle et 
même la période contemporaine pour remonter le cours des 
âges jusqu'aux guerres religieuses du XVI« siècle, on déroute 
l'esprit du lecteur. 

De plus, le plan de M. Daris nous semble nuire à la clarté 
de son œuvre. En reprenant, sans cesse, pour chaque règne, 
si peu important qu'il soit, la subdivision en épisodes mili- 
taires, fastes religieux et événements politiques, on aboutit 
à un véritable enchevêtrement souvent regrettable. Certes, 
les administrations insignifiantes de Corneille de Berghes et 
de Georges d'Autriche ne méritaient pas d'être traitées 
d'après ce plan d'ensemble, qui s'applique mieux aux grands 
règnes d'Érard de Lamarck et de Gérard de Groesbeeck. En 
général, on s'aperçoit aussi que l'auteur, homme d'église, a 
sacrifié trop l'histoire politique à l'histoire du diocèse. La 
politique étrangère des princes-évêques n'y est pas expliquée 
non plus d'une manière satisfaisante, parce que M. Daris qui 
a étudié à fond les sources contemporaines et les archives 
liégeoises, n'a pas cru devoir faire porter ses investigations 

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XX PRÉFACE. 

sur les archives du royaume à Bruxelles. Il y a là les docu- 
ments de la chancellerie des Pays-Bas, surtout les nom- 
breuses liasses des Papiers (TÉtat et de Vaudience qu*un 
historien aussi consciencieux que M. Daris n'aurait pas dû 
négliger. Peut-être aussi, l'auteur n*a-t-il pas assez tenu 
compte des travaux qui ont paru à Tétranger, surtout en 
Allemagne. Enfin on peut lui reprocher de ne pas avoir 
conservé tout son calme en retraçant Thistoire de la réforme 
au pays de Liège. Quand il porte dans ce sujet si délicat les 
préoccupations contemporaines et attaque énergiquement le 
libéralisme moderne (i) à propos de Luther et de Calvin, il 
perd de vue l'objet propre de l'histoire qui est de juger le 
passé par le passé, sine ira ac studio. Aussi son beau livre, 
si plein de recherches entièrement neuves, ne peut-il être 
considéré comme une histoire définitive de la principauté 
de Liège au XVP siècle. Il n'en est pas moins vrai qu'aucun 
ouvrage ne servira autant que celui-ci à édifier un jour un 
monument idéal.» (Moniteur Belge du 20 août 1886.) 

Nous donnons aujourd'hui au public VHistoire du diocèse 
et de la principauté de Liège au XV* siècle. Nous y avons suivi 

(0 Le libéralisme auquel personne jusqu'ici n*a attribué le don de 
Tinfaillibilité, ni celui de rimpeccabilité, ne souffre point, paratt-il, 
qu'on expose les faits qui sont à son désavantage. Nous reproduisons 
ici textuellement la note qui Ta si vivement blessé, afin que le lecteur 
puisse l'apprécier : « il est aussi dans la nature du libéralisme qui est 
la grande erreur de notre temps depuis un siècle, de ne pas se borner 
à des moyens de persuasion, mais d'employer, par voie législative, des 
moyens violents pour faire du tort à la religion catholique, tout en 
protestant de bouche qu'il respecte sa liberté et ses droits ; mais ses 
actes ont constamment démenti son langage. Au XVin<^ siècle, c'était 
au fanatisme et à la superstition qu'il déclarait faire la guerre ; au 
XIX« siècle, c'était au jésuitisme et aux congrégations laïques(1816-183i), 
puis c'était à l'ambition et à la domination du clergé (1831-1841), puis 
encore c'était à son influence occulte qui compromettait, disait-il, 
l'indépendance du pouvoir civil (1841-1847) ; ensuite c'était à l'intolé- 
rance et à l'uftramontanisme (1857-1878) et enfin c'est au cléricalisme 
(1878- ). Et sous ces différentes dénominations, il a toujours eu en 



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PRÉFACE. XXI 

la même méthode que dans les volumes précédeuts, parce 
qo^eile offre de grands avantages. En la suivant on peut être 
exact et complet ; ce sont les deux principales qualités de 
tout ouvrage d'histoire. Ceux qui se proposent soit d'écrire 
un roman historique, soit de faire un livre de lecture, soit 
de tracer des tableaux historiques, doivent nécessairement 
suivre une autre méthode ; mais tel n'a pas été notre but. 

Les sources que nous avons consultées , sont les sui- 
vantes : 

SOURCES INÉDITES. 

Tiers-État; registre n* 264. 
Cathédrale ; secrétariat, registre n<» 1. 
Conclus.-capit. reg. n<> 109, HO, IH, H2, H3. 
Pavillard, E. n» 306, au dépôt des archives. 
Pavillard n*» 482. à l'Université de Liège. 
Pavillard n*> 627, à l'Université de Liège. 
Archives Ghisels, n» 213, au dépôt des Archives. 
Chronique de Liège, par Grégoire Sylvius, depuis Jules 
César jusqu'en 1565, à l'Université de Liège. 

vue la religion catholique, apostolique, romaine, dont le Pape est le 
chef; mais il n*a jamais eu la droiture, ni la franchise de le dire ouver- 
tement. Il nV a pas lieu de s'en étonner. On n'avoue pas publiquement 
le mal qu'on fait et que la conscience réprouve. » Cette note que le 
sujet traité amenait naturellement, ne renferme que des faits incontes- 
tables, que des vérités historiques. Nous aurions pu ajouter que le 
libéralisme s'est donné à lui-même les dénominations les plus flatteuses; 
au XVin« siècle, il s'est nommé le parti des esprits forts, le parti des 
philosophes, le parti des lumières ; au XIX« siècle, il s'est nommé le 
parti de la liberté, le parti du progrès, le parti de la civilisation ; ce 
que le protestantisme du XW siècle n'avait point fait, du moins dans 
notre pays. Ce sont encore là des faits incontestables, des vérités 
historiques. Aux yeux du libéralisme, il faut, pour être impartial, 
passer sous silence ou du moins atténuer les faits qui parlent contre 
lui ; il faut, en outre, ne pas approuver les moyens employés pour 
conserver la religion catholique. 



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XXII PRÉFACE. 

Chronique de Liège, manuscrit à l'Université de Liège, 
n** 1006. 

Jean de Brustem, Chronicon, à la Bibliothèque royale à 
Bruxelles, n« 21822-23. 

Chambre des Comptes, n""' 8 et 9 ; laie de Liège ; au dépôt 
des Archives à Bruxelles. 

Archives communales de Hasselt. 

OUVRAGES IMPRIMÉS. 

Gesta Ltidovici Xlfrancorum régis, par Amelgard, (Thomas 
Basin) partiellement publiés par Marlène, t. IV, p. 742 , et 
en entier par Quicherat en 1856. 

Chronicon rerum gestarum ab anno M. CCCC. LVad annum 
MDXIV, par Jean Peeckx de Looz, abbè de Saint-Laurent, 
publié par M^' De Ram. Bruxelles 1844. 

Compendiosa historia de cladibus Leodiensium, par Henri 
de Merica ouVanderheyden, prieur du monastère de Bethléem 
près de Louvain, publié par M«'de Ram. Bruxelles 1844. 

Historia de cladibus Leodiensium ann. M. CCCC. LXVll^ 
par Thierry Pauli, chanoine de Saint- Vincent à Gorcum ; 
publié par M«' De Ram. Bruxelles 1844. Pauli tenait tous ses 
renseignements de Jacques Deyn, garde de corps de Charles- 
le-Téméraire, qui avait assisté à toutes ses expéditions. 

De excidio civitatis Leodieiisis libri sex, par Angélus de 
Curribus Sabinis qui dédia son poème à Paul II (1464-1471). 
Martène a publié ce poème in-extenso au t. IV, p. 1379 
de sa Collection en 1729; de Villenfagne en a publié une 
analyse et des extraits dans ses Mélanges, en 1810, que 
M»' De Ram a reproduits. Bruxelles 1844. Ce poème fut 
composé à la demande d'Onuphrius, évéque de Tricarico, 
Légat à Lié^e en 1468. 

Carmen de gueira Leodina, par Bariholomœus de Liège, 
dédié à Philippe et à son fils Charles, publié par M«' De Ram. 
Bruxelles 1844. 



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PRÉFACE. XXIH 

La correction des Liégeois, publié par M^' De Ram. 
Bruxelles 1844. 

La bataille de Liège de 1408, réimprimé par M^' De Ram. 
Bruxelles 1844. 

Les sentences de Liège, réimprimé par M«' De Ram. 
Bruxelles 1844. 

Complainte de la cité de Liège, réimprimé par M^^ De Ram. 
Bruxelles 1844. 

Complainte de Dinant, réimprimé par Mc^ De Ram. 
Bruxelles 1844. 

Tournay répond à Dinant, réimprimé par M«' De Ram. 
Bruxelles 1844. 

La rébellion des Liégeois, publié par M^'' De Ram. Bruxelles 
1844. 

Collectio documentorum, publié par M«' De Ram. Bruxelles 
1844. 

Tous ces ouvrages et documents sont réunis en un volume 
in^'', publié, aux frais de la Commission d'histoire, par 
M«' De Ram. 

Edmond de Dynter : Chronicon ducum Brabantiœ. Bruxelles 

Onufrius à sancia Gruce : Mémoire sur les affaires de Liège 
en 1468 (en laiin), publié par M. Stanislas Bormaiis. Bruxelles 
1886. 

SuQridus Pelri de Leeuwarden : Chronicon episcoporum 
Leodiensium à Johanne de Bavaria usque ad Erardum à 
Marcka, édile par Chapeaville, 1. 111, p. 69. 

Jean Placentius : Catalogus omnium antistitum Tungaro- 
mm, Trajecteiuinm et Leodiorum. Anvers 1529. Ce Placen- 
tius de Saint-Trond, après avoir fait ses études lalines à 
Liège, chez les Frères Hieronymiles (après 1495), entra dans 
Tordre des Dominicains, à Maestricht. L'année de sa mort 
n'est pas connue. 

Jean des Prez dit Jean d'Outre- Meuse : Ly mireur des 
histors,deh création du monde jusqu'à Tan 1399. La dernière 
partie de 1347 à 1399, qui est perdue, a été consultée par 



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XXIV PRÉFACE. 

Fisen. Il n'y a pas à douler qu'il ne Fait reproduite dans 
son récit. 

Corneille de Zantfliet, religieux de Saint- Jacques, Chroni- 
con de 1230 à 1461, édité par Martène, t. V, p. 1. Les pas- 
sages de cette chronique, qui concernent le règne de Jean de 
Bavière, ont été unis et publiés par Cbapeaville, t. III, p. 90. 

Jean de Stavelot : Continuation de la chronique de Jean 
d^Outre-Meusey de Tan 1400 à 1447, éditée par M. Borgnet. 
en 1861. 

Adrien d'Oudenbosch, religieux de Saint-Laurent : Rerum 
Leodiensium historia sub Johanne Heinsbergio et Ludovico 
Borbonio episcopi$, de 1429 à 1482. Martène, t. IV, p. 1200. 

Fisen : Historia Leodiensis Ecclesiœ. Leodii, 1696. 

Goppens : Nieuwe beschrljving van het Bisdom van Herto- 
genbosch. Hertogenbosch, 1843 ; 6 vol. in-S*». 

Krûger : Geschiedenis van het Bisdom van Bréda. Rosen- 
dael, 1872-1878; 4 vol. in-8«. 

Bormans : Cartulaire de Binant. Namur, 1880-1882; 3 vol. 
in-8«. 

Bormans : Cartulaire de Namur. Namur,1876 ; 3 vol. in-8«. 
» Cartulaire de Couvin. Namur, 1875. 

Borgnet : Cartulaire de Ciney. Namur, 1869. 

Annales de la Société Historique et Archéologique à Macs- 
tricht. Maestricht, de 1854 à 1858 ; 2 vol. in-8^ 

Publications de la Société Historique et Archéologique dans 
le duché de Limbourg. Ruremonde, 1863 à 1883, 20 tomes. 

Servais Dirks : Histoire littéraire et bibliographique des 
Frères-Mineurs de l'Observance de saint François en Belgique 
et dans les Pays-Bas. Anvers 1886. 

Bulletins de la Commission Royale d'Histoire. 

Willemsen : Antiquités sacrées des églises de Saint-Servais 
et de Notre Dame à Maestricht. 1873. 

Gesta abbatum Trudonensium. Notices, t. V, p. 121. 

DeBorman: Gesta abbatum Trudonensium. Liège, 1877; 
2 vol. in-8o. 



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PRÉFACl. XXV 

Piol : Cartulaire de V abbaye de Saint-Trond, tome second. 
Bruxelles, 1874. 

Gacbard : Collection de documents inédits, Bruxelles, 1833 ; 
3 vol. in-8«. 

Reusens : Analectes pour servir à V histoire ecclésiastique 
de la Belgique. Louvain, 1864-1885. 

Reusens : Promotions de la Faculté des Arts. Louvain, 
1869. 

Bormans : Cartulaire du clergé secondaire. Bruxelles, 1873. 

Mantelius : Basseletum sive ejusdem oppidi descriptio. 
Lovanii, 1663. 

Kairis : Notice sur la ville de Fosses. Liège, 1858. 

Franquinet : Cartulaire du chapitre de Notre-Dame (en 
hollandais). Maastricht, 1877. 

Franquinet : Cartulaire des Dominicains de Maestricht (en 
hollandais). Maastricht, 1880. 

Franquinet: Cartulaire de saint Gerlach (en hollandais). 
Maastricht, 1877. 

Franquinet : Cartulaire de Rolduc et de Sinnich (en hollan- 
dais). Maastricht, 1869. 

Perreau : Tongres et ses monuments. Tongres, 1849. 

Eus. Jooslen : De heilige Elisabeth. Anvers, 1885. 

De Noue : Études historiques sur l'ancien pays de Stavelot. 
Liège, 1848. 

De Villiers : Bibliotheca carmelitana. Aurelianis, 1752 ; 

2 vol. in- fol. 

Vos : Notice sur Vabbaye de Villers. Louvain, 1867. 
Molanus: Histoiiœ Lovaniensium libri XIV. Bruxellis, 
1861 ; 2 vol. in-40. 
Hermans : Annales Ordinis S. Crucis. Silvaeducis, 1858 ; 

3 vol. in-12. 

Bets : Histoire de Tirlemont. Louvain, 1860; 2 vol. in-12. 
Bets : Geschiedenis der gemeenten Opiinter, Bunsbeeck en 
Hauthem, alsook der abdij van Opiinter. Leuven, 1870. 
Rayniaekers : Het keikelijk en liefdadig Diest. Leuven, 1870. 



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XXVI puéface. 

Knippenberg : Historia ecclesiastica ducatus Geldriœ. 
Bruxellis, 1719, in-4o. 

Jean Treckpoel : Chromjk der landen van Overmaas. Roer- 
mond, 1870 ; dans les Publications de la Société historique 
et archéologique dans le duché de Limbourg, t. VII, p. 1. 

Chronijk van Maestricht, dans les mêmes Publications, 
t. I, p. 78. 

De Robaulx de Soumoy : Chronique de Vabbaye de Saint- 
Hubert. Bruxelles. 1847. 

Schoonbroodt : Chartes du chapitre de Saint-Lambert. 
Liège, 1863. 

Schoonbroodt : Chartes du chapitre de Saint- Martin. 
Liège, 1871. 

Schoonbroodt : Chartes de rabbayedu Val- Saint- Lambei't. 
Liège, 1875-1880. 

Schoonbroodt : Miscellanées dans le Bulletin de l'Institut 
archéologique liégeois. 

Ernst : LesÉvéques suffragants de Liège, Liège, 1806. 

Foppens : Bibliotheca Belgica. Bruxellis, 1739. 2 vol.in-4«. 

Paquot : Mémoire pour servir à Thistoire littéraire. Louvain, 
1763; 18 vol. 

Toussaint : Histoire de l'abbaye de Waulsort. Namur, 1883. 
» Histoire de Fabbaye de Gembloux. Namur. 

» Histoire de Fabbaye de Floreffe. Namur. 

De Theux : Le chapitre de Saint - Lambert , à Liège. 
Bruxelles, 1871. 4 vol. in-4«». 

Slraven : Inventaire des archives de Saint-Trond. Saint- 
Trond, 1886. 



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INTRODUOTION 



I. 



Organisation politique et judiciaire du pays. 

Les Liégeois ont souvent fait de l'opposition à leurs 
prinees ; ils leur ont môme fait la guerre. Le motif allégué 
élait toujours la conservation de leurs privilèges quils 
disaient être soit violés, soit menacés. La véritable cause 
de cette opposition n'était autre que la passion de guerroyer 
et resprit d'indépendance qui agitaient les populations des 
grandes villes. Les Liégeois étaient très attachés à la religion 
et au clergé. Leur opposition au prince n'avait jamais un 
caract^ antireligieux. Jacques de Hemricourt, membre du 
Coûseil privé, écrivit, vers Tannée 1398, un ouvrage spécial 
pour montrer aux Liégeois que leur opposition était dérai- 
sonnable et qu'ils avaient de grands motifs d'être contents 
do régime politique, administratif et judiciaire sous lequel 
ils vivaient. C'est ce régime qu'il leur expose en détail et 
dont il Élit ressortir les grands avantages. Son ouvrage est 
intitulé : Patron de la temporalité. 

1 



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2 ixrnouiciiu.N 

Dans le préambule, il prouve qu*il est nécessaire qu*une 
naiion ail un Souverain et que le peuple ne peut faire plus 
grande folie que d*atlaquer son Souverain et ses cours de 
justice, soit par envie, soit par désir de vivre sans règle et 
sans supérieur; car à la fin toute eau vient au chenal; le 
Souverain, de son côté, doit avoir des fonctionnaires et des 
juges qui fassent loyale justice sans corruption et sans 
acception de personnes. 

Cette assertion, dit Hemricourt, je puis la prouver par 
Texpérience de mon temps ; le pays dont je suis d*antiquilé 
extrait et nourri, est de telle nature qu'il ne peut longtemps 
demeurer en paix, sans désirer et requérir de fait et de force 
des nouveautés étranges contre son seigneur légitime et ses 
justices, au préjudice du droit, de la loi, de ses propres 
franchises et libertés anciennement approuvées tant par 
lettres impériales que par Tusage. Il en est arrivé plusieurs 
fois au pays de si énormes et irréparables dommages en 
homicides, incendies, rapines et autres maux, que le pays 
s'en trouve, à la fin, déchu, épuisé et en mauvais état. Tout 
cela pi'ovient du mauvais gouvernement de la cité qui est et 
doit être le chef du pays. La cité est la cause de tous les 
maux arrivés de mon temps et cela par quatre défauts aux- 
quels il serait facile de remédier, si le commun peuple 
n'était si obstiné et si aveuglé. Le nombre de ceux qui sont 
pauvres de sens et d'avoir, dont le quart n'est ni de la cité, 
ni même du pays, est si grand que les sages et les riches qui 
sont bourgeois ciiains, ne sont point écoutés et voient 
dédaigné tout ce qu'ils proposent pour le bien de la cité. 
Les causes des maux passés et des maux h venir, s'il n'y est 
remédié, sont les suivantes: !• le Conseil de la cité est trop 
nombreux, car il y a bien deux cents personnes au Conseil. 
Vingt conseillers élus feraient mieux les affaires ; mul- 
titude, en effet, engendre confusion ; 2*» les petits métiers 
qui n'ont point de puissance en ville ni aux camps en 
temps de guerre, fournissent autant de membres au Conseil 



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ixrnoDUCTiox H 

et ont autant de suffrages que les puissants et honorables 
métiers ; 3*» quand tous les métiers sont réunis soit pour un 
cas notable, soit pour élire leurs chefs, les garçons et les 
apprentis peuvent voter comme les maîtres et chefs de 
métier ; 4*» les métiers acceptent dans leurs corps des affo- 
rains bourgeois et les soutiennent contre la teneur de la 
lettre de Saint-Jacques (1" juillet 1343) ; et 5*» la plupart des 
fonctionnaires se laissent corrompre par l'argent. 

Hemricourt expose ensuite le régime politique, adminis- 
tratif et judiciaire de la cité. Nous résumons son exposé. 

1. Le premier membre dont la cité est ornée et honorée, 
ce sont les nobles églises collégiales, conventuelles et parois- 
siales avec leur clergé ; en ces églises reposent plusieurs 
corps saints de martyrs et confesseurs par les prières des- 
quels la cité a crû en grandeur, richesses et population. 
Plût it Dieu que le peuple laïque se conformât à ces vertus 
et portât révérence au clergé orné de toutes les facultés de 
sciences. Le clergé est la fontaine où nous devons beire; 
il est le ruisseau de la sapience ; il est notre pasteur ; nous 
sommes ses herbisottes. 

Le second de ces nobles membres, c'est la puissance de 
la spiritualité de notre seigneur Évoque, qui u*a sa pareille 
au monde, à cause du tribunal de la Paix et du tribunal de 
YAnneau du palais ; car en plusieurs cas criminels, il peut 
citer devant ces tribunaux tous les nobles et non-nobles de 
son diocèse, exceptés les princes, les clercs, les bourgeois 
citains de Liège, les bourgeois surcéants de La Roche en 
Ardenne, et les bourgeois de Chapelle en Brabant. Quoique 
les bourgeois citains, c'est-à-dire, nés à Liège, en soient 
seuls exempts, les Liégeois veulent en affranchir aussi les 
bourgeois alîorains; et quoique les possesseurs de tlefs de 
noble tënement puissent seuls siéger à ces deux tribunaux, 
les bourgmestres et fonctionnaires de la cité y amènent 
souvent des possesseurs de menus fiefs, de sorte qu'ils y 
dominent par la force et le nombre, gens simples et de petit 



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4 IXTRODLCTION 

état qui ne portent ni honneur, ni révérence aux cheva- 
liers, aux écuyers, aux anciens et riches bourgeois de la 
cité qui connaissent les lois et les usages de La Paix et de 
rAnneau. 

Le troisième de ces nobles membres pour lequel cet écrit 
a été rédigé, c*est la loi (la Cour de justice) par laquelle le 
pays doit être gouverné et jugé. Les écbevins de Liège en 
sont les chefs, gardiens et juges, sans appel. La Cour de 
Liège dépasse celles d'Allemagne en noblesse, comme en 
puissance. C'est une source de lumiire. Plus de trois mille 
Cours de hauteurs ressortent en appel à la Cour de Liège et 
lui demandent la recharge, sans y comprendre les Cours 
jurées et les autres basses Cours dont il n'est point de 
nombre. Il est à remarquer qu'il y a encore autant de Coors 
de justice, situées dans les pays des princes voisins, qui 
ressortent à celle des écbevins de Liège, notamment aux 
duchés du Brabant et de Luxembourg, aux comtés de Hai- 
naut, Looz, Seine, Linange, etc. Dans ces pays nul ne peut 
être forjugé de son honneur, si ce n'est à la loi de Liège, 
savoir par La Paix^ U Anneau du palais, la Cour des échevins. 

IL Le pays de Liège est un fief de l'Empire dans les 
limites duquel il est situé. Le nouvel évêque doit en (aire le 
relief de l'Empereur ou du roi d'Allemagne. L'Empereur est- 
il au-delà du Mein , le relief peut se foire devant la cour 
des écbevins à Francfort. 

Pendant la vacance du siège èpiscopal, le chapitre doit 
veiller à la garde des forteresses. Il réunira les trois États 
pour l'élection d'un mambour. Quand deux États sont d'ac- 
cord, le troisième doit adopter leur décision. Le mambour 
peut habiter le palais et percevoir les renies et droitures du 
prince ; il doit garder et défendre le pays ; il peut accorder 
quarantaines. 

Les États sont au nombre de trois, les chanoines-tréfon- 
ciers, les nobles et la cité avec les franches villes. Ils ne 
peuvent être convoqués que par le prince ou le chapitrer 



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INTRODUCTION Ti 

soit à Liège, soit autre part; aujourd'hui ce droit du prince 
est violé et méprisé. 

Quand les villes sont en guerre ouverte avec leur prince, 
elles peuvent nommer un capitaine pour commander leurs 
troupes ; mais elles ne peuvent point élire un mambour du 
pays. 

III. On ne peut appeler au Tribunal de la Paix que de 
trois cas, savoir, de murdre, de robe (i) et de deshéritage 
frw , spolium exhosredotio), c'est-à-dire meurtre commis pen- 
dant la nuit et en lieu secret, spoliation et envahissement 
d'héritage; sous le nom de murdre sont aussi compris les 
arsins faits sans guerre, ni défi, enlèvement de bestiaux 
pendant la nuit qu'on tient celés, destruction faite en secret 
d'arbres fruitiers et de vignes. De simple homicide on n'y 
peut appeler. Aucun laïque ne peut constituer un mambour 
pour attraire quelqu'un devant le tribunal de la paix , il doit 
le faire par lui-même, mais les bénéficiers, les abbayes, les 
chapitres, les couvents, les femmes, les enfants mineurs 
et les religieux peuvent le faire par un mambour. L'évéque 
est le chef du tribunal ; ses hommes dé fiefs ou vassaux 
en sont les juges ; il siège dans l'église de Notre-Dame, le 
samedi; le mayeur de Liège exécute ses décisions; celui qui 
est forjugé ou condamné par ce tribunal est excommunié, sa 
femme est veuve, ses enfants sont orphelins; les offices 
divins cessent dans le lieu où il se trouve; sous le rapport 
temporel, il est komme mis hors loi, privé de son honneur 
et de tous biens qui suivront la loi du pays, s'il n'en a dis- 
posé; il est dans la chasse de son seigneur toute sa vie, 
c'est-à-dire, qu'il pourra être arrêté par lui ; sa condamna- 
tion est sans appel. 

rv. Les cas qui sont du ressort du tribunal de Y Anneau du 
palais, sont les suivants : 

Quand le possesseur d'un flef du prince-évêque, le relève 

(i) Mordre, moord, moorden; robe, raub, roof, rooven. 



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b INTRODUCTION 

d*un aulre seigneur ; quand il change la nature du fief, en 
le convertissant en alleu ou masure, il est justiciable de 
TAnneau du palais. 

Quand au diocèse de Liège, les juges forjugent quelqu'un, 
sans la recharge du tribunal de la Paix, ou de celui de 
TAnneau, ou de la Cour des échevins de Liège, ils sont justi- 
ciables de l'Anneau du palais. 

Quand quelqu'un intente un procès civil ou criminel 
devant un tribunal étranger et incompétent à un habitant du 
pays, il est justiciable du tribunal de l'Anneau ; c'est ainsi que 
Renard le Vieux, seigneur d'Argenteau, porta devant la Cour 
de Dolhain un procès touchant un alleu situé à Housse. 

Quand quelqu'un porte devant une Cour étrangère un 
arrêt porté soit par la Cour féodale, soit par la Cour allodiale, 
soit par la Cour des échevins de Liège, pour en entraver 
l'exéculion ou le faire réformer, il est justiciable du tribunal 
de l'Anneau. 

Le siège de ce tribunal est au palais ; le prince en est le 
président et ses hommes de fief en sont les juges. 

Les fautes reprochées à treize échevins en 1386 n'étaient 
pas de la compétence de l'Anneau du palais; ce tribunal les 
condamna néanmoins par un jugement du 29 sept- 1386; ils 
auraient du être jugés, dit Hemricourt, par les hommes du 
prince, c'est-à-dire, par la Cour féodale. 

V. Le prince-évêque doit avoir trois bans dans l'année, 
s'il les requiert, à Pâques pour pour vendre les vins de sa 
provision, à la Saint Jean pour vendre les blés de sa pro- 
vision, entre Noël et Carême pour vendre les chairs de sa 
provision, c'est-à-dire de la mense épiscopale. 

Le prince a le droit de feu et de chasse de tous les 
homicides ; 

Tous les ardeurs, robeurs, murdeurs et ceux qui ravissent 
femmes, sont aussi en la chasse du prince, ainsi que tous 
larrons prouvés, les bannis hors du pays, et les aubains, 
sauf les franchises de la cité et cfes bonnes villes. 



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INTRODUCTION 7 

Le prince peut nommer sénéchal, maréchal, châtelain, 
prévôt, et baillis pour gouverner les quartiers. 

Il peul nommer le mayeur et les échevins de Liège ; les 
échevins sont nommés à vie. 

U a seul le droit de battre monnaie. 

En cas de guerre avec un voisin, le prince peut convoquer 
sous les armes tous ses vassaux et les gens du plat pays ; les 
bourgeois citains des bonnes villes doivent le suivre à la 
guerre, quand il y est en personne. 

VI. Le prince nomme le mayeur de la cour de Liège; le 
mayeur jurera qu*il sera Qdèleà son prince, aux échevins, à 
Tavoué, i tous ceux sur lesquels il devra officier, et aux 
bourgeois de Liège et quil semoncera la loi pour chacun qui 
l'en requerra; c'est-à-dire, qu'il introduira l'action devant 
la cour. 

Le aiayeur garde le quarteau dont on mesure le sel. 

Le mayeur peut, sans semonce, ni jugement des échevins, 
donner permission aux brasseurs de Liège de brasser de 
blanc braxhe dans la Tranchise et de brasser cervoise en 
dehors loi (ressort de la cour) et aux boulangers de vendre 
du pain en dehors loi; mais, sans la permission du mayeur, 
les brasseurs ne peuvent brasser à plus haut prix que deux 
bichiers, mesure de Liège, pour un denier (dont huit (ont 
un vieux gros tournois), à moins que le muid de braz ne 
vaille plus de cinq vieux gros tournois et un noir tournois, 
dans ce cas, les brasseurs peuvent rehausser le prix de leur 
bière d'après l'enseignement de la justice de Liège; sembla- 
blement les boulangers ne peuvent vendre leurs pains plus 
chers que quatre pour un denier, à moins que le muid de 
wassend ne vaille dix sous , c'est-à-dire, quinze vieux gros 
tournois ou plus; dans ce cas, ils peuvent hausser le prix 
d'après l'enseignement des échevins. 

Le mayeur lève Tamende de tous afibrains qui font estour 
(coup avec blessure) et burine (coup sans blessure) ou plus 
grand mal dans la franchise, dont plainte n'a été faite à la 



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8 INTK01)i;CTI0N 

justice et de tous autres excès afférents à la Hauteur de 
Seigaeur dont on n*aura pas droiturié devant les échevias. 

VIL Le prince -nomme les échevins à vie. Ils font serment 
au prince, à la cour des échevins et au chapitre. Ils ne 
peuvent être privés de leurs échevinages que pour des fautes 
graves. 

Ils mettent les voirs-jurés d^s charbonnages, les voirs- 
jurés des cordeaux et les voirs-jurés des eaux qui sont aussi 
nommés à vie. 

Les édievins rechargent toutes cours hautes et basses 
prenant chef à eux. Ils ont pour chaque rechargement quatre 
vieux gros, tous ensemble. 

VIII. L'avouerie de Liège fut relevée, pour la première 
fois, de la Cour des échevins de Liège, après la mort de 
Louis de Diepenbeeck qui laissa un fils mineur, nommé 
Henri. Ce relief parut étrange à Hemricourt, car ce n'est pas 
devant la cour des échevins qu'on fait le relief des fiefs. Or 
toutes les avoueries sont des fiefs. 

L'avoué a, en toute livraison de vin, de wans, de wasteals et 
en toutes droitures en argent qui sont prises en commun de 
la justice, autani qu'un échevin, qu'il y soit présent ou non. 

Quand un plaignant prie le mayeur de porter sa plainte 
devant la cour des échevins et que le mayeur s'y refuse, 
l'avoué priera les échevins de ne plus siéger près du mayeur 
et de ne plus juger à sa demande, jusqu'il ce qu'il ait rempli 
ses devoirs. 

L'avoué doit avoir, à cause de son avouerie, le troisième 
denier de toute amende de tous excès et de tous autres cas 
dont plainte sera faite au mayeur et aux échevins de U^ 
et dont les échevins de Li^e ont à juger, si argent ou 
autres bienfaits en sont pris. 

S'il arrive qu'on fasse à liége statuts ou loi changée dont 
argent provient, l'avoué doit en avoir la cinquième part, 
c'est-à-dire, si paix ou transaction est faite sans les échevins, 
dont argent provient. Il doit protéger les échevins de Liége 



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INTRODtCTION 9 

conlre tous ; il doit aussi protéger les bourgeois cilains de 
Liège contre ceux qui voudraient les fourmener ou déraillir 
en justice. 

Sont bourgeois citains de Liège ceux qui sont nés dans 
la franchise de Liège ; les enTants des bourgeois citains sont 
aussi citains en quelque lieu qu'ils soient nés ; tous les autres 
sont des bourgeois acquis ; aujourd'hui, dit Hemricourt, on 
ne fait plus cette distinction ; les bourgeois acquis sont 
aussi francs que tes cilains ; il y a à Liège plus d'étrangers 
que de citains. 

XVIIL Monseigneur ne peut adjourner, réadjourner, 
foradjourner ses plaids qu'en douze lieux où il a maison et 
chapelle. La résignation des fiefs , leur investiture et leurs 
reliefs peuvent avoir lieu partout. Ces douze lieux sont le 
palais à Liège, Huy, Dinant, Tongres ou Monseigneur avait 
une maison sur le cimetière de l'église, maison qui est 
tombée en ruines, Fosses, Gouvin, Tbuin, Halois, Moha, 
Seraing-sur- Meuse, Franchimonl et Aine l'abbaye. 

Semblablement Monseigneur de Liège doit avoir XII pairs 
qui anciennement étaient appelés les XII pairs de Saint 
Lambert et qui jugeaient des fiefs de baronnie ; mais tout 
cela est tombé en désuétude. De puissants souverains et 
seigneurs tenaient des fiefs de l'église de Liège et à ce titre 
étaieni pairs de Saint Lambert : 

Le duc de Brabant possédait plusieurs fiefs ; 

Le duc de Limbourg possédait les fiefs de Rode, de Sim- 
pelvelt, d'Aspre (Eysden) et de Hoyen, et l'avouerie de la 
cour de Jupille ; 

Le comte de Uainaut possédait le comté de ce nom ; 

Le comte de Flandre les fiefs de Matines, Grandmont et 
Bornhem ; 

Le comte de Namur le comté de Brugeron au Brabant 
roman, le château de Sanson ; 

Le comte de Looz, le comté de ce nom , annexé aujour- 
d'hui au pays de Liège; 



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40 INTRODUCTION 

Le duc de Lorraine, la terre de Florennes; 

Le sire de Beaumont, comme sire de Chima^ et châtelain 
de Couvin, est pair de Saint- Lambert ; 

L*abbé d'Àlne, à cause de ses fiefs, est pair de Saint-Lam- 
bert ; 

Le sire de Morialmé, du chef de la terre de ce nom ; 

Le sire de Rochefort, du chef de la ville et forteresse de 
ce nom; 

Le sire d*Agimont, du chef de la forteresse et de la terre 
de ce nom; 

L'avoué de Hesbaye, du chef de cette avouerie et de la 
forteresse d'Àigremont ; 

Le duc de Gueldre, du chef des fiefs de Ruremonde, Ittre- 
glenne et Wierte et de tout ce qu'il tient entre Maesiricht et 
Ruremonde; 

Le comte de Juliers pour les fiefs de Turre , Guysterdorp, 
Ghersdorp, VIonop et les trois moulins de Berchem ; 

Le dutt de Luxembourg pour les dtmes de Tohogne et 
Voniche; 

Le comte de Linange, h cause du fief de Berchem dont les 
ëchevins prennent chef à Liège ; 

Le comte de Rethy, à cause de cent livrées de terre de 
lige hommage ; 

Le seigneur de Heynsberg, lige hommage pour IV cours, 
Likeie, Glenne, Hottehem et Walewir et XXX livres de vieux 
esterlins ; 

Le sire de Fauquemont ; 

Le seigneur de Diepenbeek. 

XIX. Le prince peut commander des quarantaines. Celui 
qui a déjà obtenu quatre quarantaines, peut encore obtenir 
une cinquième; celte cinquième sera valable jusqu'à ce 
qu'elle soit contestée par la partie adverse; et cette contes- 
tation doit se faire à la chancellerie de Monseigneur. 

Pour nuls excès ne doivent être obtenues quarantaines, si 
ce n*est, s'il y a estour (coup avec blessures) ou burine 



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INTRODUCTION H 

(coup sans blessure) ou plus grand mal entre les parties ; 
car pour manachcs, haymes, vilains parler, défiances ou cas 
semblables, on ne peut obtenir quarantaines, s*il n*y a coups 
portés, car les coups font la guerre et non les paroles, et les 
quarantaines sont obtenues par le dobtance de revengement 
qui sont commencement de guerre; par conséquent, quand 
les quatre quarantaines sont expirées , la guerre est ouverte 
entre parties; Taccusé ou coupable offrirait même à Monsei- 
gneur et à ses hommes, en présence de la partie lésée, de 
réparer tout d'après leur jugement, on ne pourrait pas con- 
traindre la partie lésée à s'accorder et à renoncer à la 
guerre, si elle ne le fait de plein gré. 

Celui qui a commis un homicide, ne peut obtenir quaran- 
taines, car il reste dans la chasse du seigneur et de la partie 
lésée, mais tous ses proches peuvent obtenir quarantaines 
pendant lesquelles les cousins du défunt ne peuvent point 
prendre leurs recours contre eux. 

Les quarantaines données par Monseignenr valent, non 
seulement pour la principauté, mais encore pour tout le 
diocèse ; quiconque les brise est atteint de son honneur, si 
plainte en est faite devant Monseigneur et ses hommes et le 
fait bien prouvé; il doit être forjugé par Monseigneur et ses 
hommes (vassaux) en la maison de la justice, au palais, au 
son de la ban cloche ; le forjugement sera publié au perron 
en présence de XIV vassaux. (V. Raikem , Coutumes du pays 
de Liège, 1. 1, p. 284.) 



II. 



Tilles et villages du pays de Liège en 1470. 

En 1470 les trois États ordonnèrent de collecter une 
somme sur toute la principauté pour payer au duc Charles- 
le-Téméraire le reste de ce qu'on lui devait, reste échu le 
1 octobre 1469. Chaque commune était imposée d'après 



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12 



INTHOUUCTION' 



« le nombre de ses feux, » c'est-à-dire des ménages, et très 
probablement dans la proportion d'une livre par ménage. 

Nous donnons ici le résultat « de cette crénée générale. » 
On y trouvera, en même temps l'énumération des communes 
du pays avec leur importance relative : 

La cité et les faubourgs IXc L livres, (i) 

BANLIEUe. 



Avroit VIxx. XVIII 1. II s. 
Dans et Molins VIIIxx, XIIIl 

I. III s. 
Alleur XXVII I. 
Awans XLIX !. XIX s. 
Angleur et Fellines LVI I. 

XIIII s. 
Dans, Hermées et Granlaxhe 

LX 1. XV s. 
Bierset XV I. 
Berleur XLIII I. XIII s. 
Liexhe XXVII I. 
Ghênée et Chaumont, Vaux et 

Romesée et Embour IIIxx, 

XIII I. III s. 
Fleron IIIIxx, XVIII I.XVs. 
Flémalle - la - Grande et la 

Petite IIIIxx, V 1. VII s. 
Fexhe et Anixhe IIIIxx, VU I. 

XV s. 
Grivegnée X 1. XVI s. 
Grâce LVI I. XIIII s. 
Horobroux XXVIII I. VII s. 
Hollogne-aux-Pierres , Villi- 



camp, Croivoir, Lacroix et 

Ruiien LXVII 1. X s, 
Jemeppes VIIxx, XIX I. VI s. 
Jupille XXXII I. VIII s. 
Juprelles XXII I. XIX s. 
Lonchins XXII I. XIX s. 
Liers, Harens et Woroux 

LU I. XIII s. 
Lanlins XXII I. XIX s. 
Mons LI 1. VI s. 
Monligni VIIxx, XVI I. XII s. 
Miremorie XLVII I. V s. 
Ragnée, Ougrée et Schlessin 

IIIIxx, III I. XIIII s. 
Oupeye XXXIII I. XV s. 
Rocourt XV 1. IIII s. 
Saive XXVII I. 
Seraing CXIII I. XIX s. 
Slins LXXI I. XI s. 
Tilleur VIIxx, II I. 
Villers-Saini-Siméon XX I. 

XIX s. 
Votem LXI I. XVII s. 
Ivot XXXI 1. I s. 



(0 La livre de XL gros, monnaie do Flandre, valait, en 1470, sur le 
pied de deux liards le gros, vingt sols. 



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INTRODUCTION 



13 



POKT D AMERCOEUR HORS BANLIBUE. 



Cberée XVI I. IIII s. 
Fraipont XX I. V s. 
Porest XL I. X s. 
Soumagne-les-Moines XL 1. 

Xs. 
Ix>uveigoée LIIII I. 



Richel XXIIII 1. XVI s. 
Melen, Evegaée, Trigne, Mi- 

cheroul, Val-sous>Boulant 

XXXIl I. VIII 3. 
Gbatellenie de Fraochimont 

VIc, L 1. 



HBSBAYE. 



Alken mic, XXXVII \. X s. 
Awirs XLVIII L XII s. 
Lanaye XXXVI 1. IX s. 
Altenhoven VHxx, XVII L 

XIX 8. 

Bassenges XXIX I. XIIII, s. 
Blebia XVII 1. XI s. 
Boelbe XIII L X s. 
Tinhoeve LXVII 1. X s. 
Bod^née XXXIII I. IIII s. 
Bovegnislier XXVlin.VIIs, 
Blerel XXIX 1. XIIII 8. 
Cbokier xnil I. XVH s. 
CrenwickXIIII. Xs. 
Grisnée XXXII I. VIII s. 
DarioD et Lemain XLVIII 

1. XII s. 
Emal et Ebenne Ltllt 1. 
EngU XXII L XIX s. 
Fexhe-au-h«-Clocher XXIX 

1. XIIII s. 
Fies -le -Marcelle XXXVI 1. 

IX s. 
Fretoox X I. XVI s. 
Fooz XXXI II I. XV s. 



Frère et Wihogne VIxx, 1 1. 

Xs. 
GenefTe LI 1. VI a. 
Geer XVIII 1. XVIII s. 
Glons, Buers et Brosée VIxx, 

IIII 1. IIII s. 
Brost et ses appartenances 

VIxx, XIIII 1. XV s. 
Grand-Axhe XXII 1. XIX s. 
HanefTe , Eihier et Donckier 

IIIIxx, XIIII 1. X 9. 
Hemricourt XXI 1. XII s. 
Heur«-le-Romain IIIIxx, II 1. 

Vils. 
Herck-St-Lambert GVIII 1. 
Heure- le -Trexhe XXVIII 1. 

Vils. 
Herstaple XIIII 1. XVII s. 
Houtaiii-l'EvêqueVIxx, II. X s. 
Hodeige LXXVII 1. IIII s. 
Hermal-lès-Àrgenteau LIIII 1. 
Hollogne-sur-Geer XXXII 1. 

VIII s. 
Horion, Lexhy, Fontaine, Ho- 

aémonl VIxx, XV I. 



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u 



I.NTROhlCrlON 



Uognoul XVII 1. IIII s. 
Hoesselt et Alihoesselt IIIc, 

XXIX 1. VIII s. 
Ketnexhe XLIIII 1. XI s. 
Ranne IIIIxx, III I. IIII s. 
Limont XLVIII 1. XII s. 
Laminnes XL 1. X s. 
Liexhe LIIII 1. 

Lantremange XXXIII l.XVs. 
Lallines LXXV 1. XII s. 
Momale, Momelelte, Pou- 

chouleVIxx, III. XVII s 
Nivelle XXV 1. XIII s. 
Neufville XVII 1. XI s. 
Nederheim et Paifve XLIII I. 

IIII s. 
Odeur-lès-Kemexhe XXVII 1, 
Oleye et Hartaige LXIIII I. 

XVI s. 
Othée XLIX I. XIX s. 
Puchey LUII 1. 
RockeliDgen LVIII 1. 1 s. 
Rommershoven LXVI 1. III a. 
Roloux XXII 1. XIX s. 



St-George» LXXV I. 



Ste -Marie, église de Rouve- 

roy XXI 1. XII s. 
Selve , Ferme , Termogne , 

Vine IIIIxx, IX 1, II s. 
Seraing-Ie-Château XXII I. 

XIX s 
Strecl LIIII 1. 
Xhendremaele , Vernay et 

Bordon LVI l. XIIIIs. 
Thys XXXIII L XV s. 
Trognie» XXXIII 1. XV s. 
Thourinne-la-Chaussée XXIX 

1. XIIII s. 
Waremme VIxx, 1 1. X s. 
Willeroux XXVIII 1. VII s. 
Verlaine LIIII I. 
Villers-l'Évêque IIIIxx, III 1. 

XIIII s. 
Visé IIIIxx, XII 1. IIII s. 
Wonck VIxx. II. X s. 
Wotrenge XX I. V s. 
Willerau X l. XVI s. 
Vivegnis LX 1. XV s. 
Voroux et Goreux XXIX I. 

XIIII s. 



MAIRIE DE MONTENACKEN. 



«lst LXII 1. II S. 
Berlo XXI I. XII s. 
Berlinheers XIII I. X s. 
Bouchout XXIIII 1. VI 3. 
Borchheer elMiddelheer XL I . 
Buvinghen et Borlo XIIIIxx 

IL 
Brustem CIIIIxx X I. 



Crenwick IX l. IX s. 
Corswarem XLVII 1. V s. 
Corlis XX 1. 
tngelmanshovenXXVI. XIIII 

s. 
Gelinden IIIIxx, V 1. 
Gingelom VIxx. IX I. XIII s. 
Gorshem LVIII 1. 



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liNTRODlJCTlON 



15 



Groetgelmen LXXI 1. XI s. 
Hamale XVI 1. IIII s 
Halle-Bodeiihove LXXVIl 1. 

Ils. 
Joek llllxx, VI 1. XV s. 
Kerkem el Muysen LX 1. XV 

s. 
Mechelen et Pepingen LXVII 

I. VII 8. 
Meitecoven XXIIII I. VI s. 
Mielen-Boven-Aeist XL l. X s. 
Monienacken GXVII 1. IX s. 



Niel XXXIII 1. XV s. 
Opheers XXIIII 1. VI s. 
Ordingen XXIIII 1. VI 3. 
Rykel LIIII I. 
Rockelingen XXXV 1. II s. 
Walstbesent IX I. IX s. 
Roest XXXVI 1. IX s. 
Velme IIIIxx, 1 1. 
Vorsen XXXI I. 
Tongres mille livres. 
Saint Trond XIIIIc I. 



PRÉVÔTÉ DE REVOGNE. 



AveetAuffeXXXVn.IXs. 
Anserem XIV I. XVII s. 
Baronville X 1. XVI s. 
Bure XLV I. XVIII s. 
Chaleux IIII 1. II s. 
Froidiieu X I. XVI s. 
Honneau XIII I. X s. 
Jusserin et le Val XXXVII 1. 

XVI 3. 
Mesnil-Eglise XVIII I. XVIII s. 



Neufvillep'EsclayXIII. IIIs. 
Revogue VIII I. II s. 
Sevry VIII 1. II s. 
Javingues XXII 1. XIX s. 
Tellin XXXI I. I s. 
Wancennes XII 1. III s. 
BonneaueiWavreillelXl.IXs. 
Venchimont XXXI 1. 1 s. 
Villers-sur-Lesse et Gennet 
XXXIII 1. XV s. 



THUIN, RIVAGE DE SAMBRE ET ENTRE SAHBRE-HEUSE. 



Aubrieves XXVII l. 
Anheree IIII 1. 1 s. 
Aublain XIIII I. XVII 3. 
Avelois XVI I. I s. 
Ban d'Ànthée et Morville 

XXVII 1. 
BoussutXI.XVIs. 
Bieme dessous Fraigne XX 

I. Vs. 



Couvin IIIIxx, X I. 
Gorenne V 1. VIII s. 
Ghooz, pays de Hierges 

XXXIX 1. III s. 
Cerfonlaine XXIIII I. VI s. 
Chatelet, Bouffioul et Pon- 

dreloux Ile, XXXII I. X s. 
Glermont XL 1. X s. 
Dailly XXVII 1. 



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16 



IXTRODliCTlON 



Denneis XVI 1. IX s. 
Daulsoil XXX l. VIII 8, 
Doix et Gymenée XXIX I. 

XIIII s. 
DourbesXXIIIIl. Vis. 
DoDstienne XL 1. X s. 
Esirée XLVIII I. XII s. 
Erclinnes VIII 1 Ils. 
Fagnolles XLVI 1. 
Farciennes LX 1. XV s. 
Foresteau XIIII I. X s. 
Frière-la-GrandeXI. XVI s. 
Fenaule XIII 1. XVII s. 
Foix XVII 1. IIII s. 
Fontaine ou Val LXIIIIl. XVI 

s. 
Franne XXVI 1. 
Florinnes XXXV I. Il s. 
Franchimont X I. XVI s. 
Falisoul XXXVII I. XVI s. 
Gonry XIII 1. X s. 
FespeXIIII.Xs. 
Goffées XLV 1. XIIII s. 
Jemmeppes-s/Sam'"LXXVI I. 
Gra XXIX 1. XIIII s. 
Hierges XXXIV I. XV s. 
Ham-sur-Heure CVIII I. 
Ham et Embrienne XXXIX I. 

III s. 
Hansinnes XXVII 1. 
HansinellesXXII.XIIs. 
Emplinnes XXI 1. XII s. 
Yvis XXI 1. XII s. 
Jumet IIIIxx 1. 
JamigooulXI.XVIs. 



Jamaigne XXIX 1. XIIII s. 
Landelies XXXXIIII I. XI s. 
Lerne et Wespe XLI 1. 
Lesteres XXI 1. XVI s. 
Louverval XXXIII I. XV s. 
Lobbes XLIII I. IIII s. 
Maisnil VI I. VIII s. 
Marchinelles et Couillet IIIIxx, 

V 1. 1 s. 
Mazee XX 1. V s. 
Malonne, Remont, Sart-St.- 

Lambert XLVII I. V s. 
Mataigne-la-peiiie X 1. 
Marbais XXI 1. XII s. 
Marchienne-au-Pont LXXIIII 

I. Vs 
Mataigne-la-Grande XVIII I. 

XVII s. 
Merlemonl VIII I. II s. 
Mellin XLVIII I. XII s. 
Maligneulle XVII 1., VI s. 
Monceau XXXI 1. 1 s. 
Mons- sur-Marcbiennes 

XXXII 1. VIII s. 
Morialmés LIX i. VIII s. 
Montigny- sur-Meuse XXI I. 

XII s. 
Montigny-sur-Sambre LVI I. 

XIIII s. 
Montigny -le-Tigneux LXIII 

1. IX s. 
Nalinnes, Javignoul et Fon- 

tenelles VIxx, IIII I. IIII s. 
Nef et Ânserenne XXIIII I. 

Vis. 



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INTRODUCTION 



17 



Le Neffe XXXV 1. VIII «. 
Nearville XII 1. III s. 
Nemelée XXIIII 1. VI s. 
Niemes XXXII 1. VIII s. 
Oloix XXVII 1. 
Omezée VI 1. XV s. 
Oigaées XVIII 1. XVIII s. 
Ossogne XVI I. IIII s. 
Peix XXI 1. XII s. 
Pry XVI 1. IIII s. 
PreUes XXXII 1. VIII s. 
RaignesLXIIIIl. XVIs. 
Roly, Igoiez XXIIII 1. VI 

s. 
RoUers X 1. XVI s. 
Romerees XXII l. XVIII s. 
Saint-Aubaia et Chaumont 

XXIX 1. XIIII s. 
Saint -Marc IIII 1. 1 s. 
Sautoir et Villenfagne XXXVI 

I. IX s. 
Silenrieux XVII 1. XI s. 
Somme et Gossegnies XXVII 

1. 
Soulmes XXXII 1., VIII s. 



Surice et Romedinnes LIIII 

1. V s. 
Slave ei Stavesoule XIII l, X 

s. 
Sart-en-Fagne II I. XIIII s. 
Thuin CXIIII I. XV s. 
Taminnes LIIII. 
DeameXXXIIIII. Vs. 
.Tuellies XLI 1. XVI s. 
Tigny XVI 1. IIII s. 
Tillabauwin IX 1. XVI s. 
Villers-à-deux églises X 1. 

XVIs. 
Villers-le-Gambo XXIIII l 

Vis. 
Vierves XXVIII 1. IIII s. 
Vireux et Molbain XL 1. X 

s. 
Wandignées VI L XV s. 
Vodelée XIII 1. X s. 
VodecéeXI.XVIs. 
Terre d'Agimont Ile, LXX 1. 
Terre de Rochefort Ile, LXX 

1. 
Duché de Bouillon IlIIe, L 1. 



eOHTÉ DE LOOZ. 



Achel VIxx, X 1. XIX s. 
ÂldeneyckIIIIxx,Xl.XIIIIs. 
Asch LX 1. XV s. 
Bilsen Vc. LXXI 1. X s. 
Revers XLIX 1. XIX s. 
Beeringen lllc, XLIII 1. 
Berlingen XXXVII 1. XIIII s. 
Berbroeck IIIIxx, Il 1. VII s. 



Beverloo VIIxx, XII 1. XI s. 
Bevechen XXXVII 1. XVI s. 
Bouchout CIIIIxx, XVIII 1. 
Brée Ille 1 1. X s. 
Beeck XIIxx, 1 1. XV s. 
Coersel CXIIII. VIII 8. 
CortessemlXxx, VIII 1. VIII 
s. 

S 



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18 



INTRODUCTION 



CutlecovenXXXIIl.VIIs.W 
CermptVIIxx, XIII l. XVIII s. 
Curenges Vc, XLIXI. XVIII s. 
Cosen XXXVII 1. XVI s. 
Caulille LUI! I. 
Cleyne-Brogel IIIlxx, VI 1. 

VIII s. 
Duras, Bindervelt, Rancart 

nilxx, XIX 1. XIIII s. 
Diepenbeeck Vc II. 
Dilsen VIxx, V I. XVI s. 
Elderen XLIIII 1. XI s. 
Exel IXxx, XVIII 1. IX s. 
MaeseyckllIIc, XXIIIIl.Xs. 
Ellecom XLV l. XVIII s. 
Elen IIIlxx i. I. s. 
EygenbilsenlIIIxx,VII l.XVs. 
Genoels-Elderen XL 1. X s. 
Genck Ile, LX I. 
Gutscbovcn XXI 1. X s. 
Gothem XXXII 1. VIII s. 
Guygoven LU I. XIII s. 
Gellick LU 1. XIII s. 
Gran ville XXVII I. 
Grootespauwen LXX 1. IIII s. 
Grootebrogel IIIlxx, VU 1. 
GruylrodeVIxx.XlllIl. XIIIs. 
Gestelt Vllxx. Ill 1. Il s. 
Gerdingen LXX 1. IIII s. 
Gorsiieuvvea IIIlxx. XIIII I. 

Xs. 
Grasen et Orsmael XX 1. 



Hasselt XVc. 

Herk-la-Ville IIIc. IIIlxx, V 

1. Xs. 
Ooslham VIxx, XV 1. 
Haren et Bommersboven 

IIIlxx, I 1. 
Helcbteien CXVII 1. IX s. 
Hendriken XLV 1. VI s. 
HertenXLXVIs. 
Hex XVIII 1. XVIII s. 
Heusden VIIIxx, X 1. II s. 
Houtbalen Ile, XIIII I. XIIIs. 
Horpmael L 1. 
Horne-St-PierreXXI. Vs. 
Heppeneert XXXV 1. II s. 
Haren -sur -Meuse XLVI I. 

XVII s. 
Haccourt etHallebayeCVIIIl. 
HechtelVIxx, Xl.XIXs. 
Hamont Ile, XLIII 1. 
Uerne et Hardelingen XLIX 

1. XIX s. 
Herderen XLVII 1. VII s. 
Jesseren XXXIII I. XV s. 
Kepniel XXXVI 1. XVI s. 
Liiiden près Bilsen XXXVIII 

I. XVIII s. 
LOOE Ile, II I. II X s. 
Lummen et Linckhout IIIc, 

XXVI. 
Lille IIIlxx, IX 1. II s. 
Lens-sur-Geer XXVII 1. 



(i) En 1274, la paroisse de Corlessem comprenait 15i maisons et 
celle de Cullccoven (y compris Voordt) H. (V. Notices, t. X, p. 90.) 



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INTRODUCTION 



19 



Luyt X 1. XVI s. 
Lanklaer XVII ]. XI s. 
Malle XXXIII 1. XV s. 
Meldert LXX ). IIII s. 
Mille, Fal et Meer Ile, L 1. 

Vs 
Mansterbilsen IIIIxx, XI I. 

XVI s. 
Membruggcn XLVII 1. V s. 
Meeuwen VIIxx, XIX i. VI 

s. 
Nonnespauwen XX 1. V s. 
Nonnemieien XXIIII I. VI s. 
Nederpelt VIIIxx, XV 1. X s. 
NederglabbeeckXXIXl. XIIII 

s. 
Nederoeleren IIIc, LXIIII 1. 

m s. 
Opitteren Vlxx, XV 1. 
Oreye XVI I. V s. 
Overpeltllc, III. X s. 
Opoeteren IIIIxx, II I. VII s. 
Opglabbeeck IIxx, XVII 1. 

XIIII s. 
Peer IIIIc, L I. 
Quaetmecbelen Vlxx, VII I. 

III 3. 
Repen Sl-Laureni, Golmont 

et Herck LXIIII 1. XVI s. 
Rummen GXIII I. VIII s. 
Riempst XXXIII 1. XV s. 
Rosmeer LXXI 1. XI s. 
Rudercoven- XII I. III s. 
Reppelen XXXI 1. 1 s. 
Rothem CVIII 1. 



Schalkhoven XXVII 1. 
Stevoort VIIxx, 1 1, XV s. 
Stockera CXVI 1. II s. 
Spalbeeck Vlxx, X 1. XIX s. 
Tessenderloo IIIc, XXIIII 1. 
Tongerloo VIIIxx, XVII I. 

XVII s. 
Tiechelerie V 1. 
Tille XXXIIII I. VIII s. 
Wimmertingen XIII 1. XVII 

s. 
Vechtmael XXXVI I. IX s. 
Waltwilder LXXIII 1. VIII s. 
Welien et Vroelingen VIIIxx, 

XV 1. X s. 
Viversel XLVIII 1. XV s. 
Wiulershoven XLV. 
Vellwezelt LXVII 1. X s. 
Wouteringen XVI 1. IIII s. 
VoordtXXIl. XIIs. 
Vliermael IXxx, X. 1. VII s. 
Ulbeck IIIIxx, XI 1. XVI s. 
WilreetHalmaleXXl.Vs. 
Werm près Hoessell XXVIII 

1. II s. 
Wychmael CXVI 1. II s. 
Wyshagen XXXVII 1. XVI s. 
Vucht LX 1. XV s. 
Zolder LXVII 1. X s. 
Sichen, Sussen et Boiré XL 

LXs. 
Zonhoven IIIc LXXlIl. XIIs. 
Zutendael VIIxx IX I. XVII s. 
Zolderet Stookrode Ile IIIIxx 

1. XVIII s. 



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20 



iMRODl'CTiON 



VILLAGES QUI N'ONT PAYÉ QUE DES A-COMPTES. 

Paroisse d'Avroye, faubourg de Liège, taxée à VIxx XVIII 1. 
II s., doit encore XV 1. IX s. 

Une centaine d'autres devaient encore des restes ; quelques- 
unes même n'avaient rien payé. Le lotai de ce qui restait dû 
montait à 4,331 fl. 

ÉTABLISSEMENTS ECCLÉSIASTIQUES. 



Le chapitre de Gortessem 

taxé à LXVII l 
Id. Visé LXVI L 
Id. Tongres Ile 1. 
Id. Looz, VIIIxxl. 
Id. Maesyck G L 
Id. St-Trond XLIII l. 
Id. Si-Lambert IIIIc 1. 
Id. St-PierreVIxxXIin.VIs. 
Id. St-Martin Ile 1. 
Id. Ste-Croix VIxx XIII L 
Id St-Denis Ile 1. 
Id. St-BarthélemyVIxxXIIIl. 
Id. Dinant XX L 
Id. Tliuin XLV 1. 
Id. Fiorinnes XII 1. 
Id. Molhain XXX \. 
La chapelle des Clercs à Liège 

XL 
Le chapitre de St-Paul Ile l. 
Id. St-Jean Ile 1. 
L'abbaye de Sl-Trond Ile I. 
Id. Herckenrode Ile 1. 
Le couvent de Bilsen VIxx 

X 1. 
Id. de Beeck XLVIII I. 



Le couvent d'Orienlen XL I. 

Id. Henegauwen XL L 

Id. Milen LVIII 1. 

Id. St-Gilles VIxx XIIII l 

Id. St-Laurent Ile I. 

Id. LeffeXXL 

Id. Val-St-LambertVIxxXVL 

Id. Aine Ile 1. 

Id.Waulsort VIxx XIII. 

Id. Beaufays XXXV 1. 

Id. Fiorinnes XXII l. 

Id. Malonne VIxx X 1. 

Id. Lobbes VIxx X 1. 

Id. St-Remy XII 1. 

Id. Vivegnis LXVI 1. 

L'abbaye de Val-Benoit IIIIxx 

IIII 1. 
L'abbaye de Robermont XXX 

1. 
Le couvent Philippe, terre 

d'Agimont, XII I. 
Id. Geronsart. LXVIII i. 
Id. Ecoliers à Liège VIxx 

XIIII 1. 
Id. Bons-Enfants XXVI 1. 
Id. Si- Nicolas en Glain XX 1. 



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INTRODUCTION 



21 



Le couvent des Augustins à 

Hasselt XX 1. 
M. des Sœurs de Hasselt 

XXVI 1. 
Id. des Sœurs près d'Eyck, 

XXIIII 1. 
Id. des Sœurs de Brée VIII 

1. 
La commanderie de Bernis- 

semXXl. 
Le couvent des frères Croi- 

siers à Tongres IIII 1. 
Id. des Chartreux à Zeelhem 

XXX L 
Id. de Luciendael, ordre St- 

Jean , hors St-Trond. 

XXIIII 1. 
Id. des Sœurs de Peer XVIII 

1. 
Id. Zepperen VIII 1. X s. 
Id. du Tiers- Ordre à Saint- 

Gangulphe à Saint-Trond 

VI I. 
Id. du Tiers- Ordre Op den 

Steenarl à St-Trond XIIII 

l 
Id. des Sœurs du Tiers-Ordre 

à Tongres XXVI 1. 
Id. des réguliers à Tongres 

XIII. 
Id. des Chartreux à Liège XL 

l 
Id. Cornilion à Liège XXX L 
Id. Guillemins à Liège X I. 



Id. des Cordeliers à Liège VI 

1. 
Id. des Croisiers en Tlle XX 

l 
Id. des béguines à la Chaîne 

IIII I. 
Id. de Beaurepart VIxx XIII 

1. 
Id. de St-Jacques Ile 1. 
L'hôpital à la chaîne LX 1. 
Le béguinage de Hasselt XIIII 

1. 
Le béguinage de Tongres XX 

1. 
Le béguinage de Saint-Trond 

XXIIII 1. 
L'hôpital de St-Trond XXIIII 

1. 
L'hôpital de St -Jacques à 

Tongres VIII 1. 
L'hôpital de St-Sèverin à 

Liège VllI 1. 
L'hôpital de St-Jean L 1. 
L'hôpital Moustarde XX 1. 
L'hôpital des Coquins XX 1. 
L'hôpital St-Julien XII 1. 
L'hôpital St- Jacques IIII 1. 
Le béguinage de St-Chris- 

tophe et l'hôpital Tire- 
bourse XL 1. 
Les 28 curés de Liège (hors 

l'Ile) LVI 1. 
Les curés et bénéficiers de 

tout le pays XIIc 1. 



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22 INTRODUCTION 

ÉTABLISSEMENTS QUI N'AVAIENT PAYÉ QUE DES A-COMPTES 
OU n'avaient RIEN PAYÉ. 

Le couvent de Kinrode. Le prieur de Uenegouwe. 

L*âbbesse de Munsterbilsen. Letouventde Millen. 

L*abbesse de Beeck. Le chapitre de Maeseyck et 

L'abbesse d'Orienten. irenie-six autres. 

(V. État-Tiers n^ 264.) 



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LA 



PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE SOOS JEAN DE BAVIÈRE. 



1390-1418. 



EMPEREURS *. 

Wenccsias. 1378-1400; 
Robert, 1400-1410; 
Sigisroond, 1410-1437. 

DUCS DE BRABANT : 

Jeanne, 13!»5-1406 ; 
Antoine, 1406-1415; 
Jean IV, 1415-14^. 



COMTES DE HAINAUT *. 

Albert de Bavière, 1389-1404 ; 
Guillaume IV, 1404-1417. 

DUCS DE BOURGOGNE : 

Fbilîppe-le-Harii, 1363-1404; 
Jean- sans-Peur, 1404-1419. 

COMTES DE NANUR : 

Guillaume l*', 1391 ; 
Guillaume II, 1391-1418. 



I. 



L'Interrègne. 

Après la mort d'Arnoul de Bornes (8 mars 1389), le 
chapitre fixa rélection de son successeur au 26 mars. Il 
fallait entretemps nommer un mambour qui gouvernerait la 
principauté de Liège pendant la vacance du siège. Il y eut 
trois compétiteurs : Baudouin seigneur de Montjardin , Per- 



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24 LA PUIXCIPAUTÉ DE LIÉCE 

sand de Rochefort, et Henri de Bornes seigneur de Perwez 
et neveu de l'évêque défunt. Le chapitre nomma Henri de 
Bornes et le proposa à Tagréaiion des trente-deux métiers. 
Vingt métiers l'agréèrent; douze volèrent pour Baudouin de 
Montjardin. Persand de Rochefort n'obtint aucun suffrage. 

L'État noble et le Tiers -État confirmèrent également le 
choix du chapitre, parce que Benri de Bornes s'était fait 
favorablement connaître par le gouvernement du comté de 
Looz dont il avait été le sénéchal. 

Pendant la vacance du siège, Jean de Beinsberg, à la tête 
de cavaliers allemands , envahit, au mois d'août, le village 
d'Eysden, le pilla et le brûla. Les habitants de Visé, de Bac- 
court et d'autres villages prirent les armes et se mirent à la 
poursuite des Allemands. Ceux-ci les voyant mal armés se 
retournèrent contre eux ; ils les repoussèrent et firent à 
Breust deux cents prisonniers. Les Liégeois indignés décla- 
rèrent la guerre à JeaR de Beinsberg. Par la médiation de 
quelques amis, des négociations de paix eurent lieu. Jean de 
Beinsberg consentit à relâcher les prisonniers, mais sous la 
condition qu'ils se reconstitueraient en prison, si la paix 
n'était pas faite, le l"*" décembre. Les Liégeois rejetèrent 
cette condition, parce qu'elle ne devait servir qu'à faire 
gagner du temps et atteindre l'hiver. Ils partirent, le 28 
septembre, et allèrent assiéger la forteresse de Beinsberg. 
Ils y détruisirent le couvent des Norberlines et pillèrent 
plusieurs villages voisins. Les assiégés se défendirent avec 
courage et tuèrent plusieurs Liégeois. La médiation du duc 
de Juliers fit conclure la paix que les Liégeois acceptaient 
d'autant plus volontiers qu'ils n'auraient pu s'emparer de la 
forteresse, par défaut de matériel de siège. Les prisonniers 
seraient rel&chés dans les cinq jours et les indemnités à 
payer par Jean de Beinsberg seraient réglées avant Pâques. 
Les Liégeois levèrent le siège, le 8 octobre et revinrent chez 
eux. L'accord définitif fut conclu le 10 décembre 1389. 
(V. Zantfliet, 336; Fisen, 149; Foulon, 1. 1, p. 483.) 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390- 1H8. 2S 

II. 

L'Élection du Prince -Évoque. 

Trois candidats furent recommandés aux chanoines tré- 
fonciers : l'archidiacre Guillaume de Lécha par Jeanne 
duchesse de Brabant, Jean de Bavière, déjà désigné pour le 
siège de Carabray, par son père Albert de Bavière comte de 
Hollande, de Zeelande, de Frise et de Hainaut, Thierry de 
Lamarck par ses frères Adolphe archevêque de Cologne et 
Englebert comte de Lamarck et de Clèves. 

Le 36 mars, les chanoines après avoir assisté à la messe 
du Saint-Esprit et entendu un sermon d'un Frère Mineur, 
élurent à l'unanimité Thierry de Lamarck. Olivier de Malle 
chanoine-chantre, Jean Donghe chanoine, Thierry de Moulan 
et Jean délie Boverie furent envoyés à Rome près du pape 
Urbain VI pour lui demander de confirmer l'élection. Les en- 
voyés furent reçus en audience, le 26 mai, par le Pontife et 
le lendemain, jour de l'Ascension, ils assistèrent à sa messe. 
Jean délie Boverie obtint l'honneur de la servir et de verser 
le vin et l'eau. Le lendemain, le Pontife confirma l'élection. 
Les députés furent de retour vers la fin de juillet. 

L'Élu envoya, vers ce temps, le prévôt de Xanten à Liège 
pour notifier au chapitre qu'il n'acceplait point le siège 
épiscopal. Les motifs de son refus ne sont pas connus. Sa 
famille désirait beaucoup qu'il acceptât le siège. Son oncle 
Éverard de Lamarck pria le chapitre de différer la nouvelle 
élection de quelques semaines, parce qu'il espérait faire 
revenir son neveu de sa décision. Il partit de Liège le 
l'' août et y revint le !•' octobre pour informer le chapitre 
que Thierry persistait dans son refus. 

Le chapitre procéda à une nouvelle élection. Son choix 
tomba sur Jean de Bavière. Le chevalier Gilles Chabot 
matire-ès-arts et échevin de la Cour, fut envoyé à Rome 
pour solliciter la confirmation de l'élection. Le pontife 



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26 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

romain Boniface IX qui avait été élu le 2 novembre 1389, 
conféra le siège épiscopal de Liège à Jean de Bavière, quoi- 
qu'il n'eût encore que dix-sept ans. Le Pontife espérait que, 
par cette faveur, il conserverait les membres de celte puis- 
sante famille avec leurs États dans son obédience. Le père 
de Jean de Bavière était comte de Hollande, de Zeelande, de 
Frise et du Hainaut; le frère de Jean, nommé Guillaume, 
épousa en premières noces Marie fille de Charles V roi de 
France et en secondes noces, Marguerite fille de Philippe le 
Hardi duc de Bourgogne; ses sœurs avaient épousé de 
grands princes, Marguerite Jean -sans -Peur duc de Bour- 
gogne, Catherine Guillaume duc de Gueldre, Jeanne Wen- 
ceslas roi de Bohême, lolinde Albert duc d'Autriche. Le Pape 
romain chargea Hubert évéque de Rosse et Thomas Conrardi 
de Noir de mettre Jean de Bavière en possession du siège 
épiscopal de Liège, après qu'il aurait fait serment de fidélité 
au Pontife romain et promit de ne jamais adhérer à l'anti- 
pape d'Avignon. La prestation du serment et la mise en 
possession eurent lieu à La Haye, le 8 mai 1390, en présence 
du comte Albert, et d'un grand nombre de prélats et de 
nobles. (V. Lib. chari,, liv. IV, n*> 98.) 

Trois jours après, l'Élu promit de satisfaire le mambour 
Henri de Hornes sur les revenus de la mense épiscopale et 
de réparer même les torts que ce mambour avait causés au 
chapitre. (V. Schoonbroodt, n** 894.) 

Le 10 juillet 1390 il arriva à Liège, accompagné de son 
père, de son frère et d'une foule de nobles au nombre de 
plus de trois eents. On voyait parmi eux Guillaume, comte 
de Namur, son frère Jean de Namur, le sire de Morialmé, le 
sire de Gaesbeeck, le sire de Traeigny, le sire de Hameide, 
vingt-quatre chevaliers bannerets et trois cents autres che- 
valiers. La capitulation qu'il jura, le jour de son inauguration, 
n'est pas connue, mais il n'y a pas à douter qu'elle n'ait 
renfermé les stipulations contenues dans les actes antérieurs 
de ce genre. Son père releva, ce jour de lui, le comté de 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, i390-ni8. 27 

Hainaut qui était un fief de Téglise de Liège. Quatre jours 
après, rÉIu partit de Liège pour se faire inaugurer dans les 
bonnes villes et confirmer, en même temps, leurs privilèges. 
Au mois de septembre, il reçut de FEmpereur Tinvestiture 
de la principauté dont il montra Tacte à la cour des éche- 
vins. Tous les tribunaux qui étaient restés fermés par la 
mort d'Amoul de Homes, furent immédiatement ouverts 
pour rendre la justice, au nom du nouveau prince. Jean 
Rossius fut nommé grand mayeur de la cour de Liège, (i) 

III. 

Vers la fin de Tannée 1390 ou au commencement de 1391 
des marchands français furent arrêtés par le seigneur de 
Bolaiid et détenus dans sa forteresse de Château-Thierry-sur- 
Meuse. Cet acte provoqua des représailles. Des négociants 
Dinantais furent arrêtés en France et détenus en prison. 
Leurs parents et amis de Dinant invoquèrent la médiation 
du prince. Comme Jean de Bavière négligeait cette affaire, 
les Dinantais prirent les armes. Ils s'emparèrent de Château- 
Thierry, au mois d'avril 1391, et mirent les marchands 
français en liberté, pour obtenir la remise en liberté de leurs 
concitoyens. (V. Fisen, p. ISl.) 

Les fonctions électives étaient souvent, dans la cité, l'objet 
de bien des ambitions. Un collège de trente-deux hommes 
était chargé de réprimer les moyens illégitimes employés 
pour les obtenir. Les sévères condamnations prononcées 
par ce Collège déplurent aux ambitieux. Ceux-ci parvinrent 
à le faire dissoudre et à révoquer ses jugements. Ils par- 
vinrent, en outre, à faire supprimer la loi qui étaBlit que les 
bourgmestres sortants ne peuvent être réélus qu'après un 

(i) Jean Roseaux (Rosseal, Rousseau, Rossius) était grand mayeur en 
4393. Il mourut le 30 mai 1406 et fut enterré au chœur de Péglise des 
Dominicains. Son fils Nicolas, chanoine de Saint-Lambert, mourut le 4 
ioin 1440. (V. Db Theux, t. il, p. 468.) 



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28 LA PRINCIPAUTÉ DE UÉGE 

intervalle de six ans. Ces changements faits au profit de 
l'ambition provoquèrent une réaction. A l'approche des 
élections du mois de juillet 1392, le Collège des trente-deux 
hommes fut rétabli à l'unanimité. (V. Fisbn, p. 152). 

Au commencement de l'année 1393, le prince, accompagné 
de la noblesse du pays, se rendit en Hollande pour recon- 
cilier son frère Guillaume, comte d'Ostrevant avec son père 
Albert. Depuis l'an 1350 la Hollande était divisée en deux 
factions les Iloecks et les Cabillauds. Un intérêt dynastique 
avait donné lieu à ces divisions. Les Cabillauds étaient en 
faveur à la Cour d'Albert. Les Hoecks jaloux attirèrent son 
fils Guillaume dans leur parti et le portèrent à faire assas- 
siner la concubine de son père. Ce fut le commencement 
d'une guerre entre le père et le fils. Celui-ci se trouvait 
assiégé dans la forteresse d'Altena, lorsque le prince de 
Liège arriva avec ses nobles et vassaux. Il réconcilia le fils 
avec le père. Guillaume s'éloigna pour un temps du pays et 
se rendit en France où il épousa Marie, fille du roi. (V. Fisen, 
p. 152). 

Jean de Bavière fut rappelé dans sa principauté par les 
nouveaux troubles qui avaient éclaié à Saint Trond. En 
l'année 1388 un brasseur, nommé Barlholomé Schencke, 
avait levé l'étendard de la révolte contre le prince et l'abbé 
et entraîné le peuple. La Cour l'avait condamné au bannisse- 
ment. Méprisant la condamnation, il souleva le peuple contre 
l'abbé. L'archevêque de Cologne, auquel on avait appelé, 
jeta l'interdit sur la ville. Dès lors, le peuple proscrivit les 
échevins et dévasta les propriétés de l'abbaye. Les religieux, 
ne se voyant plus en sécurité à Saint-Trond, se retirèrent à 
Heusden en Hollande. La plupart des adhérents de l'abbé émi- 
grèrent et virent leurs propriétés envahies et dévastées. Les 
rebelles dominèrent dans la ville et la régirent d'après leur 
volonté pendant plus de quatre ans (déc. 1388 — mai 1393). 
L'interdit était si sévèrement observé qu'on cessât tout ser- 
vice divin dans toute paroisse oii un Saintronnaire séjournait 



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sous JEAN 1)E BAVIÈRE, 4390-4418. 29 

plus de trois jours. Le brasseur Bariholomé fut assassiné, on 
ignore par qui. Ses adhérents portèrent le cadavre à Liège 
pour exciter la commisération publique. On décréta que les 
dix hommes armés de ehaque métier se rendraient à Saint- 
Trond, pour venger sa mort. Les Liégeois unis aux Saintron- 
naires dévastèrent toutes les propriétés de Tabbaye, entre 
autres, celles de Tabbé à Ordenge. La médiation des trois 
États du pays et surtout l'arrivée du prince amenèrent la 
conclusion de la paix, le 17 mai 1393. Les Saintronnaires, 
après avoir demandé pardon de leurs excès, durent payer 
dix mille florins au prince pour avoir violé sa juridiction et 
six mille k l'abbaye pour indemnités. Les deux seigneurs 
donnèrent en même temps (17 mai 1393) à la ville un règle- 
ment qui étendaient encore les libertés communales : le 
dimanche avant la Saint-Jacques les bourgeois éliront deux 
bourgmestres ; chaque métier élira deux conseillers commu- 
naux et deux gouverneurs du métier ; les bourgmestres, les 
conseillers et les gouverneurs prêteront le serment de fidé- 
lité; les échevins n'interviendront plus dans l'administration 
des affaires communales ; en cas de nécessité les bourg- 
mestres pourront même appeler les bourgeois sous les 
armes au son de la cloche du ban et les réunir au marché 
sous leurs bannières ; les bourgeois pourront seuls être 
admis aux fonctions communales ; un bourgeois ne pourra 
être arrêté ou jeté en prison , hors le cas de flagrant délit, 
que par un jugement des échevins, des bourgmestres et de 
six conseillers communaux. Les deux seigneurs ordonnèrent 
aussi l'oubli du passé et prohibèrent sévèrement même tout 
reproche à ce sujet. Les échevins et les émigrés rentrèrent 
et furent remis en possession de leurs biens. Tous les reli- 
gieux revinrent aussi de Heusden. (V. Zantfliet, p. 338 et 
342; FisEN, p. 148 et 152; Coutumes, p. 196; Carlul. de 
Saint Trond, t. II, p. 117 et s.) 

A la même époque, le chapitre de Saint-Martin pensait 
que ses droits avaient été violés à Canne dont il était le 



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30 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

seigneur. Le prince, en sa qualité de souverain du pays, 
avait perçu des coupables d'un homicide l'argent de com- 
position et s'était abstenu d'exercer à leur égard \ejus ignis 
et fugœ. Le chapitre qui soutenait que ce droit lui revenait, 
au lieu de s'adresser aux tribunaux, s'adressa à la cité 
léunie dans l'enceinle du palais, le 1" mai 1393. Celle-ci 
déclara qu'il fallait s'en tenir à la loi du pays qui devait être 
suivie par une partie, aussi bien que par l'autre. (V. Schoon- 
BROODT, p. 94.) 

Ce fut pendant les troubles de Saint-Trond que le comte 
de Meurs, à la tête de nombreux cavaliers, fit une irruption 
dans la principauté de Liège. Il s'avança jusqu'aux portes de 
Visé et en provoqua les habitants. Comme ceux-ci ne sor- 
taient point de leurs murs, il retourna sur ses pas en incen- 
diant plusieurs villages du duché de Limbourg. Le magistrat 
de Maestricht qui voyait la fumée de l'incendie, le laissa faire. 
Un cordonnier, indigné de l'inaction du magistrat, prit un 
drapeau et fit appel au dévouement du peuple. Plus de quatre 
cents le suivirent pour aller combattre le comte de Meurs. 
Étant mal armés et n'étant point formés aux exercices mili- 
taires, ils furent facilement culbutés par la cavalerie alle- 
mande. Plusieurs furent tués, d'autres furent pris. Le reste 
se réfugia au cimetière du village de Sainte -Marguerite 
(Margraten) où ils se défendirent vaillamment (26 mars 1393). 

Le prince Jean de Bavière leva des soldats pour expulser 
les Allemands de sa principauté ; il porta le ravage dans les 
terres du comte de Meurs et de ses alliévS parmi lesquels il 
y avait l'Électeur de Cologne. Vers le mois de septembre 
1393, il fit une alliance avec son fière Guillaume de Hollande 
et son beau-frère le duc de Gueldre. Avant de rien entre- 
prendre contre l'Électeur, Jean de Bavière lui envoya le duc 
de Gueldre pour conférer avec lui. Ce duc se laissa gagner 
et entra dans le parti de l'Électeur. Dès lors, le prince de 
Liège et son frère Guillaume, ne pouvant résister à de si 
puissants adversaires, rentrèrent précipitamment dans leurs 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4^90-1418. 31 

pays, en abandoanant leurs bagages. Rentré à Liège, Jean 
de Bavière convoqua les trois États et leur exposa la perfidie 
du duc de Gueldre. Les États décrétèrent la guerre, le 14 
septembre 1393. Les Gueldrois s'avancèrent jusqu'à Slockem 
qu'ils assiégèrent. La garnison se défendit vaillamment, 
malgré l'absence du commandant, Henri de Homes, seigneur 
de Perwez. Les Lossains accourus au secours de Stockem, 
mirent les assiégeants en fuite et les poursuivirent jusqu'à 
Venlo. Montjardin et Perwez, à la tète de troupes choisies, 
portèrent le ravage dans l'Électorat de Cologne. Les princes 
voisins qui redoutaient une guerre cruelle, offrirent leur 
médiation. Un armistice fut conclu avant l'hiver, et vers la 
fin du mois de mai 1394 on fit la paix. Les Maestrichlois 
durent racheter, par une somme de 4,000 florins, leurs con- 
citoyens détenus prisonniers. Les torts et dommages causés 
de part et d'autre furent compensés et pardonnes (6 juin 
1394). (V. FisEN, p 152; Zantfliet, p. 341 et 343.) 

l'ordre, la tranquillité et la sécurité des personnes à 
assurer, préoccupait le prince, aussi bien que l'administra- 
tion communale. « Dans la cité, franchise et banlieue il y 
avait un grand nombre de jeunes gens dissolus, craignant 
peu la justice, les juges et l'administration ; leurs excès 
étaient journaliers, tels que hommes tuer, affoler, femmes 
ravir et emmener, coups de couteau férir et donner, les 
justices et leurs maîtres mépriser et vilipender. » Le prince 
pour mettre un terme à ces excès, se concerta avec les 
bourgmestres et le Conseil communal et porta, le 24 février 
1394, un règlement pour la durée de douze ans, règlement 
connu sous le nom de nouveau jet : il est défendu de porter 
«épées, couteaux, daghes, spaffus, haches, glaives, beghons, 
mâches et autres bâtons et armures »; excepté cependant le 
mayeur du prince, les bourgmestres anciens et nouveaux, 
etc Les étrangers qui arrivent dans la cité déposeront leurs 
armes ou bâtons à 1 hôtel ou auberge où ils descendent ; celui 
qui occira homme, férira de couteaux ou armes déloyales 



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32 U PRINCIPAUTÉ DE LlÉGË 

avec eitusion de sang, brisera quarantaines ou trêves, enlè- 
vera femme ou fille, sera condamné à un voyage à nie de 
Chypre, outre les amendes dues au prince et à la cité et les 
indemnités dues à la partie lésée; les forfaits moins graves 
seront punis par des amendes et un voyage à Saint Jacques 
en Compostelle; nul dorénavant ne pourra tenir femme 
gagnant son argent communément à son corps, ni jouer de 
faux dés, sous peine d'amende et bannissement pendant deux 
ans ; le mayeur, les échevins, les bourgmestres et quatorze 
conseillers feront chaque année aux mois de décembre et de 
juin enquêtes « sur huriers et tels gens ». (V. Raikem, Cou- 
tumes, t. II, p. 84). 



IV. 



La mense épiscopale possédait à Seraing-sur-Meuse un 
bois de 1,866 bonniers dans lequel les habitants jouissaient 
de certaines servitudes. Déjà sous le règne de Jean d'Arckel, 
il y avait eu des conflits touchant ces servitudes et il était 
intervenu un record, c'est-à-dire, une déclaration de droit, 
de la Cour des échevins de Liège du 16 novembre 1373. 

Le conflit surgit de nouveau sous Jean de Bavière. Les 
habitants prétendaient qu'ils avaient le droit de couper dans 
la forêt tout le bois dont ils pouvaient avoir besoin. Le 
prince porta l'afiaire devant la Cour des échevins de Liège. La 
Cour condamna quelques habitants à des voyages pour des 
actes de violence. Les condamnés implorèrent la protection 
des bourgmestres et des Conseillers communaux de Liège. 
La protection leur fut accordée et ordre fut donné à la Cour 
des échevins de révoquer ses jugements. C'était une usur- 
pation de la part de l'autorité communale. La Cour des 
échevins, soutenue par le prince, maintint son indépendance. 
Le lendemain , les échevins furent proscrits et exilés par 
les bourgmestres et le Conseil. Les échevins, au pays de 
Liège , étaient nommés à vie et ne dépendaient , à aucun 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1418. 33 

dire, des Conseils communaux. Le prince, pour mdinlenir 
leur indépendance, suivit les voies judiciaires, telles qu'elles 
étaient tracées par la législation du pays. Les habitants de 
Seraing, qui avaient violé les droits et usurpé les pouvoirs du 
prince, (urent cités devant le tribunal de Y Anneau du palais, 
en même temps que des Tongrois et des Saintronnaires 
qui s'étaient rendus coupables de délits semblables. Les 
Liégeois n'étaient pas soumis à ce tribunal. VAnneau du 
palais était composé du prince et de ses vassaux et siégeait 
dans Tenceinte du palais. Le premier acte de la procédure 
était la citation des accusés, à haute voix, à la porte du 
palais. Les Liégeois qui s'y trouvaient en grand nombre, 
empêchèrent, par leurs cris, que Tajournement ne fût ni 
compris ni même entendu. Le lendemain ils firent le même 
vacarme. Le troisième jour, les bourgmestres firent sonner 
la cloche du ban et prohibèrent aux bourgeois, sous peine 
d'exil, de comparaître devant VAnneau du palais. Le prince 
quitta Liège, le 24 août 1395) et se rendit à Huy. Toutes les 
bonnes villes embrassèrent le parti de la cité. Le prince se 
retira, dès lors, à Diesl et y évoqua le vicariat général et la 
Cour de l'official. Il donna, en même temps, ordre à Henri 
de Homes, gouverneur de Stockem, de fortifier la ville de 
Maeseyek. Il est indubitable que les gouverneurs des autres 
forteresses reçurent des ordres semblables. La guerre était 
sur le point d'éclater, quand des médiateurs ménagèrent des 
négociations de paix. Elles eurent lieu successivement à 
Diest, à Léau, à Herck, à Halen, à Maestricht,à Castert, entre 
lesdéputés des deux partis.Vers la fin de novembre, les abbés 
de Saint-Laurent, de Saint- Jacques, de Beaurepari joignirent 
leurs efforts à ceux des autres, à Diest et à Maesiricht. Le 
prinee accepta les condiiioos de la paix, lorsqu'on lui eût 
promis une indemnité des dommages qu'il avait soufl'erts. 
La nouvelle en arriva à Liège, le 24 décembre. Le peuple 
approuva la convention. Elle porte la date du 29 décembre 
1395 et fut conclue à Castert ou ^ Maestruht ; le piûnce^ 

3 



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34 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

conservera tous ses droits et les bonnes villes tous leurs 
privilèges; l'affaire des habitants de Seraing sera décidée 
par les tribunaux ; les bourgmestres feront leurs excuses au 
prince des injures qu'ils lui ont dites et faites; ses conflits 
avec les Tongrois et les Saintronnaires seront soumis à 
l'arbitrage des trente-deux hommes choisis par le prince, 
son père, son frère, la noblesse et les villes (excepté Tongres 
et Saint-Trond) ; le comte de Hollande mettra en liberté les 
marchands Liégeois qu'il détient prisonniers ; la concorde 
sera rétablie à Maeseyck entre les bourgeois et Henri de 
Hornes; les ouvrages de fortifications seront ou démolis 
ou achevés d'après le jugement du chapitre* (V. Bormans, 
Recueil, p. 373.) 

Le prince revint à Liège, vers le milieu du mois de janvier 
1496. Le 31 du mois, des brigands allemands surprirent la 
ville de Visé et Tincendièrent après l'avoir pillée. Les 
malveillants accusèrent le prince de connivence et de com- 
plicité. Il se justifia par le serment et se mit à la tête des 
Liégeois pour aller à la poursuite des brigands, mais ceux-ci 
avaient déjà disparu. (V. Zantfliet; Fisen, p. 153.) 

L'afliàire de la forêt de Seraing paraît avoir été décidée 
par la justice. Le 19 juillet 1396, la Cour des échevins de 
Liège déclara quels droits de glandée, les masuyers de 
Seraing avaient dans la forêt. Le 2 août suivant, elle décida 
que les habitants de Seraing n'avaient pas le droit d'y 
couper du bois de chauffage; ils pouvaient seulement, avec 
l'intervention de la justice, y couper les arbres dont ils 
avaient besoin pour construire ou reconstruire leurs mai- 
sons; les masuyers pouvaient, en outre, y cueillir les bois 
morts et les bois d'élagage. (V. Notices, t. XII, p. 64.) 

V. 

Le mode d*élire les bourgmestres et les conseillers com« 
munaux de la cité a été souvent modifié dans le cours des 



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sous JEAN DE BAVIKHIC, 4390-1418. 3S 

siècles, soit pour empêcher les brigues et les corruptions, 
soit pour satisfaire la versalilé d'esprit des Liégeois. Sous 
Jean de Bavière, le magistrat était élu d'après la lettre de 
Saint-Jacques du 1" juillet 1343 : chaque métier, sans appe- 
ler les grands, élisait deux jurés (conseillers) ; les grands, 
sans appeler les petits (les métiers) élisaient autant de jurés 
que les métiers ; les jurés élus par les grands choisissaient 
un des deux bourgmestres ; les jurés élus par les petits 
choisissaient Tautre; leur choix était libre et pouvait tomber 
sur une personne étrangère à leur classe. Â la requête de 
deux ou trois métiers, les deux bourgmestres devaient con- 
voquer « toute la ville et toutes les gens de la dite univer- 
siteit ensemble, » quand il s'agissait d'affaires graves. 

Ce mode d'élection déplut à un certain nombre de bour- 
geois qui soupçonnaient des brigues, inspirées par Tambi- 
lion, et des suffrages achetés par elle. La généralité des bour- 
geois fut réunie aux Frères Mineurs en 1396. On leur proposa 
le mode suivant : les grands et les petits choisiront chaque 
année soixante hommes ; ces soixante choisiront trente 
candidats-bourgmestres; le sort désignera les deux bour- 
mestres parmi ces trente candidats. Ce mode fut voté par 
seize métiers. Douze autres votèrent le maintien de l'ancien 
mode. Quatre proposèrent un troisième mode. 

L'introduction du sort dans l'élection des bourgmestres, 
ne pouvait être de longue durée. Ce mode ne fut observé 
que pour les élections de juillet 1396. 

VI. 

Guillaume, duc de Juliers et de Gucldre, qui avait ou croyait 
avoir à se plaindre de Reinaud de Schoonvorst, lui déclara 
la guerre et alla l'assiéger dans la forteresse de Schoonvorst. 
Jean de Bavière, dont la médiation avait été invoquée, par- 
vint à persuader à son beau- frère de lever le siège et de 
retourner en son duché. 

Guillaume qui paraît avoir été d'un caractère belliqueux, 



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36 LA PniNCIPAUTÉ DE LIÈGE 

déclara en 1397 la guerre à la ville de Bois-le-Duc, parce 
qu'un écuyer de sa famille y avait été tué, soit dans une sédi- 
tion, soit dans une autre occasion Jeanne duchesse de 
Brabant y envoya Jean de Wesemale, sénéchal du Brabant 
et seigneur de Diest et Henri de Perwez , avec des troupes, 
pour défendre la ville. 

Elle députa, en même temps, Reinaud de Schoonvorst à 
Liège, pour demander du secours au prince et à la cité. Le 
député gagna Taffection du peuple et reçut même le droit 
de bourgeoisie. Il se fit ensuite admettre dans le métier des 
bouchers et, pour flatter le peuple, il prit parfois part à 
l'exercice de leur profession. Le prince n'aimait pas de 
s'associer à une guerre contre son beau-frère. D'ailleurs le 
motif de cette guerre ne regardait pas le pays de Liège. Le 
député brabançon répandit l'argent et les flatteries à profu- 
sion et parvint à faire élire Baudouin de Flémalle bourg- 
mestre. Ce magistra prêcha la guerre au peuple, pour se 
venger, disait-il, des Gueldrois qui avaient. Tannée précé- 
dente, pillé et incendié la ville de Visé. Enfin la guerre fut 
décrétée. Le duc de Gueldre qui en fut bientôt informé, 
envoya des députés à Liège pour nier le fait d'avoir fait 
incendier la ville de Visé et pour proposer des conférences. 
Le parti de la guerre l'emporta sur le parti de la paix.Entre- 
temps, Guillaume se dirigea à la tête de son armée vers 
Bois-le-Duc. Trouvant la ville bien fortifiée et défendue et 
craignant l'armée brabançonne qui était déjà à Hérenthals, 
il rentra au duché de Gueldre, poursuivi par les troupes 
brabançonnes. La duchesse Jeanne qui se trouvait à Maes- 
iricht, fit prier les deux bourgmestres de la cité de conduire 
les Liégeois à rennerai. Les Brabançons dévastèrent le 
duché de Juliers, surtout les districts de Vlilingen et Aden- 
hoven, mais le manque de vivres les obligea de rentrer 
dans le pays, le 17 septembre 1397. Ce jour, les Liégeois 
envahirent le duché de Gueldre et s'empaièrenl d'Echt Ils 
se diiigèrent ensuite vers Ruremonde dans le dessein de 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1390 Ui8. 37 

s'en emparer, mais ils furent arrêtés en route par les inon- 
dations de la Meuse. Ils rebroussèrent chemin pour revenir 
à Liège, harcelés par les troupes du duc de Gueidre. Arrivé 
à Meersen, le bourgmestre Jean Le Coq tomba de cheval et 
se noya dans la Geul. Le lendemain, qui était le 29 sep- 
tembre, les Liégeois rentrèrent dans leur ville. Les Gueidrois 
de leur côté, envahirent le comté de Looz, au mois novembre 
et pillèrent la ville de Beeringen. Les habitants du voisinage 
prirent les armes et massacrèrent la plupart de ces envahis- 
seurs. L*hiver mit un terme à ces déprédations. Une alliance 
défensive entre la principauté de Liège et le duché de Bra- 
bant fut conclue à Diest, le If février 1398, en prévision de 
la guerre qui ne tarderait pas d*être reprise. (i)Les Gueidrois 
envahirent le marquisat de Franchimont et y portèrent la 
ta dévastation. Les habitants prirent les armes et se défen- 
dirent vaillamment. Dès qu'on rapprit 5 Liège, une expédi- 
tion fut décrétée contre eux et fixée au 18 juin. L*étendard 
de Saint-Lambert fut solennellement remis à Éverard de La- 
marck l'avoué de la Hesbaye. Quatre jours avant le départ, 
Henri de Perwez, sénéchal du comté de Looz, informa le 
prince que, d'après un rapport reçu de Stockera , le duc de 
Gueidre, assisté du prince d'Ulrecht, devait passer la 
Meuse près de Hocht et porter la dévastation au comté de 
Looz et dans la Hesbaye. Le prince fit appeler immédiate- 
ment, vers minuit, les deux bourgmestres et leur montra 
la lettre du sénéchal. Ils lui promirent le secours des Lié- 
geois. Le lendemain, ils terminèrent d*abord une affaire 
d'intérêt privé avec le peuple, c'est-à-dire, qu'ils pourraient 
conserver leurs fonctions jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le 
remboursement de la somme qu'ils avaient avancée ; dans 
faprès-dîner, ils conduisirent les Liégeois dans la Hesbaye 



(i) Les villes du pays de Liège et du comté de Looz, figurent comme 
partie contractanie, avec les villes du Brabant dans celte alliance. Le 
texte se trouve dans les BrabanUche Yesten, t. IL 



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38 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

et au comté de Looz pour s*opposer aux Gueldrois, mais 
c'était trop tard ; les Gueldrois, après avoir dévasté ces deux 
districts, en étaient déjà sortis. Le prince convoqua le peuple 
au palais et accusa les deux bourgmestres de négligence 
pour n*avoir pas convoqué les bourgeois immédiatement. 
Les excuses que les bourgmestres alléguèrent ne furent pas 
admises. Ils furent destitués par le peuple qui les remplaça 
par Jean de Seraing et Jacques Dewez. Une nouvelle expé- 
dition fut décrétée pour le surlendemain. Jean de Bavière 
commanda lui-même les Liégeois avec Éverard de Lamarck 
et les conduisit à Maestricht pour se joindre aux troupes 
brabançonnes. Celles-ci étaient sous le commandement de 
Jean de Wesemale, de Henri de Bauteschem de Berghes, de 
Jean de Rotselaer et de Jean de Wilhem. Valérien, comte 
de Saint-Pol, commandait les troupes bourguignonnes. Le 
24 juin 1398, les alliés arrivèrent devant Neustatt, près 
Sittard, qu'ils trouvèrent abandonné par les Gueldrois; ils 
y mirent en liberté dix- neuf habitants du comté de Looz, 
emmenés captifs quelques jours auparavant; ils détruisirent 
ensuite la ville. De Neustatt, ils s'avancèrent vers Ruremonde 
dont ils commencèrent le siège. La garnison se défendit vail- 
lamment. Les Liégeois étaient campés entre la Meuse et la 
Roer. Leurs mineurs s'efforcèrent de miner les murs des 
remparts et de les faire crouler. La duchesse de Brabant et 
le comte de Saint-Pol, désespérant de s'emparer de la ville, 
allèrent dévaster le duché de Juliers. Le prince de Liège 
négocia „ pendant ce temps, la paix avec le duc de Guèldre 
qui était au château de Monfort. La paix fut conclue et les 
Liégeois rentrèrent dans leur cité, vers le 16 juillet 1398. 
L'année suivante, les Brabançons approuvèrent le traité de 
paix. (V. Zantfliet, ad ann , 1398 ; Fisen, p. 188.) 

VIL 

Les Hutois avaient violé ou du moins étaient accusés 
d'avoir violé les droits légitimes du prince. Ces délits 



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sous JEAN DB BAVIÈRE, 1390-1418. 39 

étaient de la compétence de VAnneau du palais. Jean de 
Bavière suivit les voies judiciaires et porta l'affaire devant 
ce tribunal. Les Hutois, bien loin de comparaître, récusèrent 
l'autorité de ce tribunal, parce que le prince y présidait 
entouré de ses vassaux. Ils convoquèrent, de leur propre 
autorité, les bourgmestres des bonnes villes à Waremme 
pour les gagner à leur cause. Ils ne gagnèrent que les Maes- 
trichtois et les Dinantais. Les Saintronnaires qui avaient 
Clément lésé les droits du prince, préférèrent se récon- 
cilier avec lui et lui payèrent une indemnité de deux mille 
cinq cents florins. Les Tongrois et les Hasseltois suivirent 
l'exemple des Liégeois et restèrent fidèles au prince. Les 
Hutois comprenant qu'ils ne pourraient réussir sans le 
concours des Liégeois, vinrent à Liège pour parler au 
peuple qui fut réuni au palais. Ils n'avaient point, disaient-ils, 
l'intention de restreindre l'autorité du prince, ni la compé- 
tence du tribunal de VAnneau du palais; ils désiraient seule- 
ment connaître l'étendue et les limites des pouvoirs de' 
l'un et de l'autre. N'ayant point réussi dans leur projet, ils 
retournèrent chez eux, animés de sentiments de paix (1400). 
(V. Zantfliet, p. 358; Fisen, p. 1?7.) 

En cette même année ( 1400), la paix publique n'était pas 
moins menacée que la religion, par la réapparition des 
flagellants. Ces fanatiques pensaient qu'en chantant quelques 
cantiques et en se flagellant, ils recouvraient l'innocence 
baptismale et qu'ils en avaient la certitude par révélation. 
Des étrangers, adhérents de celte secte, arrivèrent à Maes- 
tricht et y propagèrent leurs erreurs. Le magistrat leur 
ordonna de se retirer, mais le peuple prit fait et cause pour 
eux; il bannit même le magistrat et les grands de la ville. Le 
prince partit pour Maestricht, afin d'y rétablir l'ordre. Le 
peuple ferma les portes de la ville et l'empécha d'y entrer. 
C'était violer les droits du prince ; aussi les coupables furent- 
ils cités devant VAnneau du palais. Ce tribunal les condamna 
à une amende. Les Tongrois empêchèrent les flagellants 



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40 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

d'entrer dans leur ville. Le seigneur de Perwez jeta en pri- 
son ceux qui s'étaient présentés à Visé. La secte disparut 
bientôt du diocèse. (V. Zantfliet, p. 358; Fisen, p. 157.) 

Wenceslas, empereur d'Allemagne, avait perdu l'affection 
des princes et celle de ses autres sujets par ses crimes et sa 
négligence à bien gouverner Tempire. Les Électeurs procla- 
mèrent su déchéance, le 20 août 1400, et lui substituèrent 
Robert de Bavière, duc de Heidelberg, ou comte palatin du 
Rhin, le 10 septembre suivant. Le nouvel Empereur avait 
intérêt à se faire reconnaître pas tous les princes de l'em- 
pire et par le Roi de France. Son père, Etienne duc de 
Bavière, arriva à Liège, le 6 novembre, et y fut reçu magni- 
fiquement par notre prince. Il l'engagea sans doute, à 
reconnaître Robert de Bavière et à rentrer sous l'obédience 
du Pontife romain ; les ducs de Bavière, en effet, défendirent 
constamment la cause de ce Pontife. On ignore, s'il réussit 
près de notre prince. De Liège Etienne partit pour la France, 
sous le prétexte d'y faire une visite à la reine, sa fille, mais 
en réalité pour gagner le gouvernement aux intérêts de 
Robert de Bavière. Le Roi de France refusa d'abandonner 
Wenceslas. La ville d'Aix qui resta fidèle à l'Empéreurdéetau, 
ferma même ses portes à son successeur. Robert de Bavière 
qui ne pouvait s'y faire couronner, se rendit à Cologne où 
l'archevêque Frédéric le couronna, le 6 janvier 1401. (V. 
Zantfliet, p. 358; Fisen, p. 158.) 

Ce fut en cette année, qu'une cruelle épidémie désola la 
Germanie, la Bourgogne et les provinces voisines. Elle 
enleva plus de douze mille hommes dans la cité de Liège. 
(V. FiSEN, p. 158 ; Zantfliet à l'an 1401.) 

Charles VI, Roi de France, avait souvent des accès d'alié- 
nation mentale, à partir de 1392 et se trouvait par consé- 
quent incapable de gouverner son royaume. La régence du 
pays fut disputée par son frère, le duc d'Orléans et par son 
oncle, Philippe -le -Hardi, duc de Bourgogne. Celui-ci l'em- 
porta sur son compétiteur et convoqua, en 1403, tous ses 



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sots JRAN DE BAVIÈRE, 1390-1418. 41 

parents et amis à Paris. Jean de Bavière s'y rendit avec un 
nombreux et brillant coriège de neuf cents chevaliers qui 
fut admiré des Parisiens. On y vit aussi Guillaume de 
Bavière, son frère, comte de Hollande et de Hainaut, 
Valéran comte de Saint-Pol, le comle de Namur et bien 
d'autres. (V Zantfliet, p. 360; Jean de Stavelot qui place le 
fait à Tannée 14ûS, p. 95.) 

VIII. 

Les mesures prises en 1392 pour prévenir les intrigues, 
les cabales et les corruptions dans les élections communales 
de la cité, n'avaient pas remédié aux abus. De nouvelles 
mesures furent décrétées, le 15 janvier 1402. Le Con- 
seil communal et les métiers décidèrent la suppression 
du Collège des trente- deux qui seront remplacés par un 
Collège de douze hommes. Ces douze seront nommés pour 
la première fois par les bourgmestres pour un an. Le 18 
janvier de chaque année, les douze se réuniront pour choisir 
eux-mêmes leurs remplaçants dans un certain nombre de 
métiers ; chaque année , les nouveaux douze seront choisis 
dans d'autres métiers, dans un certain ordre ; huit joui^s 
après leur élection, ils prêteront le serment de remplir 
fidèlement leurs devoirs ; celui qui aura fait soit des 
promesses, soit des cadeaux pour obtenir une fonction 
publique, sera puni de l'exclusion de toute fonction, d'une 
amende et d'un voyage à Roche-Madour ; l'élu jurera qu'il 
n'a rien promis, ni donné pour être élu ; on ne pourra être 
réélu qu'après un intervalle de six ans ; le bourgeois, pour 
avoir droit de suffrage, doit habiter dans la franchise; 
l'apprenti d'un métier n'a pas droit de suffrage, etc. 
(V. FisEN, p. 158.) 

Ces statuts des XII ne furent pas de longue durée, car ils 
furent modifiés l'année même, dit Jean de Stavelot (p. 16) 
« par les pourchasses des maîtres de la cité ». 



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42 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Au mois de juillet 1402, des Saintronnaires, au nombre 
de plus de cinquante-six, furent cités devant le tribunal de 
Y Anneau du palais^ pour avoir commis des actes de violence 
contre neuf échevins de la Cour de justice, au sujet de la 
justice qu'ils rendaient au nom du prince. Les accusés 
demandèrent un sauf-conduit et communication du dossier. 
Après avoir essuyé un refus, ils appelèrent à la Cour impériale 
en prétextant que le tribunal de V Anneau n*est institué que 
pour juger les délinquants qui demeurent en dehors de la 
principauté. Nonobstant cet appel, le tribunal de V Anneau 
les condamna tous à Texil et publia cet acte de condamnation. 
Les bourgeois de Saint-Trond, pour protester contre cette 
condamnation, élurent deux des proscrits, à la fonction de 
bourgmestres. Les Liégeois, dont les Saintronnaires avaient 
invoqué l'appui, voulurent contraindre le prince à révoquer 
la condamnation, mais il s'y refusa. L'Empereur accueillit 
l'appel des Saintronnaires et fit citer les neuf échevins devant 
sa Cour, pour recevoir et examiner leurs plaintes. Les 
échevins n'y comparurent point. Dès lors, l'Empereur, après 
avoir pris conseil des princes, des comtes, des grands et 
d'autres juges, annula l'acte de condamnation et rétablit les 
proscrits dans leurs droits. L'acte est daté de Heidelberg, 
du 8 mai 1403. A cette date, les Saintronnaires étaient-ils 
déjà réconciliés avec le prince? Jean de Stavelot raconte que 
le prince se retira à Huy, le 14 septembre 1402 et qu'il 
y convoqua les trois États, à l'exception des Liégeois. Il y 
admit, ajoute-t-il, les Saintronnaires à la réconciliation et 
fit même une alliance avec eux, ainsi qu'avec les Hutois et 
les Maestrichtois. (V. Jean de Stavelot, p. 17; Cart. de 
Saint-Trond, t. II, p. 160.) 

Ceux qui, à Liège, faisaient de l'opposition au prince, 
récurrent le nom de HaidroHs, parce qu'ils haïssaient les 
droits légitimes du prince et les libertés des églises, en un 
mot, parce que c'étaient des révolutionnaires sans droit, ni 
loi. Ils reprochaient à Jean de Bavière de n'avoir pas encore 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1390- 1418. 43 

reçu le sacre ëpiscopa) ; ils le représentaient comme prêt à 
abolir toutes les franchises et à pendre tous les bourgeois 
à leur porte ; ils lui prêtaient l'intention de se marier, de 
séculariser la principauté et de la transmettre à ses descen- 
dants. (V. Zantfliet, p. 36i.) 

Le prince voyant que la Cour de Tofficial ne jouissait plus 
de la liberté nécessaire, révoqua de Liège. Il en établit une 
section wallonne à Huy sous la présidence de Pierre Pierseal 
doyen de Huy et une section flamande h Maestricht, sous la 
présidence de Jean Hocsem, grand-écolâire. 

Les Haidroiis exploitèrent également ce fait contre le 
prince et, dès le 4 février 1403, ils se proposèrent d'élire 
un mambour pour gouverner le pays. Les honnêtes bour- 
geois, amis de la paix, engagèrent les partis à nommer des 
arbitres pour conclure la paix. Le prince y consentit et 
nomma Henri de Perwez et Baudouin de Montjardin pour 
arbitres. Les Haidroits refusèrent d'en nommer, parce qu'ils 
n'avaient rien à gagner à la paix. 

Le 12 juillet ils élurent Henri de Perwez, mambour du 
pays. L'élection, pour être valable, devait être approuvée 
par le chapitre. Les chanoines, réunis dans la salle capitu- 
laire, refusèrent de l'approuver, parce que le siège épiscopal 
n'était pas vacant et qu'à eux seuls revenait le droit d'élire 
un mambour, quand le siège est vacant. Les Haidroits, bien 
loin de céder, voulurent contraindre les chanoines à sceller 
les lettres de nomination. Ils entourèrent le bâtiment où les 
chanoines étaient réunis et les empêchèrent d'en sortir, 
espérant les réduire par la faim; ils les menacèrent même 
de leur couper à tous la tête. Le lendemain, 14 juillet, les 
abbés des monastères, le clergé des collégiales et tous les 
bourgeois s'assemblèrent au palais, les uns pour délivrer 
les chanoines, les autres pour fortifler le parti des Haidroits. 
La grande majorité réclama la présence des chanoines-tré- 
loDciers. La salle oii ils étaient enfermés, depuis vingt- 
quatre heures, fut ouverte et ils se présentèrent à la foule du 



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44 LA PniNCIPAl'TÉ DE LIÉCE 

haut des fenfitres du palais. Ils furent acclamés. Ils décon- 
seillèrent fortement la guerre civile et s'offrirent comme 
médiateurs pour négocier. Le parti de la paix remporta. Des 
délégués de tous les ordres furent envoyés à Maastricht. Ils 
exposèrent au prince tous les fléaux d'une guerre civile et 
rassurèrent « de la bonne volonté des bonnes gens de la 
cité qui se voulaient mettre à raison ». Le prince consentit 
à négocier sous les conditions que le mambour renonçât à 
la mambournie et que de part et d'autre on nommerait huit 
négociateurs avec pleins pouvoirs. Jean de Bavière nomma 
Jean Egidii prévôt, Walther de Momalle archidiacre de 
Hainaut, Jean de Hocsem officiai, Olivier de Malle chantre, 
Jean de Haccourt prévôt de Tongres, Robert de Saint- 
Laurent prévôt de Saint-Barthélémy , tous chanoines-lré- 
fonciers, Jean de Chockler et Jacques Chabot chevaliers. 
La cité nomma Guillaume de Horion, Gilles Surlet, Jean de 
Seraing sire de Houtain, Guillaume de Waroux, chevaliers, 
Gilles de Bierset, Jacquemin de Theux, Louis d'Ernauwe et 
Renkin Urbain. Les seize députés se réunirent à Tongres et 
y convinrent, le 28 août 1403, d'un traité sur les points et 
articles que lo prince avait donnés par écrit et qui renfer- 
maient ses plaintes contre la cité. On voit par ce traité que 
la cité s'était rendue coupable de bien des usurpations et 
que tous les torts étaient de son côté. Les bourgmestres et 
le Conseil communal ne connaîtront plus des héritages, des 
testaments, des convenances de mariage, des biens ecclé- 
siastiques, ni d'autres cas qui sont du ressort de la Cour de 
l'official ou de celle des échevins ; ils pourront connaître des 
cas d'infraction aux statuts, franchises et libertés de la cité ; 
quant aux affaires de commerce, les bourgeois peuvent les 
déférer soit à la Cour de l'official, soit à celle des échevins, 
soit aux bourgmestres et Conseil , sauf l'exemption des 
clercs, des veuves et des filles ; les bourgmestres et le 
Conseil n'empêcheront plus l'exécution des jugements portés 
par les juges compétents; aucun afforain (étranger à la cité) 



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sous JEAN UE BAVIÈRE, 1390-i4i8. 4S 

ne pourra recevoir le droil de bourgeoisie soil des bourg- 
mestres, soii d*un méiier, à moins que son nom n*ait été publié 
el affiché au Péron,aQD qu'un chacun puisse y Taire opposi- 
tion dans les quarante jours; ce nouveau bourgeois devra 
fixer sa résidence et il sera justiciable de la Cour de l'endroit 
où il réside ; quand un bourgeois aura été déclaré aubain 
par les bourgmestres et les conseillers communaux pour 
dettes de commerce, les bourgmestres ne pourront pas le 
faire arrêter en dehors de la franchise de la cité, mais le 
créancier pourra le faire citer devant la Cour de justice du 
lieu où il réside, pour se faire payer la créance ; ni la cité, ni 
les autres bonnes villes ne pourront faire la guerre soit à 
un seigneur du pays, soit à un prince voisin, sans le con- 
sentement du prince et des États primaire et noble, parce que 
la guerre est une chose qui regarde tout le pays, toutefois 
quand un seigneur voisin ou auires gens arrêtent des mar- 
chands ou autres surcéants du pays ou prennent leurs biens 
ou envahissent le pays, en y faisant des dommages, la cité 
ou la bonne ville intéressée pourra poursuivre les malfai- 
teurs; quant au schisme qui afflige TËglise, la cité ne déci- 
dera rien sans Tévêque, le clergé et les autres membres du 
pays ; les revenus des bénéfices possédés par des absents ne 
seront pas perçus par les bourgmestres, mais par l'évéque 
qui les mettra en séquestre pour en disposer plus tard selon 
le droit et Ja raison ; on observera la paix des clercs de 
1387 louchant la fermeté et les brasseurs; la ciié ne donnera 
plus ni franchi;ies, ni libertés à d*autres bonnes villes ; le 
prince ne pourra pas accorder des libertés qui soient pré- 
judiciables à celles de la cité ; la lettre de Saint-Jacques de 
1343 sera observée, sauf que les gens de lignage qui ont 
renoncé à leur droit d'élire un bourgmestre et la moitié des 
conseillers, ne pourront plus l'exercer, mais la cité élira les 
deux bourgmestres, les quatre rentiers, les conseillers, les 
gouverneurs des métiers, le jour de Saint-Jacques ; la paix 
iaite dernièrement à Saint-Trond (1393) sera maintenue et 



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46 U PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

les sept hommes bannis après cette paix pourront revenir ; 
les gens des deux partis en guerre qui avaient résigné leurs 
fiers entre les mains du seigneur, pourront les reprendre, 
sauf à les relever de nouveau du seigneur, de la main à la 
bouche ; les seize négociateurs de la paix feront une enquête 
sur les pourchasses, promesses, manèges et autres faits qui 
ont élé la cause des troubles, afin que les coupables soient 
punis. Il y a, en outre, dans ce traité, plusieurs dispositions 
touchant les Cours de justice. Les membres des Cours de 
Justice jureront, le jour de leur admission, d'observer cejlte 
paix. Le même serment sera prêté, chaque année, à la Saint- 
Jacques, par les bourgmestres, les conseillers communaux, 
les gouverneurs des métiers. La paix des seize ou de Tongres 
fut approuvée par tous les intéressés. (V. Jean de Stavelot, 
p. 17-35 ; Fisen, p. 189.) 

Le jour même que cette paix fut signée (28 août 1403) le 
prince, pour récompenser les bonnes villes de Huy, de 
Maestricht et de Saint-Trond des bons et loyaux services 
qu'elles lui avaient rendus et en vue de ceux qu'il attendait 
encore d'elles, leur promit qu'il ne ferait plus citer leurs 
bourgeois devant YAnneau du palais et que ce tribunal 
n'aura pas plus de compétence que sous ses prédécesseurs. 

(V. BORMANS, p. 379.) 

Les seize firent l'enquête et entendirent un grand nombre 
de témoins. Le 7 octobre 1403 ils lurent le résultat de leur 
enquête devant le prince, les États et le peuple assemblé au 
palais. Les plus coupables étaient au nombre de dix-neuf. 
Leur culpabilité était si évidente que le peuple, sans déli- 
bération préalable, demanda, tout d'une voix, leur condam- 
nation. Les deux bourgmestres , Baudouin de Laroche et 
Laurent Lambert, élus le 25 juillet précédent, étaient les 
chefs des Haidroits ; ils furent immédiatement destitués 
et remplacés. Les autres étaient Gilles Lambert fils de 
Laurent, Jacquemin Badut, ancien bourgmestre, Lambert 
Grégoire, docteur en droit, Colar Machar, Gilles Machar 



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sots JEAN DE BAYlÈUtC, 13iM)t4r8. 47 

son frère, Elias de Flémalle, Machier son frère, Ernoul 
LeJovenne, Colar son frère, Jean Donneur, Jean Del 
Berwines, Laurent son frère, Renchon Hardis, Enouid 
Soyen, Colar Blancmoyne. Ils prirent tous la fuile. Le 
lendemain, le prince et le peuple les bannirent à perpétuité 
du pays avec la clause que l'un ne pourrait leur faire grâce 
sans Taulre. Le prince, craignant une révolte de la part des 
Haidroits, convoqua le peuple sous les armes. Tous les mé- 
tiers comparurent avec leurs bannières et tirent bonne garde 
pendant toute la journée; le soir des patrouilles furent 
organisées pour veiller pendant la nuit. (V. Zanîfijet; Fisen.) 

La paix étant rétablie dans la cité , les bourgmestres et 
le Conseil communal lui donnèrent un nouveau règlement, 
au mois d'octobre 1403, pour prévenir les abus, maintenir 
Tordre public et régler la police communale judiciaire. On 
y lit, entre autres dispositions, les suivantes : ni les aiforains 
boui^eois demeurant hors la franchise, ni les apprentis des 
métiers, ni les enfants mineurs des maîtres n'auront le 
droit de suffrage ; les bourgmestres élus à la Saint-Jacques 
ne seront rééligibles qu'après un intervalle de quatre ans 
et ils jureront qu'ils n*ont rien donné, ni promis, ni fait 
pour être élus ; le jour de Sainte Lucie on n'élira pour 
entrer au tribunal des XXII que des bourgeois (au nombre 
de quatre) sages et discrets qui connaissent les lois du 
pays ; toute vénalité dans la collation des fonctions est 
sévèrement prohibée, vénalité qui était fréquente et avait 
(ait une mauvaise réputation à la cité ; huit hommes sont 
élus pour veiller à l'observation de ce règlement ; chaque 
année, huit autres seront élus, huit jours avant la Tous- 
saint, par Us bourgmestres et les membres sortants. Ce 
règlement, approuvé par le prince et appelé la lettre des 
YIII, fut supprimé à la fin du mois d'août 1405. 

Pendant le même mois d'octobre 1403, le prince, le clergé 
primaire, les bourgmestres et le Conseil de la cité se con^ 
certèrent pour modifier la loi nouvelle du 12 décembre 13S5. 



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48 LA PRINCIPAUTÉ DB LIÉGË 

Le 28 octobre, ils publièrent la modération dernière de la loi 
nouvelle. Cette modération concerne les aflaires judiciaires 
telles que : les testaments, les exécuteurs testamentaires, les 
douaires de femmes, les parliers, les salaires, les aliénations, 
les propriétés d'héritage, l'institution des lieutenants des 
fiefs, les mambournies, la Cour féodale, la Cour allodiale, le 
tribunal de la paix, etc.; on y lit, entre autres choses : tous 
ceux qui feront de jour ou de nuit des actes dans lesquels 
il y a force, violence, robe, arsin notoire, seront de ces 
actes même et immédiatement en la chasse du seigneur du 
lieu où le délit a été commis, dans le ressort de sa Cour et 
en la chasst du prince dans toute la principauté ; la personne 
lésée peut poursuivre le coupable et elle a le cri du pays pour 
le détenir et le livrer au seigneur ; le coupable devra avant 
tout satisfaire la partie lésée. — Les procès en matière de 
fiefs ne pouvant être plaides que par devant nous et nos 
hommes de fiefs, dit le prince, dans un des douze lieux où 
nous avons maison et chapelle, et ne pouvant nous y trouver 
constamment, nous remédierons à ces inconvénients en 
nommant un lieutenant des fiefs devant lequel les procès 
pourront se plaider à Liège, au palais, sauf les cas ressor- 
tissant au Tribunal de la paix ou à Y Anneau du palais; pour 
être assesseur et juge à la Cour féodale, il faut posséder un 
fief de nous « qui soit en la valeur de vingt sols, bonne monnaie 
de Liège ou un muid d'épeaûlre hériiable ». — Les hommes 
allodiaux, siégeant entre Sainte-Marie et Saint- Lambert à 
Liège, jugaient de tous les alleux situés au diocèse, quand les 
parties portaient la contestation devant eux; mais comme ces 
hommes étaient souvent choisis et amenés par les parties, 
il en résultait de graves inconvénients ; dorénavant il n'y 
aura que douze hommes allodiaux, nommés à vie, dont 
quatre seront nommés par le. prince, quatre par le chapitre 
et quatre par les bourgmestres de la cité. — Cette modérai ion 
de la loi nouvelle fut faite pour cent ans. (V. Jean db Stavelot, 
p. 95-76; fioRNANS, Recueil^ p. .) 



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socs JEAN DB BAVIÈRE, 4390H418. 49 

IX. 

La paix conclue, la lettre des VIII et la modération de la 
loi nouvelle furent observées par le prince, mais elles ne 
satisfirent point les Haidroiis. Ce parti fut loin d'être éteint 
par ces actes. 

Un impôt mis sur les bières par Pautorité communale de 
Saint-Trond et approuvé par le prince et Tabbé, comme 
seigneurs de la ville, fut Toccasion de nouveaux iroubles. 
Jean de Bavière se trouvant à Tabb lye de Saini-Trond avec 
sa suite, les révolutionnaires résolurent de s'emparer de sa 
personne. La veille de la Toussaint, de 14u4 (i), ils s'ar- 
mèrent et occupèrent le marché, après avoir barricadé 
les rues qui y aboutissent, pour ne pas éire attaqués par 
derrière. Le prince averti qu'ils allaient attaquer et cerner 
l'abbaye, arma les gens de sa suite et ses amis. Il sortit à 
leur tête de labbaye et alla in la rencontre de ses ennemis. 
Ceux-ci soutinrent à peine le premier choc. Un d'entre eux 
semit àcrier que les soldats du fort de Montenacken venaient 
d'arriver au secours du prince. Il y eut aussitôt une déban- 
dade générale ; plusieurs Haidroits furent faits prisonniers. 
La cour des échevins qui instruisit leur procès, les con- 
damna à mort. Ils eurent tous la tête tranchée. (Zantfliet ; 
Jean de stavelot p. 79, 97.) 

Le prince resta encore quelque temps à Saint-Trond, car, 
le 18 novembre 1404, de concert avec l'abbé, il donna un 
nouveau règlement à la ville. En vertu de ce règlement, il y 
aura treize métiers ; chaque métier choisira, le 7 janvier, dans 
son sein deux membres dont l'un sera conseiller communal 
et l'autre doyen du métier; les cheb de ménage auront seuls 
droit de suffrage; les rentiers ou patriciens (otiosi, ledigen) 

(0 Fiseo 6x6 ce fait à la date du 31 août 1404 et raeonle ensuite un 
second voyage du prince à Paris dont il fui de retour à Liège, dit-il, le 
l*' novembre 1404. Jean de Stavelot fixe un voyage du prince à Paris au 
1 septembre 140$. 

4 



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SO LA PRINCIPAUTÉ DE LlÉGC 

choisiront parmi eux huit conseillers communaux ; les con- 
seillers des métiers choisiront un bourgmestre ; les conseillers 
des patriciens choisiront également un bourgmestre ; les 
affaires judiciaires seront de la compétence excluse de la 
cour de justice, saur que, quand il s*agira de Thonneur et de 
Tarrestalion d'un bourgeois, la cour s'adjoindra un bourg- 
mestre et six conseillers pour entendre les témoins ; les 
affaires administratives de la ville seront de la compétence 
du conseil communal ; en cas de nécessité urgente, d'inva- 
sion de l'ennemi, d'arrestation d'un bourgeois emmené 
captir, le mayeur Tera sonner la cloche du ban pour appeler 
les bourgeois sous les armes ; s'il s'y refuse, les bourgmestres 
pourront le faire; pour obtenir un échevinage, il faut être 
âgé de vingt-cinq ans et avoir un revenu de vingt muids de 
seigle dont la moitié dans la ville; les échevins demeureront 
dans la ville ; personne ne pourra ni appeler les bourgeois 
sous les armes, ni porter, à cet effet, une bannière déployée, 
ni sonner la cloche du ban, sans les ordres des échevins, 
des bourgmestres et du conseil. {V. Cart. de Saint-Trond 
lom.II. p. 168). 

Ce fut à l'occasion de ces faits de Saint-Trond, dit Jean 
de Stavelot (p. 79) que les bonnes villes renouvelèrent leur 
alliance et décidèrent que quiconque aiderait le prince contre 
une bonne ville ou le pays, perdrait corps et biens. Les 
Haidroits bannis entretenaient des relations avec leurs par- 
tisans et excitaient les villes contre le prince. Ils se propo- 
saient de le priver de tout pouvoir et même de le déposer. 

Vers la fin de l'année 1404, l'évéque avec son clergé et ses 
fidèles rentra sous l'obédience du Pontife romain, Inno- 
cent VII. Ce fait fut exploité contre lui par les Haidroits. A 
leurs yeux, les trois Etats, la cité et le roi de France auraient 
dû autoriser la rentrée sous l'obédience, comme ils avaient 
décrété la soustraction d'obédience ; l'évéque, à leurs yeux, 
avait commis un excès de pouvoir. 

Les Haidroits qui craignaient les jugements du tribunal 



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sous JEAN DE BAVIERE, 1390-1448. SI 

de Tanneau du palais, prétendaient que ce tribunal étendait 
ses pouvoirs au delà de sa conapétence. Le prince, pour 
foire cesser ces clameurs, chargea des hommes instruits de 
bien fixer les cas dans lesquels on pouvait être traduit de- 
vant ce tribunal. Le 5 janvier 1405, ils déclarèrent qu'il y 
avait cinq cas : 1* Quand un feudataire du prince relève son 
fier d*un autre seigneur ou le change en alleu, contre sa foi 
et son serment ; â^" quand des juges au diocèse de Liège 
forjugent (bannissent) une personne, sans qu'ils soient ou 
constituent le tribunal de la paix, ou l'anneau du palais, ou 
la cour des échevins de Liège ou sans leur rechargement ; 
S"" quand quelqu'un veut dénaturer la. loi de Liège (la cour 
des échevins) et attraire devant une autre loi ou un autre 
chef que ce n'a été anciennement ; 4"" quand les hommes 
féodaux du prince de Liège (dans la cour féodale, le tribunal 
de la paix, et l'anneau du palais), quand la cour des échevins 
de Liège, quand la cour allodiale qui sont les trois chefs du 
pays, voient leurs jugements réformés par des seigneurs 
étrangers ou hors de notre pays ; 5^ quand quelqu'un 
empêche la loi du pays d'avoir son cours, ou quand plainte 
est faite devant le prince et les hommes féodaux , de crime, 
de force, de violence en abattant ou ardant maisons ou édi* 
fices, ou en faisant autres cas de notoire violence ou force, 
et que des hommes sont commis pour enquérir de la vérité 
des faits selon la teneur de la paix des seize et pour ajourner 
les parties, celui qui empêcherait soit l'enquête, soit l'ajour- 
nement, soit la citation des témoins, soit le prononcé du 
jugement, soit son exécution, pourrait être attrait devant 
l'anneau du palais. (V. Raikem, Coutumes, tom. Il, p.) 

Les cours spirituelles de l'official et des archidiacres 
étaient également l'objet des plaintes des mécontents. Le 
prince-évêque, pour les calmer, confirma le 3 avril 1405 les 
anciens statuts qui régissaient ces cours et y ajouta plusieurs 
dispositions nouvelles. (Bormans, Recueil, p. 408.) 

Les Haidroits se souciaient fort peu des lois et des statuts. 



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S2 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Ceux de Tongres parvinrent à faire bannir les échevins de 
la ville par le conseil communal et les métiers, parce qulls 
avaient refusé de condamner, sans la recharge de la cour de 
Liège, un Sainlronnaire à avoir le poing coupé pour avoir 
blessé un Haidroit de St-Trond banni de celte ville. Les 
Haidroits de Liège firent proscrire le chanoine Haccourt, 
chancelier du prince. (V. Jean de Stavelot, p. 98, Fisen 163.) 

Les pouvoirs judiciaire et administratif n'étant plus res- 
pectés par les Haidroits, le prince-évéque transféra, le 15 
juin 1405, à Maestricht, le vicariat général et la cour de 
rOfficial et il s'y retira lui-même. Comme ces mesures, loin 
de ramener les Haidroits, les rendaient encore plus violents, 
le prince ordonna, le 26 septembre suivant, au mayeur de 
ne plus demander justice à la cour et aux échevins de ne 
plus la rendre, jusqu'à ce qu'il en eut autrement ordonné. 
(V. Jean de Stavelot, p. 97; Fisen, 163; Zantfliet, ad an. 
1405.) 

La guerre entre le prince et les Haidroits était imminente. 
Les gens sensés désapprouvaient les actes des Haidroits. 
Au mois de juillet et d'août 1406, les chanoines et les bour- 
geois , amis de la paix, se présentèrent comme médiateurs. 
Ils eurent plusieurs conférences avec le prince et les Hai- 
droits. Les négociations n'aboutirent point, parce que les 
Haidroits ne pouvaient point parvenir à leur but par la paix 
et qu'ils voulaient faire rentrer les proscrits. (V. Zantfliet, 
ad an. 1406.) 

Henri de Homes, seigneur de Perwez et Baudouin de 
Mondersdorp, seigneur de Montjardin, ayant abandonné le 
parti du prince, celui-ci, par une lettre du 13 juillet 1406 
daté de Huy, en informa les châtelains des places fortes et 
leur enjoignit de veiller à la sûreté de leurs forteresses. Il 
en informa aussi chacun de ses vassaux. (Pavillard.) 

Les Haidroits, décidés à exécuter leurs projets, convo- 
quèrent les députés des bonnes villes à Liège. Le Tiers-Etat 
résolut d'élire un mambour, malgré l'opposition des villes 



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sons JEAN DE BAVIÈRE, 4390-U18. S3 

de Saint-Trond et de Maestricht. Le 6 septembre 1406 Jean 
seigneur de Roehefort et d'Agimont fut élu, mais il refusa 
d*accepter la fonction. Désireux de rétablir la paix, il se 
rendit avec plusieurs chanoines à Maestricht pour conférer 
avec le prince. Jean de Bavière demanda que son autorité 
légitime de prince et d'évéque fut reconnue et respectée. 
Les Haidroits le refusèrent. Jean de Roehefort se retira, dès 
lors, dans ses terres. (V. Zantfliet, ad an. 1406.) 

Les Haidroits résolurent ensuite d'offrir la mambournie à 
un autre puissant seigneur. Jean de la Chaussée, l'un des 
bourgmestres, teignant d'aller faire un pèlerinage à Notre- 
Dame de Halle, se rendit près de Henri de Homes, seigneur 
de Perwez. Il lui offrit la mambournie du pays et le siège 
épiscopal à son fils Thierry. Les deux ambitieux acceptèrent 
la proposition. Ce Henri de Perwez avait été nommé par 
Jean de Bavière, conseiller intime, sénéchal du comté de 
Looz et commandant de Siockem et son fils avait reçu de 
lui un canonicat à la cathédrale et l'archidiaconé de la 
Hesbaye. (V. Zanjfliet.) 

Henri de Perwez se rendit avec son fils à Liège. Il y fut 
suivi de tous les Haidroits bannis. Le 27 septembre 1406, 
il fut élu mambour pour trois ans et son fils Thierry, évéque, 
par les députés des bonnes villes. L'Etat primaire et l'Etat 
noble n'y avaient pris aucune part. Le même jour, le décret 
de bannissement contre les Haidroits fut rapporté et le 
lendemain le tribunal de l'anneau du palais fut supprimé. 
Les Haidroits, pour donner une apparence de légalité à leur 
double élection , prièrent le chapitre de la confirmer. Les 
chanoines réunis au sanctuaire de leur église, le 5 octobre, 
répondirent à l'unanimité que cette élection était illégitime 
à plusieurs titres et qu'ils refusaient de l'approuver. Dès 
que cette réponse fut connue des Haidroits, ils tirent publier 
au Peron, que ceux qui refusaient d'approuver l'élection 
devaient sortir de la cité avant le coucher du soleil. Les 
chanoines émigrèrent tous, soit ce jour, soit le lendemain. 



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84 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

excepté Guillaume, fils de Baudouin de Laroche. Ils se ren- 
dirent à Saint-Trond qui était resté fidèle au prince-évéque. 
Ils Turent tous proscrits et leurs biens confisqués. Après les 
chanoines de la Cathédrale, on tenta ceux des collégiales et 
les abbés des monastères avec leurs religieux. Convoqués 
dans Tenceinte du palais pour approuver la double élection, 
ils s'y refusèrent. Les Haidroits les tinrent enfermés au 
palais pendant dix-sept heures, en vociférant et en les 
menaçant de mort. Ces menaces triomphèrent du courage 
de quelques-uns. Les autres persistèrent dans leur refus et 
parvinrent à s'échapper. Les noble«, les riches et les hon- 
nêtes bourgeois, les échevins de la Cour et tous les vassaux, 
restant fidèles au prince, émigrèrent de la cité et plusieurs 
même du pays. Les Haidroits portèrent contre eux un décret 
de bannissement et confisquèrent leurs biens. Le chanoine- 
tréfoncier, Jean de Widoie, arrêté à Huy, fut jeté en prison 
et traité d'une manière indigne. Il recouvra la liberté, après 
une détention de plusieurs semaines , moyennant une forte 
rançon et la promesse de ne pas adhérer au parti des autres 
chanoines. Les Haidroits tenaient beaucoup à faire confirmer 
leur double élection par le chapitre de Saint -Lambert. 
Guillaume de Laroche, le seul chanoine resté à Liège, mit 
en possession d'un canonicat Wallher Thierry, chanoiqe de 
Saint-Barthélémy, qui avait obtenu du Pontife romain une 
bulle de provision pour un canonicat. Ces deux chanoines 
se constituèrent en chapitre et approuvèrent l'élection du 
mambour et celle de l'intrus. (V. Zantfliet, Jean de Stavelot 
et FisEN.) 

Il fallait encore obtenir la confirmation du Pape. Déses- 
pérant de l'obtenir du Pontife romain, les Haidroits se sépa- 
rèrent de son obédience et envoyèrent Jacquemin Badu, à 
Avignon, pour reconnaître l'antipape Benoît XIII et obtenir 
de lui la confirmation de l'élection. Pierre d'Ailly, évêque 
de Cambray, leur avait donné ce conseil. Benoît XIII, pré- 
tendant que le siège épiscopal était vacant depuis la mort 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1418. 5S 

d*Eustache Persant, de Rochefort (en 139S à Avignon), le 
conféra à Thierry de Homes , qui n'avait que dix-huit ans, 
et Taulorisa à recevoir tous les Ordres sacrés, le même 
jour. Jacquemin Badu, à son retour, fut jeté en prison par 
Jean duc de Bourgogne, mais il fut remis en liberté, à la 
demande du duc d'Orléans. L'intrus Thierry désirait aussi 
obteuir l'investiture de la principauté. Il la demanda, non à 
l'empereur légitime, Robert de Bavière, mais au Roi déposé, 
Wenceslas de Bohème qui la lui accorda. 

L'intrus, dès qu'il eut reçu la bulle de confirmation de 
l'antipape, convoqua le clergé au palais (23 mars 1407). Il y 
eut de vives discussions qui durèrent du matin au soir. 
Lambert Grégoire, de Ryswyck, licencié en droit, qui avait été 
conseiller de Jean de Bavière, défendit la cause de Thierry. 
Lambert de Stipite, moine de Saint-I^aurent, finit par con- 
vaincre toute l'assemblée que Jean de Bavière était le prince- 
évéque légitime. Ceux qui refusèrent de reconnaître Thierry, 
furent privés de leurs bénéfices et obligés d'émigrer. (V. 
Zantfuet et Jean de Stavelot, p. 105.) 

L'intrus, dès qu'il eut reçu les lettres d'investiture du Roi 
Wenceslas, convoqua les échevins pour les leur montrer, 
recevoir leur serment et ouvrir la justice. Ceux qui se trou- 
vaient à Liège, se rendirent au palais, le 25 mars 1407, mais 
ils restèrent fidèles à leur prince légitime et le lendemain 
ils émigrèrent. Le Tiers-État, convoqué et consulté par 
Thierry, le 10 avril 1407, lui répondit qu'il avait reçu l'in- 
vestiture de la principauté d'une manière légitime, qu'il 
devait nommer de nouveaux échevins et obliger tous les 
vassâux à relever leurs fiefs de lui. Thierry nomma de nou- 
veaux échevins parmi les Haidroits et demanda aux vassaux 
de faire de nouveau le relief de leurs fiefs. La plupart de 
ceux-ci le refusèrent. Les Haidroits envahirent et pillèrent 
les maisons des échevins émigrés et, par un décret du 3 mai, 
ils prononcèrent la confiscation de leurs biens. Les fiefs de 
plusieurs vassaux furent également confisqués et donnés à 



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!S6 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

d'autres. Presque tous les nobles, chevaliers, écuyers et 
autres vassaux restèrent fidèles à Jean de Bavière. Â la tète 
du petit nombre de défectionnaires se trouvaient Jean, 
seigneur de Rochefort et d*Âgimont, et Jean de Seraing, 
chevalier. 

Les échevins Guillaume de Xhendremael, Jean de Houtain 
et Guy de Slins virent brûler les maisons qu'ils avaient dans 
ces villages. Il en fut de même d'André Chabot et de Jean 
Del Chièvre qui avaient des maisons à Wez et à Ghênée. Le 
mambour avec ses gens incendia le château d'Oupeye qui 
appartenait à Adam, seigneur d'Oupeye et de Herstal et 
châtelain de Franchimonl. 

Le mambour et son fils nommèrent grand maïeur Henri 
de la Chaussée et échevins Jacquemin de la Roche, Henri 
Malchair le tanneur, Botier de Fexhe, Jean de Solongne 
chevalier, Robert de Sprolant, Ystaise de Liers, Henri de la 
Chaussée, Servais de Beaumont, Colar Maihier le bouilleur, 
Evrard de Lieriwe, Beaudouin de Lardier, Pirelot délie 
Grevier, Ernoul le jeune, le fils de maître Pierre de Henri- 
court, le fèvre (mai 1407). (V. Jean de Stavelot, p. 108 et 
109.) 

Jean de Bavière, pour défendre son autorité, eut recours 
aux armes et sollicita le secours de ses parents et amis. 
Jean de Heinsberg, â la tète de ses cavaliers, mit le feu aux 
villages de Fléron, de Micheroux et à plusieurs autres, le 25 
octobre 1406 Henri de Perwez, à la tête des Liégeois, sortit 
de la cité pour le combattre et s'avança jusqu'à Hervé, sans 
l'avoir atteint. Il revint sur ses pas et s'arrêta à Visé. Il fit 
demander des secours à Liège et li s obtint le 1" novembre. 
C'était la milice urbaine de Liège, de Huy, de Dinant, de 
Tongres et de Hasselt. Quoiqu'il eût fait accroire qu'il en 
avait besoin pour combattre Jean de Heinsberg, il avait 
l'intention de s'emparer de la ville de Saint-Trond que Jean 
de Bavière avait munie de troupes et où se tenaient les 
chanoines de la Cathédrale. Il fit le siège de la ville, après 



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sous JEAN DE BATIÉRE, 4390-4448. 57 

avoir brûlé les feubourgs. Les Saintronnaires ne recevant 
aucun secours, capitulèrent le neuvième jour aux conditions 
suivantes : ils reconnaîtront Thierry de Perwez pour leur 
prince-évéque ; ils s'allieront avec les autres villes et ils 
renverront les chanoines de la Cathédrale qui pourront se 
retirer sains et saufs au Brabant. Ces chanoines se retirèrent 
d'abord à Namur, mais le comte de ce pays qui craignait de 
se compromettre avec les Liégeois, les pria de sortir de son 
comté ; ils se rendirent à Louvain, à la demande de Jeanne, 
duchesse de Brabant et d'Antoine de Bourgogne. L'armée 
Liégeoise fut de retour à Liège, le 11 novembre 1406. 

Le prince de Liège s'était rendu à Mons, près de son frère 
Guillaume, comte de Hainaut, pour lui demander du secours. 
Les deux frères partirent de Mons, le 12 décembre 1406, 
pour la Hollande. Ils envoyèrent, en même temps, quatre 
cents soldats dévaster le pays de Thuin. Les Liégjeois, dès 
qu'ils en furent informés, leur rendirent la pareille en 
dévastant plusieurs villages du Hainaut, notamment La 
Buissière et Barbençon. Rappelé de Hollande par ses États, 
le comte Guillaume fut de retour à Mons, avant le 28 jan- 
vier 1407. 

Guillaume de Xhendremael qui était le commandant de la 
forteresse de Bouillon, y avait reçu Jean de Bavière, le 22 no- 
vembre 1406. Le prince l'avait pourvue de munitions et d'une 
bonne garnison et était retourné ensuite à Maestricht. Le 
mambour leva une forte armée à laquelle se joignirent les 
Dinantais et il se dirigea avec eux vers Bouillon. Les habi- 
tants de Bouillon, pour leur couper le passage, démolirent 
le pont sur la rivière. Voyîint que les soldats passaient néan- 
moins l'eau, ils se réfugièrent dans la forteresse. Le siège 
commença le 30 novembre et dura deux mois. Les chevaliers 
et les soldats se défendirent vaillamment. Ils furent profon- 
dément indignés et révoltés de la manière déloyale et 
malhonnête dont ils étaient attaqués. « Les assiégeants, dit 
Jean de Slavelot, faisaient tous leurs besoins dans des ton- 



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S8 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

neaux et puis les jetaient par des engins dans la forteresse, 
ce qui empoisonna les eaux des citernes et incommoda gra- 
vement les assiégés. » Ne recevant point de secours et 
manquant de vivres, les assiégés agréèrent la médiation de 
plusieurs seigneurs du Luxembourg et d'Evrard de Lamarck 
seigneur de Mirwart; il fut convenu qu'ils rendraient la forte- 
resse à Dieu, à saint Lambert et au pays de Liège au nom 
desquels le mambour et son fils en prendraient possession, 
mais ils pourraient en sortir sains et saufs avec leurs armes. 
La reddition de la place eut lieu, le 28 janvier 1407. (V. Jean 
DE Stavelot, p. 101.) 

Jeanne, duchesse de Brabant, qui protégeait le clergé Lié- 
geois réfugié à Louvain, mourut le 1" décembre 1406, 
laissant ses états à son proche parent , Antoine de Bour- 
gogne, fils de Philippe-le-Hardy. Le nouveau souverain fut 
inauguré, le 18 janvier 1407. Il y eut entre lui et Henri de 
Perwez des négociations qui eurent pour objet l'ancienne 
alliance entre les deux pays, le Tribunal de la paix et la 
résidence des chanoines à Louvain. L'initiative de ces né- 
gociations que Jean de Stavelot et Fisen attribuent au duc 
de Brabant, doit être attribuée plutôt à Henri de Perwez 
qui était intéressé à obtenir le secours du Brabant. Les 
négociations aboutirent à un traité qui ne fut point scellé 
par les bonnes villes, ni par le chapitre de Saint Lambert, 
ni par l'État-Noble. Le texte n'en est pas connu. On peut 
conjecturer que le duc s'engageait à garder la neutralité et 
à faire l'office de médiateur, en cas de besoin. Un traité 
avec le duc de Gueldre fut également conclu par Henri 
de Perwez et son fils Thierry. Le texte en est aussi in- 
connu. (V. ScHOONBROODT, n* 941); il est très probable que, 
par ce traité , le duc s'engageait à observer la neutralité ; 
étant le beau-frère du prince de Liège, on ne peut guère 
admettre qu'il se soit engagé à le combattre. D'ailleurs les 
ducs et les comtes, à cette époque, n'étaient pas portés à 
s'allier avec des sujets révoltés contre leur souverain légi- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-4418. §9 

time. La Emilie d'Antoine de Bourgogne était alliée à celle 
de Jean de Bavière ; Marguerite sœur d'Antoine avait 
épousé Guillaume, comte de Hollande et de Hainaut et frère 
de Jean de Bavière et Jean duc de Bourgogne, frère aîné 
d'Antoine, avait épousé une sœur de Jean de Bavière. Le 
ducdeBrabant refusa, en outre, de persécuter les ecclé- 
siastiques Liégeois réfugiés dans ses états. Les Haidroits, 
mécontents du duc de Brabant, incendièrent la tour et la 
forteresse de Godenoul d'Odeur qui était sénéchal du comté 
de Looz, ainsi que la maison de damoiseau d'Odeur qui 
résidait à la Cour du duc de Brabant ; c'était, sans doute, 
à l'influence de ces seigneurs qu'ils attribuaient la décision 
du duc de ne pas les aider. (V. Jean de Stavblot, p. 106). 

La faction des Haidroits répandait l'effroi par les pros- 
criptions et la confiscation des biens. Elle ne souffrait 
aucune opposition à ses desseins, ni aucune sympathie 
pour le prince légitime. Le 30 juin 1407, elle fil condamner 
à mort par le peuple et exécuter sur le marché quatre 
bourgeois, des plus considérés, Jean de Horion père, 
Guillaume de Horion fils, chevaliers , Nicolas Textor ancien 
bourgmestre, Jean de Corswarem et Jean de Saint-Martin 
écuyers. « Ils furent décollés, dit Jean de Stavelot, sans 
connaissance de fait, sans qu'ils eussent désobéi au mambour 
et à son fils, sans qu'ils eussent forfait à la cité ou au pays, » 
et uniquement pour inspirer de la terreur aux adhérents 
de Jean de Bavière. Aussi la plupart des bonnes gens émi- 
grèrent. Au mois de juillet, les bourgmestres, conseillers et 
métiers déclarèrent tous les émigrés, bannis, comme par- 
jures et vendeurs du pays et des communes et ils promirent 
vingt couronnes d'or à qui les pourrait livrer vifs ou morts. 
(V. Jean de Stavelot, p. 110 ) 

D*après Zantfliet, Jean de Bavière voyant que ses forces ne 
suffiraient point, se rendit en personne en France, en Alle- 
magne et en Angleterre, demander du secours à ses parents 
et amis. Ces secours lui furent promis pour le S8 septembre 



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60 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

1407, surtout par Jean, duc de Bourgogne, son frère 
Philippe, comte de Nevers, et Guillaume, comte de Hainaut, 
et de Hollande. Antoine, duc de Brabant, pria ces princes de 
différer ces secours jusqu'à Tannée suivante et de les lui 
donner entretemps pour se défendre contre Robert, Empe- 
reur d'Allemagne qui voulait, disait-il, le priver du duché de 
Brabant et qui, dans ce but, s'était allié avea le prince de 
Liège et le duc de Gueidre. Le duc fit, en outre, une alliance 
avec les Liégeois. (V. Zantfliet.) 

Ce récit de Zanfliet, reproduit par Fisen, n'est guère 
fondé. On ne peut point admettre que l'Empereur Robert ait 
eut l'intention de priver Antoine de son duché de Brabant et 
qu'il ait obtenu , à cet effet , promesse de secours de la part 
du prince de Liège et du duc de Gueidre. On ne peut point 
admettre non plus que le duc Antoine ait fait un traité 
d'alliance avec les Liégeois pour repousser les attaques de 
l'Empereur. De Dynter qui était à cette époque secrétaire du 
duc, raconte que celui-ci n'eut d'autre intention en se rendant 
à Maestricht, que de prendre possession de la moitié de la 
ville, ainsi que du pays de Fauquemont et de contraindre 
Raynald, duc de Gueidre, à relever de lui la ville de Grave. 
(V. Lib. VL cap. 84.) 

Les Haidroits répandirent à Liège le bruit que le duc de 
Brabant, quand il irait faire sa joyeuse entrée à Maestricht , 
aiderait les Liégeois contre leur prince légitime. L'armée des 
bonnes villes, forte de vingt mille hommes, dit Fisen, partit 
le 1" octobre 1407, pour Maestricht et campa à Wonck. Elle 
dévasta tout le voisinage, en attendant Farrivée du duc de 
Brabant. La ville de Maestricht n'avait cessé de reconnaître 
Jean de Bavière pour le co-souverain et l'érêque légitime. Le 
20 octobre 1406, elle avait décidé de garder la neutralité, c'est- 
à-dire, de ne prendre aucune part à la guerre des Haidroits 
contre le prince, ni vice- versa. Elle avait renouvelé cette dé- 
cision, le 17 mars 1407, à la demande du duc et des villes du 
Brabant, mais elle avait pris en même temps, des mesures 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4890-1418 61 

pour sa propre défense , en armant la bourgeoisie. Elle ne 
persista pas longtemps dans le système de neutralité. Avant 
le mois d'octobre de la même année , elle avait déjà pris la 
résolution de défendre la cause de Jean de Bavière contre ses 
adversaires. Aussi au commencement de ce mois, était-elle 
défendue parla milice bourgeoise que commandaient les deux 
bourgmestres, Antoine Ysermans et Arnold Heers, ainsi que 
par Farmée de Jean de Bavière que commandaient Godenoul 
d'Elderen, Thierry de iMopertingen, Jean de Ciney et Henri 
Bovier. Le duc de Brabant arriva, le 7 octobre, à Vlytingen. 
Le mambour, son fils, les deux bourgmestres de la cité, 
Wallher de Fiéron et Jacques BaJu, eurent une entrevue avec 
lui en dehors de Vlytingen. Y eut-il un traité d'alliance? Le 
duc leur a-t-il promis qu'il ferait entrer la ville de Maestricht 
dans la confédération des bonnes villes contre leur prince 
légitime? Zanifliet et Jean de Slaveloi Taffirment. L'historien 
de Dynter raconte que le duc se rendit au camp des Liégeois 
pour les engager à faire la paix avec leur prince et à lever 
le siège de Maestricht (lib. VL cap. 85). Les Maestrichtois, 
qui reconnaissaient le duc Antoine pour leur co-souverain 
légitime, lui envoyèrent les deux bourgmestres et les quatre 
capitaines avec des instructions suffisantes. Les envoyés 
convinrent avec lui qu'il sei-ait reçu, comme ses prédé- 
cesseurs, sous les conditions de confirmer leurs privilèges 
et de ne se fkire accompagner que du nombre habituel de 
soldats ; ils s'opposèrent formellement à ce que les troupes 
Liégeoises entrassent avec lui dans la ville. Les portes, les 
remparts et les tours de la ville furent gardés par les milices 
bourgeoises. Les chariots de bagages et un régiment de 
Brabançons traversèrent la ville, le 8 octobre, et sortirent 
par la porte d'Allemagne. Le 9 octobre , le duc accompagné 
d'un petit nombre de soldats, fit son entrée solennelle dans 
la ville. Arrivé à l'église de Saint -Servais, il y prêta le 
serment d'usage et à l'hôtel de ville il reçut l'hommage des 
bourgeois. Le 10 octobre, il sortit par la porte d'Allemagne 



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6â La t>RlNClPAUTÉ DE LlÉGË 

pour se rendre à Fauquemont. Ce jour, le comte de Saint-Pôl 
pria le magistrat, au nom du duc, de reconnattre le mambour 
et son fils Thierry, l'intrus. Le magistral s'y refusa et le 
lendemain, H octobre, son refus fut approuvé par le Conseil 
communal et les métiers. Ces dernieps émirent, en même 
temps, ravis de brûler le village de Saint-Pierre, dès que la 
ville serait menacée d'un siège de la part des Liégeois. A 
Fauquemont, le duc de Brabant reçut l'hommage du duc 
de Gueldre pour la ville de Grave et arrangea ses difiTérends 
avec lui (i). De retour à Maestricht, il chargea son beau-père, 
le comte de Saint-Pôl, de négocier une trêve entre les Liégeois 
et les adhérents de Jean de Bavière. Les négociations n'abou- 
tirent point. Ayant appris que des troupes commandées par 
Philippe de Nevers, Guillaume de Namur, Valeran de Saint-Pôl 
étaient à Diest et à Tirlemont et se disposaient à se rendre à 
Maestricht, Tarmée Liégeoise alla occuper la ville de Bilsen 
et les Vieux- Joncs pour leur barrer le passage, mais elle 
n'y resta que deux jours. Le duc parvint ii faire conclure une 
trêve de sept semaines entre les Liégeois et les Maestrichlois 
et retourna dans son pays de Brabant, le 17 octobre. Les 
Liégeois revinrent également à leurs foyers. Les Haidroits 
répandirent, en même temps, le bruit que le duc de Brabant 
s'était rendu coupable d'infidélité et de trahison. 

Pendant tout le mois d'octobre, Jean de Bavière était resté 
en Hollande où il recrutait des soldats. Il arriva, le 37 octobre, 
à Maestricht avec des troupes auxiliaires commandées par 
les seigneurs de Heinsberg, de Rey, de Nienarde, d'Elpens- 
tein, de Mérode et de Milendonck. La ville admit ce renfort 
de troupes et, le 30 octobre, elle décida d'aider le prince 
dans ses sorties contre ses adversaires, mais elle y mit la 
condition que le prince confirmerait de nouveau ses privi- 
lèges et son régime communal ; ce qu'il fit sans tarder. A 
cette nouvelle, les Haidroits firent décréter le siège de 

0)An«ato?t. np. 228. 



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sous Jean de ôavière, i390-44i8. 63 

Maeslrichl. Toutes les troupes des bonnes villes furent 
convoquées, notamment celles de Liège, de Huy, de Tongres, 
de Hasselt, de Saint-Trond, elc. Le siège commença, le 24 
novembre 1407 et dura jusqu'au 7 janvier 1408. Les canons 
des Liégeois lancèrent bien des boulets en pierre (1814, dit- 
on) (4), mais sans causer aucun tort aux assiégés. Le 30 
décembre, le Conseil communal de Maestricht fit un appel à 
tous les nobles du voisinage qui étaient inscrits au nombre 
des bourgeois, peur les prier de venir défendre la ville. Ces 
nobles étaient Jean de Witthem, drossard de Fauquemont, 
Chrétien de Rimborg, Thierry, Adam et Renaud de Berg, 
Jean, Nicolas et Daniel de Hoen, Mathieu de Kessel, Jean 
de Cynel, Jean de Hulsberg, Henri de Gronselt, Thierry 
de Pietersheim, seigneur de Haren, Gérard de Pietersheim, 
Conrard de Schoonvorst seigneur d'filslo, Jean Struver de 
Hulsberg, avoué de Fauquemont, Renier de Bern, Goswin 
et Godard de Heer, Gilles de Brialmont, Gérard de Corthyse 
et la ehevalier de SombrefTe de Reckheim. L'insuccès et les 
rigoetirs excessives de l'hiver calmèrent l'ardeur guerrière 
deft Liégeois. Ils levèrent le siège et retournèrent à leurs 
foyers. L'hiver fut si rigoureux que les eaux de la Meuse 
restèrent gelées pendant onze semaines et qu'elles purent 
porter des chariots. Le dégel commença le 28 janvier 1408. 
Les glaçons charriés par la Meuse renversèrent plusieurs 
ponts, entre autres, ceux de Jemeppe, d'Amercœur, et de 
Visé. (V. Zantfliet, Jean de Stavelot et Fisen.) 

Après le départ des assiégeants, les assiégés firent plusieurs 
excursions pour faire des butins et ravager des villages ; 
ce fut le sort que subirent Ëmael, Wonck, Fall, Mheer, Bolrée, 
Riempst, Spauwen, Milleri, sans que le mambour vint à leur 
secours. Le 16 février 1408, les cavaliers de Maestricht 



(i) La chronique des pays d'Outre-Meuse dit que les Liégeois laa 
cèrent quinze cent quatorze boulets de canon, en pierre, que Tauteur 
appelle dandersteenen* 



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64 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

attirèrent les Tongrois dans une embuscade à Herderen ; ils 
en tuèrent plusieurs et firent un bon nombre de prisonniers. 
Les tués et les prisonniers dépassèrent le chiffre de deux 
cents. Le mambour plaça un corps de troupe à Fexhe et 
Slins pour protéger tous les villages du côté de Maestricht. 
Ces troupes n'empêchèrent point les cavaliers de revenir à 
Wonck, le 22 mars, et d'assiéger l'église où les habitants 
s'étaient réfugiés. Espérant un prompt secours, les assiégés 
refusèrent de se rendre ; dès lors les cavaliers mirent le feu 
à l'église. Les assiégés périrent tous dans l'incendie, sauf les 
deux fils de Bertrand Mulhar qui se laissèrent descendre du 
haut de la tour par les cordes des cloches. Faits prisonniers, 
ces deux frères furent conduits à Maestricht. Trois jours 
après, le mambour, pour emj)écher ces excursions, plaça 
des soldats à Gastert et leur ordonna de faire de fréquentes 
reco^^naissances jusqu'aux portes de Maestricht. Les troupes 
qui étaient à Fexhe et Slins, furent placées à Heure, près de 
Houtain, dans le même but. De part et d'autre, on commettait 
des déprédations. Les cavaliers de Maestricht placèrent plu- 
sieurs des leurs en embuscade à la chapelle de Saint Germain, 
près de Wonck et provoquèrent ensuite les soldats Liégeois 
placés à Heure. Ceux-ci se mirent à leur poursuite, en désor- 
dre, mais ils essuyèrent une sanglante défaite. Les soldats 
placés à Bilsen et à Hoesselt furent aussi attirés en rase 
campagne et battus. Le nombre des morts atteignit le chiffre 
de cent cinquante. Le mambour, pour se venger d'un des 
chefs de l'armée de Jean de Bavière, envoya des cavaliers 
ravager la terre de Heinsberg. Cette expédition fut également 
malheureuse. Plus de quarante de ces cavaliers furent faits 
prisonniers et enfermés à Heinsberg ; les autres furent mis 
en fuite. Les Haidroits placés à Millen furent surpris et battus 
et plusieurs faits prisonniers. Le mambour lui-même qui 
était k Heure avec les gens des métiers de Liège, fut mis 
en fuite et faillit être fait prisonnier. Les cavaliers de 
Maestricht qui le poursuivaient, arrêtèrent le principal 



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sous JEAN DB BAVIÈRE, i390-i4i8. 65 

auteur de TexécutioD des deux Horion à Liège. C'était le 
meunier Michelot de Preal. Il fut conduit à Maestricht et 
livré à Herman de Horion. Celui-ci pour venger la mort de 
son père et de son frère, le fit pendre au haut d*un arbre sur 
le mont Lichtenberg. Les gens du métier des meuniers 
considérèrent ce fait, comme un outrage fait à leur corpo- 
ration et contraignirent le mambour à les venger. Henri 
de Perwez, à la tète de six mille piétons et de trois cents 
cavaliers, alla reprendre le eorps du pendu à Lichtenberg 
et le rapporta à Liège. (V. Zantfliet, Jean de Bavière et Fisen.) 
Les Haidroits de Liège, pour mettre un terme à ces excur- 
sions des cavaliers de Maestricht, résolurent de faire de 
nouveau le siège de la ville. Pour entraîner le peuple de 
Liège et celui des autres bonnes villes, ils répandirent le 
bruit que la ville de Maestricht manquait de vivres, que 
ses bourgeois désiraient entrer dans la confédération des 
bonnes villes et que les troupes de Jean de Bavière feraient 
facilement défection en son absence. Le siège de la ville fut 
décrété et les troupes urbaines furent convoquées. Les 
Dinantais, les Hutois, les Liégeois et les Tongrois suivirent 
le cours de la Meuse et allèrent établir leur camp sur le 
mont Saint-Pierre. Les troupes du comté de Looz occupèrent 
la route qui de Maestricht conduit à la Campine. Un pont de 
bateaux fut établi sur la Meuse et le cours du Geer fut 
détourné pour ruiner les moulins où les Maestrichtois fai^ 
saient moudre leurs grains. Le siège commença, le 31 mai 
1408. Jean de Bavière revint immédiatement de Hollande 
avec des troupes ; il perça facilement les ligues des assié- 
geants et entra dans la ville, le 9 juin. Les forces des assiégés 
étaient aussi nombreuses; outre les chevaliers, écuyerset 
autres troupes du pays de Liège, Jean de Bavière avait encore 
seize cents cavaliers étrangers. Ses troupes firent de fré* 
quentes sorties assez heureuses contre les assiégeants. 
Onze cents cavaliers commandés par les seigneurs de Vir* 
nembourg, de Heinsberg, de Houffalize, de Riferscheid et 

5 



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6G LA PRINCIPAUTÉ DE LIÉCE 

de Reide allèrent même faire ua grand butin de bœufs et de 
moutons qu'ils amenèrent en Yille, à la vue des Liégeois. De 
part et d*autre on se servit de canons qui lançaient des 
boulets de pierre, sans faire grand mal. (V. Zantfuet et 
Jean de Stavblot.) 

Jean de Bavière eut pitié de ses sujets qui souffraient 
énormément des fléaux de la guerre civile. 11 écrivit à 
chacune des villes confédérées une lettre touchante pour leur 
inspirer des sentiments de paix et de soumission ; il leur 
promit d'oublier le passé et de respecter leurs libertés et 
leurs privilèges; il les engagea vivement à bannir de leur 
sein les chefs des Haidroits, convaincu que, par cette expul- 
sion, la paix serait bientôt rétablie. 

Les chefs de la cité de Liège, piqués au vif de ce que le 
prince engagea les villes à expulser les chefs des Haidroits 
de leur sein, lui envoyèrent pour toute réponse une écorce 
d'arbre pliée sous forme de diplôme et munie de sept 
sceaux faits de bouse de vache. Le prince, révolté de cette 
sanglante injure, tint conseil avec les chefs de son armée. 
Suivant leur avis, il fit pendre quelques prisonniers à la 
vue des assiégeants et il fit crever les yeux à six autres 
qu'il fit conduire par un borgne dans le camp des Liégeois. 
11 notifia ces faits injurieux à ses alliés et les pressa de 
venir à son secours. La réponse des autres villes aux 
lettres du prince, n'est pas connue. (V. Zantfliet.) 

Le secours du duc de firabant fut demandé par les deux 
partis. Il résolut, dit De Dynter, de rester neutre, parce que 
d'un côté, le mambour de Liège était son sujet et vassal et 
que, d'un autre côté, la sœur de Jean de Bavière avait épousé 
son frère le duc de Bourgogne ; cependant si le duc de 
Bourgogne venait en personne assister son beau -frère, il 
joindrait ses forées aux siennes (Lib, VL cap. 87). On peut 
conjecturer que la neutralité du duc était commandée par 
l'attitude des villes du Brabant qui avaient peut-être des 
sympathies pour celles du pays de Liège. 



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sous JEAN DE BAVIÈBB, 4S9Û*U18 67 

LesLiégeoiss*adre5sèrentau8siau Roi de France. CharlesVI, 
désiraot empocher le duc de Bourgogne d'aller au secours 
de Jean de Bavière, le cita devant la hauie Cour féodale pour 
se justifier du meurtre qu'il avait commis, le 22 novembre 
1407, sur la personne du duc d'Orléans, frère du Roi et son 
rival. Le duc de Bourgogne répondit que le Roi de France 
n'était pas le suzerain des Liégeois , qu'il n'avait pas le droit 
de les protéger contre leur prince, que, pour lui, il irait au 
secours de son beau-frère et qu'après cette expédition il se 
rendrait à Paris pour se justifier, (V. Ratnald, ad an., 1408* 
LXVIII.) 

Les princes, alliés de Jean de Bavière, avant de déclarer Ip 
guerre aux villes confédérées, a firent requérir et sommer 
noUbleroent les rebelles, dit Jean de Stavelot, de se désister 
des oppressions, injures et violences qu'ils faisaient à leur 
prÎDce, à son chapitre et à ses adhérents (p. ). » 

Les troupes urbaines de Binant, de Thuin, de Fosses et 
de Couvin quittèrent le camp des assiégeants de Haestricbt, 
dès le 22 août, pour aller défendre leurs propres foyers. 

Guillaume, comte de Hainaut, en attendant les troupes du 
duc de Bourgogne, commença les hostilités. Il s'empara de 
la ville de Fosses et l'incendia avec l'église de Saint Foillien ; 
il respecta toutefois les reliques de Saint-Foillien qu'il envoya 
à l'abbaye de Sainte- Waudru, i Mons. Les villes de Floreones, 
Couvia, Fontaine-rËvôque, Châtelet, Lobbes et Marchiennes 
subirent le même sort (14 août 1408). La ville de Thuin 
mieux fortifiée et défendue par Pothier de Fexhe ne fut poiot 
attaquée; ie commandant fit même des excursions heureuses 
contre les Hennuyers, surtout i Merbes. Le duc de Bourgogne 
arriva avec ses troupes à Florennes, le 13 septembre. Il y 
trouva, dit Fisen, une députation du Roi de France, composée 
de Richard dauphin, de Guillaume de Tignoville prévôt de 
Paris et de Guillaume Bouratier, secrétaire du Roi. Elle le 
pria de soumettre la cause des Liégeois à Tarbitrage du Roi 
et de se rendre lui-même à Paris pour s'y justifier du meurtre 



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68 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

du duc d*Orléans. Il leur fit la réponse que nous avons déjà 
donnée plus haut. Bouratier retourna à Paris et les deux 
autres restèrent pour suivre les opérations militaires. 

Les trois princes alliés, Jean duc de Bourgogne, Guillaume 
comte de Hainaut et Guillaume comte de Namur convinrent 
de se rendre isolément avec leurs troupes en Hesbaye pour 
se diriger vers Maestricht. Le duc de Bourgogne suivit l'an- 
cienne voie romaine, appelée chaussée de Brunehaute. Les 
troupes alliées firent leur jonction à Montenaken. Elles 
étaient au nombre de 35,000, parmi lesquels il y avait 8,000 
cavaliers. Le 22 septembre, elles étaient sur les hauteurs de 
Herstappe et de Russon. Le duc de Brabant, quoique neutre, 
était venu jusqu'à Tirlemont. 

Les troupes urbaines qui assiégeaient Maestricht, ne tar- 
dèrent pas d'apprendre l'approche des princes alliés. Elles 
levèrent le siège et retournèrent à leurs villes respectives (4). 
Les Liégeois et les Hutois arrivèrent dans la cité le 22 sep- 
tembre. Ce jour même, il y eut des délibérations sur le 
parti qu'il y avait à prendre. Les plus ardents des Haidroits 
insistèrent pour que, dès le lendemain, on allât au devant 
de l'ennemi lui offrir la bataille, avant qu'il n'eût réuni toutes 
ses forces. Le mambour résista longtemps, prévoyant un 
échec. A la fin, il céda, quand on l'eut menacé lui-même. Il 
fut décidé que tous les hommes valides prendraient les 
armes, même les préires et les moines, et que le lendemain, 
quoique que ce fût un dimanche, on irait à la rencontre des 
ennemis que quelques-uns disaient ne pas être nombreux. 
Les Liégeois et une partie des Hutois (plusieurs de ceux-ci 
étaient retournés chez eux), sortirent donc le lendemain de 

(i) Les habitants de Maestricht dressèrent un inventaire des pertes 
qu'ils avaient essuyées dans leurs maisons, leurs biens ruraux et leurs 
rentes pendant les années 1407 et 1408. Les pertes sont évaluées à 
59,63â couronnes et 4 boddregers et à 6,881 muids de seigle. Cet état 
fut, sans doute, produit à Lille pour obtenir des dédommagements 
dans le traité de paix. (V. Annalêê, t. \^, p. 237.) 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-i4l8. 69 

Li^e au nombre de i5,000 d'après Zantfliet, de 50,000 
d'après Monstrelet. Henri de Salm porta l'étendard de saint 
Lambert Parvenu sur les hauteurs de la Hesbaye, le mam* 
bour voyant que les forces des princes alliés surpassaient de 
beaucoup les siennes, proposa, dit De Dynter, d'attendre 
l'arrivée du contingent des autres villes. Sa proposition fut 
rejetée. Ses troupes menacèrent même de le tuer, s'il ne 
les conduisait au combat. 

Les princes alliés, informés de l'approche des Liégeois, 
rangèrent leur armée en bataille, dans un endroit favorable, 
à Olhée. Le «omte de Narour était au centre, le comte de 
Hainaut à Taile gauche et le duc de Bourgogne à l'aile droite. 
Ils firent ensuite proposer la paix aux Liégeois, s'ils vou- 
laient renoncer au mambour, à l'évêque intrus, et aux chefs 
des Haidroits et reconnaître leur prince légitime, Jean de 
Bavière. La proposition fut rejetée. (V. Zantfliet.) 

Les Liégeois s'étaient établis sur les hauteurs, près des 
tombes ou tumulus d'Othée. Un étroit vallon séparait les 
deux armées. Le mambour rangea son armée en carré. Le 
centre était occupé par les archers et les arbalétriers. 
L'arrière du carré était protégé par la cavalerie. 

L'armée des princes alliés s'ébranla vers une heure et 
s'avança vers l'ennemi. Les Liégeois se défendirent avec 
bravoure pendant une heure ; leurs canons, d'après Mons- 
trelet et Fenin, portèrent le ravage dans les rangs de leurs 
adversaires ; comme le tir, à cette époque, se faisait encore 
d'une manière lente et avec peu de justesse, il ne fut pas 
très difficile aux cavaliers bourguignons de s'élancer sur les 
canonniers liégeois et de les tuer sur leurs canons. 

Un détachement de cavalerie bourguignonne, commandé 
par le duc de Croye, après avoir fait un long circuit, attaqua 
les Liégeois par derrière et porta le désordre dans leurs 
rangs. Enveloppés de toutes parts par l'ennemi, les Liégeois 
subirent une sanglante défaite. La bataille n'avait duré que 
deux heures. Les Liégeois y perdirent 8,368 hommes. 



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70 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÉ€E 

d'après JeaD de Stavelot, 13,000 d*après Zantfliet, 16,000 
d*aprè3 De Dynter, 28,000 d'après Monstrelet, 36,000 d'après 
Suffride. Parmi les morts, on comptait le mambour, sod fils 
l'intrus, Baudouin de Laroche, Guillaume son fils, et parmi 
les prisonniers, Jacques Badu, Elias de Flémalle, les deux 
fils de Laurent Lambert, qui furent exécutés peu de temps 
après. Les alliés, dit-on, ne perdirent que 600 hommes, 
parmi lesquels il y avait 120 chevaliers. 

Les vainqueurs s'éloignèrent du champ de bataille et s'éti* 
blirent à Heure-le-Tixhe, à Frère et à Nederheim. Jean de 
Bavière, qui était encore à Maestricht, reçut dans la soirée 
la nouvelle de la victoire. Le lendemain, accompagné du 
frère du duc de Glèves, du comte d'Arckel, du comte de 
Heinsberg et de 1,300 chevaliers, il se rendit au camp des 
princes ; il les remercia du secours qu'ils lui avaient piété 
et les félicita de leur victoire. Les princes lui offrirent la 
tête du mambour, fixée au haut d'une lance. Après le diner, 
ils le conduisirent sur le champ de bataille. A la vue des 
cadavres, Jean de Bavière fut touché de compassion, dit 
Zantfliet ; il poussa de profonds soupirs et pleura sur la mort 
d'un si grand nombre de sujets (i). 

Pendant la bataille même d'Othée (23 septembre 1408), 
2,000 Tongrois, commandés par Jean de Perwez, sortirent 
de leur ville, pour aller porter secours aux Liégeois. Dès 
qu'ils virent que la bataille était engagée, ils égorgèrent les 
prisonniers qu'ils avaient emmenés avec eux. Après la 
victoire des alliés, ils rebroussèrent chemin, poursuivis par 
la cavalerie ennemie (V. Zantfliet). 

Dans la cité de Liège, il y avait un bon nombre de bour- 
geois qui n'avaient pris aucune part aux faits et gestes des 
Haidroits et qui étaient restés fidèles à leur prince légitime. 
Aussi les Haidroits, en allant à la rencontre de l'ennemi, le 

(4) Les historiens des temps modernes prêtent à Jean de Bavière» 
k la vue de ces milliers de cadavres, une joie féroce de tigre. 



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sous JBÀN DB BAVIftftB, 4890-i418. 71 

S3 septembre, avaient laissé à Liège, Jean de Rochefort, 
Jean de Seraing, chevalier, et Àrnould le jeune, maréchal 
ferrant, pour contenir les partisans du prince et les empô^ 
cher de 8*emparer du pouvoir dans la cité. Le lendemain, 
U septembre, les Haidroits, qui étaient revenus de la 
bataille d*Otliée, délibérèrent pour savoir slls défendraient 
la ville à outrance contre les princes alliés ; mais, pendant 
ces délibérations, les bonnes gens et fVancs bourgeois, dit 
Jean de Stavelot, qui n'avaient point brassé le mal qui était 
advenu, reprirent courage et résolurent de s'opposer aux 
Haidroits. Warnier de Bierset, ancien bourgmestre, saisit 
une vieille bannière, assembla les bons bourgeois et avec 
leur secours il enferma à la violette (hôtel de ville) tous les 
Haidroits qu*il put saisir, tant ecclésiastiques que laïques. 
On compta parmi eux Jean de Rochefort, Jean de Seraing, 
la veuve du mambour, le légat de Tantipape Benott XIII, le 
aux évéque suffragani. Le même jour, les bons bourgeois 
envoyèrent quelques religieux aux princes pour offrir leur 
soumission et implorer miséricorde. Ces religieux furent 
bien reçus. Les princes leur répondirent que douze délégués 
de la cité qui n'avaient point été (cde la mauvaise opinion» 
contre leur prince légitime, devaient venir. Le mardi 
ffî septembre, douze délégués ayant à leur tête Gilles de 
Suriet, s'y rendirent et furent reçus avec bienveillance. Les 
princes leur remirent par écrit les conditions de la réconci- 
liation. Les délégués, revenus à Liège le même jour, en 
firent la lecture au peuple, qui les accepta. Ces conditions 
étaient, entre autres : les ecclésiastiques et les bons bour- 
geois viendront deux h deux par devant leur prince lui 
demander pardon à genoux ; ils accepteront les conditions 
de la paix qui seront dictées par le duc de Bourgogne et le 
comte de Hainaut; ils donneront des otages c^mme garan^ 
tie; ils livreront les Haidroits emprisonnés Ik la violette et 
ils arrêteront les autres coupables pour les fkire punir. Le 
vendredi, 88 septembre, les Liégeois, emmenant avec eux 



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72 U PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

vingt deux Haidroits captifs, se rendirent sur les champs 
entre Grâces el Boisée où se trouvaient les princes alliés et 
y firent humblement leur soumission. Les vingt-deux captifs 
livrés aux princes alliés y furent décapités. Parmi eux se 
trouvaient Jean de Rochefort el Jean de Seraing. Jean de 
Jeumont, maréchal du comte de Hainaut, entra ce jour avec 
des troupes à Liège. Il conduisit le légat de Tantipape, le 
faux suflfragant, rofficial Henri, des prêtres et des moines 
Haidroits, et quelques femmes, qui étaient tous à la Violette, 
sur le Pont-des-Ârehes et les fit jeter à la Meuse au nombre 
de vingt-six. Parmi eux se trouvait la veuve du mambour. 
Jean de Jeumont voulut aussi démolir le Peron, mais Renard 
de Houffalise s'y opposa vivement. Le projet ne fut point 
exécuté. Le samedi, 29 septembre, Jean de Bavière vint dans 
sa cité et y fut reçu avec grand respect. Après avoir prié 
dans l'église de Saint-Lambert, il se rendit au palais. Il 
accorda aux Liégeois Toubli du passé et retourna ensuite 
au camp des princes alliés, à Jemeppe. 

Les princes alliés n'entrèrent point avec leurs troupes 
dans les villes de la principauté pour les préserver du 
pillage, mais ils exigèrent qu'on leur livrât, avant tout, 500 
otages, comme garantie. Liège en fournit 112, Dinant 100, 
Huy 40 et les autres villes en proportion. Ils furent répartis 
dans les villes de Mons, d'Alh, de Lille et d'Arras et y res- 
tèrent trois ans et demi, jusqu'à ce que l'indemnité de la 
guerre fût payée, indemnité qui fut fixée à 220,000 couronnes 
de France. 

« Oh ! très bonnes gens, s'écrie ici Jean de Stavelot, 
mirez-vous en ces faits et prenez exemple de bien faire et 
d'être obéissants aux supérieurs auxquels vous devez obéir ; 
faites et aidez à faire justice des méchants, car vous avez vu 
et entendu comment, à cause de l'opposition de dix-huit à 
vingt mauvais conseillers contre leur prince légitime, beau- 
coup de maisons et de villes ont été abattues et brûlées, 
comment les chanoines, les nobles, les écbevins, les pré- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-4448. 73 

lats, les religieux, les prêtres, et les clercs ont été chassés 
du pays, comment plusieurs milliers ont été tués en la 
bataille d^Othée, et comment les chefs des Haidroits ont 
péri misérablement (p. 125). «Un peu plus loin, il répète 
encore : » Mirez-vous ici, clercs et laïques, en quelle tribu- 
laiion tout le pays de Liège tomba par la désobéissance que 
le peuple fit contre les gens de la sainte Église et contre 
leurs juges et leur propre seigneur et comment le pays fut 
mis à grand dommage et en grande servitude de seigneurs 
étrangers (p. 140). » 

Le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut convo- 
quèrent , à Lille, le prince avec des députés du clergé pri- 
maire, des nobles, et des bonnes villes du pays de Liège et 
après avoir tenu conseil, ils dictèrent, le 24 octobre 1408, 
les conditions de la paix : 

Les bonnes villes porteront à Mons, à Tabbaye des Éco- 
liers, le 12 novembre, toutes leurs lettres de privilèges et 
libertés, ainsi que leurs lettres d'alliances avec qui que ce 
soil. Après les avoir examinées, on verra quels privilèges 
pourront leur être rendus. Et à l'avenir aucun privilège ne 
pourra leur être accordé par le prince et son chapitre, sans 
le consentement du duc de Bourgogne et du comte de 
Hainaut. 

Les fonctions de bourgmestres, conseillers communaux, 
gouverneurs des métiers sont supprimées dans les bonnes 
villes. Ces fonctions seront remplies par les Cours des 
échevins de ces villes qui en rendront, chaque année, compte 
devant les commis du prince, du clergé et des bonnes villes. 
Les échevinages ne seront conférés que pour une année. 
Les proches parents ne peuvent être échevins de la même 
Cour. Les métiers, comme corps politiques et administratifs 
sont supprimés ; ils remettront leurs bannières entre les 
mains de nos commis. 

Nul ne peut être bourgeois d'une bonne ville, s'il n'y 
demeure ; les biens des bourgeois, en cas de contestation, 



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74 LA PRINCIPAtTÉ DE UÊGE 

ressortiront b la Cour ût leur situation ou h celle de leur 
qualité. 

Les bonnes villes ne pourront plus faire des confédé^ 
rations ni entre elles, ni avec d'autres, sans Fautorisation 
du prince. 

Ni le prince de Liège, ni ses sujets ne prendront les 
armes soit contre les rois de France, soit contre les ducs de 
Bourgogne, soit contre les comtes de Hainaut, soit contre 
les comtes de Namur, à moins qu'ils ne soient eux-mêmes 
attaqués ou qu'ils ne servent dans l'armée de l'Empereur. 

Nous et nos successeurs, nous aurons libre passage par 
le pays de Liège, pour passer la Meuse et nos monnaies 
auront cours au pays de Liège. 

Nous construirons une église à Othée que le prince de 
Liège dotera d'une rente de deux cents écus pour quatre 
chapelains et deux clercs. 

Dans l'église de Saint- Lambert on célébrera chaque année, 
le S3 septembre, une messe, en l'honneur de Notre-Dame et 
le lendemain une messe de requiem. Il en sera de même 
dans les églises des collégiales et des monastères. 

Le prince nommera les commandants des forts de Huy, de 
Stockem et de Bouillon et il pourra y placer des garnisons 
qui y auront libre entrée et libre sortie. 

Le prince-évéque pourra continuer de conférer, sans 
obstacle et à vie , les offices ecclésiastiques et civils qui 
sont à sa collation. 

Comme il y a des conspirateurs réfugiés en pays étrangers, 
nous ferons faire des enquêtes et nous prierons les souve-^ 
rains des pays où ils séjournent ou de les livrer au prince 
de Liège ou de les chasser de leur pays ou d'en faire eux- 
mêmes justice. Les conspirateurs qui se tiennent cachés 
au pays de Liège seront recherchés, livrés à la justice et 
bannis ; chacun pourra les arrêter. 

Les fortifications de Thuin, Fosses, Goufin et Dînant 
seront démolies et ne pourront être rétablies. La porte de 



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sous ilAN DE BAVIÈBB, 1390-Ui8. 75 

Màestricht à Tongres sera démolie avec les murs des rem- 
parts de chaque côté, à la distance de quarante pieds et les 
Tongrois iront combler les fossés quils avaient creusés 
autour de Màestricht pour y assiéger leur seigneur. 

Le pays de Liège payera une idemnilé de guerre de deux 
cent vingt mille écus. 

Les stipulations de celte paix seront ponctuellement exé- 
cutées sous peine de deux cent mille écus d'or de France. 
Le prince, le chapitre, les bonnes villes en recevront une 
copie ei ils promettront, chacun, par lettres, scellées de s'y 
conronDer. 

Les Chartres et diplômes des villes furent remis à Mons, 
le 8 novembre 1408, et les bannières des métiers de Liège 
furent brûlées au palais, le 17 de ce mois. La stipulation 
louchant la recherche des conspirateurs (Haidroits) fut 
exécutée ; dans la plupart des villes, dit Zantfliet, un grand 
nombre furent punis de mort et leurs biens furent confisqués. 

Pour payer l'indemnité de guerre, on mit a des tailles 
et créûëes » sur les ecclésiastiques, comme sur les laïques. 
Le dernier à-compte fut payé, le 20 juin 1412, et ce jour les 
otages purent revenir au pays. 

Peu de jours après la bataille d'Othée, les chanoines 
tréfonciers, les nobles, les bourgeois, les échevins, les fonc* 
tionnaires, émigrés ou proscrits, rentrèrent dans la cité. 

Les chanoines tréfonciers, après avoir reçu une copie du 
traité de paix, refusèrent de l'approuver, parce que la liberté 
de l'Église et l'indépendance du pays n'y étaient pas respec- 
tées. Suivant leur avis, le prince convoqua les trois Étals. 
Il y fut résolu qu'on négocierait des modifications à ce traité. 
Des députés, nommés de part et d'autre, eurent de nom- 
breuses conférences à Liège. Le 10 août 1409, ils étaient 
convenus des points suivants : 

La principauté continuera d'être gouvernée par ses propres 
lois; le prince pourra donner de nouvelles lois aux métiers 
dont les anciens privilèges restent supprimés. 



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76 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

La liberté et les privilèges du clergé resteront intacts. 

Quant au libre passage, à travers la principauté, des troupes 
des princes vainqueurs, il est convenu que ces troupes s'abs- 
tiendront de tout excès et que les princes en seront res- 
ponsabbs. 

Les commmandants des forteresses prêteront le serment 
de fidélité non seulement au prince, mais encore au chapitre. 

Les forteresses non démolies seront conservées ; quant 
aux autres, le prince et ses États ne pourront les restaurer 
qu'après la mort des princes vainqueurs, de Philippe comte 
de Charolais, fils du duc de Bourgogne et de la duchesse de 
Touraine fille du comte de Hainaut. 

Les chevaliers, les écuyers, les vassaux de la principauté 
ne pourront jamais servir contre les princes vainqueurs, ni 
contre le Roi de France. 

Les vainqueurs rendirent, en même temps, aux villes 
plisieurs de leurs privilèges avec les chartes y relatives, et 
leur permirent de se faire de nouvelles bannières, mais il ne 
restituèrent rien aux métiers. Ils prorogèrent les différents 
termes de payement des indemnités de la guerre. 

La cité de Liège, ayant perdu par la paix de Lille tous ses 
privilèges, ne put plus élire des bourgmestres, ni des 
conseillers communaux. Le prince nomma dix bourgeois 
qui, sous le nom de souverains conseillers, administrèrent la 
cité jusqu'en 1414. 

Les deux seigneurs de la ville de Saint-Trond, le prince de 
Liège et l'abbé du monastère, reprirent, le 27 novembre 1409, 
tous leurs droits antérieurs sur la ville et abrogèrent les 
privilèges qui y dérogeaient. Ils laissèrent à la ville le produit 
des contributions communales et des biens communaux, 
mais ils nommèrent des députés pour les percevoir et les 
appliquer à leur destination. Le prince fit reconstruire le 
fort de Stapelpoorte et y plaça un châtelain pour maintenir 
les Saintronnaires dans la soumission; il confia à ce châte- 
lain, aussi qu'à deux échevins, les clefs de la ville. Toutefois 



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sous JEAN DE lIAVIÈRÈ, 4390-1448. 77 

ce fort serait également à la disposition de Tabbé auquel le 
châtelain prêterait aussi le serment de fidélité. (V. Cart. de 
Saint'Trond, t. II, p. 187.) Le 7 décembre 1411 , les deux 
seigneurs chargèrent la Cour de justice de nommer deux 
bourgeois honnêtes et probes pour faire la recette des reve- 
nus communaux et de diriger les travaux publics ; elle sur- 
veillerait leur gestion et se ferait rendre compte par eux. Les 
deux seigneurs râlèrent aussi dans le même acte quelques 
affaires judiciaires ; en cas d'assassinat , de vol, de rapine, 
d*incendie, de violation de la paix, de viol de femme et de 
violence, le prévenu sur lequel planent de graves soupçons 
sera arrêté et mis à la torture ; la Cour de justice pourra 
prier les deux parties qui sont en guerre, de faire la paix ; 
la partie qui s*y refuse, sera punie d*une amende de dix reaux 
au profit du seigneur , une première , une seconde et une 
troisième fois; la quatrième fois la justice pourra ordonner 
la paix et la partie qui l'enfreindra, sera punie en consé- 
quence. (Ibidem p. 191.) L'organisation communale des 
bourgmestres, conseillers communaux et métiers resta sup- 
primée jusqu'au 10 juin 1417. 

Les Haidroits qui s'étaient réfugiés au duché de Brabdnt, 
résolurent de recommencer la guerre contre leur prince. La 
principauté serait envahie de deux côiés à la fois, pour 
diviser les forces du prince et provoquer partout des soulè- 
vements. Les uns s'emparèrent de la ville de Herck, le 80 
septembre 1409. Godenoul d'Elderen, sénéchal du comté de 
Looz, reprit la ville le lendemain avec les milices urbaines 
do comté, et il fit quatre-vingt et onze prisonniers. Soixante- 
douze d'entre eux furent décapités et mis sur la roue, sur le 
chemin royal de Herck. Dix-huit furent conduits à Liège où 
ils subirent tous le dernier supplice. Leur chef, Jean de Spa, 
fut écartelé, le S octobre, sur le Marché à Liège et les quar- 
tiers de son corps furent portés par quatre de ses complices 
hors la porte Sainte-Walburge où ceux-ci furent également 
décapités. (V. Jean de Stayelot, p. 14S.) 



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78 LA PRINCIPAUTÉ DE LlÉGË 

Les Uaidroil8 qui devaient soulever la ville de Huy et 
s'emparer de la forteresse, ne réussirent point dans leur 
projet. Trente d*entre eux furent arrêtés, décapités et jetés 
dans la Meuse, du haut du pont, le 6 octobre. (Ibidem.) 

X. 

Au commencement de Tannée 1409, le dégel et les pluies 
grossirent tellement les eaux de la Meuse et poussèrent les 
glaçons avec une telle violence que le Pont-des-Arcbes fut 
renversé à Liége^ le 22 février. Il avait été construit sous le 
règne de Reginard, en 1034. Pendant raulomne de Tannée 
1409, de grandes souris rouges dévorèrent les semailles et 
firent manquer en grande partie la récolte de Tannée sui- 
vante. La disette qui en résulta, fut aggravée par une cruelle 
épidémie. Les historiens Jean de Slavelot et Zantfliet consi- 
dérèrent ces faits, comme des fléaux envoyés par la Provi- 
dence pour punir les crimes des Haidroits. 

Le prince de Liège ne prit qu'une faible part à la lutte qui 
existait en France entre le parti du duc de Bourgogne et 
celui des ducs d*Orléans qui se disputaient le gouvernement. 
La reconnaissance le liait à la cause du duc de Bourgogne. 
De retour à Liège, en 1411, il gouverna paisiblement sa prin- 
cipauté, de concert avec les trois Ëtats. 

Les chevaliers et les écuyers du comté de Looz qui lui 
étaient restés fidèles et qui l'avaient môme aidé de leur 
argent, reçurent de lui, le 27 avril 1411, la confirmation 
de leur ancienne exemption de toute taille et de tout impôt. 
(V. RoBYNs, n*» 30). 

L'ordre et la tranquillité étant bien rétablis, le prince 
accéda aux désirs des grands; il donna k la cité, le 10 juillet 
1414| un nouveau règlement qui fut un peu modifié, au mois 
d'octobre 1416, avec le consentement du clergé, mais sous 
la condition que son autorité et «elle du clergé, les paix 
publiques et les droits de l'avoué, la sentence des princes et 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-4410. 79 

la liberié du peuple liégeois, restent intacts; les principales 
dispositions de ces deux règlements sont : il est prohibé 
d'appeler le peuple aux armes, soit par des cris publics, soit 
en sonnant la cloche du ban, soit en déployant en public la 
bannière militaire. Quand il y aura une guerre à soutenir ou 
à entreprendre, on fera un nouvel étendard pour la cité, de 
couleur rouge, avec les images de la sainte Vierge et de saint 
Lambert, portant au centre le péron doré avec les armoi- 
ries du prince ; la Cour des éehevins désignera celui qui le 
portera; les éehevins, les bourgmestres, et des citoyens 
choisis qui le suivront, formeront la garde de saint Lambert. 
Les autres bourgeois seront répartis en douze régiments 
qui auront chacun leur étendard portant le péron, les 
insignes des métiers et les armes du prince; chaque régi- 
ment sera subdivisé en compagnies qui auront chacune leur 
étendard particulier. En temps de paix, ces étendards seront 
conservés dans un local fermé à trois clefs dont une sera 
conservée par le maîeur, la seconde par les éehevins et la 
troisième' par les bourgmestres. Chaque compagnie aura 
un questeur qui aura soin de son matériel de guerre. Le 
maîeur, les éehevins et le Conseil communal désigneroat 
dans chaque vinàve quatre hommes pour veiller à l'ordre 
public et à la garde des portes dont ils auront les clefs. Au 
commencement du mois d'août, le chapitre choisira, chaque 
année, douze bourgeois qui n'exercent aucun métier et qui 
soient âgés de vingt-huit ans ; les éehevins en choisiront 
aussi douze qui aient les mômes qualités. Parmi ces vingt- 
quatre le prince désignera sept des premiers et six des 
seconds qui rempliront les fonctions de bourgmestres; à la 
fin de l'année, ils rendront compte de leur administration. 
Les treize réunis aux quatorze éehevins de la Cour consti- 
tueront le Conseil qpmmunal. Deux bourgmestres et deux 
éehevins choisis auront la faculté de convoquer le Conseil 
communal. Ce régime communal de la cité dura jusqu'en 
1417. 



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80 Là principauté de liégë 

La concession de ce règlement releva le courage des 
Haidroits qui résidaient à Liège. Ils firent une conjuration 
dans le but de susciter une révolution et d*assassiner « le 
prince et les bonnes gens. » Leur chef était un certain 
Hermans récrépisseur. La conjuration fut découverte et les 
coupables furent condamnés par la Cour des échevins. Trois 
furent décapités, le 19 juillet 1415; quatre furent noyés le 
lendemain et cinq autres furent exécutés le 22 juillet. Cette 
conjuration avait des ramifications parmi les Haidroits réfu- 
giés au Brabant. Les délégués du prince de Liège et ceux du 
duc de Brabant, réunis à Maestricht pour conférer sur ces 
faits, conclurent la convention suivante, le 17 décembre de 
la même année : il sera publié dans tous les États du Brabant 
que les malfaiteurs appelés Haidroits ou muytmackers qui, 
depuis 1408, n*ont cessé de commettre des brigandages sur 
le territoire de la principauté, se retireront de ces États, 
principalement ceux qui, récemment, ont fait une conjura- 
tion pour assassiner le prince et ses amis (V.Jean de Stave- 
LOT, p. 158; De Dynter, 1. VI, cap. 130.) 

Après la mort de l'Empereur Robert de Bavière (1" juin 
1410), les sept Électeurs élurent, au mois de mars 1411, 
Sigismond de Luxembourg, Roi de Hongrie et frère de 
l'ex-Empereur Wenceslas. Ce ne fut que le 8 novembre 1414 
que relu se fit couronner à Aix. Le prince-évêque assista à 
la cérémonie accompagné de « mult grande et honnête 
compagnie de nobles gens. » Thierry de Meurs, archevêque 
de Cologne, y célébra en même temps sa première messe. 
Henri de Visé, abbé de Slavelot, qui y assistait, releva de 
TEmpereur sa principauté et TEmpereur, en sa qualité de 
comte de Luxembourg, releva Marche et Arlon de Tabbé de 
Stavelot. (V. Jean de Stavblot, p. 149 ; Fisen, p. 178.) 

La principauté de Liège faisait partie de Tempire d'Alle- 
magne. Les Liégeois espéraient, en conséquence, qu'ils 
obtiendraient le rétablissement de leurs privilèges plus 
facilement de TEmpereur que du duc de Bourgogne. Celui-ci 



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sous JEAN DE BAVIÊKE, 4S90-i418. 81 

d'ailleurs était en ces années absorbé par la lutte qu'il 
soutenait contre les ducs d'Orléans. Les échevins et les 
bourgeois de Liège chargèrent Walther Mostier, abbé de 
Saint-Hubert, qui se rendait au concile de Constance, de 
prier l'Empereur Sigismond de rendre au pays ses anciens 
privilèges. Par un diplôme daté de Constance, du 19 février 
1418, l'Empereur renouvela et confirma les faveurs, privi- 
lèges et libertés qui avaient été accordés par Albert deCuyck, 
en 1199, par l'Empereur Philippe, en 1208, et par les succes- 
seurs de celui-ci, sans toutefois les énumérer. (V. Foulon, 
t. II, p. 391.) 

Le diplôme fut apporté à Liège par Walther Mostier et 
montré, le 12 avril de cette même année, aux bourgeois 
réunis au couvent des Frères Mineurs. 

De son côté, Jean de Bavière fit prier Sigismond de 
confirnaer le Tribunal de la paix, institué à Liège par l'évêque 
Henri II en 1082. L'Empereur le confirma avec ses usages 
et ses formes de procédure, ainsi que la sentence arbitrale 
portée en 1334 par Philippe, roi de France. L'acte est daté 
de Constance du 14 mai 1415 (Cart, 1. IV, n« 2). 

L'Empereur qui désirait beaucoup que Tunité fût rétablie 
dans l'Église par le Concile de Constance, résolut de feire 
un voyage près des Rois de France et d'Angleterre pour 
rétablir la paix entre eux. La guerre, en effet, qu'ils se fai- 
saient, était préjudiciable aux travaux du Concile. Sigismond 
passa par Aix et Maestricht et arriva à Liège la veille de 
Noël 1416. Gérard Rondel, docteur en théologie, prononça 
le discours de réception. L'Empereur reçut des églises de 
Liège un globe d'or surmonté d'une croix d'or ornée de 
pierres précieuses et il leur emprunta la somme de cinq 
mille florins (six cents couronnes d'or), qu'il ne leur rendit 
jamais. La cité lui offrit aussi plusieurs joyaux et le peuple 
s'assembla devant le palais pour le prier de lui rendre ses 
franchises. Sigismond partit de Liège, le 2 janvier 1417, à 
l'improviste, dit Jean de Stavelot, et saHs avoir rendu leurs 

6 



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82 LA PRINCIPAUTÉ DE LlRCE 

franchises aux Liégeois. Il est très probable cependant qu*il 
leur a Fait des promesses sérieuses, car le 26 mars 1417, il 
leur donna une charte de liberté datée de Constance. On 
peut conjecturer qu'il a tâché de détacher Jean de Bavière 
du parti du duc de Bourgogne et qu*il n*y a point réussi. Il 
ne le cite qu'une fois dans la charte de liberté et encore 
est-ce pour le censurer vivement. Il y montre aussi sa pro- 
fonde antipathie contre la maison de Bourgogne, et pendant 
son court séjour à Liège, il avait manifesté ouvertement aux 
ambassadeurs du duc de Brabant les mêmes sentiments 
contre la maison de France. Il est encore à remarquer que 
dans cette charte il ne dit pas un seul mot des Haidroits et 
de leurs excès. Il a vu de ses propres yenx, dit-il, l'état 
déplorable dans lequel la guerre civile et l'invasion des 
princes ont plongé la principauté ; il en a vu la principale 
partie ruinée par celui qui, quoique son père, s'est fait son 
ennemi et l'a dévastée avec une grande cruauté. Il annuité la 
paix imposée par les deux vainqueurs, comme contraire aux 
lois et aux droits de l'empereur et comme établissant une 
servitude sur les Liégeois au profit des deux vainqueurs 
La principauté de Liège est, à ses yeux, un boulevard de 
l'empire contre la France et la Bourgogne. Il rétablit le 
prince- évéque, le clergé, les échevins, les villes et les bour- 
geois dans leurs droits, franchises, coutumes, libertés et 
biens. Cette charte de liberté ne se trouve, ni dans le cartu- 
laire de Saint -Lambert, ni dans Jean de Slavelot, ni dans 
Zantfliet. Ce dernier la désigne en disant que c'est à Liège 
que l'Empereur rendit leurs libertés aux Liégeois. (V. Fisen, 
p. 188; Foulon, t. II, p. 392; De Dynter, 1. VI, cap. 136; 
BoRMANS, Recueil, p. 502.) 

Cette charte impériale du 26 mars 1417, quand fut-elle 
connue à Liège? Le fut-elle avant le 30 avril et a-t-elle eu de 
l'influence sur le prince qui donna, à cette date, un nouveau 
règlement à la cité? La concession de ce règlement, doit-elle 
éire attribuée à une somme d'argent que la cité aurait donnée 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-4418. 83 

au prince? Quand Wathier Datin, un des treize souverains 
conseillers, raconte Jean de Stavelot, eut appris que Sigis- 
mond était parti subitement de Liège sans avoir rendu aux 
Liégeois leur ancienne organisation communale, il s*insinua 
près de Jean de Bavière et lui fit entendre qull lui obtiendrait 
des bourgeois la somme de six mille couronnes, s'il leur 
rendait leurs anciennes franchises communales. La somme 
fut payée par la cité et Wathier Datin en obtint deux mille 
quatre cents pour ses peines. Jean de Bavière s'entendit 
ensuite avec le chapitre et les échevins et donna, le 30 avril 
1417, un nouveau règlement à la cité. (V. Jean de Stavelot, 
p. 260.) 

Ce règlement que le prince poria, à la demande des bour- 
geois, renferme les dispositions suivantes : Sous le rapport 
politique et administratif, les métiers seront réduits à dix-sept; 
chaque métier élira deux conseillers communaux; il élira 
aussi deux gouverneurs qui soigneront les affaires du métier ; 
les trente-quatre conseillers communaux éliront huit élec- 
teurs dans les métiers, le prince en élira quatre parmi ses 
conseillers et le chapitre en élira quatre parmi les bourgeois ; 
ces seize électeurs réunis à Saint-Jacques éliront les deux 
bourgmestres ; le bourgeois qui aura appelé le peuple aux 
armes, soit par des cris, soit par la cloche du ban, soit en 
portant en public une bannière militaire, ne pourra être 
arrêté que par loi et franchise, c'est-à-dire par les échevins, 
les deux bourgmestres et quatorze conseillers ; la franchise 
refuse-t-elle son concours, les échevins procéderont seuls 
contre le coupable; en cas de nécessité urgente, les bourg- 
mestres pourront convoquer le peuple aux armes; quand un 
bourgeois est mené hors loi , les bourgmestres signaleront 
le &it au prince et au chapitre ; s'il n'est point fait droit, ils 
convoqueront tous les métiers ; les métiers pourront aussi 
être convoqués en cas de nécessité, à la demande de deux 
ou trois métiers ; ceux qui demeurent dans la banlieue, sont 
censés bourgeois ; l'étranger qui obtient le droit de bour<> 



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86 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Bourgogne, elle pût conserver ses États. Immédiatement 
après la mort de son père, elle se fit reconnaître en Hainaut, 
en Hollande et en Zeelande. Elle ne trouva de l'opposition 
qu'à Dordrecht. 

Des négociations pour son mariage ne tardèrent pas 
d'être entamées. Une conférence eut lieu à Biervliet, le 
1" août 1417, entre les proches parents des deux parties, 
sous la présidence de Jean, duc de Bourgogne, qui était, par 
son frère Antoine, l'oncle du duc de Brabant et, par sa 
mère, le cousin germain de Jacqueline. Le mariage y fut 
décidé, sauf dispense apostolique sur les degrés de parenté 
nt d'afBniié. Le prince de Liège assista à la conférence ; il 
donna son consentement au mariage de sa nièce et offrit 
même de se rendre en personne au Concile de Constance 
pour solliciter les dispenses nécessaires. Il fut décidé dans 
la même conférence que Jean IV et sa fiancée Jacqueline 
laisseraient Jean de Bavière jouir en paix des terres que 
son père Albert et son frère Guillaume lui avaient données en 
fief. Jean les releva immédiatement du duc et de sa fiancée. 
Ceux-ci le choisirent pour leur conseiller et lui promirent 
de le défrayer avec sa suite, toutes les fois qu'il serait à la 
Cour de Brabant. (V. De Dynter, lib. IV, cap. 142.) 

On ne voit point dans ce récit de De Dynter que Jean de 
Bavière ait montré des prétentions sur la succession de son 
frère, ni qu'il ait fait des réserves. Peut-on dire qu'à la confé- 
rence il ait caché ses prétentions et qu'il ne s'est offert pour 
aller solliciter la dispense que dans le but d'en empêcher la 
concession? Nous sommes porté à croire que Jean de Bavière 
a agi avec droiture et sincérité à la conférence de Biervliet. 

Toutefois, à la date du 23 septembre 1417, il formait déjà 
des prétentions sur l'hérédité et la succession de son frère. 
A quelle cause faut-il attribuer ce changement d'idées? Nous 
croyons que c'est à l'influence de l'Empereur Sigismond. 

Cet Empereur n'aimait pas la maison de Bourgogne dont 
un membre régnait sur la Bourgogne et un autre sur le 



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SOLS JEAN DE BAVIÈRK, 4390-1418. 87 

Brabant. Il était intéressé à empêcher que les comtés de 
Haiaaut, de Hollande, de Zeelande et de Frise ne fussent 
réunis au duché de Brabant par le mariage de Jacqueline 
avec le duc Jean IV. Il fellait donc empêcher ce mariage et 
porter Jacqueline à épouser un autre prince. On peut conjec- 
turer qu'il s'est adressé, à cet effet, à Jean de Bavière et 
qu'il lui a promis l'investiture de toute la succession de son 
frère, si le mariage de Jacqueline avec le duc de Brabant ne 
pouvait être empêché. 

Dès le 3 août 1417, le duc de Brabant et Jacqueline deman- 
dèrent les dispenses nécessaires au Concile de Constance. 
Jean de Bavière, de son côté, fit prier les pères du Concile, 
le 23 septembre 1417, de refuser les dispenses pour éviter, 
disait-il, le scandale et d'autres maux parmi lesquels il 
mentionne le préjudice à sa succession et à son hérédité. 
Sigismond insista dans le même sens auprès des pères; il 
allégua pour motifs les guerres qui seraient la suite de ce 
mariage, les préjudices causés à la maison de Bavière et 
l'absence de tout motif de dispense, car Jacqueline pourrait 
épouser un autre prince, ce qui préviendrait les guerres. 
(V. De Dynter, lib. VI, cap. 144.) 

Jean de Bavière qui désirait se mettre en possession, au 
moins à titre provisoire, des comtés de Hollande, de Zeelande 
et de Frise, résolut de partir pour ces pays. Par un acte 
daté de Curange, du 34 septembre 1417, il constitua Jean 
de Schoonvorst, vicomte de Montjoie et seigneur de Diepen- 
beeck, gouverneur intérimaire de la principauté de Liège. 
Arrivé à Dordrecht pendant le même mois, il y fut reconnu, 
comme seigneur de la ville, par les habitants. Il écrivit, de 
là, aux villes de la Hollande et de la Zeelande qu'il venait 
gouverner le pays, au nom de Jacqueline, en qualité de 
mambour et de tuteur, jusqu'à ce qu'elle eût, soit un tuteur, 
soit un mari; il ajouta qu'il ne voulait déroger ni aux droits 
de sa nièce, ni aux libertés et franchises du pays. (V. 
De Dtnter, lib. VI, cap. 145.) 



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88 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Jacqueline, dès qu'elle en fut informée, assembla les 
Ëiats de Hainaut, de Hollande et de Zeelande à Soboonbo- 
ven. Jean de Bavière s'y rendit également. Après avoir pris 
conseil, Jacqueline fit répondre au prince de Liège, qu'elle 
n'était plus sous tutelle et qu'elle n'avait ni mambour, ni 
tuteur; elle n'avait que des conseillers, savoir, ceux qui 
étaient désignés dans le contrat de Bierviiet, parmi lesquels 
se trouvait le prince de Liège. Après avoir reçu cette 
réponse, Jean de Bavière demanda de gouverner les comtés 
de Hollande et de Zeelande , en qualité de commissaire ou 
délégué. Jacqueline éluda cette demande, en répondant 
qu'elle ne pouvait rien accorder sans avoir pris l'assenti- 
ment de son conseil. Le prince, mécontent de cette réponse, 
quitta Schoonhoven. le 3 novembre 1417 et retourna à 
Dordrecbt. Il résolut, dès lors, d'exécuter son plan par la 
voie des armes. Guillaume d'Arckel, un de ses partisans, 
s'empara de Gorcum au mois de Novembre 1417, mais il en 
fut expulsé par les troupes de Jacqueline, le 1** décembre 
suivant. Le prince tenta, en même temps, de s'emparer de 
Rotterdam ; il fut repoussé par les troupes que Jacqueline y 
avait fait placer. (V. De Dynter, lib. VI, cap. 146 ) 

L'affaire de la dispense était encore pendante au Concile 
de Constance. Les pères s'abstinrent de l'accorder, l'aban- 
donnant au futur Pontife. Martin V qui fut élu, le 10 no- 
vembre 1417, fut vivement prié par le duc et les États de 
Brabant d'accorder la dispense demandée. Il accéda à leur 
demande, le 23 décembre suivant. Le Bref fut-il expédié et 
parvint-il au duc? On a des raisons d'en douter. Quoi qu'il 
en soit, Sigismond, dès qu'il en eut connaissance, insista 
près du Pape pour qu'il le retirât. Martin V le fit, le 8 jan- 
vier 1418. Les agents du duc de Brabant à la Cour pontificale 
firent si bien que ce second Bref qui supprimait le premier, 
restât dans la chancellerie sans sceau. Entre-temps Jean IV 
et Jacqueline se marièrent, le 10 mars 1418, à La Haye, en 
secret et sans proclamation de bans dont le doyen de Del- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1 H8. 89 

fland les avait dispensés. Le 10 avril suivant, leur mariage 
y fut célébré solennellement. Les époux visitèrent, du 
18 mars au 13 juin 1418, la Hollande, la Zeelande. le Hai- 
naut et le Brabant. Ils furent reconnus partout pour les 
souverains légitimes et reçurent les serments de fidélité de 
leurs sujets. (V. De Dynter.) 

L'Empereur, ignorant que le mariage avait eu lieu, écrivit, 
le 28 mars 1418, au duc de Brabant, pour le lui défendre. 
Dans cette lettre il ne fait aucune mention des deux Brefs du 
Pape. Le même jour, il écrivit une seconde lettre au duc 
pour l'informer qu'il venait de conférer les comtés de Hai- 
naut, de Hollande et de Zeelande, à Jean de Bavière, comme 
fiefs masculins, tombés vacants par la mort de Guillaume 
de Bavière; il le pria, en conséquence, de s'en désister. 
(V. De Dynter.) 

Cette dernière lettre de l'Empereur suppose une conven- 
tion avec le prince-évêque de Liège. Celui-ci abdiquerait 
son évéché ; il recevrait en compensation les trois grands 
fiefs de son frère Guillaume; il en serait mis en possession 
par l'Empereur; il épouserait lanièce^de l'Empereur, Elisa- 
beth de Gorlitz, veuve d'Antoine duc de Brabant. 

H s'agissait, dès lors, de faire agréer ces projets par le 
Pape. Sur les instances de Sigismond, Martin V agréa la 
résignation du siège épiscopal faite par Jean de Bavière; il 
lui accorda, en outre, la dispense du sous-diaconat (il 
n'avait pas re^u d'autres Ordres sacrés) et de la continence. 
La date de ces actes du Pape n'est pas connue. Martin V ne 
subissait qu'à regret l'influence de l'Empereur. Dès qu'il fut 
arrivé à Genève, il fit savoir au duc de Brabant (28 août 1418) 
qu'il n'avait révoqué la dispense que sous la pression de 
Sigismond et qu'il l'approuverait de nouveau, dès qu'il aurait 
passé les Alpes; entretemps le duc pouvait se considérer 
comme l'époux légitime de Jacqueline. L'approbation fut 
donnée par un Bref daté de Florence, du 27 mai 1419. 
(V. De Dynter.) 



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90 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Jean de Bavière, investi par lettre impériale des trois 
comtés, pria les villes et les États de le reconnaître pour 
leur souverain. Ils lui répondirent qu'ils n'avaient d'autres 
souverains que Jacqueline et son époux. Jean lui-même, 
ajoutaient-ils, avait reconnu les droits de Jacqueline à la 
conférence de Biervliet ; il avait relevé d'elle les fiefs qu'il 
possède dans ses comtés ; il avait été son conseiller et 
commensal. Le Hainaut n'avait jamais été un fief masculin, 
et la Hollande avait déjà passé trois fois aux filles par droit 
de succession. Cette réponse n'arrêta pas Jean de Bavière. 
(V. De Dynter, 1. VI, cap. 157.) 

Il ne possédait que Dordrecht, le district de Voerne et 
quelques fiefs. Pour faire triompher sa cause, il recruta une 
armée. Le duc de Brabant leva également des troupes et 
alla l'assiéger dans la ville de Dordrecht. Le siège dura six 
mois. Ne pouvant s'emparer de la ville, il rentra avec ses 
troupes dans le Brabant. Jean de Bavière profita des cir- 
constances; le 10 octobre 1418, il s'empara par surprise de 
la ville de Rotterdam. Grâce à la médiation de Jean-sans- 
Peur, duc de Bourgogne, la paix fut conclue, le 19 février 
1419. Jean de Bavière, d'après cette paix, gardera en fief 
de Jacqueline les parties du territoire qu'il occupe en ce 
moment ; il renonce à ses prétenlions sur tout le reste qu'il 
gouvernera, cependant pendant cinq ans, conjointement avec 
le duc de Brabant; ce duc lui payera, en outre, la somme de 
cent mille nobles anglais. Le 27 avril 1420, il y eut une 
seconde convention entre les parties. Le duc de Brabant 
céda à Jean de Bavière, pour douze ans, le gouvernement de 
la Hollande et de la Zeelande, moyennant le prêt d'une forte 
somme d'argent; à l'expiration des douze ans, le duc de Bra- 
bant reprendra ce gouvernement en remboursant la somme ; 
Jean de Bavière, de son côté, renonça au gouvernement du 
Hainaut. (V. De Dynter.) 



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LE 

DIOCÈSE DE LIÈGE SOUS JEAN DE BAVIÈRE. 

1390-1418. 



I. 



Jean de Serclaes de Bruxelles, qui devint évéque de 
Cambrai en 1376, se prononça, pendant le schisme, pour 
l'antipape Clément VII (Robert de Genève qui avait été 
évêque de Cambrai). Il mourut le 12 janvier 1389. Il est 
très probable que Jean de Bavière fut alors élu au siège de 
Cambrai par ceux qui adhéraient au Pontife romain. Vers la 
fin de cette année, il fut élu au siège épiscopal de Liège et 
en prit possession le 8 mai 1390. 

Quant au diocèse de Cambrai, il paraît que Jean de Bavière 
resta l'administrateur apostolique des parties situées dans 
les états du duc de Brabant et dans ceux du comte de 
Uainaut, car dans un diplôme de 1398 et dans un autre de 
1409, il prend le titre decommendatarius ecclesiœ Cameraceiisis 
à Sede apostolica specialiter deputatus, (MiRiEus, t. II, 893 ; 
Vos, t. II, p. 473.) II confirma par le premier diplôme la 
fondation du monastère de Corsendonck dans la paroisse de 
Tumhout qui était du diocèse de Cambrai. Par le second, il 
transféra le chapitre de Saint-Ursmar à Binche. 



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92 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

André de Luxembourg fut élevé sur le siège de Cambrai, 
le 31 janvier 1390. Il adhéra à Tanlipape d'Avignon et 
mourut au mois d'octobre 1396. D'après les auteurs de la 
Gallia Christiania, Theodoric de Niem (i) aurait obtenu le 
siège épiscopal de Cambrai et l'aurait conservé deux ans 
(1396 à 1398) sans toutefois y résider. D'après le père jésuite 
Raltinger (2) Theodoric de Niem n'a jamais été évoque de 
Cambrai ; mais c'est Pierre D'Ailly qui a succédé immédia- 
tement à André de Luxembourg. Ce Pierre D'Ailly était un 
des chefs du parti schismatique d'Avignon. 

Jean de Bavière fut solennellement inauguré, comme 
évêque de Liège, le 10 juillet 1390, et il prêta le même ser- 
ment que ses prédécesseurs. Il reçut le sous-diaconat avec 
l'abbé de Saint-Trond, le 17 décembre de la même année. 

Le pape Boniface IX, pour obtenir du ciel l'extinction du 
schisme, ouvrit un jubilé ordinaire à Rome en 1390, en 
fixant le retour du jubilé à la trente troisième année. Il s'y 
rendit un nombre infini de fidèles. L'année suivante, il auto- 
risa la publication du jubilé dans quelques diocèses et pays 
pour ceux qui n'avaient pas pu faire le pèlerinage romain, 
notamment dans le Brabant, les Flandres, le Hainaut, les 
diocèses de Cambrai et de Liège. Guillaume de la Vigne, 
évêque d'Ancône, le publia à Liège. Pour le gagner, il fallait 
recevoir le sacrement de Pénitence, verser dans un tronc 
tout l'argent qu'aurait coûté un pèlerinage à Rome et visiter 



(i) Theodoric de Niem, qui résida à la Cour des Pontifes romains en 
qualité d'abbreviator lilterarum apostolicarum jusqu*au 22 mars Ui8, 
jour do sa mort, sauf quelques courtes interruptions, possédait un 
canonicat dans la collégiale de Saint-Servais, à Maestricht. Dans ses 
trois ouvrages De schismate. Liber unionis et Vita Joannis XXIII, 
tels quMs ont été édités par les ennemis de TÉglise, l'auteur se montre 
l'adversaire des Pontifes romains, ce qui a donné lieu à la conjecture 
que ses écrits onl été altérés par ses éditeurs. 

(2) Dans le XV« volume de Critiques de VEistaire syncfironislique 
du père Damberger. 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1418. 93 

chaque jour, pendant trente jours consécutifs, quatre églises 
de Liège. Un grand nombre de pénitenciers siégeaient dans 
l'église de Sainte-Croix pour y entendre les confessions. Les 
fidèles accouraient en foule. Deux fois par jour, Févéque 
d'Ancône venait leur donner la bénédiction apostolique avec 
rindulgence. Le produit des offrandes servit à reconstruire 
réglise de Sainte-Croix. Le même évéque d'Ancône célébra, 
le là janvier 1392, une Messe pontificale, suivie d'une 
procession, dans Téglise de Saint-Lambert, pour le rétablis- 
sement de la paix et de Tunion. Il y prêcha en même temps 
sur ce sujet. À cette solennité assistèrent deux évêques, Tun 
Dominicain, l'autre Franciscain , tous les abbés des monas- 
tères de Liège et une foule d'ecclésiastiques. (V. Zantfliet, 
339-340; Fisen, 182.) 

En vertu des règles de la chancellerie romaine, un bon 
nombre de bénéfices étaient, en certains cas, réservés à la 
collation du Saint Siège. Le prince-évêque et les trois États 
voyant qu'ils étaient assez souvent conférés à des étrangers, 
prièrent le Pontife romain, en 1394, de donner, dans la col- 
lation de ces bénéfices, la préférence aux clercs originaires 
du diocèse de Liège, sauf cependant les clercs qui résident 
en CiOur romaine, les nobles de TËlectorat de Cologne et les 
gradués. (Apud Foulon, t. !«% p. 454.) 

Les Cours spirituelles de justice étaient celle de l'official 
et les huit Cours archidiaconales. Le prince-évêque, Adolphe 
de Lamarck avait porté des statuts pour ces Cours le 28 sep- 
tembre 1337, le 7 octobre 1337, et le 7 juillet 1343. On se 
plaignait, sous Jean de Bavière, que ces statuts n'étaient pas 
bien observés. Pour calmer ces plaintes, ce prince-évêque 
renouvela ces statuts avec le consentement du chapitre et y 
ajouta quelques nouvelles dispositions, le 3 avril 140S ; nous 
en donnons les parties les plus intéressantes : 

La permission de tester donnée à un prêtre ou à un béné- 
ficier ne cesse point par la mort de Tévêque. Quand un béné- 
ficier meurt sans testament, ses biens meubles doivent être 



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94 LE DIOCÈSE DE LIÉGË 

inventoriés et le produit doit en être consacré aux œuvres 
pies, après déduction des dettes et des frais d'obsèques. Cela 
n'aura pas lieu, quand le bénéfice ne rapporte pas vingt-cinq 
muidg d'épeautre ou quand le bénéficier n'a encore rien 
perçu de son bénéfice. 

Le bénéficier qui demande la dispense de la résidence, 
payera pour cette dispense, le vingtième denier des revenus 
de son bénéfice. Le prêtre qui le remplacera pour rempHc 
l'office, se fera approuver et ne payera pas plus d'un vieil écu 
pour un bénéfice à charge d'âmes et pas plus de quatre vieux 
gros pour tout autre. La registration de ces permissions 
coûtera deux vieux gros dont douze valent un florin de 
Rhin. Quand le bénéficier ne réside point et qu'il n'a point 
de permission de s'absenter, les revenus de son bénéficier 
peuvent être saisis. 

Les péchés publics qui doivent être déférés aux synodes 
paroissiaux par les juges synodaux ou d'autres, ne peuvent 
être déférés d'office aux Cours spirituelles, si ce n'est dans 
deux cas, savoir : quand ils n'ont pas été déférés au dernier 
synode ou quand ils ont été commis une seconde fois après 
le synode. 

A la Cour de l'official il ne pourra y avoir que quinze 
procureurs et à chacune des Cours archidiaconales qu'un 
seul. Ces procureurs ne peuvent être choisis ni parmi les 
prêtres, ni parmi les notaires d'une Cour ; ils doivent être 
vertueux, capables, sachant bien la langue latine. 

La citation d'un prévenu à comparaître devant une de ces 
Cours doit être accompagnée des articles d'accusation. Un 
prévenu qui veut se défendre en justice et dont la fuite n'est 
pas à craindre, ne peut être arrêté, ni incarcéré, à moins 
qu'il ne soit en aveu, pris en flagrant délit ou convaincu. 

Le débiteur qui cède tous ses biens à ses créanciers en 
payement de ses dettes, doit affirmer par serment qu'il agit 
sincèrement, sans fraude. 
J^es archidiacres ne demanderont aucun honoraire pour 



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sous JEAN DE BAVIERE, 1390-4418. 9o 

avoir visité les menses des pauvres, les hôpitaux et les cha- 
pelles. 

Les oppositions faites soit aux fiançailles, soit au mariage 
doivent être jugées par le juge compétent, avant qu'un 
accord puisse être fait à ce sujet. 

Le même prêtre ne peut remplacer deux curés absents, 
hors le cas d'évidente nécessité et, dans ce cas, il peut biner 
le dimanche. 

Dans chaque concile ou doyenné, il n'y aura qu'un officiai 
forain, sauf dans celui de Beek à cause de son étendue, et 
sauf dans ceux de Tongres, Maestricht et Saint-Trond, à 
cause de la diversité d'idiomes (wallons et flamands) . 

Le gardien de la tour de l'official (prison à Liège) percevra 
quatre gros à l'entrée du prisonnier, deux gros chaque jour 
pour la nourriture et la surveillance, et deux gros à sa sortie. 

Les doyens ne percevront que des honoraires modérés, 
pour la visite des quartes chapelles, pour l'autorisation de 
s'ab?enter accordée aux recteurs, pour l'autorisation de les 
remplacer accordée aux desservants, pour l'admission aux 
bénéfices et leurs résignations, dans ces quartes chapelles. 
(V. BoRMANS, Recueil p. 408.) 

Pendant que les Haidroits faisaient la guerre à leur prince, 
les Maestrichtois le prièrent de confirmer l'ancien usage 
d'après lequel se célébraient les synodes paroissiaux dans 
la ville. Il le fit en 1407 et déclara que les Cours de justice 
ne feraient aucune poursuite touchant les contraventions et 
les délits jugés dans les synodes paroissiaux. Ces synodes 
se tenaient chaque année dans l'église de Notre-Dame et 
duraient trois jours. C'étaient les trois jours après le di- 
manche de Lœtare, en carême. Le doyen du concile y 
présidait et les échevins de la Cour en étaient les juges. Les 
peines auxquelles ils condamnaient les coupables étaient des 
pénitences, des prières, des aumônes, des pèlerinages. Les 
contraventions et délits qui étaient de la compétence des 
synodes paroissiaux, étaient les transgressions publiques 



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96 LE DIOCÈSE DE LlÉGË 

des cinq commandements de TÉglise , les péchés publics de 
fornication, etc. L'acte de 1407 mentionne, en outre, les 
délits d'employer de fausses mesures, de faux poids, de 
fausses balances dans le commerce, de rogner l'argent, de 
faire l'usurier, d'employer de faux dés, de violer le secret 
des lettres, de vivre en concubinage, de déplacer les bornes 
des champs, de commettre des vols dans les églises. Les 
accusés étaient cités trois fois à la porte de l'église par un 
huissier. Ils pouvaient se présenter avec leur avocat et des 
témoins à décharge. En cas de fornication, la femme était 
crue sur son serment elle complice condamné à contribuer 
à l'entretien de l'enfant qui en était né. Ceux qui s'étaient 
rendus coupables de péchés publics, pouvaient se présenter 
spontanément, pour avouer leurs fautes et recevoir une 
pénitence. (V. Habets, p. 601.) D'après les statuts de 1288, 
ceux auxquels on avait imposé une pénitence publique pour 
des péchés publics au commencement du carême, étaient 
réconciliés avec l'Église le Jeudi-Saint, après avoir accompli 
leur pénitence. 

Pendant l'année 1409, qui était une année de disette et 
d'épidémie, on fit bien des processions avec les reliques des 
saints pour obtenir du ciel la cessation du double fléau , 
notamment à Maestricht où la châsse de saint Servais (appelée 
noodkasse) fut portée par toutes les rues. 

Au concile de Constance, réuni le 1" novembre 1414, bien 
des prélats se plaignirent des fréquentes usurpations dont 
les biens ecclésiastiques étaient l'objet. Le concile, dans sa 
dix-neuvième session, tenue le 23 septembre 1416, approuva 
les Constitutions de Frédéric II et de Charles IV en faveur 
des églises et de leurs biens et il ordonna à son vice-chan- 
celier d'en donner des lettres exécutoires à ceux qui en 
demanderaient. Les délégués de l'évéque de Liège en deman- 
dèrent pour notre diocèse, et ces lettres furent transcrites 
dans le cartulaire de Saint-Lambert. (V. Lib. /F, n*» 76.) 

L'Empereur Sigismond qui avait besoin d'argent, demanda 



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SOLS JEAN DE BAVIÈRE, ^390 4418. 97 

au pape Martin V (élu le 10 novembre 1417) la dixième partie 
des revenus ecclésiastiques dans Tempire d*Àllemagne. Il 
Tobtint, mais l'église de Liège (et peut-être encore d'autres) 
appela au Pape mieux informé. Son appel fut reçu et, le 22 
mai 1425, elle fut déchargée de ce fardeau. (V. Jean de Sta- 
VELOT, p. 160; De Dynter;, 1. VI, cap. 138 ; Cart. Saint- 
Lambert, Lib. IV, no 83.) 

IL 

Le Schisme. 

Le Pontife romain, Urbain VI, fut élu d'une manière légi- 
time, le 8 avril 1378. Les seize cardinaux qui conslituaient 
le conclave, l'avaient élu à l'unanimité et ils l'assistèrent dans 
le gouvernement de l'Église jusqu'au 20 juillet. 

Les cardinaux français furent bientôt mécontents du Pape, 
parce qu'il les engageait à renoncer à leur grand train et à 
mener une vie plus simple et plus cléricale. Le gouverne- 
ment français était également mécontent de lui, parce qu'il 
refusait d'aller résider à Avignon et de subir son influence. 

Les cardinaux français, appuyés par leur gouvernement, 
engagèrent d'abord Urbain VI à abdiquer (juin 1378), puis 
ils répandirent le bruit que son élection avait été faite sous 
les menaces de mort, proférées par le peuple sur la plaee 
publique, pendant le conclave (juillet 1378), et enfin, le 
20 septembre, ils élurent un nouveau pontife qui prit le 
nom de Clément VII. L'antipape fut reconnu par le gouver- 
nement français. 

L'évêque de Liège, Arnold de Homes, avait constamment 
adhéré au Pontife romain, Urbain VI. L'antipape trouva 
néanmoins quelques adhérents au diocèse de Liège, grâce à 
l'influence du Roi de France et de Philippe-le-Hardi, duc de 
Bourgogne. Urbain VI mourut, le 18 octobre 1389. Dès 
qu'on eut célébré ses obsèques à Liège, les Clémenlins 

7 



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98 LE nioci^:sE de liéiîe 

résolurent d'envoyer un député à leur anlipape pour lui 
faire espérer que, par une lettre, il attirerait tous les Liégeois 
à son obédience. Ils lui députèrent Jean Boileau. Le chapitre 
qui savait que Jean Délie Boverie avait reçu d'Urbain VI le 
pouvoir de jeter tous les Clémentins en prison, le pria de 
faire usage de son pouvoir, pour faire échouer ces tentatives 
schismatiques. Il s'y refusa, ne sachant pas, disait-il, si 
Boniface IX le successeur d'Urbain, lui avait maintenu ces 
pouvoirs. Le grand-prévôt qui fut chargé de faire arrêter le 
député, ne parvint qu'à faire saisir son compagnon à Namur ; 
Boileau lui-même lui échappa. (V. Fisen, p. 149.) 

Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre, 
qui soutenait l'antipape d'Avignon, engagea le chapitre de 
Liège à suivre son exemple. Le chapitre lui répondit, le 
8 janvier 1391, que le pape Urbain VI avait été le pape 
légitime, que sa légitimité avait passé à son successeur 
Boniface IX et que les cardinaux qui l'avaient abandonné, 
étaient schismatiques et révolutionnaires ; il finit par enga- 
ger le duc à revenir lui-même à l'obédience romaine. (V. 
Raynald, ad an, 1390, n'' XIX.) 

L'évêque, Jean de Bavière, qui désirait ardemment la fin 
du schisme, fit célébrer des Messes et faire des processions 
dans ce but en 1393. L'année suivante, au 16 août, l'évêque 
suffragant célébra encore une Messe pontificale à laquelle 
assistèrent deux évêques, l'un Dominicain, l'autre Francis- 
cain, huit abbés et tout le clergé. L'antipape Clément VII 
mourut, le 16 septembre 1394. Ses cardinaux, au lieu de 
reconnaître le Pontife romain pour terminer le schisme, 
préférèrent procéder à une nouvelle élection, le 28 de ce 
mois. Pierre de Luna qui fut élu, prit le nom de Benoît XIII. 
Cette élection qui perpétuait le schisme, désola tous les 
catholiques. A Liège, on célébra de nouveau des Messes 
spéciales, le 4 février 1395. L'évêque ordonna même que 
chaque semaine on célébrerait une Messe spéciale dans 
chaque église pour l'extinction du schisme ; une fois par 



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sous JEAN DE DAVIÉRE, 4390-4418. Ô9 

mois, le clergé de la cité se réunirait dans ce but à la cathé- 
drale. (V. FiSEN, p. 183.) 

Au mois de février 1398, TEmpereurWenceslas, après 
avoir tenu conseil avec les princes de Tempire, résolut de 
se rendre à Rheims pour y conférer avec le Roi de France 
sur les moyens d'éteindre le schisme. Il passa par Limbourg 
et Franchimont et s'arrêta trois jours à l'abbaye de Stavelot. 
L'évêque lui prépara une magnifique réception à Liège, mais 
l'Empereur prit la route d'Ivoir pour se rendre en France. 
{V. FisEN, p. 155.) 

Le gouvernement français, honteux du schisme qu'il avait 
suscité, voulut l'éteindre, mais par des moyens qui ne por- 
tassent aucune atteinte à son honneA*. Il engagea les deux 
pontifes ik abdiquer sous le prétexte que l'élection du Pon- 
tife romain était aussi douteuse que celle du pontife d'Avi- 
gnon. Ce moyen n'ayant point réussi, il résolut d'engager 
les souverains et les peuples à se soustraire à l'obédience 
des deux pontifes, pour les contraindre à abdiquer. La sous- 
traction d'obédience fut décrétée en France et adoptée par 
le duc de Bourgogne, la duchesse de Brabant et plusieurs 
autres princes. 

Le gouvernement de France envoya des députés à Liège 
pour y faire décréter la soustraction d'obédience. Ils y arri- 
vèrent pendant que le prince-évéque était en Hollande où il 
aidait son frère à soumettre les Frisons. Ils gagnèrent à 
leurs idées Baudouin, seigneur de Mont jardin et châtelain 
de Waremme, par des honneurs et de l'argent. Pour réussir 
dans leur projet, il fallait encore gagner les bourgmestres. 
L'époque des élections communales fut avancée. Jean Surlet 
fils de Fastrard Baret-Lardier et Gilles Bierset furent élus 
bourgmestres. Les nouveaux magistrats convoquèrent le 
peuple au palais où les députés français lui exposèrent le 
but de leur mission. Il leur fut répondu que cette affaire 
regardait les trois États et qu'il fallait les convoquer. Les 
bourgmestres de Liège convoquèrent les bonnes villes de la 



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100 LE DIOCÈSE DE l.ll'GE 

principauté. La réunion du Tiers-Etat eut lieu le 12 juin 
1399. Les députés français lui exposèrent que le Roi de 
France avait abandonné le pontife d'Avignon, comme les 
Liégeois le lui avaient demandé, qu'il voulait terminer le 
schisme et que le meilleur moyen pour le terminer était la 
soustraction d'obédience. Les Liégeois, s'ils accédaient à la 
demande du Roi, jouiraient de sa bienveillance et de sa 
protection. Les bourgmestres de Liège et de plusieurs autres 
villes décrétèrent la soustraction d'obédience, le 12 juin; 
les pouvoirs que le Pontife romain exerçait au diocèse de 
Liège seront dévolus à l'évoque; les bénéfices seront con- 
férés par les coUateurs ordinaires; quant aux revenus que 
le Pontife romain et Ms cardinaux percevaient au diocèse 
« ils seront pris, saisis et mis en séquestre pour la défense 
de l'Église et du pays, sans déport aucun. » La ville de Huy 
accéda à ces décisions, le 16 juin, Dinant le 18 juin et Thuin 
le 19 juin. (V. Martène, t. VII, p. 659.) Montjardin et Surlet, 
députés à Paris, mirent ces actes du Tiers*Ëtat sous les 
yeux du Roi. Ils furent retenus pendant six semaines dans 
la capitale et comblés de présents par le Roi, qui leur donna, 
entre autres objets, une coupe remplie de florins d'or. De 
retour à Liège, ils lurent au peuple une lettre flatteuse du 
Roi. Le clergé n'avait pris aucune part à cet acte schisma- 
lique du Tiers État. Il en fut de même peut-être de l'État 
noble. Rien par conséquent n'était valable. Le Roi de France 
qui le comprit, envoya de nouveaux députés à Liège, Tho- 
mas patriarche d'Alexandrie et Pierre Plaioul, de Liège, 
docteur de la Sorbonne. Ils y arrivèrent, le 29 septembre 
1399. Ils eurent des conférences avec l'évêque qui était de 
retour de la Hollande et avec le clergé primaire et secon- 
daire. Ces conférences durèrent jusqu'au 6 octobre. La 
soustraction d'obédience fut décidée ce jour et la décision 
fut signée par l'évêque et par les délégués de la duchesse de 
Brabanl, du comte de Flandre et du comte de Namur. 
Les délégués de ces derniers étaient venus à Liège, pour 



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SOLS JEAX DE BAVIÈRK, 13901418. 101 

appuyer la demande des députés français. C/élaient Guil- 
laume de Bruges , doyen de Lierre et Jean Ghio doyen de 
Saint-Aubin à Namur. Le 8 octobre, Jean de Bavière, en 
exécution d'un engagement, promit à tout son clergé de 
respecter ses droits et ses privilèges (Cart, du clergé second,) 
Le Roi de France, de son côté, promit sa proteclion à 
l'église et au pays de Liège par une lettre du 2 avril 1400 
(chart. inéd.) Cette protection pouvait lui être nécessaire, 
car l'Empereur et les princes d'Allemagne restaient dans 
l'obédience du Pontife romain. 

On ne s'arrêta pas à ces mesures à Liège. Tous les ecclé- 
siastiques qui se trouvaient à Rome, furent rappelés sous 
peine de privation de leurs bénéfices. La plupart revinrent 
au pays. Quatre cardinaux qui étaient archidiacres de Cam- 
pine, du Condroz, du Brabant et de Famenne, virent les 
revenus de leurs bénéfices confisqués. Le pape Boniface 
envoya des légats pour rappeler les Liégeois à son obédience. 
Ces légats s'arrêtèrent à Cologne et se bornèrent à écrire 
une lettre à l'évêque et à son clergé, parce qu'ils craignaient 
qu'il n'y eût aucune sécurité pour eux à Liège. La Ictlre fut 
mal accueillie. Le 18 mars 1400, Jean de Bavière, le clergé, 
la cité, les bonnes villes appelèrent au futur pape unique et 
orthodoxe des menaces faites par les légats de Boniface IX, 
et le 24 du même mois le clergé assemblé au chapitre de 
Saint- Lambert approuva l'appel interjeté par l'évêque. (Cart. 
du clergé second,) (V. Fisen, p. 186.) 

La défection fut-elle générale ? N'y eut-il point des ecclé- 
siastiques qui continuèrent d'adhérer au Pontife romain? 
11 y eut des ecclésiastiques qui continuèrent d'adhérer au 
Pontife romain, notamment l'abbé et les religieux de Saint- 
Trond. Il est même probable que l'évêque lui-même ne cessa 
d'adhérer au Pontife romain, car ses évêques auxiliaires 
étaient des adhérents de ce Pontife. 

Par une bulle du i^' août 1401, le Pontife romain, Boni- 
face IX, nomma conservateurs et juges des privilèges du 



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102 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

chapitre de Saint-Servais, les doyens de Sainte-Marie ad 
gradus à Cologne, de Saint-Denis à Liège et de Saint-Pierre 
à Utrechl. Ce fut, sans doute, à la demande du chapitre de 
Saint-Servais que cette bulle fut donnée. Ne peut-on pas 
conclure de cette bulle que le clergé de ces quatre églises 
adhérait au Pontife romain ? Guillaume de Sart était alors 
doyen de Saint- Denis. Jean ^gidius qui était prévôt de Saint- 
Lambert resta très probablement aussi fidèle à Boniface IX. 

L*évéque de Liège et son clergé n'avaient embrassé la 
soustraction d*obédience en 1399 qu'à regret, en subissant 
l'influence du gouvernement de France et celle de Philippe- 
le-Hardi duc de Bourgogne. Ils cessèrent de subir l'une et 
Tautre, par la mort du duc, arrivée le 6 avril 1404. On peut 
conjecturer aussi que Robert de Bavière, Empereur d'Alle- 
magne, les engagea à reconnaître de nouveau le Pontife 
romain. Suivant les inspirations de leur conscience et les 
conseils de l'Empereur, ils envoyèrent le théologal Jean de 
Turnhout à Rome, après la mort de Boniface IX (t 1 octobre 
1404). Le député Liégeois fit acte d'obédience à Innocent 
VII au nom de tout le clergé. Le nouveau Pape l'agréa avec 
une vive satisfaction et donna au député plein pouvoir d'ab- 
soudre les diocésains de toutes censures. Pour s'attacher 
davantage l'église de Liège, il éleva deux de ses membres 
h la dignité de cardinal, Jean iEgidius grand prévôt et Pierre 
Stephaneschi ; ils figurent avec la qualification de cardi- 
nales Leodienses dans l'acte d'élection de Grégoire XII 
{30 novembre 1406) à laquelle ils prirent part. (V. Raynald, 
ad an. 1405, VII; 1406, XI.) Au commencement de l'année 
1408, le député, de retour à Liège, lut la bulle du Pape au 
clergé et réconcilia l'église de Liège avec Tèglise romaine. 
Un Te Deum solennel fut chanté à la cathédrale. (V. Fisen, 
p. 162.) 

Au schisme général qui attristait l'Église, se joignit, en 
1406, un schisme particulier au diocèse de Liège. Le 27 
septembre de cette année, les Haidroils déposèrent Jean 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1390-U18. 103 

de Bavière et le remplacèrent par Thierry de Homes. Celui-ci 
demanda Tinstitution canonique à Tantipape Benoit XIII qui 
la lui accorda. Dès lors le diocèse se trouva divisé en deux 
partis. La grande majorité du clergé et des laïques restèrent 
fidèles à Jean de Bavière. Les ecclésiasliques fidèles à leurs 
devoirs furent privés de leurs bénéfices et persécutés. Les 
chanoines de Looz allèrent s'établir dans Téglise de Saint- 
Sulpice à Diest. 

Thierry de Homes prit pour évêque suffragant Jean 
Gilswyn qui avait été curé de Saint-Pierre à Malines. Ce 
Jean avait commis bien des fautes et des abus de pouvoir. 
La fonction d*Official fut conférée par Thierry à Henri de Loen 
qui avait été curé à Mortroux. C'était un concubinaire pu- 
blic. Le suffragant Gilswyn conféra les Ordres sacrés dans 
réglise de Saint-Michel le samedi des Quatre Temps de 
l'Avent en 1406, tandis que le suffragant de Jean de Bavière 
les conférait le même jour à Maestricht. (V. Zantflïet.) 

Le Pontife romain, Grégoire XII, informé par Jean 
de Bavière du schisme qui venait d'éclater dans son diocèse, 
lui répondit, le 11 avril 1407; il déplore la révolte et la 
défection des Liégeois; il lui ordonne de casser les actes de 
rintrus Thierry, de citer les coupables devant le Saint-Siège 
et s'ils refusent d'y comparaître, de les frapper des censures 
ecclésiastiques. (Raynald, 1407, n°XXX ) Le 22 juillet de la 
même année, il donne au chapitre la faculté de conférer à 
d'autres les bénéfices possédés par ceux qui adhéraient à 
Thierry et le pouvoir d'absoudre des censures tous ceux 
qui reviendraient à l'obédience du Pontife romain et à celle 
de leur évêque légitime. (V. L. IV, n° 120.) 

Thierry, Tintrus, conféra les prébendes de la cathédrale et 
des collégiales et d'autres bénéfices, dont il avait privé les 
légitimes titulaires, à des clercs de la principauté de Liège 
et à ceux du Brabant. Hubert Corbeau d'ÂUeur, Jean de 
Riwechon, Guillaume de Riwechon, Jean d'Ahin, Guillaume 
de Rosmelle et un grand nombre d'autres furent nommés 



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104 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

chanoines de Saint- Lambert, au mois de juin 1407, et quel- 
que temps après, le fils d'Évrard de Lieriwe, le fils de Gérard 
de la Chaussée, Jean Alair, etc. , obtinrent ainsi des pré- 
bendes à la cathédrale. (V. Jean de Stavrlot, p. 109.) 

Après la défaite des Haidroits à Olhée, le 23 septembre 
1 408, les prêtres restés fidèles à leur évéque légitime furent 
réintégrés dans leurs fonctions et la plupart de ceux qui 
avaient adhères à Tintrus furent privés de leurs bénéfices, 
entre autres, Jacques Lupi, doyen de Saint-Paul. 

Le gouvernement français qui regrettait d'avoir causé un 
schisme dans FÉglise, voulait y mettre un terme, mais 
par des moyens qui sauvegardassent son honneur. Il avait 
d'abord conseillé aux deux Pontifes d'abdiquer. Comme ce 
moyen n'avait point réussi, il avait essayé de contraindre les 
deux Pontifes à abdiquer, par la soustraction d'obédience. 
Comme ce second moyen n'avait pas mieux réussi que le 
premier, il résolut d'employer un troisième, celui de faire 
déposer les deux Pontifes par un concile général. Pour y 
préparer les voies, Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai et 
Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, propagèrent 
la doctrine erronée que les évoques réunis en concile sont 
supérieurs au Pape et peuvent le déposer. 

Le gouvernement français gagna plusieurs princes à son 
projet et il finit par gagner aussi les cardinaux des deux 
Pontifes. 

Le prévôt de la cathédrale de Saint-Lambert qui était car- 
dinal du Pape romain Grégoire XII, l'abandonna le premier 
(11 mai 1408), égaré par l'opinion que le seul moyen de 
terminer le schisme était un concile général, supérieur aux 
deux Papes. Son exemple et les informations qu'il donna, ne 
furent pas sans influence sur l'église de Liège. Le duc de 
Bourgogne, le vainqueur d'Olhée, qui était à la tête du gou- 
vernement en France, gagna facilement l'évêque et le clergé 
de Liège au projet d'un concile général. 

Dès que les cardinaux des deux obédiences eurent convo- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1890-1418 108 

que les évéques à un concile général à Pise, Tévéque de 
Liège y envoya des procureurs : Gérard Rondelli, docteur 
en droit, Lambert Stockis (délie Stache, de Stipite,) docteur 
en droit et religieux de Saint-Laurent, Gilles de Jomalintue (?) 
licencié en droit, André Sudemian (?) licencié en droit, Paul 
de Clotingeriis (?) licencié en droit (i). Le duc de Brabant y 
députa les abbés de Gembloux, de Villers et de Tongerloo, 
le chancelier, Pierre Guidonis, Jean de Turnhout, licencié 
en droit et Godefroid de Zichem, licencié en droit et d«yen 
du chapitre de Hilvarenbeek. Plusieurs abbayes y envoyèrent 
des procureurs, notamment celles de Stavelot, de Saint- 
Trond, de Saint-Hubert, de Vlierbeeck, d'Aine, de Val-Saint- 
Lambert, de Val-Dieu, de Grandpré, de Florefife, de Saint- 
Gérard, de Waulsort, de Fiorennes, de Saint-Jacques, de 
Saint-Laurent, de Beaurepart, de Saint Gilles à Liège, d*Aver- 
boden, du Parc, de Leffes, de Heylissem,de Neumoustier, de 
Fiorennes et de Malonne. Le chapitre de Saint-Lambert et le 
reste du clergé y députèrent également des procureurs. 
Parmi les délégués de l'université de Paris se trouva Pierre 
Plaioui de Li^e. Dans la treizième session , il prit la parole 
pour prouver que les deux Pontifes étaient fauteurs du 
schisme et de l'hérésie. Le concile déposa Grégoire XII et 
Benoit XIII et élut, le 26 Juin 1409, Alexandre V. Lambert 
Stockis rapporta les actes de ce concile à son abbaye de 
Saint-Laurent. 

Le concile de Pise était-il légitime? 

Pour qu'un concile général soit légitime, il est requis qu'il 
soit convoqué par le Pape légiiime, qu'il soit présidé par lui 
ou ses légats et que ses décrets soient confirmés par lui. Or 
ces trois conditions font défaut au concile de Pise. 

Ce concile, bien loin d'avoir éteint le schisme, n'avait fait 
que l'augmenter. L'univers chrétien se trouva partagé entre 

(0 Ces noms propres qoi se trouvent ainsi écrits dans Hardouin 
t. VIU, p. iOl, soDt très probablement écrits d'une manière fautive. 



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106 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

trois obédiences, les uns reconnaissaient le Pentife romain 
Grégoire XII, les autres le pontife d*Avignon Benoît XIII et 
d'autres enfin le pontife de Pise Alexandre V. 

L'église de Liège se rangea sous l'obédience d'Alexandre V. 
Après la mort de ce pontife (3 mai 1410) elle adhéra à son 
successeur Jean XXIII, élu le 16 mai suivant. Ce pontife 
convoqua un concile à Rome qui s'y ouvrit au mois d'avril 
1412. Il est assez probable que l'église de Liège y envoya 
un député, car Jean XXIII donna, le 19 mai 1412, un bref au 
chapitre de Saint-Lambert, en vertu duquel les juifs con- 
vertis et les descendants de juifs sont exclus des prébendes 
de la cathédrale. (Lib. Chart, IV, n« 72). 

Au mois d'août 1412, Jean XXIII envoya, comme légat, 
dans les diocèses de Cambrai, Tournay, Liège et Utrecht, 
Nicolas de Pistorio, marchand marié de Florence, pour y 
lever la dixième partie des revenus des bénéfices et il lui 
donna le pouvoir de frapper de censures ceux qui les refuse- 
raient. Ce légat pouvait, en même temps, déléguer aux 
confesseurs des pouvoirs extraordinaires pour absoudre des 
péchés, peines et censures les pénitents qui donneraient, à 
cet effet, une certaine somme d'argent. Le payement d'une 
somme d'argent, dans ce but, causa un grand scandale à 
Malines et dans d'autres endroits. Laurent de Bouchouf, 
doyen de Sainte-Gudule à Bruxelles, qui avait été délégué 
par le légat, le 13 février 1413, taxa le clergé du diocèse au 
Brabant au vingtième denier de ses revenus. Il en résulta 
des conflits, des procès et des peines infligées. Le légat vint 
à Liège et par un acte du 23 janvier 1414, il révoqua les 
pouvoirs délégués à Laurent de Bouchout et annula ses actes 
contre le clergé Liégeois. (V. Cart. du clerg. sec, Hardouin, 
coll. conc, t. VIII, p. 348 et 349.) 

L'Empereur Sigismond, élu au mois de mars 1411, s'en- 
tendit avec le Pontife romain Grégoire XII sur les moyens 
d'amener l'extinction du schisme. Il convoqua lui-même 
tous les évéques en un concile général à Constance. Ce fut 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, i390-i4l8. 107 

aussi sur ses instances que le pape de Pise, Jean XXIII, les y 
convoqua également, mais seulement pour continuer le 
concile de Pise et porter des décrets de réforme. Le concile 
s'ouvrit le 1" novembre 1414. 

Jean de Bavière n'y assista point. Il y députa Gérard 
Rondelli docteur en droit, TOfficial de Liège qui était licencié 
en droit, Lambert Stockis, religieux de Saint- Laurent et 
prieur de Bertrée et un archidiacre de Liège. Le religieux 
de Saint-Laurent représentait en même temps, au concile, 
le duc de Brabant et le supérieur de Gluny. Il fut un des 
docteurs les plus actifs et les plus influents du concile. Quand 
Jean XXIII s'était sauvé de Constance, pour ne pas abdiquer 
(21 mars 1418), le concile lui députa Lambert Stockis et 
plusieurs autres pour l'engager à revenir à Constance et à 
abdiquer (24 mars 1415). Au mois de juillet de la même année, 
l'Empereur Sigismond se rendit en Espagne près de Benoît 
XIII pour l'engager à abdiquer. Il était accompagné de 
Lambert Stockis. D'après Jean de Stavelot, ce fut le religieux 
de Saint-Laurent qui porta la parole ; il commença son 
discours par le texte : hodie si vocem Domini audieritis, 
mlite obdurare corda vestra et exposa les raisons pour 
lesquelles Benoît XIII devait abdiquer. Ce pontife commença 
sa réplique par les mots : quadraginta annis proximus fui 
natioiii huic et dixi : semper hi etrant corde et parla pendant 
plusieurs heures. Il refusa de suivre le conseil qu'on lui 
donnait. 

Le Pontife romain Grégoire XII, par le ministère d'un 
délégué, fit la convocation du concile de Constance; il 
faulorisa à prendre des moyens pour rétablir l'unité, puis il 
abdiqua (4 juillet 141S). L'abdication fut reçue par le concile. 
Les pères, après avoir rempli les formalités, avaient déposé 
Jean XXIII, dès le 29 mai 1415 ; ils firent citer judiciaire- 
ment Benoît XIII (28 novembre 1416) et envoyèrent à cet 
effet des délégués en Espagne parmi lesquels se trouvait le 
religieux de Saint-Laurent. Benoît XIII auquel les délégués 



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108 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

notifièrent la citation vers le 22 janvier 1417, refusa de 
nouveau d'abdiquer. Il fut, dès lors, déposé par le concile, 
le 26 juillet 1417. L'élection d'un nouveau pontife eut lieu, le 
10 novembre 1417, par le Collège des cardinaux et par les 
délégués des cinq nations ou groupes dans lesquels les pères 
étaient répartis. Lambert de Stockis était un des six délégués 
de la nation allemande. Le cardinal Otton de Colonna fut élu 
et prit le nom de Martin V. Il fut reconnu, comme Pontife 
légitime, par tous les ecclésiastiques et tous les laïques, 
sauf quelques rares exceptions en Espagne où Benoit XIII 
conserva quelques adhérents. 
Le schisme était terminé, après avoir duré de 1378 à 1417. 

III. 
Llnstruction. 

Les études d'humanités se faisaient sous Jean de Bavière, 
dans les nombreuses écoles latines qui existaient, à cette 
époque, au diocèse de Liège. 

Quant à la philosophie et à la théologie, ces sciences étaient 
enseignées principalement dans les universités. Le chapitre 
de la cathédrale décida en 1394 que les chanoines non-nobles 
et âgés de moins de vingt-cinq ans iraient achever leurs 
études à une université jusqu'à cet âge. Les autres clercs 
du diocèse qui en avaient les moyens, se rendaient aussi aux 
universités pour y perfectionner et achever leurs études. 

A la demande de la cité et de l'archevêque de Cologne, le 
pape Urbain VI y érigea une université par un diplôme du 
21 mai 1388. Jean de Louvain y fonda, peu de temps après, 
un internat pour des étudiants de Ruremonde, internat qui 
s'appelait het Roermonts-huys, Ce fondateur mourut le 10 août 
1392. L'université de Cologne fut, dès son origine, fréquentée 
par un grand nombre de jeunes gens du diocèse de Liège. 
(V. Knippenberg, p. 110). 



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sous JEAN DE DAVIÈRE, 1390-1418. 109 

Dans un pouillé de Tarchidiaconé de la Campine de Tan 
4400, on trouve qu'il y avait trois bénéficiers qui faisaient 
leurs études à Cologne, sans doute, avec les revenus de leurs 
bénéfices ; c'étaient Jean de Vessem, curé de Gheslel, près 
de Heerlaer, Jacques de Gel, curé de Dynler, et Winand, 
curé de Dalem ; un quatrième, Jean Mercaior, curé de 
Waderlé et Médard, étudiait à Paris. 

Gérard Groote fonda, en 1376, à Deventer, sa ville natale, 
Finstitut des Frères de la vie commune, pour l'instruction de 
la jeunesse. Son disciple Florent Radewyns fonda, en 1386, 
à Windesheim la congrégation des Chanoines réguliers de ce 
nom. Ces chanoines s'occupèrent, depuis leur fondation, 
jusque vers la fin du XV* siècle, principalement de la trans- 
cription de livres. Les deux institutions rendirent de grands 
services aux lettres et répondaient à un besoin de l'époque. 

Ce fut sous répiscopat de Jean de Bavière, savoir en 1407, 
que fut commencée la fondation du Prieuré de Bethléem, près 
de Leuvain. Godefroid de Curia, qui était curé de Oesterhem 
près de Louvain et chanoine-chantre de Saint-Pierre dans 
cette ville, établit des chanoines réguliers de Corsendonck 
dans sa propriété à Oesterhem. L'église paroissiale qui était 
à la collation du ehanoine-écolâtre de Saint-Barthélemi à 
Liège, fut incorporée à la communauté. La majeure partie 
du terrain sur lequel se trouvait le couvent, était du diocèse 
de Liège et l'autre du diocèse de Cambrai. Jacques de Vriese 
qui fui le premier prieur (1407-1410) était maître-ès-arts de 
l'université de Paris. Sous son successeur, Arnold Kenens 
de Diest, la communauté entra dans la congrégation des 
chanoines réguliers de Windesheim (1412). Deux années 
plus tard, la stricte clôture des Chartreux de Zeelhem y fut 
introduite, en présence de Henri, suffragant de Liège, 
d'Arnold Buck, vicaire et garde-sceaux, de Gilles de Wat- 
mont et de Gilles Wynants, ces trois derniers docteurs en 
droit canon et chanoines de Saint-Lambert ; au mois d'avril 
1418 le pape Martin V approuva la fondation du couvent Le 



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4 10 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

fondateur mourut le 26 novembre 1426. Les chanoines régu- 
liers de Bethléem transcrivirent des livres dont le commerce 
contribuait à leur subsistance. (V. Molanus, t. P% p. 274, 
no 293 ; Miroeus, t. IV, p. 59). 

Les écoles latines étaient assez nombreuses au diocèse. 
Il en existait dans toutes les localités un peu importantes. 
Il paraît que la ville de l^Iaeseyck n'en avait pas et que les 
enfants devaient se rendre à Técole de Téglise collégiale 
d*Aldeneyck. A la demande du magistrat et des bourgeois 
de Maeseycky le prince-évéque les autorisa en Tan 1400 à 
ériger des écoles dans leur ville. Des écoles y furent éri- 
gées, mais il en résulta de longs conflits avec le chapitre 
d'Aldeneyck qui soutenait que sans son consentement et 
celui de Técolâtre, il ne pouvait être érigé aucune école 
dans le district ou ressort de Téglise collégiale. Malgré ce 
conflit, les écoles de Maeseyck furent maintenues. 

Henri Buck, chanoine de la collégiale de Saint-Jean à 
Bois'le-Duc, fonda, en celte ville, en 1401, un internat pour 
dix enfants pauvres sous la direction d'un prêtre. Les 
enfants pouvaient y être admis dès Tâge de huit ans et y 
rester jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Le testateur légua, à cet 
effet, sa maison et un mansus de terres à Saint-Odenrode. Il 
confia l'administration au prieur des Guilhelmites, au recteur 
de la Geefhuis et au chanoine pointeur du chapitre. Les 
élèves-pensionnaires faisaient l'oflîce de choraux et fréquen- 
taient l'école latine de la collégiale. Plus tard ils suivirent 
les cours des Frères de la vie commune. (V. Miroeus, t. III, 
p. 442; CoppENs, t. I % p. 360 et t. II, p. 284). 

L'école latine de l'abbaye de Rolduc subsistait encore. 
Elle est mentionnée sous l'épiscopat de Jean de Bavière. Le 
prieur en était le chef et il avait sous sa direction plusieurs 
professeurs. Une partie des revenus de l'abbaye était destinée 
à l'entretien du personnel de l'école. (V, Ann. Rod.y p. 92.) 

Dans la plupart des couvents de Bénédictins, des religieux 
s'occupaient activement de la transcription de livres, notam- 



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sous JEAN DE BAVIERE, 1390M418. Hl 

ment à Tabbaye de Saint-Laurent, à celle de Saint-Jacques, 
à Liège, à celle de Saint-Trond. 

Jean de Bavière, étant évêque de Liège et administrateur 
du diocèse de Cambrai, avait deux diocèses à régir. Quant 
au diocèse de Cambrai, il ne pouvait, en fait, en régir 
d'autres parties que celles situées dans les états du duc de 
Brabant et du comte de Hainaut qui reconnaissaient le 
Pontife romain. N'ayant pas été sacré évêque, Jean de Bavière 
avait besoin d'évêques auxiliaires pour les fonctions épisco- 
pales. On en trouve cités quatre sous son règne. 

Amoul, évêque de Capitoliade (Sunèto) dans la province de 
Scythopolis consacra, en 1393, Téglise du couvent de Bar- 
baradael à Tirlemont. L'année suivante, il célébra une Messe 
pontificale, à Liège, pour la cessation du schisme. (V. 
Van Gestel, 1. 1, p. 276; Fisen, p. 153.) 

Hubert, évêque de Bosse en Dalmatie sous la métropole 
de Baguse, consacra, le 12 mai 1398, la chapelle du couvent 
de Corsendonck près de Turnhout qui était du diocèse de 
Cambray. (V. Coppens, t. V., p. 162; Miroeus, t. Il, p. 893.) 

Hetiri de Tolhuys, carme du couvent de Malines et chape- 
lain du Pontife romain Boniface IX, fut sacré évêque de 
Bosse, le 28 mai 1400. Il remplit les fonctions d'évêque 
auxiliaire près de Jean de Bavière. Etait-ce depuis Tan 1400? 
Ou seulement depuis Fan 1405? La première conjecture est 
la mieux fondée. Henri de Tolhuys sacra, le 28 mars 1413, 
trois autels dans Téglise des Augustins à Aix et il mourut à 
Utrecht en 1420. (V. Ernst, p. 123.) 

Henri de Nuys (dont il était natif), de Tordre des Domini- 
cains, fut sacré évêque de Sidon en Phénicie sous la métro- 
pole de Tyr, au moins, dès Tan 1391. Il remplissait les 
fonctions d'évêque auxiliaire près de Jean de Bavière avec 
Tautorisalion du Pontife romain, depuis quelque temps, est-il 
dit dans un bref d'Innocent VU du 29 décembre 1404. En 
effet, en 1402, il consacra la chapelle de l'ermitage de 
Fragnée, à Liège. Peut- on conclure de ces faits que la sous- 



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412 LE DIOCÈSK DE LIÈGE 

traction d'obédience, décrétée en 1399, ne fut ni générale, 
ni de longue durée? La conclusion est très fondée. L*évéque 
suflfragant assista, en 1414, à rétablissement de la stricte 
clôture au couvent de Bethléem et, en 1423, il consacra un 
autel dans ce même couvent. (V. Molanus, t. I, p. 275; 
Ernst, p. 125.) 

Jean de Bavière eut successivement plusieurs vicaires 
généraux. Jean de Vivario, chanoine de Saint-Lambert, est 
cité avec la qualification de sigillifer dans un diplôme de 
révoque du 8 août 1399. Arnold de Méfvde, chanoine de 
Saint-Lambert était sigillifer en 1410. Ce fut en cette qualité 
qu'il contribua à la réforme de l'ordre des Croisiers. C'était 
un homme de grande vertu et de grande piété ; un religieux 
contemporain du couvent de Schwarzenbruch au duché de 
Juliers fait de lui un magnifique éloge. Il célébra son jubilé 
de chanoine, le 27 août 1443, et mourut le 1«^ novembre 1445. 
Pierre Van den Heyne figure avec la qualification de sigillifer 
dans une charte du prince-évéque du 7 décembre 1411. 
Arnold Buck de Bois-le-Duc, chanoine de la cathédrale, 
docteur en droit canon, était vicaire général en 1414. Il 
mourut le 16 juin 1427. (V. Hermans, t. II, p. 184 ; 1. 1, p. 93 ; 
De Theux, t. II. p. 151, 137, 179; Molanus, t. 1, p. 275. 
(Cart. Saint'Trond., t. II, p. 193.) 

La fonction d'official était remplie, à la date du 14 août 
1396, par le chanoine Jean d'Ochain (Oxhen, Hocsem). En 
1402, le prince-évéque transféra la Cour de l'OfHcial à 
Maestricht et il en établit une section à Huy dont Pierre 
Pierseal, doyen de Notre-Dame, fut constitué le juge en chef. 
Jean d'Ochain était licencié en droit. Il mourut au mois de 
septembre 1426 (V. Hermans, vol. 2, p. 184; De Theux, t. II, 
p. 161 ; Chapeaville, t. III, p. 73.) 

Jean ^gidiiis, iocieuv en droit canon et civil, était proba- 
blement Français d'origine. En 1386, il était déjà prévôt de 
la cathédrale de Saint-Lambert. La constante fidélité qu'il 
montra au Pontife romain, lui fit conférer la fonction d'audi- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, i39i)H418. 113 

teur de la Rote et de nonce du Saint-Siège pour les diocèses 
de Cologne, de Trêves et de Rheims, vers Tan 1401.-figidius 
résidait habituellement à Liège. Il y élait encore le 16 juillet 
1405. Ce fut peu de temps après que Boniface IX réleva à la 
dignité de cardinal, ^gidius prit part, en cette qualité , à 
réleciion de Grégoire XII (30 novembre 1406). Il resta fidèle 
à ce Pontife jusqu'au 11 mai 1408. Il l'abandonna alors pour 
se joindre aux cardinaux qui avaient convoqué un concile à 
Pise. Ce fut dans cette ville qu'il mourut au mois de juillet 
1408 avant l'ouverture du concile. Son corps fut transporté 
à Liège et enterré dans la cathédrale. (V. De Theux, t. II, 
p. 133.) 

Jean de Haceourt résidait à Liège, comme chanoine de 
Saint-Lambert, déjà en 1383. Il eut part au traité de paix de 
Tongres de 1403 dans lequel il figure avec la qualification de 
prévôt de Tongres. Il devint ensuite chancelier du prince et 
fut, à ee titre, banni de Liège par les Haidroits en 1406. Il 
mourut le 19 mars 1412. (V. De Theux, t. II, p. 146; Fisen, 
p. 163.) 

Le nombre de savants que comptait le vliocèse de Liège, 
sous Jean de Bavière, ne peut être déterminé. On ne connaît 
guère que ceux qui ont laissé des écrits. 

Jean Uesius, de Maestricht, qui était chanoine de Saint* 
Servais, fit, en 1389, un pèlerinage en Terre Sainte et 
entreprit, à cette occasion, un voyage en Arabie, en Ethiopie 
el d'autres contrées. Il en rédigea une relation en latin qui 
ne fut imprimée qu'en 1565, à Invers, chez Jean Withège. 
(V. FOPPENS, t. II, p. .) 

Jean des Prez, dit A* Outre-Meuse, naquit à Liège, le 2 février 
1338, d'une famille patricienne. Il fit ses études dans sa 
▼ilie natale. Nulle part dans ses écrits, il ne dit qu'il ait 
fréquenté les cours d'une université. Il reçut la tonsure 
cléricale et fut nommé notaire public de la Cour de Liège 
par autorité apostolique et impériale. Il était en même temps 
audiencier de la Cour. L'empereur lui conféra môme le titre 

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114 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

honorifique de comle palatin. Jean des Prez avait un goùl 
particulier pour l'histoire et surtout pour celle de son pays. 
Il s'en occupa toute sa vie. Il commença par écrire la Geste 
des évêques de Tongres et de Liège depuis saint Materne 
jusqu'à l'an 1344. Cet ouvrage est en vers romans. Puis il 
composa son grand ouvrage sur l'histoire universelle, inti- 
tulé : Ly Myreur des Histors, et le conduisit depuis l'origine 
du monde jusqu'à l'an 1347, année où cessaient les dernières 
ahroniques de Liège, celles de Jean de Hocsem et de Jean 
curé de Warnant. Jean des Prez, qui désirait conduire son 
ouvrage jusqu'à la Bn de sa propre vie, exprima alors le vif 
regret de n'avoir pas tenu un journal des événements qui 
se passaient chaque jour sous ses yeux, ce qui aurait facilité 
la rédaction du récit. Il écrivit néanmoins l'histoire de son 
temps de 1347 à 1399, qui forme le quatrième livre de son 
Myreur. Malheureusement on n'a pas encore retrouvé ce 
quatrième livre. Pendant qu'il rédigeait c»e quatrième livre, 
il travailla aussi à la continuation de la Geste des évêques de 
Liège à partir de 1344, mais cette continuation n'est autre 
chose que des fragments sans ordre chronologique et sans 
liaison entre eux. L'historien Fisen a eu, sous les yeux, un 
exemplaire complet du Myreur des Histors et il n'y a pas à 
donter qu'il n'ait reproduit dans son récit la partie du qua- 
trième livre qui concerne le pays de Liège. MM. Borgnet et 
Bormans ont édité le Myreur des Histors avec la Geste des 
évêques de Liège, de 1864 à 1880, en six volumes in-4o. Pour 
composer ces deux ouvrages, Jean d'Outremeusea eu toutes 
les chroniques du pays de Liège qui existent encore aujour- 
d'hui. Il a eu, en outre, la chronique des Vavassours de 
Hugues de Pierrepont, qui est perdue, la vie d'Odile et de 
son fils Jean, dont une partie a été publiée, et la chronique 
de Jean curé de Warnant, qui est perdue. Jean des Prez a 
encore composé d'autres ouvrages d'histoire en vers romans 
dont le contenu se trouve cependant reproduit, en grande 
partie, dans les ouvrages précités, notamment la Geste 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-4418. 115 

(COgier le Danois, en trois livres, la guerre de la Vache de 
Ciney, etc. Il mourut en 1399. 

Jacques de Hemricourt naquit à Liège en 1333 d*une famille 
patricienne. C*est dans sa ville natale qu'il fit toutes ses 
études, du moins ignore-t-on s'il a suivi les cours d'une 
université. Il fut nommé secrétaire des échevins de Liège 
en 1360, maïeur en feauté pour Raes de Waroux en 1372 et 
secrétaire du Tribunal des XII juges des nobles du pays, la 
même année. Plus tard, le prince l'admit dans le Conseil 
privé. Hemricourt mourut le 18 décembre 1403. On possède 
trois ouvrages de lui, tous les trois en langue romane. Le 
Miroir des Nobles de la Heshaye, ou le traité des lignages de 
la chevalerie de Hesbaye, est une généalogie des nobles, 
entremêlée de traits historiques. Le Traité des guerres des 
Awans et des Waroux, qui durèrent environ trente huit ans et 
se terminèrent par la paix du 15 mai 1335, est une peinture 
admirable des mœurs de la chevalerie à cette époque. Ces 
deux ouvrages réunis ont été publiés à Bruxelles, en 1673, 
par Salbray, et à Liège, en 1791, par Jalheau. Le Patron de 
la temporalité des évéques de Liège qu'il écrivit vers la fin de 
sa vie et qu'il ne put achever est un exposé de la constitution 
et du droit public de la principauté de Liège II a été publié 
par H. Raikem, dans les Coutumes du pays de Liège, t. I, 
p. 254. Hemricourt mit quarante- cinq ans à composer le 
Miroir des Nobles de la Hesbaye. Il consulta, à cet effet, les 
archives de la cathédrale et celles de la Cour des échevins ; 
il compulsa également les archives des familles dont il 
donnait la généalogie. 

Radulphus de Rivo naquit à Bréda dans le Brabant septen- 
tentrional. Il acheva ses études ^à Rome où il assista, vers 
Fan 1378, aux leçons de Simon de Constantinople, arche- 
vêque de Thèbes. On pense qu'il apporta plusieurs manuscrits 
de Rome, entre autres, un nouveau testament en grec dont 
Érasme aurait fait usage. Il fut le protecteur des religieux 
Âugustins de Corsendonck dont il rédigea la règle vers l'an 



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116 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

1398. Il obtint un canonicat dans la collégiale de Tongres où 
il fui élu doyen du chapitre. Par son testament du 5 no- 
vembre 1401, il légua plusieurs ouvrages à Téglise de 
Tongres, à celle de Bréda et à celle de Saint-Jacques à Liège ; 
et il chargea le chanoine Gérard de Heers d'exécuter sa 
volonté touchant le reste de sa bibliothèque, volonté qui lui 
étaitbien connue. Ce savant doyen qui mourut, le 3 novembre 
1403, a composé plusieurs ouvrages, entre autres, Historia 
episcoporum Leodiensium de 1347 à 1389, édité par Chapea- 
ville; Calendarium ecclesiasiicum, publié à Louvain en 1568; 
De canonum observantia, publié à Cologne en 1568; De 
psalterio ohservando, resté inédit; Martyrologium en vers, 
resté inédit; Calalogus librorum Manuscriptorum per Belgium, 
resté inédit. Ce dernier ouvrage est probablement un fruit 
de ses voyages littéraires. (V. Foppens, t. Il, p. ; Notices 
t. XI, p. 40.) 

Gérard de Heers, l'exécuteur testamentaire de Radulphus 
de Rivo, était gradué en lois et un homme très instruit. Sa 
bibliothèque comprenait plus de trois cents ouvrages, ce qui 
était beaucoup pour ce temps, à cause de la cherté des livres. 
Chaque ouvrage coûtait, en général, le salaire des journées 
qu'un habile copiste avait mises à le transcrire. Gérard 
de Heers, élu doyen en 1403, fut député au conciliabule de 
Piseen 1409 et mourut Tannée suivante. 

Pierre Plaoul, natif de Liège, fit ses études à Paris où il 
prit le grade de docteur en théologie. Il resta attaché à 
l'université probablement jusqu'à l'année 1409, où il obtint 
le siège épiscopal de Senlis. Pendant le schisme, il fut parti- 
san du système que les deux Pontifes devaient abdiquer et 
qu'on pouvait les y contraindre par la soustraction d'obé- 
dience. Il vint à Liège en 1399, comme délégué du Roi, pour 
y foire adopter la neutralité. Il y réussit par son éloquence 
et son habilelé. En 1409 l'université de Paris le délégua au 
conciliabule de Pise. Il y prononça un long discours pour 
prouver que le concile pouvait déposer les deux Pontifes du 



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sous JKAN DE BAVIÈRR, 1390 1418 H7 

chef d*hérésie et de schisme et élire un nouveau. Pierre 
Piaoul, nommé évêque de Senlis, au mois d'octobre 1409, y 
mourut le 11 avril 141S. 

Dans un acte du 27 juillet 1413, on trouve cité Guillaume 
de Gappa avec les qualifications de chirurgus Johannis de 
Bavaria et vir lilteratus. (V. Hermans, t. Il, p. 546.) 

Jean Gluel d'Aix-la-Chapelle qui était prieur du couvent 
des Carmes, à Cologne, se distingua par ses connaissances 
et par ses prédications. Il mourut à Cologne en 1399. On a 
de lui, outre les sermons qu'il a prêches, un ouvrage sur 
l'histoire de son ordre : De origine et profectu ordinis sui. 
(De ViLLiERS, t. I, p. 8S3.) 

Jean Marchinelle, carme de Liège, florissait vers Tan 1410. 
n a laissé plusieurs ouvrages qui sont restés inédits : De 
pugna spirituali, — Quœstiones theologicae. — Sermones ad 
populum. (V. De Villiers, t. II, p. 47.) 

Gilles Lebeau (Belli), chanoine de Saint-Martin, h Liège, 
était un fils illégitime du chroniqueur Jean Lebeau, chanoine 
de Saint-Lambert. Il partagea les goûts de son père et, à 
son exemple, il écrivit une chronique, de l'origine du 
genre humain à l'an 1400 : Livre des merveilles et notables 
faits depuis la création jusqu'à Van 1400. Elle est encore 
inédile et se trouve à la bibliothèque à Bruxelles, n"" 10478. 
(V. Hemricourt, p. ; Schoonbroodt, p. 106 ; De Theui» 
t. II, p. 26.) 

Jean Brammart d'Aix embrassa la vie religieuse au couvent 
des Carmes de sa ville natale. Ses supérieurs l'envoyèrent à 
Paris pour y achever ses études. Brammart y prit le grade 
de docteur en théologie. A son retour il prit une part active 
à l'érection de l'université de Cologne. Il fit le voyage de 
Rome pour solliciter du pontife Urbain VI son approbation 
à cette œuvre. Il y enseigna la théologie pendant plusieurs 
années et mourut au couvent de Cologne en 1407. Il a laissé 
un commentaire sur les quatre livres des sentences de Pierre 
Lombard, des traités spéciaux sur différents sujets de théo- 



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118 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

logie et des sermons qui sont restés inédits. (V. De Villiers, 
1. 1, p. 800.) 

Guillaume de Tirlemont 0), sa ville natale, appartenait à 
l'ordre des Dominicains et florissait vers Tan 1400. Il a laissé 
manuscrits des commentaires sur les quatre livres des sen- 
tences de Pierre Lombart. (V. Foppens et Bets.) 

Au couvent des Dominicains à Maestricht, se distingua le 
père Bartholomé de BUsen par ses prédications. Il mourut, 
le 15 juillet 1395. (V. Annales de la Société, 1. 1, p. 170.) 

Gilbert de Vlijtinghen, de famille noble et docteur en 
théologie, était prieur des Dominicains à Maestricht en 1398. 
Il devint en 1418 provincial d'Allemagne et se distingua par 
son zèle pour la foi contre les Hussites et par sa piété. Il 
mourut à Francfort, le 7 août 1451. (Ibidem.) 

Henri de Kalkar fut le premier prieur de la Chartreuse de 
Ruremonde (1376). Cet homme, qui était aussi saint que 
savant, avait fait ses études à Paris oii il avait pris le grade de 
docteur; il avait ensuite enseigné la rhétorique sur laquelle 
il avait m4me composé un ouvrage. Entré dans Tordre des 
Chartreux à Cologne, il fut conduit à Ruremonde en 1376 et 
préposé au nouvel établissement. Après l'avoir régi pendant 
cinq ans, il devint prieur de Munnikhuysen, près d'Arnhem 
et fut pendant vingt ans visiteur provincial. Il mourut en 
1408 à rage de quatre-vingts ans. On a de lui un écrit sur la 
manière de faire les conférences more cartusiano et une his- 
toire de son ordre : De ortu et progressu ordinis carthusiensis 
(6. G. 28). (V. Public, t. XIX, p, 276.) 

Les pontifes romains Urbain VI (1378-1389), Boniface IX 
(1389-1404), Innocent VII (1404-1406) et Grégoire XII (1406- 
1415) conférèrent des canonicats de Saint-Lambert, à Liège, 
à plusieurs de leurs cardinaux pour leur procurer des moyens 
de subsistance, car pendant ce temps de schisme et de 
troubles, les ressources pécuniaires du Saint-Siège se rédui- 

(i) La plupart des religieux portaient le Dom de leur endroit natal. 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 13901418. 119 

saient à peu de choses. Quoique ces cardinaux n*aient point 
résidé à Liège, ils méritent cependant d'être mentionnés ici. 

Urbain VI conféra un canonicat au cardinal Lucas Rodul- 
phuccius qui mourut en 1389 et un autre au cardinal Louis 
de Fiesco qui mourut le 3 avril 1423. 

Boniface IX conféra des canonicats au cardinal Baltbazar 
Brancacio qui figure parmi les chanoines résidents de 1398 
à 1409, et au cardinal Rainald Brancacio qui figure parmi les 
chanoines foranei de 1395 à 1411. Ce dernier mourut le 
27 mars 1427. Le même Pontife nomma encore chanoines 
de la cathédrale de Saint-Lambert, le cardinal Henri Minu- 
tulus qui figure parmi les chanoines résidents de 1395 à 1417. 

Ce furent ces quatre cardinaux qui virent leurs revenus, à 
Liège, confisqués, à la fin de Tannée 1399, quand on décréta 
à Liège la soustraction d'obédience. A la date du 30 novembre 
1406, Pierre Stephaneschi, cardinal du titre de Saint-Ange, 
figure avec la qualification de Leodiensis, de même que Jean 
Egidii, sans doute parce qu'il était chanoine de la cathédrale 
de Saint-Lambert. (V. Raynald, ad an., 1406, n*» XI.) 

Est-ce du pontife romain Grégoire XII ou bien du pontife 
de Pise que les cardinaux Antoine Cajetan (1409 à 1411), Jean 
Melioratus (1410) et Landulphe Marramaurus (1411 à 1418) 
reçurent des canonicats dans la cathédrale de Saint-Lambert? 
Nous ne saurions le dire. L'église de Liège adhérait aux 
pontifes de Pise, Alexandre V et Jean XXIII; il est probable, 
dès lors, que ce sont ces derniers qui ont conféré les cano- 
nicats précités. 

IV. 

Les nouveaux Couvents. 

Le couvent des Croisiers à Venlo. Des pêcheurs et bate- 
liers avaient construit en 1344, à Venlo, une chapelle en 
ITïonneur de saint Nicolas. Le général Ferricus Puteanus 
qui était de Venlo, désirait obtenir cette chapelle pour la 



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120 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

faire desservir par les religieux de son ordre. Le Conseil 
communal et Thierry religieux d'Averboden , curé de la 
paroisse, n'y consentirent qu'en 1399. La chapelle tut 
donnée aux Croisiers sous plusieurs conditions qui concer- 
nent la célébration des Messes et des obsèques et les pré- 
dications, à la demande de Guillaume duc de Juliers et de 
Gueldre; révoque de Liège approuva la donation, le 8 août 
1399. Les Croisiers s'y établirent Tannée suivante. Ils s'y 
construirent une nouvelle église que l'évéque auxiliaire de 
Cologne consacra le 7 juillet 1433, avec la permission de 
l'évéque de Liège. (V. Hermans. t. II, p. 120, 177.226 et 467.) 

Des personnes dévotes appelées béguines s'étaient réu- 
nies à Venlo et suivaient la règle du Tiers-Ordre de Saint- 
François. Le désir de vivre dans une plus grande perfec- 
tion leur fit adopter la règle de Saint-Augustin. Jean de 
Bavière, évéque de Liège, confirma ce changement de règle 
et de vie par un diplôme de 1413. Peu de temps après, elles 
transférèrent leur établissement, avec l'autorisation du 
même évéque, dans l'endroit appelé de Weye, Leur couvent 
en porta le nom de Mariaweyde, (V. Knippenberg, p. 115.) 

Des chanoinesses régulières de saint Augustin s'étaient 
établies à Lens-Saint-Remy, près de Hannut. En 1388 leur 
directeur, Henri de Homes, les transféra avec leur consen- 
tement et celui de l'évéque à Tirlemont, où il avait acheté un 
terrain convenable. Cette ville leur offrait plus de sécurité 
que le village de Lens-Saint-Remy. Leur nouveau couvent 
s'appelait Val de Sainte- Barbe, L'évéque Arnould, sufl'ragant 
de Liège, consacra leur nouvelle église en 1393. Plusieurs 
religieuses qui ne comprenaient pas la langue flamande, 
préfèrent leur ancien séjour à Lens-Saint-Reray et y retour- 
nèrent en 1403 Celles qui étaient restées à Tirlemont, s'adres- 
sèrent au prieur de Corsendonck, nommé Wautier de Gierle, 
qui les prit sous sa protection. Ce fut sur ses conseils qu'en 
1404 elles ajoutèrent aux vœux ordinaires celui d'observer 
une stricte clôture perpétuelle. (V. Bets, t. II, p. 153.) 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390- 1418. 121 

Jean de Raetshoven, patricien deTirlemont, et son épouse, 
Jeanne de Meerhout, native de Diest, fondèrent à Tirlemont, 
vers Tan 1416, un couvent de chanoinesses r^ulières de 
Tordre de Saint-Augustin. Leur couvent appelé prieuré de 
Sainte- A gnè^, dit Cabbeek, était situé dans la rue Neuve, 
aujourd'hui rue de Diest. (V. Betz, t. II, p. 155.) 

Elisabeth de Wesele, veuve de Henri de Duisborg, fonda, 
par un acte notarié du 5 novembre 1415, à Louvain, le 
prieuré des onze mille vierges. Les religieuses observaient 
la stricte clôture et suivaient très probablement la règle de 
Saint- Augustin. L'évéque de Liège les plaça sous la direction 
spirituelle du prieur du couvent de Bethléem. Biles entrèrent 
dans la Congrégation de Windesheim, comme la plupart des 
religieux et des religieuses qui suivaient la règle de Saint- 
Augustin. (V. MoLANUs, t. I, p. 338.) 

Les sœurs noires du Tiers -Ordre de Saint-François à 
Tirlemont, dont rétablissement existait déjà en 1326, adop- 
tèrent en 1414 la règle des sœurs grises de Sainte-Elisabeth 
et se dévouèrent depuis cette époque au soin des malades à 
domicile. 

Des somrs grises de la maison de Tirlemont, allèrent 
s'établir en 1417 à Louvain, où le magistrat les avait appe- 
lées. Elles s'y consacrèrent à la môme œuvre de charité. 
(V. MoLANUs, 1. 1, p. 344; Joosten, p. 11 et 18 ) 

Une commanderie de l'Ordre teutonique fut établie à 
Gruytrode sous Tépiscopat de Jean de Bavière. Gruytrode 
était un fief du siège archiépiscopal de Cologne. Il était 
détenu, en dernier lieu, par Godefroid comte de Chiny, puis 
par son neveu Jean seigneur de Heinsberg. Celui-ci vendit le 
fief, le 21 janvier 1417, à Iwan de Cortenbach, commandeur 
provincial des Vieux-Joncs. Depuis celte époque, une com- 
manderie fut établie à Gruytrode. (V. Notices, t. XII, p. 22.) 

Jean d'Orthen fonda, en 1409, à Bois-le-Duc un eouvent 
de religieuses, dont sa sœur Elisabeth fut la première supé- 
rieure. Les religieuses appelées sœurs d'Orthen, suivaient 



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122 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

la règle de Gérard de Groote et s'adonnaient aux travaux 
manuels de la filature et du tissage. Leur nombre devint si 
grand et leur commerce de toiles si considérable que les 
commerçants s'en plaignirent. Une partie de la communauté 
alla s'établir à Vucht en 1435 et y resta près de quarante 
ans. La règle des sœurs d'Orthen comprise en cinquante 
articles fut approuvée par l'évêque Louis de Bourbon, le 17 
juin 1460. Les religieuses établies à Vucht revinrent à la 
maison mère en 4473. (V. Coppens, t. II, p. 262.) 

Jean dit Bonnechose de Binant transforma une partie de 
sa maison en une sorte de refuge où il donnait la nourri- 
ture et le logement, pour un jour seulement, aux étrangers 
nécessiteux qui passaient par Dinant. Par son testament 
du 11 mars 1393, il fonda définitivement cette institution 
charitable, sous la surveillance du chapitre de Notre-Dame. 
Ce chapitre y placera un chanoine ou un chapelain qui 
logera et nourrira dix pauvres passagers , mais ces pauvres 
ne pourront y séjourner qu'un jour. (V. Bormans, p. 129.) 



Les anciens Couvents. 

Vabbaye de Stavelot, Le religieux Wemer d'Ockier fut 
élu abbé au mois de novembre 1373, et reçut de l'Empereur 
l'investiture de la principauté en 1376. Ce fut sous sa 
prélature, savoir , en 1387, que le village de Lierneux fut 
pillé par trois compagnies de soldats vagabonds. Les habi- 
tants qui vinrent au secours de ce village, furent repoussés; 
ils perdirent trois de leurs hommes et laissèrent trente-six 
prisonniers entre les mains de ces bandits qui ne les ren- 
dirent à la liberté que moyennant une bonne rançon. Les 
bandits vinrent plus tard faire amende honorable à saint 
Remacle. Malmédy faillit subir un sort semblable en 1391. 
Le capitaine Louis Richerchet, mécontent de ce que les habi- 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1390-4418. 123 

tants avaient, dans la guerre précédente, accordé libre pas- 
sage à ses ennemis, résolut de s*en venger. Il surprit un 
jour Malmédy et exigea deux cents florins de Rhin, sous 
menace de brûler la ville. Les habitants coururent aux armes 
et le chassèrent de leur ville qu'il avait commencé à incen- 
dier. Ils attribuèrent ce succès à la protection de leur patron* 
saint Quirin. Richerchet, atteint de la rage, peu de jours 
après, en mourut misérablement. L*abbé eut la douleur de 
voir. Tannée suivante , sa principauté désolée par la peste. 
Il mourut le 23 janvier 1393. Son successeur Waleran de 
Schleyden accorda, pendant trois jours, en 1398, Thospita- 
lité à TEmpereur Wenceslas qui se rendait à Rheims pour 
conférer avec le Roi de France sur les moyens d'éteindre le 
schisme. Deux années plus tard, il eut à défendre sa prin- 
cipauté contre les incursions qu y faisait Jean de Sleinworst, 
seigneur de Montjoie. L'abbé leva des soldats qu'il confia au 
commandement de Sander Rosmel. Le district de Montjoie 
fut ravagé par les soldats de Rosmel qui mit le siège devant 
la forteresse de Montjoie. Jean de Steinworst attaqua vive- 
ment les assiégeants; il était sur le point d'être mis en 
déroute, lorsque le seigneur de Heinsberg arriva k son 
secours. Les soldats de la principauté de Stavelot ne tar- 
dèrent pas de plier et de chercher leur salut dans la fuite. 
Ceux du village d'Ockier furent, pour la plupart, tués, parce 
qu'ils étaient mal armés. L'abbé paya douze mille florins 
pour la rançon des prisonniers et fit construire à Contzen 
une chapelle expiatoire. En 1409, il obtint un diplôme de 
protection du souverain du duché de Luxembourg, qui n'était 
autre que Josse marquis de Brandebourg et de Moravie. Il 
mourut en 1410 et eut pour successeur Henri de Visé. 
Le nouvel abbé assista au couronnement de l'Empereur 
Sigismond à Aix (8 novembre 1414) et y reçut de lui l'in- 
vestiture de la principauté. Sous la prélature de Henri, la 
principauté jouit de la protection du nouveau duc de Luxem- 
bourg, l'Empereur Sigismond, et une transaction avec le 



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194 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

comte de Salm sur une question de juridiction la préserva 
d'une nouvelle guerre. (V. Fisen, p. 151, 157 et 178; De 
NoDE, p. 305 et 308.) 

U Abbaye de Soleilmont près de Fleurus. Celte abbaye fut 
fondée d'après Graramaie, en 1088 par Henri, comte de 
Namur, mais cet auteur ne sait quelle règle on y suivit. 
Baudouin H comte de Namur en augmenta la dotation par 
des libéralités qu'il lui fit en 1237. Ce fut aussi en cette 
année que l'ordre de Citeaux s'agrégea l'abbaye de Soleil- 
mont et la plaça sous la direction de l'abbé d'Aine. Thierri 
de Rocheforl, seigneur de Walcourt, lui donna en 1333, une 
précieuse relique, savoir une partie notable d'un des clous 
avec lesquels Notre Seigneur fut attaché à la croix. Thierri 
lui-même l'avait reçue de l'Empereur Henri, duc de Luxem- 
bourg Au commencement du XYII** siècle, Albert d'Autriche 
obtint une partie de cette relique. Vers l'année 1380 une épi- 
démie enleva toutes les religieuses de Soleilmont. Guillaume, 
comte de Namur, résolut de repeupler ce monastère. 11 y 
plac^a des religieuses d'un couvent de Matines sous la direc- 
tion de Marie d'Alvet, vers l'an 1400. Marie de Senseille 
qui en devint abbesse en 1412, y rétablit la régularité et la 
ferveur religieuses. (V. Fisen, p. 157 ; Flores, p. 132 ; De 
Marne, p. 284.) 

Labbaye de Saint -Jacques, Sous la prélature de Hellin 
de Meffe (1361-1372), une partie de l'abbaye fut détruite par 
un incendie; ce ne fut qu'avec de grandes peines qu'on 
en préserva l'église (1369). Nicolas Dujardin (1372-1393 
reconstruisit une grande partie de l'abbaye. Bertrand de 
Vivegnis, qui lui succéda, obtint pour lui et ses successeurs 
des privilèges de Boniface IX, le 22 septembre 1495. L'abbé 
fut enlevé par la peste avec douze de ses religieuses en 
1401. L'élection de son successeur révéla la grande vertu 
des électeurs et la profonde humilité de l'élu. Jean de Sor- 
delle sur lequel tous les suffrages s'étaient réunis , refusa 
d'accepter la fonction d'abbé. Ce ne fut que par de longues 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 1390-4418. iâS 

et pressantes sollicitations qu'on parvint à triompher de sa 
modestie. Le nouvel abbé se montra si généreux envers les 
pauvres que ceux-ci l'appelèrent leur aumônier. L'humilité 
qui lui fit craindre la responsabilité de ses fonctions d'abbé, 
le porta à les résigner et à se retirer à Saint-Léonard, prieuré 
de l'abbaye où il mourut en 1424. Renier de Sainte-Mar- 
guerite (1408-1436) maintint si bien la régularité et la 
ferveur parmi ses religieux, qu'on lui en demanda pour l'ab- 
baye de Sainl-Mathias à Trêves. Les religieux liégeois qui y 
furent envoyés , y rétablirent la discipline et les études et 
commencèrent la réforme monastique qui porta plus lard le 
nom de réforme de Bursfelt. L'abbé Renier reconstruisit une 
partie de l'abbaye; il commença aussi la reconstruction du 
chœur de son église, aidé par la générosité de Lamarck, 
seigneur de Lovirval, Vogelsanck et Walhain, qui lui donna 
mille couronnes d'or (4), mais il ne put amener les travaux 
que jusqu'aux fenêtres. Il mourut le IS mars 1436. La piété 
qui florissait dans l'abbaye de Saint-Jacques, y attira Arnold 
de Corswarem, seigneur de Moumale, chanoine de Saint- 
Lambert, archidiacre d'Ardennes et prévôt de Saint-Paul. 
Il s'y fit moine vers 1413 et devint sous-prieur. Il y mourut, 
le 14 août 1422. (V. Fisen, p. 188; Florès, p. 329; Laveleye; 
Notice, p. 12 ; De Theux, t. II, p. 179.) 

Uabbaye de Sam/-rroiu/. Guillaume d*Ardingen fut postulé 
pour abbé par les religieux et recommandé à Henri, cardi- 
nal de Sainte-Anastasie, dit le napolitain, qui était le protec- 
teur de l'abbaye près du Saint-Siège. (2) Ce cardinal leur 
promit sa protection par une lettre du 12 mai 1391. Après 

(i) Ce chevalier de Lamarck mourut le 8 mars i432 et fut enterré 
dans Uabbaye. 

(2) Ce cardinal percevait de Tabbaye une pension annuelle que lui 
avait accordée le Pape. Il y renonça le 48 décembre 4409, par un 
acte daté de Pistoie. A cet acte (Igure comme témoin Herman Proume 
de Saint-Trond, chanoine de Saint*Denis à Liège. V. Cai ^ de Saint' 
Trond, {. II, p 489.) 



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1S6 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

la mort de Zachée de Vrankenhoven qui eut lieu le 11 
juillet de cette année, Guillaume d'Ardingen fut abbé du 
monastère, sans doute avec Tapprobation du pontifie romain 
Boniface IX. L'abbé resta constamment fidèle à ce Pontife 
avec tous ses religieux. Il obtint de lui, le 24 avril 1392, 
la confirmation de 3es privilèges en matières spirituelle et 
temporelle et le 24 novembre de la même année, la faculté 
de conférer la tonsure et les ordres mineurs aux religieux 
bénédictins, ainsi que celle de bénir ou consacrer les calices, 
les patènes, les corporaux, les ornements, les autels, les 
livres et les cloches. Lorsque, le 6 octobre 1399, Tévéque 
consentit à décréter la soustraction d'obédience au Pontife 
romain, comme au Pontife d'Avignon, Tabbé de Saint-Trond 
avec ses religieux ne s'y associa point; il resta fidèle à 
Boniface IX. L'abbé mourut au mois de septembre 1401. 
Les religieux, au nombre de dix-huit, avant de procéder à 
une nouvelle élection, convinrent tous que l'élu observerait 
les points suivants: on ne pourra être admis à la profession 
qu'à l'âge de quinze ans accomplis ; chaque année, l'abbé 
fera connaître les revenus et les dépenses de la Mense 
abbatiale; il s'abstiendra de faire des concessions ou des 
grâces au chapitre de Notre-Dame ; il fera donner aux 
religieux des moyens d'honnête subsistance et une certaine 
somme pour leur pécule et leur vestiaire; il donnera chaque 
année, pendant dix ans, mille florins de revenus de la 
Mense pour la reconstruction du dortoir et d'autres bâti- 
ments ; après ces dix ans, il donnera chaque année six 
cents florins pour les frais d'entretien de l'abbaye ; il 
demandera le consentement de la communauté, s'il veut 
faire des constructions en dehors de l'abbaye. Cette con- 
vention est datée du 25 septembre de la douzième année 
du pontificat de Boniface IX. Peu de temps après, les reli- 
gieux élurent Robert de Ryckel pour leur abbé. Cet abbé 
et ses religieux tinrent constamment le parti de Jean de 
Bavière dans la guerre que les Uaidroiis lui firent et eurent 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1448. 127 

beaucoup à souffrir à ce sujet. Quand ce parti fut vaiocu et 
soumis, Tabbé se concerta avec le prince de Liège pour 
régler l'administration de la ville. Il profita de la présence 
de FEmpereur à Aix (2 décembre 1416) pour le faire prier 
de confirmer les droits, les privilèges et les biens de 
l'abbaye. Sigismond le fit ce jour. (V. Cart. de Saint-Trond, 
t. II, p. 201.) Robert de Ryckel mourut le 31 août 1420. 

La Chartreuse de Liège avait, sous Jean de Bavière,] un 
prieur bien distingué. C'était Adrien. Il était docteur en 
théologie et en même temps très versé dans la littérature 
profane. Par ses vertus et sa piété, il édifiait et entraînait 
ses religieux. Par ses prédications il se rendait utile à ses 
contemporains et par ses écrits à la postérité. Il mourut 
en 1411, après un priorat de sept ans. (V. Pierre Sutor; 
Fisen; Flores, p. 113; Hist. Leod, p. 178.) 

Il y avait au comté de Namur quatre abbayes cisterciennes, 
Moulin, Argenton, Walcourt et Soleilmont, dans lesquelles 
n'existait plus la régularité monastique. Le comte Guillaume 
s'adressa en 1413 à Jean , abbé de Citeaux et le pria de 
proposer au chapitre général de Tordre des moyens de 
rétablir la ferveur dans ces quatre abbayes. Le chapitre, 
réuni au mois de septembre, délégua les abbés Mathieu de 
Clairvaux, Otlon de Villers et Godefroid d'Aine pour faire 
une visite de ces quatre abbayes et les réformer. La visite 
eut lieu en 1414. Les religieuses de Soleilmont furent placées 
dans d'autres couvents du même ordre, et remplacées à 
Soleilmont par des religieuses ferventes sous la direction 
de Marie de Senzeille, première abbesse depuis la réforme 
(1412-1438). A Argenton et à Jardinet près de Walcourt, les 
délégués prohibèrent aux religieuses d'admettre des novices, 
avant que la régularité et la ferveur n'y fussent rétablies, 
ce qui ne tarda pas d'avoir lieu à Argenton. Les religieuses 
de Moulin furent placées dans d'autres couvents par les 
délégués qui les remplacèrent par douze religieux cister- 
ciens dont six Turent tirés de l'abbaye de Villers et six de 



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128 LE DIOCÈSE DE lltCE 

Tabbaye d*Alne. Ce changement dans l'abbaye de Moulin fut 
approuvé par le comte Guillaume, le 10 juin 14U, par 
révoque Jean de Bavière, le 16 novembre 1414 et par le 
pape Martin V, le 5 février 1418. Le premier abbé, Jean de 
Gevia y fit fleurir la discipline. Il mourut en 1420. (V Fisen ; 
Flores, p. 421; Hht. p. 179; Zantflibt; an ad., 1414; 
MiaoEUS, t. III, p. 174; Analectes, t. VIII, p. 1.) 

L*abbaye de Villers au Brabant souffrit de la négligence 
et de rincurie de son abbé Jean de Holer (1381-1393). Les 
réclamations que firent les religieux, furent écoutées. 
L'abbé fut déposé en 1393 et éloigné de Tabbaye. Son 
successeur Otton (1393 à 1424) rétablit les affaires tempo- 
relles par son zèle et il fil refleurir la discipline pour son 
bon exemple. (Y. Hi$t. Villar; Vos p. 17S.) 

Uordre des Croisiers. Le religieux Ferricus Puteanus 
qui avait fait ses études de théologie à Paris , fut élu gé- 
néral de Tordre à Huy , le 27 août 1382. Il soigna bien les 
intérêts spirituels de son ordre, pendant les dix|tnnées qu'il 
le gouverna. Il mourut le 14 juin 1393. Son successeur, 
Nicolas Deo Crescentius de Liège qui avait donné l'exemple 
de toutes les vertus, toléra par un excès de bonté que les 
religieux eussent un petit pécule, et qu'ils pussent faire 
des visites à leurs parents. Il toléra également qu'à l'occa- 
sion de la profession d'un novice, ses parents donnassent 
un dtner à la famille au couvent. Il reçut avec charité, dans 
les couvents du diocèse, les religieux de son ordre qui s'é- 
taient sauvés des Flandres pour ne pas adhérer à Tauti- 
pape d'Avignon. Il mourut en 1396. Les religieux électeurs 
choisirent, pour lui succéder, les uns Jean d'Avins, les 
autres le sous prieur de Huy. La double élection fut déférée 
au Pape romain qui conféra la fonction de général à Jean 
d'Avins. Ce nouveau général ne veilla pas avec zèle à l'exacte 
observation de la règle. Plusieurs des prescriptions de 
celle-ci furent négligées. Les religieux les plus fervents en 
furent affligés ; un d'entre eux, Jean de Mérode, prieur du 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1410. 129 

couvent de Venlo, alla trouver son frère Arnold de Mërode 
chanoine de Saint-Lambert et vicaire général (Sigillifer) de 
l'évéque et lui demanda sa médiation et son appui. Le 
vicaire général désirant vivement que la première ferveur 
fût rétablie dans l'ordre , parvint à feire convoquer un cha- 
pitre général par Jean d'Avins. Ce chapitre se réunit le 
1^ juillet 1410. L'oflBcial du prince et Arnold de Mérode 
y assistèrent. Cédant aux instances de ses confrères et à 
celles des délégués de Tévéque , le général renonça à ses 
fonctions. Le lendemain les religieux-électeurs ahoisirent è 
l'unanimité Libert Johannis de Bommel prieur du couvent 
de Bainte-Agathe , en présence de Jean de Bavière l'Elu, du 
duc de Bourgogne, du comte de Marre, du prince d'Orange, 
du comte de Hollande, de celui de Namur et d'une foule de 
nobles. Les pères, réunis en assemblée générale, rétablirent 
la règle dans sa sévérité primitive et supprimèrent toutes 
les mitigations qui y avaient été introduites. Le noviciat 
de Huy fut réformé. Le nouveau général se mit immédiate- 
ment à faire la visite des maisons de son ordre. En reve- 
nant d'Anvers, il se sentit atteint de la fièvre et alla 
demander l'hospitalité à la Chartreuse de Zeelhem. Il y 
mourut quatre jours après, le 8 janvier 1411 Son succes- 
seur, Jean de Merten, prieur d'Asperen, veilla à l'observation 
de la règle et tint chaque année dans ce but un chapitre 
général; il n'hésita pointa sévir' contre les désobéissants, 
avec l'autorisation du Saint-Siège qui lui avait été accordée 
le 19 mai 1413. Merten mourut le 12 février 1415. (V. 
Hermans, 1. 1, p. 85-98 et t. IL, p. 204.) 

Les religieux de Rolduc se partageaient les revenus de 
leur abbaye ; l'abbé en percevait le tiers. Toutefois la vie de 
communauté ne cessa point parmi eux. Les revenus étaient 
tellement diminués par les incendies, les déprédations et les 
dettes qu'ils ne suffisaient plus à la subsistance des religieux. 
Ceux qui n'obtenaient pas des secours de leurs parents, 
lâchaient d'obtenir soit un bénéfice, soit une fonction ecclé- 

9 



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130 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

siastique. L'abbé Jean , de la noble famille de Berensberg 
(sous saint Laurensberg) qui régit Tabbaye du 12 novembre 
1392 au 2S juillet 1435 ou 1436, était un prélat très recom- 
mandable, mais il ne lui fut guère possible de supprimer le 
pecnlium dont Tusage existait depuis longtemps. Il assista, 
le 6 octobre 1399, à la réunion générale du clergé à Liège 
et y adhéra à la soustraction d'obédience. Il veilla, avec 
sollicitude, aux trois couvents de religieuses, de Hoidonck, 
Sinnig et Mariendael, mais il y laissa subsister le pecnlium, 
comme dans sa propre abbaye. (V. Ann, Rod., p. 93.) 

L'usage du peculium existait aussi dans Tabbaye de Saint- 
Laurent, à Liège. L'abbé Henri Adae (1404-1434) désirait 
le supprimer, parce qu'il était prohibé par la règle et le vœu 
de pauvreté, mais il n'y réussit point ; les religieux qui 
avaient tous fait leur noviciat et la profession sous ce 
régime, n'aimaient point d'y renoncer ; à leurs yeux, l'usage 
du peculium n'offrait aucun inconvénient. Sous la prélalure 
de Henri Adae, la régularité monastique ne cessa de fleurir. 
L'abbé encouragea les études et envoya les jeunes religieux 
aux universités II enrichit aussi la bibliothèque de plusieurs 
livres. (V. Notice, t. XI, p. 104.) 

Le béguinage à Saint-Trond. Ce béguinage avait souffert 
des troubles du temps, principalement dans ses biens tem- 
porels. L'évêque, Jean de Bavière, le prit sous sa protec- 
tion ; il chargea le curé, la maîtresse et les quatre assistantes 
de veiller à ce que l'infirmerie recouvre ses biens et que les 
béguines infirmes y soient bien soignées (21 décembre 1410). 
Il les autorisa aussi à emprunter de l'argent pour réparer 
les dégâts causés pendant les guerres civiles (18 juin 1413). 
(V. Strauven, p. 130.) 

L abbaye d'Aine, L'abbé Jean de Thuin (1382-1410) et 
Jacques de Tourrinnes (1410-1418) maintinrent la discipline 
dans l'abbaye, mais ils ne purent la préserver des malheurs 
du temps. 

Labbaye dWverboden. Arnold Van Tulden qui composa 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1418. 131 

plusieurs ouvrages, mourut, le 1^' mars 1394. Son succes- 
seur Jean Vucht fut chargé par Févéque de Liège, en 1398, 
d*ériger le monastère de Corsendonck, situé au diocèse de 
Gambray. Jean de Bavière agit, en cette circonstance, comme 
administrateur apostolique de ce diocèse. L*abbé mourut, le 
29 décembre 1432. 

Vabbaye de Saint -Hubert. L'abbé Berthold d'Ockier (no- 
vembre 1388, 1**' avril 1422), obtint pour lui et ses succes- 
seurs du Pontife romain l'usage de la mitre et de la crosse. 

Labbaye de Florennes. Nicolas] (1366), Walther de Chénée 
(1390), Nicolas de Thieba (cité en 1403 et 1415). 

Labbaye de Flâne : Jean Cornu (cité en 1387), Bertrand de 
Monte-Regali (cité en 1400), Eustache de Melen. 

Labbaye de Neumoustier. Walther de Tihange (cité en 
1391), Guillaume de Humen (cité en 1404), Arnold de Ter- 
mogne (cité en 1422). 

Labbaye de Saint-Gilles. Warnier de Wartenge (t 1396), 
Baudouin de Hanecke (t 1414). 

Labbaye de Malonne. Nicolas Pinchon (t 1394), Michel 
de Fontaine; Godefroid de Fenal (t 1403) , Herman de Fontaine 
(t 1408). 

Couvent du Val-des-Écoliers. Jean d'Alken (cité en 1377 
et 1397), Nicolas de Hodeige (cité en 1401 et 1414). 

Labbaye du Val- Saint-Lambert. Jean de Haccourt (tl387), 
Arnold de Cologne (t 1396), Jean le Geneal de Liège (tl399), 
François de Chartalle (t 1402), Jacques de Harzée (t 1411), 

Labbaye de Robermont. Ida de Servais (t 1393), Jeanne 
d'Aiwillonpont (citée en 1394 et 140S). 

Labbaye de Terbeeck. Gertrude (citée en 1402), Jeanne 
(citée en 1403), Aleyde de Berlo (t 1«' janvier 1412). 

Labbaye de Herckenrode. Marie de Kerckem (1387-1399), 
Catherine de Kerckem (1399-1414). 

Labbaye de Val-Notre-Dame : Marie de Vinalmont (t 1414). 

Labbaye de Val-Benêtt. Clémence de Bombais (20 dé- 
cembre (1403), Sophie de Libermé (3 octobre 1417). 



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lââ LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

• 

Uabbaye de Vivegnis, Jeanne de Saint- Marlin (citée en 
1394, 1399, 1412, 1417). 

Le couvent de Beaurepart. Jean de Warnant (1388-1418). 

Vabbaye de Leffe, à Dinant. Nicolas Moria (t 1395), 
Albéric de Pecheroux (t 1400), Jacques Baiar (cité en 1413 
et 1424). 

VI. 
L'église cathédrale et les collégiales. 

La plupart des canonicats de Saint-Lambert étaient con- 
férés à des nobles. Gomme les nobles, à celle époque, ne 
cherchaient point à acquérir une instruction solide, il en 
résultait d*assez graves inconvénients. Le chapitre, pour 
obvier à ces inconvénients, décréta le 7 janvier et le 
22 septembre 1394, que les jeunes ehanoines qui ne sont 
point nobles, seraient obligés, après la première année de 
leur résidence, de se rendre à une université pour y étudier 
jusqu'à rage de vingt cinq ans; de la sorte, ajoute-t-il, 
réglise de Liège brillera par la noblesse des uns et la 
science des autres. (Lib. Chart. III, n''4S6; Sghoonbroodt, 
n* 910.) 

Pendant la guerre que les Haidroits firent au prince, les 
chanoines qui lui étaient restés fidèles, furent obligés d*émi- 
grer. Il en fut de même de plusieurs autres ecclésiastiques. 
Le Pontife romain, Grégoire XII, par un bref daté de Sienne 
du 12 septembre 1407, les dispensa de la résidence pendant 
cette guerre civile et les autorisa à percevoir néanmoins les 
revenus de leurs bénéfices. (Cart, du clerg, sec.) 

Le chapitre de Saint-Lambert renfermait un bon nombre 
de chanoines distingués par leurs talents et leurs connais- 
sances. Nous citons Jean de Dungen maître-ès-arts et 
docteur en droit (t 1401) Henri d'Olmen docteur en décrets 
(cités de 1382, à 1388) Jean Maréchal de Léau, bachelier en 
droit (t 1404), Gilles de Watmont, docteur en droit canon, 



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SOLS JEAN DE BAVIÈRE, 1390 1418. 133 

Gilles Wynants, docteur en droit canon (mentionnés en 
i414), Henri HufTel, docteur en décrets (1409 à 14S9). 
(MOLAN€S, t. I, p. 275.) 

Les doyens du chapitre, sous Tépiscopat de Jean de 
Bavière, furent : Jean Egidii qui devint cardinal (t juillet 
1408) ; Henri Goethalst (t 1433). 

L'église cott4giale de Saint- Paul.k Liège. Jacques Van den 
Wolf (1384-1408), Jean Van de Ketten (1408-1414). 

Uéglise collégiale de Saint-Denis, à Liège. Lambert de 
Florzée, docteur en droit (cité en 1382; t 6 mars 1401), 
Gilles de Vinalmont, officiai de Liège (cité en 1405 et 1407). 

Léglise collégiale de Looz. Gilbert de Gruithuysen (testa 
en 1397), Arnoul le-Riche (1397-1438). 

La collégiale de Notre-Dame, à Maestricht. Le doyen Henri 
Hoy de Bréda, licencié en droit canon et tous les chanoines, 
réunis en chapitre général, le 14 juin 1407, revisèrent leurs 
anciens statuts les coordonnèrent et les complétèrent. Un 
exemplaire de ces statuts fut déposé aux archives et un 
autre fut placé à la sacristie et attaché avec une chaînette, 
pour être consulté par tous les chanoines. Ces statuts, bien 
loin d'accuser un état de relâchement, révèlent un véritable 
zèle pour la dignité des offices et la vie cléricale. (V. Fran- 
QUWET, p. 73.) 

Léglise collégiale de Tongres. Gérard de Heers, licencié 
en lois (t 1410.) 

La collégiale de Thorn, Marguerite de Homes de Perwez 
(citée en 1389) ; Mathilde de Homes, nièce de Marguerite, 
citée en 1404 ; celle-ci abdiqua en 1446. 

La collégiale de Munsterbilsen. Cunégonde Van Dume (citée 
en 1391 et 1419). 

La collégiale de Saint-Martin, à Liège, avait pour doyen, 
Jean Âttenhoven, maitre-ès-arts et docteur en médecine. Il 
mourut en 1401. 

La collégiale de Notre-Dame, à Saint -Trond. L'église 
paroissiale de Notre-Dame, à Saint-Trond, parait être la 



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134 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

plus ancienne de la ville, après celle de Tabbaye. Elle fut 
reconstruite sous la prélature d'Adélard II (10S8-1082.) Le 
curé ou pléban était nommé par Tabbé. Ala fin du XIV<» siècle, 
il existait douze bénéfices simples dans Téglise. A la de- 
mande des bénéficiers et avec le consentement de Tabbé, 
révéque, Jean de Bavière, érigea, le 17 mars 1399, l'église 
de Notre-Dame en collégiale et convertit les douze bénéfices 
en autant de prébendes de chanoines. La collation des 
canonicats resta réservée à Tabbé, mais le chapitre pouvait 
élire son doyen. Le curé de la paroisse de Notre-Dame était 
également nommé par Tabbé qui le choisit, pendant les deux 
derniers siècles, parmi les chanoines. Le chapitre était 
exempt de la juridiction épiscopale, mais le chanoine-curé 
ne rétait pas en ce qui concerne ses fonctions pastorales. 
L'abbé s'était également réservé tous ses droits sur l'école, 
la marguillerie, la fabrique et la dime. Le chapitre de Saint- 
Lambert et l'archidiacre de la Hesbaye approuvèrent l'érection 
de la collégiale. Le clergé secondaire la reçut dans sa société 
et l'admit à la participation de ses privilèges. (V. Notices, 
t. V, p. 69 et 132 ; Cart. S. Trud., t. II, p. 141.) 

La collégiale de Fosses. Guillaume, comte de Hainaut, qui 
s'empara de la ville de Fosses, le 14 août 1408, y mit le feu. 
Il vit avec peine que l'incendie gagnait aussi l'église collé- 
giale ; il donna aussitôt ordre de sauver, si c'était possible, 
les reliques de Saint-Pholien. Les reliques furent sauvées et 
transportées à Mons oii le comte les déposa dans l'abbaye de 
Sainte- Waudru (9 septembre 1408). Elles y restèrent jusqu'en 
141S. En cette année, raconte Jean de Stavelot, le Saint 
avertit le comte, en songe, de renvoyer ses reliques à Fosses 
et le menaça de grands maux, s'il ne le faisait. Guillaume 
croyant que ce n'était là qu'un vain songe, laissa les reliques 
à Sainte-Waudru. Bientôt après , de violents maux de tète 
lui rappelèrent le songe; il fit rendre les reliques au chapitre 
de Fosses et aussitôt les maux dont il souffrait, cessèrent. 
Toutefois les chanoinesses de Sainte-Waudru gardèrent 



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sous JEAN DE BAVIÈRE, 4390-1418. 135 

deux reliques insignes de saint Pholien, coxa et tibia^ pour 
leur église. (V. Jean de Stavelot, p. 158 ; Bull, de la com. 
roy. d^hist., s. IV. t. IV, p. 104; Fisen, p. 180.) 

La collégiale de Saint- Ursmar, à Lobbes. Pendant la guerre 
civile des Haidroits, les chanoines de la collégiale de Saint- 
Ursmar, à Lobbes, voyant leur sécurité menacée, se reti- 
rèrent avec les reliques de leurs huit saints et leurs joyaux 
dans la ville fortifiée de Thuin. La ville de Lobbes « fut 
pleinement arse et détruite et mise en grande désolation », 
par les troupes du comte de Hainaut, au mois d*août 1408. 
Celle de Thuin fut obligée de se rendre au mois d'octobre et 
fut livrée au pillage. Les chanoines de Saint Ursmar prièrent 
le comte de Hainaut, soit spontanément, soit par coaction, 
de transférer leur chapitre dans Téglise de Notre-Dame, 
à Binche. Toutes les parties intéressées y consentirent, 
l'évéque de Liège en sa qualité de souverain de Lobbes et 
d'administrateur de Téglise de Cambrai le 19 mars 1409, 
h comte de Hainaut le 24 août 1409, le chapitre de Cambrai, 
Fabbaye de Lobbes, le magistrat et le curé de Binche et le 
chapitre de Saint- Ursmar, le 26 octobre 1409, et le pape 
de Pise, Jean XXIII, le 4 juin 1411. Ce fut le 11 juillet 1409 
que les chanoines de Saint-Ursmar se rendirent à Binche 
« avec les corps saints, reliques, joyaux, livres, calices, 
cloches, ornements, formes, aigliers et autres apparte- 
nances », et prirent possession de Téglise de Notre-Dame. 
Leurs droits, leurs devoirs, les conditions de leur existence 
à Binche furent réglés par Tacte du 26 octobre 1409. Les 
religieux et les habitants de Lobbes regrettaient la transla- 
tion des reliques à Binche. Ils les firent réclamer plusieurs 
fois, mais inutilement, par les princes-évéques de Liège, 
notamment en 1420, 1431 et 1479. (V. Fisen, p. 177 ; Vos, t. 
II, p. 234 ; Bull, de la com. roy. d'hist., s. IV, t. IV, p. 116.) 
La iollégiale d'Eyndhoven. L'église paroissiale dTyndho- 
ven était dédiée à sainte Catherine. Il y avait, dans cette 
église, plusieurs bénéfices simples et par conséquent un 



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136 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

clergé assez nombreux. A la demande de Jeanne, duchesse 
de Brabant, et de Guillaume de Milenberg, seigneur d*Eynd- 
hoven, Jean de Bavière, par un diplôme du 19 septembre 
1399, érigea Téglise en collégiale et y établit un chapitre de 
neuf chanoines. Le doyen du chapitre serait, en même temps, 
curé de la paroisse. Les neuf canonicats seraient conférés 
alternativement par le duc de Brabant et par le seigneur 
d'Eyndhoven. Pour augmenter les revenus du chapitre, 
révéque y incorpora les cures de Tongerlé, de Vugt et 
d*Âarle dont le duc de Brabant était le coUateur et celle de 
Maarheeze dont Guillaume de Milenberg était le coUateur, 
(V. CoppENS, t. III, p. 73.) 

Ce fut de la même manière que Féglise de Notre-Dame de 
Tholen fut érigée en collégiale. L*évéque, Jean de Bavière, 
avec le consentement de son père, Albert de Bavière, comte 
de Zeelande, convertit les bénéfices simples en neuf cano- 
nicats ; il institua le chapitre avec un doyen et lui accorda 
les privilèges du clergé secondaire de Liège (1404). Les 
curés de Tholen et de Sehakerloo consentirent également à 
rérection du chapitre auquel Téglise de Sehakerloo fut 
incorporée. (V. Kruger, t. III, p. 428.) 

VII. 

Mort de Jean de Bavière. 

Jean de Bavière, qui gouvernait la Hollande, la Zeelande 
et la Frise au nom du duc de Brabant, mourut le 5 jan- 
vier 1425 et fut enterré dans Téglise des Dominicains à 
La Haye. D*après Jean de Stavelot et Zantfliet, il mourut 
empoisonné. Jean de Woerden, seigneur de Vliet, chevalier, 
gagné par le duc de Glocester, troisième mari de Jacqueline, 
lui aurait administré le poison. Ce chevalier fut arrêté à 
La Haye et décapité. Elisabeth, veuve de Jean de Bavière, 
mourut au mois d*août 1481. 



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sous JBAN DE BAVIÈRE, 4360-4448. 137 

Quel jugement, les contemporains ont-ils porté sur Jean 
de Bavière ? 

De Dynter, dans sa chronique du Brabant, ne parle pas de 
lui d*une manière défavorable, avant la guerre de succession 
aux trois comtés. Il rappelle divœ memoriœ en parlant de sa 
mort. (Lib. VI, cap. 208.) 

Jean de Bavière, raconte Jean de Stavelot, abandonna sa 
vénérable église, ses fauteurs et ses amis qui, avec lui et 
pour lui, avaient été plusieurs fois en tribulations et périls; 
il les laissa en peines dans la cité, comme dans le pays de 
Liège et au comlé de Looz ; après qu'il eût refusé le pays de 
Liège à un chevalier de sa Cour, il fut empoisonné de venin 
ei le 6 janvier 1424 il mourut de grandes douleurs, en récla- 
mant les bons Liégeois ; il fut enterré |près de ses prédé- 
cesseurs à La Haye au monastère des Frères -Prêcheurs 
(p. 164.) 

Cet écrivain donne toujours tort aux Haidroits dans son 
récit et rejette sur eux la cause des malheurs de la patrie; 
cependant il considère ausssi la mort de Jean de Bavière, 
comme une punition du ciel, pour avoir traité durement ses 
sujets dans la guerre des Haidroits (p. 126.) 

Zantfliet en racontant la mort de Jean de Bavière rappelle 
illustris princeps qui per annos XXVIII strenue sed laborio- 
«f^stm^ Leodiensem gubernasset ecclesiam... pluries fertur 
exclamasse lacrymose : o nobilis Leodiensis patria ! quare 
te reliqui? cur te deserui? nemo in te repertus est à tempore 
quo fundata fuisti, praesul aut dominus qui veneno perierit. 
Juste hoec patior, quia contra sanctiones ecclesiasticas quam 
semel regendam assumpsi, deserere non debui. 

Des historiens des temps modernes lui ont donné Tépi- 
thète de Jean-sans-pitié. 

Jean de Bavière n*avait certainement pas tous les défauts 
qu*on lui attribue et il n*a point commis toutes les fautes 
dont on l'accuse. 

L'opposition que lui firent la cité et les bonnes villes, était 



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138 LE D10CÉ:SE DE LIÈGE 

une opposition factieuse qull est impossible d'excuser. 
L*appel que Jean de Bavière fil à ses puissants alliés et 
parents, pour vaincre l'opposition, était peut-être impoli- 
tique et imprudente; mais il se trouvait placé dans l'alterna- 
tive ou d'abdiquer ou de soumettre ses adversaires avec le 
secours de l'étranger. Dans tous les siècles, on a vu des 
princes invoquer le secours de parents ou d'amis pour le 
maintien de leurs droits légitimes. Notre dix-neuvième siècle 
en offre plus d'un exemple (4). Les bonnes villes d'ailleurs 
avaient également cherché à s'allier avec le duc de Brabant, 
le duc de Gueldre et les villes du Brabant. Les vainqueurs 
d'Othée ont certainement traité le pays de Liège d'une ma- 
nière très dure, mais il n'est pas prouvé que Jean de Bavière 
n'ait rien fait pour les en empêcher, ni qu'il y ait consenti 
de plein gré. L'État primaire et l'État noble se sont constam- 
ment rangés de son côté, ce qui est une présomption en sa 
faveur. On ne voit pas, non plus, dans les historiens contem- 
porains, que sa vie privée ait laissé à désirer. 

Les chanoines, en élisant au siège épiscopal, un jeune 
homme de dix-sept ans, ont certes commis une faute. Et les 
motifs pour lesquels le Pontife romain lui a donné l'insti- 
tution canonique, n'étaient pas suffisants pour déroger aux 
lois de l'Église dans une matière aussi importante que le 
gouvernement d'un diocèse et d'une principauté. 

(i) Ed i823, FerdiDaDd VII, Roi d^Espagne, appela à son secours 
Louis XVIll, Roi de Frauce; en 1831, Grégoire XVI s'adressa, daDs le 
môme but, à FAutricbe; en 18i9, le grand duc de Badeu, Léopold, 
implora les secours de la Prusse, rAutriche ceux de !a Russie ei Pie IX 
ceux des quatre puissances calboliques,rEspagQe,la France, l'Autriche 
et Naples; en 4854, la Turquie demanda du secours à ia France et à 
FAngleterre. 



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LA 

PRINCIPAUTÉ k LE DIOCÈSE SOUS JEAN DE WALENRODE. 



Dès que le chapitre de Saint-Lambert fut informé que 
Jean de Bavière avait résigné le siège épiscopal et que le 
Pape avait accepté la résignation, il nomma mambour de la 
principauté Everard de Lamarck. Le gouverneur provisoire 
nommé par Jean de Bavière cessa aussitôt ses fonctions. 

Le pape Martin V nomma, le 4 mai 1418, Jean de Walen- 
roile au si^e épiscopal de Liège, probablement sur les 
recommandations de FEmpereur Sigismond. Jean de Walen- 
rode, originaire de la Franconie, appartenait à la famille des 
marquis de Baden. Entré dans TOrdre teu tonique, il avait 
obtenu le siège archiépiscopal de Riga. Au concile de Cons- 
tance, il était un des conseillers de TEmpereur. 

Il suivit Sigismond jusqu'à Strasbourg où il lui demanda 
de prendre l'église et la principauté de Liège sous sa pro- 
tection et de confirmer les privilèges accordés par ses 
prédécesseurs. Sigismond le fit par une chartre datée de 
Strasbourg du 3S Juin 1418. 

Le prince-évêque arriva à Maestricht au mois de juillet. 
A Liège on agitait la question de Tancien régime communal. 
Les uns voulaient en demander le rétablissement au prince, 



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140 LA PRINCIPAUTÉ ET LE DIOCÈSE 

les autres émeilaient un avis contraire, craignant le retour 
des troubles civils. Parmi ces derniers se trouvait Walliieu 
Datlii,un des bourgmestres, qui se rendit à Maestricht pour 
le dissuader au prince. Ses conseils ne furent point agréés. 
Le prince accéda aux prières des autres et rétablit l'ancien 
régime communal, et en particulier les trente-deux métiers 
avec leurs attributions politiques et administratives. Le 
25 juillet 1418 Guillaume Datin et Jean Collardin furent élus 
bourgmestres, d'après Tancien régime rétabli. Le 4 août 
1418 Jean de Walenrode fit son entrée solennelle à Liège 
et y fut reçu avec le plus grand enthousiasme. Il prêta, en 
même temps, le serment d*usage. Jean de Walenrode rem- 
plit, par lui-même, la plupart des devoirs de Tépiscopat, 
quoiqu'il eût un évêque sufTragant et un vicaire général. Les 
fidèles en furent tous très édifiés. 

Il ne conféra les fonctions publiques qu'aux candidats les 
plus instruits et les plus honnêtes. Il veilla aussi h ce que la 
justice fut rendue avec impartialité. Il réprimanda un jour un 
chevalier qui, au lieu de proléger les veuves et les orphelins, 
avait attrait une veuve en justice. 

Invité à dîner à Alken, la veille de l'Ascension, par Jean 
Barett son receveur (chairier, cerarius), il s'y rendit et y 
resta quelques jours. Le dimanche, 38 mai 1419, il y mourut 
assez subitement. Son corps, transporté à Liège, fut enterré 
dans la cathédrale, devant le mattre-autel. 

Jean de Stavelot et Zantfliet lui donnent les plus grands 
éloges. En toutes choses, dit le premier, tant spirituelles 
que temporelles, il se montrait droit évêque et vrai pasteur 
de ses brebis, car il était sage homme, bon, doux, pieux, 
chaste, modeste, honnête et large à tous gens ; et quoiqu'il 
eût un sufTragant, par sa très grande bonté et humilité, il 
faisait par lui-même les sacrées Ordinations et donnait la 
tonsure aux jeunes clercs. Toutes les fois qu'il chantait la 
Messe aux solennités des Saints, il mandait tous les quatre 
abbés de Liège, qui se tenaient près de l'autel, revêtus d'or- 



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sous JEAN DE WALENRODE. 141 

nements pontificaux et après la grand*messe, il les retenait 
à dluer, ainsi que les chanoines de Saint-Lambert et des 
autres églises avec des chevaliers, écuyers, échevins et 
bourgeois (p. 166). 

Jean de Walenrode avait Tait un testament et nommé des 
exécuteurs teslamentaires. Ceux-ci refusèrent d'accepter la 
charge, parce que ses dettes qui montaient k dix mille florins, 
dépassaient son avoir. Les créanciers firent vendre ses biens 
meubles (il n'en avait pas d'autres au pays), mais la vente ne 
produisit que deux mille florins. Gellen, doyen de Saint- 
Denis, eut ses livres, Waihieu Datin ses chevaux et ses 
armes. Le marquis de Baden et ses autres parents en furent 
très mécontents. Pour se dédommager, ils arrêtèrent les 
Liégeois qui passaient par leur pays, entre autres, Walther 
de Moumal, archidiacre, avec ses deux neveux Thierry de 
Moumal et Thierry d'Elderen, à leur retour de la Terre sainte. 
Ils portèrent même l'affaire de la succession devant le Con- 
seil impérial qui mit les Liégeois au ban de l'empire. Le 
pape Martin, sur l'appel des Liégeois, annula cet arrêt de 
condamnation, le 2 juin 1428. (V. Jean de Stavelot, p. 168; 
Zantfliet, p. ; Fisen, p. 183). 



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LA 



PRINCIPAUTÉ DE tlÉGE SOUS JEAN DE HEINSBERG 



I. 



EMPEREURS : 

Sigismond. 1410-1437; 
Albert 11,442^-1439; 
Frédéric III, 1440-1493. 

DUCS DE bradant: 

Jean IV. 44151427; 

Philippe comte de St-PÔI, 4427-1430; 

Philippe-le-Bon, 4430-4467. 



COMTES DE NAMUR: 

JeaDllM4181430; 
Philippe-le-Bon, 1430-4467. 



ducs de bourgogne: 

JeaD-saDS-Peur, 1404-1419; 
Philippe-le-Bon, 4419-1467. 



Immédiatement après les obsèques de Jean de Walenrode, 
le chapitre confia les fonctions de mambour à Éverard de 
Lamarck, et Ten mit en possession en lui faisant sonner la 
clocbe du ban et en accomplissant les autres solennités 
d*usage. 

Le 46 juin, le chapitre procéda à l'élection d'un évoque. 
Son choix tomba sur Jean de Heinsberg , archidiacre de la 
Hesbaye,âgé de vingt-trois ans. Il était fils de Jean, seigneur 
de Heinsberg et de Marguerite de Genappe. Son père et ses 
frères renoncèrent, le 13 juillet 1419, à toutes les prétentions 
qu'ils pouvaient avoir sur le comté de Looz. (Lib. Cart. 11, 



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144 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

n^ 3, suppl.) Il est très probable qu'ils en avaient fait la 
promesse pour le cas où Jean réunirait la majorité des 
suffrages (i). 

Le pape Martin V approuva Télection par un bref daté de 
Florence du 10 septembre 1419. L'Empereur donna à Télu 
rinvestiture de la principauté, malgré l'opposition du mar- 
quis de Baden. 

Jean de Heinsberg fit son entrée solennelle à Liège, le 10 
décembre 1419, placé entre son père et le duc de Clèves et 
suivi d'un brillant cortège. Arrivé au destroit, siège de la 
Cour des échevins, il alla y jurer la loi. Les chanoines tré- 
fonciers l'introduisirent dans leur cathédrale et reçurent de 
lui le serment d'usage. Puis, raconte Jean de Siavelot, il 
alla au palais où il tint Cour ouverte pendant trois jours. 
Le premier jour y furent admis les nobles, barons, chevaliers 
et écuyers qu'il avait amenés avec lui et plusieurs seigneurs 
de Liège. Les deux autres jours y furent reçus tous ceux 
qui voulaient y aller, chevaliers, écuyers, bourgeois, dames 
et demoiselles. Une statue de Sirène adossée au mur du 
palais, laissait découler du vin blanc d'une mamelle et du 
vin rouge de l'autre , dans une cuve où les gens allaient en 
boire (p. 169). 

Les principales dispositions du serment prêté par l'élu, 
étaient : il défendra la principauté et ses habitants contre 
tous; il sera fidèle à la patrie; il ne fera aucune aliénation 
de territoire; il tâchera de recouvrer ce qui a été usurpé; 
il ne vendra point les mairies et les échevinages de Liège, 
de Huy et de Dinant ; il observera la paix de Fexhe; il fera 
respecter les attributions du tribunal de la paix ; il ne fera 
point de guerre, il ne contractera point d'alliance sans le 
consentement des trois États; il fera restaurer les ehâteaux- 



(i) Après la mort de Louis IV, dernier comte de Looz (1336), sa suc- 
cession avait été réclamée par la Tamille de Heinsberg. (Y. Histoire de 
Looz, 1. 1, p. 536.) 



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sous JEAN DE HEINSBERG 148 

forts; il contraindra les vassaux à relever leurs fiefs. (V. 
Notices, t. III, p. 187-192.) 

Les événemenis qui s'étaient passé sous le règne de Jean 
de Bavière, avaient fait ajouter quelques nouvelles disposi* 
tions à la capitulation, notamment celles qui concernent le 
tribunal de la paix, les guerres et les alliances. 

Là fonction de grand-maïeur fut successivement remplie 
par Wathieu Datin (1419-1429). Jean délie Boverie (cité en 
1430), Eustache Chabot, seigneur de Ommezée ( ), 

Henri del Gacbie (cité en 1444, 1449) et celle de chancelier 
par Guillaume de San (i), Jean de Seraing (cité 1444- ), 
Eymeric Groy chanoine de Saint-Martin (cité en 1449, 1488). 

II. 

Le Tribunal des XXIL 

Une des premières demandes que le pays fit au prince, ce 
fut de remettre en vigueur le Tribunal des XXII qui avait 
été supprimé ou suspendu pendant les guerres civiles sous 
Jean de Bavière. Ce tribunal, institué une première fois et 
supprimé sous Adolphe de Lamarck, fut rétabli et organisé 
sous Jean d*Arckel par les paix du 2 décembre 1373, du 
!«' mars 1374, du 14 juin 1376 et du 21 juin 1376. Il était 
composé de vingt-deux membres nommés seulement pour 
un an; le chapitre en nommait quatre, TEtat noble quatre, la 
cité quatre, Uuy deux, Dînant deux, les villes de Tongres, 
Saint- Trond, Fosses, Thuin, Hasselt et Looz, chacune un. 
Les fonctions des XXII étaient « d*enquérir sur tousofiiciers, 
jugeurs et autres fonctionnaires du prince qui, contraire- 

(i) Guillaume de Sart, doyen de Saint-Denis cl chanoine d'Aix, qui 
avait été le chancelier de Jean de Heinsberg, fui nommé chancelier du 
doc de Brabant, le ^ juillet i429. Il était originaire du Brabant wallon. 
(V. Jean de Klbrck, 1. 111, p. 662.) 

Il mourut le 16 juin 1444. (V. Bormans, Cart» de SainhDenis.) 

40 



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146 LA PRIXCIPAL'TÉ UE LIÈGE 

ment à la paix de Fexhe, iront et feront hors et contre loi 
ou auront pris ou prendront des cadeaux pour rendre la 
justice, ou extorqueront par force et contre raison argent 
de ceux qui n*ont commis aucun méfait ; les XXII pourront 
punir tous officiers, jugeurs et autres fonctionnaires qui 
seraient convaincus par de justes preuves d*avoir empêché 
la loi ou d'avoir extorqué de l'argent à tort et d'avoir accepté 
des cadeaux pour rendre la justice. » Le prince et le clergé 
étaient exempts de la juridiction de ce tribunal, excepté 
toutefois le clerc qui remplissait une fonction de laïque. Les 
questions de droit civil touchant la propriété des biens 
n'étaient pas de la compétence de ce tribunal. Le prince 
devait faire exécuter les jugements rendus par les XXII. 
Jean de Heinsberg confirma en 1420 la paix du 2 décembre 

1373, un extrait de celle du 14 juin 1376 et celle du 1*' mars 

1374. Il y ajouta les trois points suivants : l'élu jurera n'avoir 
rien donné ou promis pour obtenir la fonction; il devra être 
instruit, sachant la loi, capable, suffisant, vivant de ses 
rentes ou de son commerce ; il sera choisi de la manière 
usitée à l'époque de la première institution « et non par 
sieulte (sequela, suffrages) des métiers, comme on le faisait 
en dernier lieu. » 

Les années précédentes, des habitants du comté de 
Namur avaient envahi la prineipaulé de Liège et y avaient 
causé de grands dégâts surtout les Bouvignois qui avaient 
dévasté les propriétés des Dinantais. Jean III , comte de 
Namur, pour se préserver des représailles et de la guerre 
de la part des Liégtois, s'en remit à l'arbitrage de Jean 
de Heinsberg et des villes de Liège et de Huy, sous les 
conditions que les Liégeois fourniraient dans les quatre 
semaines ia liste de leurs griefs et que les Namurois auraient 
quatre semaines pour y répondre. Les griefs furent commu- 
niqués et des réponses y furent faites. Le comte de Namur 
donna même dix-neuf cautions en garantie de l'exécution de 
la sentence qui interviendrait (24 juillet 1420). Les arbitres 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 147 

prononcèrent leur sentence, le 31 décembre 1420 ; ils con- 
damnèrent les Namurois à une amende de 21,000 florins 
d'or à payer en trois termes. Le payement de la somme se 
fit et le prince de Liège en donna quittance le 25 janvier 1422. 
Il déclara, en outre, le 20 mai suivant, qu'il renonçait à 
l'amende qu'il aurait pu exiger des coupables comme répara- 
tion de l'injure faite à son autorité. (V. Borhans, Cart, de 
Binant, p. 193.) 

Le prince de Liège prit, en 1421, part à la croisade contre 
les Hussites en Bohème. Ces hérétiques , sous la conduite 
de leur général Procbobius détruisaient ou brûlaient les 
églises des catholiques, ainsi que les monastères de religieux 
et de religieuses, et s'appropriaient leurs biens et rentes. 
Ils faisaient aux catholiques une guerre affreuse. Le pape 
Martin V fit prêcher une croisade contre eux. Son légat, le 
cardinal de Plaisance, arriva au pays de Liège, le 23 juin 
1421, avec une suite de quarante-deux personnes. Le prince- 
évéque alla à sa rencontre jusqu'à la porte de Saint- Léonard 
et lui baisa les pieds ; il prit son cheval par la bride et le 
conduisit jusqu'à l'église de Saint-Lambert. Le 26 juin, une 
Messe spéciale fut célébrée à la cathédrale, en présence du 
légat. Le chanoine Gérard Rondelli prêcha la croisade contre 
les hérétiques devant une foule immense. Le prince prit la 
croix avec un grand nombre de chevaliers, d'écuyers et de 
bourgeois. Les croisés partirent, le 1" août, et se rendirent 
à Cologne ou ils se réunirent aux troupes de l'archevêque. 
Ils y furent rejoints par le comte de Ravensberg et le grand 
commandeur des Vieux-Joncs, qui avait bernois tout vermeil, 
dit Jean de Stavelot, mais quand il chevauchait sans armes 
il portait une croix noire à la poitrine sur un manteau blanc. 
Ces quatre seigneurs restèrent unis avec leurs troupes. 
Arrivés en pays ennemi, ils firent le siège de la forteresse 
de Cado. Le commandant la rendit sous la condition qu'il 
aurait la vie sauve avec six autres. Les vainqueurs y trou- 
vèrent quatre-vingt-quatre hérétiques; ils les mirent à mort 



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148 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

et se partagèrent le butin. Les quatre princes s'avancèrent 
ensuite jusqu'à Soulche (Saatz) sur l'Eger dont ils firent le 
siège, de concert avec plusieurs princes d'Allemagne. L'Em- 
pereur Sigismond, voyant que les croisés épuisaient et 
ruinaient le pays, les pria de retourner à leurs foyers, espé- 
rant vaincre les Hussiles , sans leur concours. Les croisés 
retournèrent dans leurs pays. Jean de Heinsberg arriva à 
Liège, le 1*' novembre 1421. (V. Jean de Stavelot, p. 187.) 

La ville de Dinant se rendit coupable, en 1423, d'un acte 
bien arbitraire. Plusieurs bourgeois lui avaient donné des 
sommes d'argent sous la condition d'une rente viagère. Au 
mois de juillet, égarée par des révolutionnaires, elle exigea 
la restitution des titres et les brûla publiquement. Ceux des 
pensionnaires qui ne voulaient point les restituer, furent 
bannis. Plainte en fut faite au prince. Celui-ci cita cent 
quarante -deux bourgeois à l'Anneau du palais. Les deux 
chefs furent condamnés à mort et exécutés au marché à 
Liège. Dix autres coupables furent bannis à perpétuité et le 
reste condamné à une amende. (V. Jean de Stavelot, p. 198.) 

L'année suivante, les villes de Huy et de Liège se ren- 
dirent coupables d'actes arbitraires d'un autre genre. Henri 
de Haledas, bailli du Condroz, avait extorqué de l'argent h 
un habitant, sans causes. Celui-ci s'en plaignit au magistrat 
de Huy; les Hutois prirent aussitôt les armes dans le but 
d'aller démolir la maison du bailli et le punir de son injus- 
tice. Le coupable s'empressa de prévenir la punition. H se 
rendit à Huy et au moyen d'une somme d'argent, il apaisa 
les Hutois. C'était s'avouer coupable. Aussi les Liégeois, dès 
qu'ils l'eurent appris, envoyèrent un certain nombre de gens 
de chaque métier pour aller brûler la maison du bailli. Ce 
qui fut fait. Il y avait plus d'une illégalité dans cette manière 
d'agir. L'habitant du Condroz qui avait été l'objet des extor- 
sions du bailli, aurait dû le citer devant le tribunal des XXII 
qui était rétabli depuis trois ans. Ce tribunal aurait puni 
le coupable et le prinee lui aurait appliqué la peine. Puis le 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 149 

droit « d*arsin et d'abattis » qui n*avail lieu qu'en cas d'ho- 
micide , ne pouvait être exercé que par le souverain et 
certains seigneurs. (V. Jean de Stavblot, p. 95 ) 



III. 



Règrlements de la cité. 

(c Dans la cité, sa franchise et sa banlieue, il y avait, à 
cette époque, une grande quantité déjeunes gens et d'autres 
dissolus qui avaient petite crainte des justices, des juges et 
des autres supérieurs; par leur vie dissolue étaient arrivés 
de grands et horribles excès tels que de tuer hommes ou 
les blesser, de ravir ou enlever des femmes, de porter des 
coups de couteaux, de mépriser les supérieurs. » 

Le prince, pour mettre un terme à ces excès, se concerta 
avec les bourgmestres et les conseillers communaux et 
porta, d'accord avec eux, un règlement sur ces matières, au 
mois de février 1422. Par ce règlement, il est défendu de 
porter des armes dans la cité, sauf quelques exceptions; il 
est défendu « de tenir femme gagnant communément argent 
à son corps, de jouer avec de faux dés, de briser quaran- 
taines ou trêves prises par bonnes gens du consentement 
des parties, de ravir femme mariée, veuve, flile » de tuer ou 
blesser quelqu'un, de prendre les biens d'autrui. (V. Bormans, 
Recueil, p. 532.) 

L'ambition et l'intérêt n'avaient cessé d'abuser des règle- 
ments portés pour l'administration de la cité et ces abus 
n'avaient cessé de provoquer des plaintes. 

Jean de Heinsberg, de concert avec le chapitre, les bourg- 
mestres, les échevins, les conseillers communaux et les 
métiers, porta, le 16 juillet 1424, un nouveau règlement, 
qui avait été préparé par trente-deux commissaires ; dix de 
ces commissaires avaient été nommés par le prince, six par 
le chapitre et seize par les vinàves ou quartiers. 



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laO LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

La cité, dit-il dans le préambule, a assez petit nom de bon 
gouvernement et il importe à son honneur et à son bien- 
être d'obvier aux abus. Le règlement renferme un grand 
nombre de dispositions ; nous en donnons ici les princi- 
pales : les clercs, les avocats, les procureurs près la Cour 
de rOfficial et celles des archidiacres se conformeront à 
la paix des seize (28 août 1403), à la modification des statuts 
d'Adolphe de Lamarck (3 avril 1405). 

L'église étant une maison de prière et de paix, celui qui y 
commettra des actes de violence, sera soit banni soit puni 
par une amende. 

Comme, selon le commun proverbe, pauvre homme en sa 
maison roi est, quiconque entrera de force dans la maison 
d'un bourgeois située dans la cité, franchise et banlieue, 
mouvant de la loi de Liège et y fera force, plaie ouverte ou 
plus grand délit, pourra être l'objet de plaintes et il sera 
puni à un voyage d'Outre-Mer; si la victime ne veut ou ne 
peut porter plainte , la loi et la franchise, c'est-à-dire, le 
maïeur, les échevins, les bourgmestres et quatorze con- 
seillers, agiront d'office; s'ils ne le font point, les commis- 
saires du vinâve le feront. 

Trois fois par année, on fera une enquête contre bour- 
geois, gens de maie famé et autres qui n'ont ni biens, ni 
rentes, qui ne vivent que dans les tavernes, qui sont joueurs 
de faux dés, manecheurs, défieurs, et harbaleurs de gens 
pour argent ou autrement. Cette enquête sera faite par loi 
et franchise ; et, à leur défaut, par les commissaires des 
vinâves. 

Le prince, s'il veut nommer des échevins à son Conseil 
privé, ne pourra y nommer que deux échevins et le maïeur, 
afin que la Cour des échevins reste d'autant plus indépen- 
dante. 

Comme, à cause des grandes compétitions pour la fonction 
de bourgmestre, il se fait des largesses en boissons, ainsi que 
des dons et promesses, et qu'il en est advenu de grands maux. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 15i 

le mode d*élire les bourgmestres est réglé de la manière 
suivante : il y aura un collège de vingt-deux commissaires 
dont six nommés par le prince et seize par les vinâves (i) ; 
les six nommés par l'évêque devront être bourgeois citains 
et ne pourront faire partie du Conseil privé ; les vingt-deux 
commissaires sont nommés à vie ; en cas de destitution, de 
démission ou de décès d*un commissaire, le remplacement 
aura lieu par le prince, s'il s'agit d'un de ses commissaires 
ou par les vinâves qui avaient nommé le commissaire à 
remplacer ; les vingt-deux commissaires choisiront, la veille 
de Saint-Jacques, dans chacun des trente-deux métiers, un 
homme bon, idoine et désirant le bien ; les trente-deux élus 
choisiront les deux bourgmestres, mais aucun des commis- 
saires, ni aucun des trente-deux électeurs, ne pourra être 
nommé. Les bourgmestres ne pourront être réélus qu'après 
un intervalle de quatre ans. 

Les afforains bourgeois (demeurant hors la banlieue) 
payeront une rente annuelle à la cité, pour leur droit de 
bourgeoisie, les chevaliers un griffon (valant dix livres, dix 
sous), les écuyers et les gens vivant de leurs rentes un 
demi-griffon; les autres gens quarante sous. Nul afforain ne 
pourra être reçu bourgeois que selon la teneur de la paix de 
Wihogne. (V. Jean de Stavelot, p. 197.) 

L'élection de la Saint-Jacques se fit d'après ce nouveau 
règlement. 

Ce règlement chargea aussi les trente-deux commissaires 
qui l'avaient élaboré, d'en faire autant sur différentes autres 
branches de l'administration communale pour le profit et 
l'utilité du peuple et l'honneur de la cité. Ils en présentèrent 
qui furent approuvés, le 24 octobre 1424 ; le premier porte 
sur la vente des denrées alimentaires à Liège, le second sur 



(0 Le prince choisit pour la première fois, six commissaires parmi 
les dix qu'il avait nommés pour concerter le règlement. Les seize 
nommés par les vinâves dans le môme but, restèrent tous en fonctions. 



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iS2 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

la police des vinâves, un troisième sur les houillères, etc. 
Les libertés et les franchises dont jouissaient les Liégeois, 
excitèrent fenvie des voisins. Les habitants de Vivegnis et 
de Cheratte prétendaient être compris dans la banlieue et 
être par conséquent Liégeois. Ils s'adressèrent aux bourg- 
mestres et au Conseil communal pour avoir une décision 
sur cette demande. La banlieue, disaient-ils, s*étendait, à 
partir du péronau marché jusqu'à la distance de cent arpents. 
Un arpenteur fit le mesurage à leurs frais et trouva que la 
banlieue, d*après ce calcul, s*étendait jusqu'aux cabarets 
de Futvoia. Le 1«' février 1429, le Conseil communal admit 
les habitants de Vivegnis et de Cheratte au nombre des 
bourgeois avec le consentement du prince. (V. Fisen, p. 187.) 

La commune de Visé, qui venait d'être fortifiée et qui 
allait recevoir dans son sein le chapitre de Saint-Hadelin, 
demanda, en 1429, à être pourvue d*un régime communal 
avec plusieurs prérogatives. 

Le prince lui accorda celte faveur, le 9 avril. La ville 
pourra avoir des bourgmestres et un Conseil communal; ce 
Conseil aura un certain pouvoir judiciaire en matière de 
marchandises, dettes et conventions ; il pourra établir des 
impôts et mettre en location les biens communs, pour les 
fortifications de la ville; la moitié des amendes prononcées 
par le Conseil sera pour le prince, l'autre moitié pour la 
ville, sauf en tout les droits du prince et ceux de son église. 
(V. BoRMANS ; Recueil, p. 557 ) 

IV. 

La guerre avee le due de Bourgogne 1480. 

La principale cause de cette guerre fut la passion de 
guerroyer qui animait les populations des villes de la prin- 
cipauté à cette époque, passion qui fut encore surexcitée 
par la haine qu'elles portaient à la maison de Bourgogne 
qui les avait écrasées à la bataille d'Othée en 1408. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 153 

Jean de Stavelot raconte que Jean III, comte de Namur, 
qui n'avait ni postérité, ni proche parent, eut l'idée de vendre 
son comté k l'église de Liège, mais qu'il renonça à ce des- 
sein, quand les deux Datin lui redemandèrent un jour, avec 
menaces, au château de Huy, en présence du prince, 
d'Éverard de Lamarck et d'autres nobles, la rançon qu'ils 
lui avaient payée après la bataille d'Othée pour recouvrer 
leur liberté ; Jean leur aurait répondu qu'il vendrait son 
comté à un seigneur assez puissant pour le défendre contre 
eux. S'il est vrai que le comte de Namur a eu le projet de 
vendre son comté à l'église de Liège, il y aura renoncé, 
parce qu'il n'aimait pas l'esprit qui animait les villes à cette 
époque. Il est possible aussi qu'il n'aimait pas les États de 
Liège qui détenaient dix-sept villages de son comté, malgré 
la décision du pape Grégoire XII (4). 

Le comte de Namur, Jean III, n'ayant, répétons-nous, ni 
postérité, ni proche parent, vendit en 1421 son comté à 
Philippe duc de Bourgogne et comte de Flandre, sous la 
condition que le comté de Namur resterait uni à celui de 
Flandre. Cette vente, qui comprenait Poilevache aveô les 
dix-sept villages précités, ne pouvait pas être agréable aux 
Liégeois, car elle leur donnait pour voisin un puissant 
seigneur. En vertu de cet achat, le duc de Bourgogne se mit 
immédiatement en possession des forteresses de Bouvigne, 
de Poilevache et de Samson ; le comte de Namur restait le 
souverain de tout le reste du comté, à titre d'usufruitier. 

Jean Blondeau de Malmaison en Gambrésy, capitaine du 
duc de Bourgogne, fit dès l'année 1427 des incursions dans 

(1) Sous le comte Guillaume (i39M4i8) Faffaire de ces dix-sept 
villages fut porlée devant le Saint-Siège. Le pape Grégoire XII jugea 
qu'ils apparlennienl au comle de Namur, mais ce jugemenl ne fut pas 
exéculé. (Lib. Cari., t. IV, n. 49-50) Ces villages étaient Tamines, 
Bougniés, Meirlines, Gerpines, Natoic, Sorines, Fumai, Hanèche, Ver- 
laines, Bermerez, Fontenelle, Libois de Covers de Choroil, Gordines, 
Rasonméses, Gilliers, Fonlenelles près Walcour et Marsines. 



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1S4 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

la principauté de Liège. Les États réunis prièrent le prince, 
le 22 septembre de cette année, d'envoyer un capitaine avec 
des gens d'armes à Thuin pour défendre le pays et d'écrire 
une lettre au duc de Bethfort, régent de France. Ce qui fut 
exécuté. (V. Jean de Stavelot, p. 239 ; Adrianus, p. 201.) 

Les Dinantais, qui avaient tout à craindre de la garnison 
de Bouvigne, reconstruisirent la forteresse de leur ville, 
appelée Montorgueil. Le duc de Bourgogne leur envoya 
successivement trois députations pour le leur prohiber, 
sous le prétexte que la paix de Lille de 1408 ne le permettait 
point. Les Dinantais leur répondirent chaque fois que la 
paix de Lille avait été annulée par l'Empereur Sigismond, 
comme contraire aux lois de l'Empire. Le duc différa de 
quelques semaines l'exécution de ses projets. 

Le 10 janvier 1430, il épousa à Bruges Elisabeth, fille de 
Jean, Roi de Portugal, et il se rendit ensuite à Bruxelles, 
invité par son oncle Philippe duc de Brabant, à un tournoi. 
Le prince de Liège, le comte de Namur et une foule de 
nobles assistèrent à ces fêtes qui eurent lieu le 6 février. Ce 
fut la veille de ces fêtes que Jean Blondeau et Gérard Brimeux 
le bâtard essayèrent de surprendre pendant la nuit la forte- 
resse de Montorgueil. Sortis de Bouvigne, au nombre de 
vingt, ils passèrent la Meuse et posèrent les échelle* pour 
escalader les murs. Les gardiens éveillés les repoussèrent 
à coups de pierres. Les assaillants abandonnèrent leurs 
échelles et repassèrent la Meuse à la h&te, car les Dinantais 
allaient se mettre à leur poursuite. Les échelles furent appen- 
dues comme des trophées, dans l'église de Notre-Dame. Les 
bourgmestres de Dinant se rendirent immédiatement à Liège 
pour faire connaître les faits et demander du secours. On en 
informa de suite le prince qui se trouvait aux fêtes à Bruxelles. 
Il s'en plaignit au duc, mais celui-ci lui répondit qu'il avait 
donné ordre de s'emparer de Montorgueil, parce que les 
Dinantais avaient reconstruit cette forteresse, en violation 
de la paix de 1408, malgré ses avertissements. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 1S5 

Le prince de retour à Liège (10 février) fit connaître la 
réponse du duc. Elle y occasionna des mécontentements 
que le prince parvint à calmer par la convocation des trois 
États. Entretemps Jean de Heinsberg envoya des députés au 
comte de Namur pour lui demander si c'était par ses ordres 
que les Bouvignois avaient attaqué le fort de Monlorgueil. 
Il leur répondit qu*il y était resté étranger, que le fait lui 
déplaisait et que Bouvigne appartenait au duc de Bourgogne. 
Une autre députation composée du chanoine Godefroid 
Mekink et du secrétaire de la cité, Jean de la Rougeporte, fut 
envoyée en même temps (19 février) au duc de Bourgogne. 
Elle fut moins bien accueillie. Le duc se plaignit des Dinan- 
tais et leur reprocha d'avoir reconstruit Montorgueil et 
d'avoir refusé de payer la pension de cinq cents couronnes 
qu'ils devaient à feu Jean de Bavière et la rente de mille 
couronnes qu'ils devaient à Guillaume de Bavière comte de 
Hainaut, ses oncles ; il se plaignit aussi d'Éverard de Lamarck 
qui avait ravagé le comté de Chiny; toutefois il consentit à 
un délai de trois semaines pour traiter de la paix. 

Le prince prit entretemps ses précautions. Le 20 février, 
il envoya Guillaume de Villers, Jean le Wale et Jean de Beau- 
raing avec quarante cavaliers à Dinant pour aider les habi- 
tants. Thierry de Leuwenberg fut envoyé dans le même but 
à Thuin. 

Jean de Heinsberg n'aimait pas la guerre avec le duc de 
Bourgogne, soit à cause des relations d'amitié qu'il avait avee 
lui, soit à cause de l'insuffisance des motifs, soit à cause des 
désastres qu'il en prévoyait. La principauté de Liège ne 
pouvait pas, en efTet, se mesurer avec un si puissant prince. 
Jean de Heinsberg avait à lutter à Liège contre le parti 
français à la tête duquel se trouvaient Éverard de Lamarck, 
Jean de Beauraing et Jean de Soumagne. Ce parti surexcitait 
les passions du peuple contre le duc de Bourgogne. La 
France, de son côté, était intéressée à occuper ce duc au 
comté de Namur, pour l'empêcher de secourir les Anglais 



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156 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

avec lesquels il était allié contre les Français. (V. Suffride 
Pétri; Fisen, p. 191.) 

Les trois États réunis, le 26 février, entendirent l'exposé 
des faits que leur fit le prince, ainsi que les plaintes des 
Dinantais. Ils décidèrent que, si les Dinantais avaient raison, 
on les soutiendrait pour Thonneur du pays, et qu'à cet effet 
on ferait une enquête. Le 27 février ils entendirent le rapport 
de Godefroid Mekink et de Jean de Rougeporte sur leur 
députation près du duc de Bourgogne. Ils agréèrent la pro- 
position du duc de négocier un traité de paix pour terminer 
les conflits. Comme le parti français avait surexcité les 
passions populaires, ils craignaient que les ambassadeurs du 
duc ne fussent insultés; ils prohibèrent, en conséquence, le 
28 février, toute manifestation de nature à les mécontenter. 
Le !«' mars, arrivèrent Jacques de Wesemale et Philippe 
Mongart et le lendemain, ils exposèrent aux trois États les 
trois demandes du duc, savoir : la démolition de Montorgueil, 
la restitution des dix-sept villages contestés au comté de 
Namur et le paiement des sommes dues à feu Jean de Bavière 
et à feu Guillaume de Bavière dont il était l'héritier. Les 
États qui n'aimaient point d'accéder à cette triple demande, 
proposèrent aux deux députés de négocier et comme ceux-ci 
n'avaient pas de pouvoirs à cet effet, ils résolurent le 3 mars 
d'envoyer des négociateurs à Malines dans la quinzaine, ce 
que les députés du duc agréèrent. Il fut également convenu, 
ce jour, que les ennemis du duc Bartholomé d'Ate, seigneur 
de Fagnoelles, et Jean de Beauraing, seigneur de Sauthoir 
sortiraient de Dinant et que celui des deux partis qui voudrait 
commencer la guerre, devrait en avertir l'autre quinze jours 
d'avance. 

Le comte de Namur mourut le 1*^' mars, peu de jours après 
son retour de Bruxelles. Le duc de Bourgogne qui était 
intéressé à se mettre en possession de son comté, se rendit 
à Namur et s'y fil solennellement inaugurer, le 13 mars. Le 
prince de Liège y assista avec une suite nombreuse. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 157 

Les conférences qui devaient avoir lieu à Malines, eurent 
lieu à Namur. Après bien des entretiens, les partis finirent 
pour soumettre tous les conflits à rarbitrage de délégués 
des villes de Flandre et de députés des villes Liégeoises, 
auxquels les deux souverains associeraient des seigneurs; 
si ces arbitres ne pouvaient point tomber d'accord, l'arbi- 
trage serait déféré au pape Martin V. Le duc, avant de partir 
pour Péronne , nomma ses arbitres ; c'étaient les bourg- 
mestres et quelques patriciens de Gand, car c'étaient les 
quatre métiers de Gand qui lui avaient fourni l'argent pour 
acheter le comté de Namur. Les trois États qui aimaient, à 
l'exemple du prince, de conserver la paix, agréèrent la voie 
de l'arbitrage : il semblait à tous ceux qui avaient quelque 
chose à perdre, dit Jean de Stavelot, que ce traité était 
honorable et bon à tenir, mais le commun peuple et les 
pauvres gens des métiers de Liège n'y voulurent point con- 
sentir « excités qu'ils étaient par les Hutois et les Dinantais » 
et, aurait-il pu ajouter, par le parti français. 

Avant l'arrivée des arbitres de Gand, les hostilités furent 
commencées sur les limites des deux pays par les impatients. 
Les Hutois, voyant que le duc faisait approvisionner le châ- 
teau de Beaufort, s'en emparèrent par surprise et mirent le 
commandant Henri de Graven avec ses soldats en fuite. Les 
Liégeois auxquels ils l'annoncèrent, décidèrent dans leur 
réunion au Verckkour qu'il fallait garder le château. Les 
Hutois qui étaient d'un autre avis, le pillèrent et le démo- 
lirent de fond en comble. 

Ce ne fut qu'à Liège que les arbitres de Gand apprirent le 
fait. Ils en furent mécontents et se montrèrent difficiles dans 
les négociations. Le parti français qui aimait la guerre, avait 
répandu le bruit que le prince pouvait facilement faire la 
paix avec le duc, puisqu'il était lié d'amitié avec lui, mais 
qu'il ne le voulait pas, espérant extorquer d'abord une 
somme d'argent à ses sujets. Les arbitres de la. principauté 
qui subissaient l'influence du parti français, se montrèrent 



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188 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

également difficiles. Les négociations, dès lors, furent rom- 
pues. (V. Jean de Stavelot, Zantfliet et Adrien.) 

Le duc de Bourgogne était, à cette époque, au siège de 
Compiègne en France ; ce qui rendit ses adversaires pins 
audacieux et plus téméraires. Le duc de Brabant garda la 
neutralité. Le prince de Liège, entraîné par les menaces du 
parti français, envoya au duc de Bourgogne des lettres de 
défi, datées du 10 juin 1430. Son exemple fut suivi, le 10 juillet 
suivant, par une foule de nobles, savoir, Arnould d'Ordingen 
seigneur de Huldenberg, Guillaume d'Alsteren seigneur de 
Hamal, Charles de Rivière seigneur de Heers et Hermalle, 
Jean de Gossoncourt seigneur de Pologne et châtelain de 
Looz et de Dormalle, Witasse de Streel seigneur d'Ottey, 
Jean, son frère, Adam de Guygoven seigneur de Hozémont, 
Raes de Waroux seigneur de Voroux, Guillaume de Waroux 
son frère, Jean seigneur d'Odeur, Stas Chabot seigneur 
d'Omesées et de Colonsier, Godenoul d'Odeur, Robert de 
Sprolant seigneur de Sassenbrouck, Jean de Seraing avoué 
de Romershoven, Gilles de Hinnisdael, Herman de Hinnis- 
dael, Goswin de Widoye, Libert d'Odeur seigneur d'Odeur, 
Jean Roussiaux de Liège, Heyneman de Laictres, Baudouin 
de Hognoul, Jacquemin de Lonchin, Jean seigneur de 
Modave, Jean de Nandrin seigneur de Velroux, Liénart 
bâtard de Nandrin, Guillaume de Malte, Waulier comte de 
Beaurieux, Pinkart de Gavre seigneur de Kikenpois, Raes de 
Ryckel, Jean de Ryckel, Gérard d'Edelbampt, Jean de Wale, 
Henri de Gael, Jean Boileuwe, Jean délie Barre, Jean de 
Gembloux, Corbiau de Hognoul et Thierry Puthem. (V. 
Schoonbroodt, n*» 1008.) 

Le duc, après avoir pris conseil des chefs de son armée, 
envoya Antoine de Croye avec des troupes au comté de 
Namur où celui-ci arriva vers le 1" juillet. Dix jours après, 
quatre-vingts de ses cavaliers surprirent le village de Meffe 
et le brûlèrent ; Gérard de Goreur sénéchal du comté de 
Looz et bailli de Hesbaye et Hubin de Warnant, bailli de 



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SOLS JEAN DE HRINSBERG. 159 

Moha, qui avaient cent quarante cavaliers pour le défendre, 
Turent saisis d*une frayeur panique et se réfugièrent dans 
réglise et le cimetière. Antoine de Croye s'empara ensuite 
des villes de Fosses et de Florennes qu'il incendia, après les 
avoir pillées et ne laissa intactes que les églises. 

Les troupes de la principauté de Liège furent divisées en 
plusieurs corps qui agirent séparément. 

On célébra, le 10 juillet, à Liège, une Messe solennelle 
pour le succès de la guerre. Quatre jours après, l'armée 
liégeoise sortit de la cité. Les bannières des bourgmestres 
étaient portées par Jean de Montferrant et par Marsile de 
. Les Liégeois, entrés au comté de Namur, mirent 
le siège devant la ville et le château de Golzine. Les habi- 
tants ne pouvant se défendre, se rendirent sous la condition 
d'avoir la vie sauve. Le prince accepta la condition et prit 
des otages. La ville et le château furent mis au pillage. Â 
l'annonce que la cavalerie ennemie approchait, les Liégeois 
allèrent à sa rencontre. Les otages profitèrent de la circons- 
tance pour prendre la fuite, mais ils furent bientôt atteints 
et massacrés; ce qui peina beaucoup le prin^. Après la 
destruction de Golzine, l'armée désirait aller faire le siège 
de la ville de Namur, mais ses chefs comprenant qu'il était 
impossible de s'en emparer, par défaut de matériel de siège, 
la conduisirent vers Huy. 

Pendant que l'armée liégeoise était à Golzine, les soldats 
de Tongres, de Saint-Trond et du comte de Looz, gardaient 
la Hesbaye et faisaient des incursions au comté de Namur 
du côté de Wasseige, et y brûlèrent plusieurs villages. Ils 
étaient bien trente mille, dit Jean de Stavelot, ce qui n'est 
guère croyable. 

L'armée hutoise de son côté se rendit en Condroz et alla, 
le premier jour, à Ohei, près d'Andenne. Le seigneur de 
Ben-Gives, la dame de Hemptinne et la dame de Spontin 
mirent leurs châteaux à sa disposition. L'armée s'avança 
vers Assesse et brCda tout sur son passage. Le soir, elle faillit 



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160 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

être surprise par la cavalerie ennemie; mais avertie par les 
gardiens, elle se rangea en ordre de bataille; dès lors Croye 
et Mamyne retournèrent à Namur avec leurs cavaliers. Le 
second jour, elle assiégea le fort d'Es (Desanam) ; la garni- 
son ne voyant pas arriver du secours, se rendit sous la 
condition d'avoir la vie sauve, ce qui fut accepté. On y mit 
une nouvelle garnison, en attendant Tarrivée du prince. Le 
lendemain l'armée dévasta et brûla tout jusqu'à Purnode. 
Elle alla ensuite rejoindre les Dinantais qui assiégeaient 
Poilevache. 

L'armée liégeoise arriva à Huy vers le 25 juillet et y fit ce 
jour les élections communales. Elle y fut rejointe par deux 
cents soldats de Maestricht. Liégeois et Maestrichtois réso- 
lurent d'entrer au comté de Namur par le Condroz. Les 
Maestrichtois partirent le lendemain matin; arrivés près du 
village de Perwez, ils furent assaillis à l'improviste par 
l'ennemi qui s'était caché dans un bois et ils essuyèrent une 
défaite complète; les Dinantais et les Uutois qui étaient au 
siège de Poilevache, accoururent à leur secours sous la 
conduite de l'avoué de Huy et du bailli de Moha, mais ils 
arrivèrent trop tard ; l'ennemi était déjà retourné à Namur ; 
les habitants de Ciney arrivèrent bientôt aussi pour enlever 
les morts et les blessés. L'armée liégeoise qui n'était sortie 
que l'après-dîner de Huy, passa également près du bois de 
Perwez et y apprit la nouvelle de la défaite des Maestrichtois. 
Elle se rendit directement à Poilevache, sous la conduite 
du prince et du comte de Heinsberg, son père. Le siège de 
Poislevache par les Liégeois unis aux Dinantais et aux 
Hutois dura cinq jours. Ils bombardèrent la forteresse et 
firent crouler ses vieux murs. La garnison se rendit sous la 
condition de pouvoir se retirer librement avec armes et 
bagages, ce qui lui fut accordé. Les vainqueurs démolirent 
la forteresse, malgré l'opposition du père du prince. Celui- 
ci, mécontent des Liégeois, quitta l'armée avec ses soldats 
et rentra dans son comté de Heinsberg. 



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sous JEAN DE HEINS6ERG. l6l 

Les Liégeois, les Dinantais et les Hulois firent ensuite le 
siège de Bouvigne. Ils furent, tout un mois, devant cette 
place sans pouvoir s'en emparer. Ils y laissèrent même 
beaucoup de monde. Pour les contraindre à lever le siège, 
le seigneur de Plateal poussa une pointe jusqu'à Stalte près 
de Huy dans l'intention de s'en emparer par surprise. Les 
Hutois et le bailli de Moha le repoussèrent jusqu'à Soille et 
lui tuèrent un bon nombre de soldats. La veille de Saint- 
Laurent (9 août) De Croye, commandant de Namur, avec 
Gérard de Goreur son prisonnier, vint parler au prince et 
eut une longue conférence avec lui. Il lui raconta, sans 
doute, que Philippe, duc de Brabant, venait de mourir sans 
laisser de postérité (4 août) et que ses états passeraient très 
probablement à son neveu Philippe, duc de Bourgogne. 
Depuis ce jour, le prince n'eut plus le même courage, ni 
la même gaieté ; il devint triste et regrettait la guerre 
commencée. Il en fut de même des autres chefs de l'armée. 
Les assiégeants continuèrent encore d'assaillir et de battre 
la place, malgré l'avis contraire de leurs commandants et 
essuyèrent des pertes considérables. Le 28 août, tout confus 
de leur insuccès, ils levèrent le siège, et brûlèrent leurs 
tentes. Ils passèrent la nuit à Huy et le lendemain ils 
retournèrent à leurs foyers. L'hidiscipline avait été très 
grande parmi eux. Chacun voulait faire sa volonté. 

Dès que l'armée liégeoise eut quitté Bouvigne, les cavaliers 
bourguignons sortirent de Namur et allèrent surprendre des 
soldats qui maraudaient au comté de Namur. Ils en tuèrent 
plus de deux cents ; c'étaient principalement des Saintron- 
naires. Le reste de l'armée du comté de Looz se mit aussitôt 
à la poursuite des Bourguignons et les mit en fuite. Leur 
commandant, le seigneur de Ghistelle, resta sur le champ 
de bataille. L'armée du comté de Looz rentra aussi dans ses 
foyers. 

Les habitants de l'Entre-Sambre-Meuse, de Thuin et de 
Dinant, continuèrent la guerre. Ils surprirent la ville de 

il 



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162 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Walcourt et la pillèrent avec l'église de Notre-Dame. Le 
butin fut assez grand, car les villageois du voisinage y 
avaient mis leurs objets précieux en sécurité. 

Les Bourguignons de Namur, de leur côté, surprirent les 
villes de Ghâtelet et de Fosses et les incendièrent, après les 
avoir pillées. Ils parcoururent ensuite le Condroz et le 
comté de Moha, en pillant et ravageant les villages. 

Les Hutois continuèrent leurs excursions au comté de 
Namur et les Namurois leur rendirent la pareille au pays 
de Liège, en saccageant et brûlant tout. 

Pendant cette guerre de dévastation , les Liégeois détrui- 
sirent et brûlèrent au comté de Namur trois cents villages, 
dix-sept hameaux, trente-trois châteaux- forts et dix-sept 
moulins. Les Namurois en firent autant au pays de Liège. 
(V. Jean de Stavelot, 247-258.) 

Une trêve de deux ans fut C/Onclue entre le prince de 
Liège et le duc de Bourgogne par la médiation des États 
de Brabant, le 30 septembre 1430. Pendant cette trêve, 
Jean de Heinsberg veilla à Tintégrité de sa principauté et à 
la sécurité des forteresses. En 1431, il se rendit avec une 
suite nombreuse à celle de Bouillon. Éverard de Lamarck 
qui en était le commandant, y reçut son souverain et re- 
connut son autorité. Aussi fut- il maintenu dans sa fonction 
de commandant. (V. Fisen, p. 197.) 

La succession du duc de Brabant fut réclamée par sa 
tante Marguerite, veuve de Guillaume de Bavière, comte 
de Hainaut, et par son neveu, savoir, par Philippe duc de 
Bourgogne. Les États du Brabant se prononcèrent pour ce 
dernier. Celui-ci confia le siège de Compiègne à Jean de 
Luxembourg et se rendit à Louvain où il fut inauguré le 
4 octobre 1430. La principauté de Liège éiait, dès ce mo- 
ment, comme enclavée dans ses états. Le prince de Liège 
et ses sujets ne désiraient plus, dès lors, que de conclure 
le paix avec un si puissant voisin. Bien des négociations 
eurent lieu en Flandre et en Brabant. Enfin la paix fut 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 163 

conclue, le IS décembre 1431, par la médiation de Tarche- 
véque de Cologne et de son frère, le comte de Meurs, Les 
principales dispositions de cette paix sont : 

Le prince de Liège, son père et vingt délégués des trois 
Ëtats se rendront le SO décembre à Malines et demanderont 
pardon au duc, un genou en terre ; ils lui fourniront trois 
cents soldats pendant six mois pour combattre les Hussites. 

Ils fonderont une chapelle avec Messe quotidienne dans 
réglise de Bossière qui est l'église paroissiale du château 
de Goizine, d'ici à deux ans. 

Dans le terme de quatre mois, ils démoliront le fort de 
Montorgueil et ne le rebâtiront plus, ni aucun autre entre 
Bouvigne et Dinant, sauf la porte de Saint- André. 

Ils payeront, comme indemnité de guerre, cent mille 
nobles d'or d'Angleterre, en quatre à-comptes, dans le terme 
de deux ans. 

Ils ne demanderont aucune indemnité pour les dégâts 
causés au pays de Liège , depuis la trêve , par les habitants 
du comté du Hainaut, ceux du comté de Rhetel et les habi- 
tants de Bouvigne; et le duc, de son côté, n'en demandera, 
non plus, pour les injures et les torts lui faits, ni pour la 
pension due par les Dinantais à Jean de Bavière. 

Quant à la translation des reliques et du chapitre de 
Lobbes à Binche, des délégués des deux partis examineront 
l'affaire à Louvain et décideront. 

On pourra s'adresser aux tribunaux pour les biens des 
Liégeois usurpés depuis la trêve, et pour la rente de mille 
florins due à Guillaume de Bavière par les Dinantais, rente 
que ceux-ci lui avaient donnée, le 12 février 1411. Quant 
aux dix-sept villages, ils seront restitués au duc, s'il prouve 
qu'il y a droit. 

Les bannis et les émigrés pourront rentrer et les prison- 
niers seront remis en liberté. 

Cette paix fut approuvée par le prince et TËtat primaire, 
par l'État noble que représentaient Arnoul de Hamal, sei- 



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164 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

gneur d'Odeur, de Trassignies, de Silly et de Manny, Arnoul 
d'Ordingen seigneur de Huldeberghe, Thierry seigneur de 
Momal et de Braive, chevaliers, Jacques de Fosseux seigneur 
de Morialmé, Guillaume d*AIsteren seigneur de Hamal, Henri 
de Bastogne, seigneur de Vogelsanck, Zonhoven et Houtha- 
len, Charles de Rivière seigneur de Heers et de Hermale, 
Arnoul de Corswarem seigneur de Niel et Raes de Guygoven 
seigneur de Gorsom, écuyers, et par TÉtat-Tiers, savoir : 
les députés des villes de Liège, Huy, Dinant, Tongres, 
Saint-Trond, Fosses, Thuin, Couvin, Looz, Hasselt, Herck, 
Maeseyck, Brée, Bilsen et Beeringen. (V. Jean de Stavelot, 
p. 272; Cart. de Dinant, p. 206.) 

Quoique la première condition fut humiliante pour le 
prince-évéque, il l'exécuta pour rendre la paix à la princi- 
pauté. Quelques uns réclamèrent contre les conditions im- 
posées, mais leurs réclamations ne furent point écoutées. 11 
y eut bien des conférences entre le duc et le prince sur 
l'exécution du traité, savoir, sur la fondation de la chapelle, 
la démolition de Moniorgueil et la cession ou la restitution 
des dix-sept villages. Ce ne fut qu'en 1445 que le prince 
obtint la quittance des sommes payées et la remise des 
amendes encourues pour retard de payement; et ce ne fut 
qu'en 1446 que les dix-sept villages furent restitués et que 
le duc déclara que la principauté de Liège n'avait plus aucune 
obligation à son égard, à raison du traité de 1431. (Lib. 
Cart. IV, n?* 49 et 80 ; Jean de Stavelot.) 

V. 

Les troubles civils en 1432 et 1488. 

Wathieu Datin a-t-il été le protecteur des libertés com- 
munales et l'adversaire de la domination des patriciens? 
Plus d'un historien l'a affirmé » mais les faits historiques ne 
confirment pas ce jugement. 



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sous JEAN DE UEINSBERG. 165 

Walhieu Datin appartenait à une famille bourgeoise origi- 
naire de Montegnée. Son père Guillaume était échevin de la 
Cour de Liége.,Walhieu parvint à s'enrichir par l'exploitation 
des houillères. 

Il jouissait, en 1404, d'une assez grande considération à 
Liège, car en cette année, il fut élu bourgmestre avec 
Nicolas Textor. (V. Jean de Stavelot, p. 79.) 

Il est assez probable que Wathieu Datin embrassa le 
parti des Haidroits contre Jean de Bavière avec les autres 
membres de sa famille, car un de ceux ci, nommé Guillaume 
Datin, fut élu bourgmestre en 1406. (V. Jean de Stavelot, 
p. 99.) 

Cependant il prêta à Jean de Bavière la somme de six mille 
florins dans la guerre contre les Haidroits, probablement à 
des conditions onéreuses et dans des vues intéressées. 
(V. Jean de Stavelot, p. 160 et 234.) 

A la bataille d'Oihée (23 septembre 1408), Walhieu Datin, 
son cousin Guillaume Datin et ses autres parents, se 
rendirent prisonniers au comte de Namur, qui leur donna 
plus tard la liberté contre une forte rançon. Ce qui fit naître 
contre eux le soupçon d'avoir trahi les troupes liégeoises. 
(V. Jean de Stavelot, p. 234.) 

L'élection des magistrats ayant été supprimée par la paix 
du 24 octobre 1408, le prince nomma, en 1409, dix souve- 
rains conseillers qui gouvernèrent la cité jusqu'en 1414. 
Wathieu Datin fut au nombre des dix. (V. Jean de Stavelot, 
p. 144 et 160.) 

Quand, en vertu du règlement communal de 1414, le 
prince nomma treize conseillers pour régir la cité, de 
concert avec les échevins, Walhieu Dalin fut encore au 
nombre de ces treize. 

En 1417, le prince ayant besoin d'argent, Wathieu Datin 
lui obtint de la cité la somme de six mille florins, sous la 
condition , dit Jean de Stavelot , que le prince ferait à la 
cité certaines concessions dans le régime communal. La 



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166 LA rniNciPAUTÊ de liège 

concession du prince est du 30 avril 1417. Plus lard, il fut 
révélé que Wathieu Dalin n'avait sollicité cette somme de 
la cité, qu'après avoir obtenu du prince la promesse qu'il 
lui en donnerait deux mille q.uatre cents florins. En exécu- 
tion du règlement du 30 avril 1417, les élections communales 
eurent lieu le 14 mai suivant et Wathieu Daiin fut élu bourg- 
mestre. (V. Jean db Stavelot, p. 161.) 

Pendant la vacance du siège épiscopal en 1418, le mam- 
bour du pays, Ëvcrard de Lamarck, conféra à Wathieu Dalin 
la fonction de grand maïeur de la cité. (Ibidem 166.) 

A l'arrivée du prince Jean de Walenrode , le maïeur 
Wathieu Datin lui conseilla de refuser aux Liégeois leurs 
anciennes franchises communales dont on allait lui demander 
le rétablissement. Son conseil ne fut point suivi. 

Wathieu Datin voyant que Jean de Walenrode avait besoin 
d'argent lui prêta une belle somme sur Toffice de maïeur. 
C'était un moyen pour se faire conférer cet office par le 
prince. Ce qui eut réellement lieu. (Ibidem 166.) 

Sous Jean de Heinsberg, Wathieu Datin employa le même 
moyen pour se (aire conférer à vie la fonction de maïeur. Il 
lui donna, dans ce but. une belle somme d'argent (1420). 
(Ibidem 166.) 

Peu de temps après, il parvint, par ses intrigues, à se faire 
élire un des XII jugeurs des nobles du pays de Liège, quoiqu'il 
ne fût point noble et qu'il y eût des nobles qui y avaient un 
véritable droit. (Ibidem 183.) 

Waihieu Dalin abusa énormément de ses fonctions et se 
rendit coupable de bien des concussions. Son influence sur 
la Cour des échevins était si grande qu'elle n'osait, pour ainsi 
dire, rien décider sans son consentement. C'est ainsi qu'en 
142S, elle refusa de faire les enquêtes que les conseillers 
communaux lui demandaient, parce que Wathieu Dalin s'y 
opposait. (Ibidem p. 338.) 

Wathieu Datin obtint du Pape un canonicat dans la 
cathédrale de Saint- Lambert pour son fils Guillaume, en 



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sous JEAN DE HRINSBRRG. 167 

1428. Le chapitre refusa de le recevoir, parce qu*il n'était ni 
noble, ni gradué, ce qui était requis depuis plusieurs années 
pour être admis à un canonicat. Le père du pourvu parvint 
à soulever le peuple contre le chapitre sous le prétexte que 
celui-ci, en exigeant une de ces deux qualités, ne cherchait 
qu'à exclure les enfants des bourgeois. Les trente-deux corps 
de métiers se fermèrent contre le chapitre, c'est-à-dire, 
qu'ils s'engagèrent à ne plus rien vendre, ni fournir aux 
chanoines pour les réduire par la famine. Le chapitre appela 
au Pape qui approuva sa conduite et priva Guillaume de sa 
prébende. 

Le père fut cité devant l'Official sous peine d'excommuni- 
cation. Comme personne n'osait lui signifier ce décret de 
eitation, les chanoines se rendirent un jour en corps à 
l'église de Saint- Jean-l'Évangeliste où il se trouvait à la Messe 
et lui notifièrent la citation. L'abus qu'il faisait de ses fonc- 
tions, suscita bien des plaintes que le chapitre ne manqua 
point de soutenir. (V. Jean de Stavelot, p. 183; De Ram, 
p. 383; Notices, t. III, p. 168; Fisen, p. 186.) 

Le peuple, mieux éclairé, ne tarda pas de se prononcer 
contre le grand maïeur à cause de ses extorsions et de 
l'influence néfaste qu'il exerçait sur la Cour des échevins. 
Un membre du métier des ièbvres qui avait commis une 
légère contravention, fut contraint par le mayeur à payer 
une grosse amende. Il s'en plaignit vivement et intéressa à 
sa cause les trente-deux métiers. On demanda aux échevins 
un record sur une quinzaine de points des privilèges et des 
libertés qu'on leur soumit, afin de pouvoir juger leur conduite 
et celle du maïeur. Ayant essuyé un refus obstiné, les 
métiers finirent par se fermer contre le maïeur et les éche- 
vins. C'était en 1428. Le maïeur répondit au nom des 
échevins qu'ils n'avaient pas coutume de siéger huit avant 
et huit jours après les grandes fêtes de Noël, et qu'ils ne 
pouvaient donner un record valable pendant le temps qu'ils 
étaient sous Viofluence des menaces et que les métiers étaient 



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168 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÉGC 

fermés contre eux. Les échevins obtinrent un délai, mais, le 
délai expiré, ils'alléguèrent d'autres moyens dilatoires. Enfin 
ils turent criés aubains, c'est-à-dire, exilés ; ils sortirent de 
la cité. Par qui la sentence de Texil avait-elle été prononcée? 
Etait-ce par l'autorité communale? Etait-ce par le tribunal 
des XXII? Quoi qu'il en soit, les échevins qui étaient 
nommés à vie et inamovibles, n'étaient pas justiciables de 
l'autorité communale. Le 25 juillet 1429, furent élus bourg- 
mestres Alexandre de Seraing et Walther de Fléron. Ces 
deux magistrats tombèrent bientôt malades et le dernier 
mourut avant la fin de Tannée. Le soupçon se forma aussitôt 
qu'ils avaient été empoisonnés par le maïeur et les échevins 
exilés. (V.Jean de Stavelot, p. 242; Zantfliet à l'année 1430; 
FiSEN, p. 186.) 

Les échevins criés aubains se joignirent à l'armée lié- 
geoise pendant la guerre de 1430 et servirent dans leurs 
métiers. Ils se repentaient de leurs refus dont ils rejetaient 
les causes sur le maïeur et ils promirent de donner les 
records qu'on leur avait demandés. Sur celte promesse, il 
leur fut permis de revenir à Liège. Pendant la même guerre, 
le maïeur fit des instances pour être autorisé aussi à 
revenir. 11 flattait les soldats et il fut même assez hardi pour 
rentrer avec eux dans la cité. Il y resta vingt-quatre jours 
qu'il employa à faire décréter son rappel. Le 21 septembre 
1430, il alla même siéger à la Cour, mais les échevins lui firent 
remarquer qu'il ne pouvait le faire, n'étant pas rappelé de 
l'exil. Le dimanche, 23 septembre, Datin entouré de ses amis 
parut même à la cathédrale. Les conseillers communaux et 
les gouverneurs des métiers se réunirent immédiatement au 
couvent des Mineurs et résolurent de s'opposer de vive force 
à son audace. Ils déployèrent les bannières des métiers et 
suivis d'une foule de gens armés, ils entrèrent à la cathédrale. 
Datin, dès qu'il aperçut cette foule, se sauva par une porte 
dérobée, et gagna par la Haute-Sauvenière le quartier de 
Saint-Séverin ; il y monta sur un coursier rapide et se 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 169 

sauva dans la Hesbayc.Le prince, le magistrat et les métiers 
le condamnèrent une seconde fois à Texil comme traître à 
la patrie, violateur des libertés et des privilèges, et vendeur 
de la justice. La Cour des échevins déclara que cette con- 
damnation était très fondée. ( V. Jean de Stavelot, p. 282 
et 255.) 

Quelques jours après, la fuite de Wathieu Datin, la Cour des 
échevins convoquée par le grand maïeur, Jean délie Boverie, 
haut avoué de la ville, donna un record sur les quinze points 
soumis à son examen (29 septembre 1430). Dans le premier 
point la Cour trace les limites de son ressort territorial 
comme tribunal de première instance. 

Dans ce ressort étaient compris, outre l'enceinte intra 
muros, Saint-Christophe, Saint-Laurent, Saint-Gilles, Xho- 
vémont, Vottem, Bernalmont, Préalle, les Prés de Saint- 
Denis. Ce ressort est appelé franchise (i). Sur le second 
point la Cour répond : quand le bourgeois de Liège qui 
«ommel un crime hors la franchise sur un homme qui a*est 

(0 Les Cours de justice d^Avroye, d^Angleur, d*Ans et Molin, de 
Fexbe, de Slin, de Milmort de Vivegnis, de Herstal, de Jupille, avaient 
chacune leur ressort spécial, mais ressortissaient en appel à celle de 
Liège, sauf celle de Herstal. La Cour d^Avroye comprenait dans son 
ressort Saint-Nicolas-en-Giain. 

Outre la circonscription judiciaire des Cours, il y avait la circon- 
scription administrative de la cité. Cette circonscription, appelée ban- 
lieue, ne coïncidait pas avec la première. Au commencement de 14^, 
les habitants de Cheratte et de Vivegnis, désireux de compter au 
nombre des bourgeois de Liège, soutenaient que la banlieue s'étendait 
à la distance de cent arpents, à partir du péion au marché. Les bourg- 
mestres et le Conseil accueillirent leur demande, mais sauf les droits 
du prince et de tous autres. L'arpentage fait par un géomètre fixa 
Textréme limite de la banlieue aux tavernes de Futvoie à Vivegnis. On 
y érigea un pèron en marbre. (V. Fisen, p. 187.) 

n y avait une troisième circonscription, c'était celle du quartier de 
la cité. Pour faire des collectes de deniers sur tout le pays, on l'avait 
divisé en cinq quartiers. Celui de la cité comprenait, outre la cité, 
quatre-vingt-cinq villages et hameaux voisins. 



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170 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

pas bourgeois, les plaintes de celui-ci ou de ses parents ne 
peuvent être admises par la Cour de Liège ; quand un bour- 
geois sort de la franchise dans Tintenlion de commettre un 
homicide, il ne jouit point des privilèges de la franchise. Sur 
le troisième point la Cour répond : un bourgeois citain ne 
peut être arrêté sans un jugement de loi et de justice ; un 
bourgeois qui a été légalement emprisonné, payera pour 
les frais quatre boddragers par jour. Le bourgeois illégale- 
ment arrêté a droit à un dédommagement. Sur le cinquième 
point, la Cour répond que les bourgmestres et les conseil- 
lers communaux n'étaient point justiciables d'elle pour les 
faits administratifs qu'ils auraient posés,!ni pour les paroles 
qu'ils auraient dites dans une discussion. Sur le sixième 
article, elle répond : un conseiller communal ne peut être 
ni conseiller privé du prince, ni échevin de la Cour. On 
remarque encore les réponses suivantes : le bourgeois qui 
sera banni ou aubain de la cité par les statuts pour cent 
ans et un jour payera une amende de cinq griffons (valant 
chacun neuf livres et dix sous) à partager entre le prince et 
la cité; quand un bourgeois est cité devant la Cour du chef 
de violence, il pourra obtenir copie de la plainte et un délai 
de quinze jours; le maïeur choisira ses agents parmi les 
bourgeois honnêtes et ces agents feront un usage modéré 
de leur pouvoir; le bourgeois qui accueillera un banni dans 
sa maison et le protégera contre le prince et sa justice, 
encourra lui même la peine de bannissement. Le quinzième 
article demandait que le règlement communal de 1424, les 
autres ordonnances et les paix faites fussent déclarés lois 
et mis à exécution: la Cour accéda à cette demande, car 
c'était de l'inobservation de ces lois que venaient les &utes 
et les clameurs de la cité. Cet article prouve que le règle- 
ment de 1434 était bien populaire non seulement dans la 
partie qui regarde la justice, mais aussi dans celles qui 
règlent les élections communales. Ce record fut donné en 
présence de Jean Simon mambour général du prince, de 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 171 

Jean délie Boverie , seigneur de Vianen , haut avoué de 
Liège et grand maïeur, des bourgmestres, de Jacques de 
Gothem, de Raes de Gudegoven, seigneur de Gorsom, etc. 
(V. Jean de Stavelot, p. 159.) 

Wathieu Datin qui avait un puissant parti h Liège, se 
proposa de faire porter ce parti au pouvoir communal. Il 
espérait que ce parti parvenu au pouvoir, décréterait son 
rappel de l'exil. Les Datins ne connurent d'autre moyen de 
réussir que l'émeute. Ils se concertèrent pour faire éclater 
des troubles, le 3 juillet 1432, mais leur but resta caché à la 
plupart de ceux qui devaient y coopérer. Ce jour, il se forma 
des rassemblements à Saint-Servais, à Saint-Séverin , au 
Vinàve-d'Ile. Les proches parents et les amis de Datin avec 
un grand nombre de gens de leur parti se réunir au Pont- 
d'Ile ; l'un d'eux portait une sale bannière sur laquelle se 
trouvait l'image d'un paresseux ; ils déclamaient tous contre 
le prince. Jean de Heinsberg, accompagné de quelques 
chanoines, se rendit près des mécontents et tâcha de les 
calmer par de douces paroles. Pendant qu'il leur parlait, 
il vit descendre de la Sauvenière un grand nombre de gens 
de la banlieue qui accouraient comme des chiens enragés. 
Craignant pour la sécurité de sa personne, il se retira aux 
degrés de Saint-Lambert devant le vieux marché et y trouva 
les deux bourgmestres qu'il avertit du danger. Les émeutiers 
suivirent le prince de près et brisèrent les fenêtres de 
l'hôtel de ville. Le prince se mit en sécurité sous l'arvau 
devant la halle des drapiers. Le bourgmestre, François de 
Bierset, faillit être tué d'un coup de glaive, si Jean Lambot, 
ouvrier brasseur, n'avait paré le coup. Les bourgmestres 
réunirent le Conseil immédiatement. Les bannières des 
métiers furent déployées au marché. Le projet des Datins 
était de faire élire directement les bourgmestres par les 
métiers (ils voulaient refaire les maistres à sieulte et à 
croie), mais ils n'osaient le dire ouvertement, parce que 
tous les bourgeois avaient juré de suivre le règlement de 



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172 LA PHINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

1424. Ils accusèrent les bourgmestres d'avoir trompé le 
peuple en disant que dans le trailé de paix du 11 décembre 
1431 il n'avait été stipulé que cent mille nobles pour le duc 
de Bourgogne, tandis que c'était cent cinquante mille. Les 
bourgmestres firent immédiatement porter le coffre aux 
archives, de Tabbaye de Saint-Jacques à Thôtel de ville.. 
Le texte du traité qui en fut extrait, fut lu à haute voix 
au peuple. Les Datins confus de voir leurs mensonges 
découverts, n'en devinrent que plus furieux et voulurent 
jeter les bourgmestres par les fenêtres de l'hôtel de ville. 
Les bons bourgeois, craignant de sanglantes collisions, 
prièrent Guillaume Dalin, le chef du mouvement, d'apaiser 
les émeutiers par de bonnes paroles. Guillaume qui se tenait 
à pied devant les degrés de Saint-Lambert, demanda aux 
bourgmestres qu'on rendit au peuple ses anciennes flran- 
chises, c'est-à-dire, d'élire les bourgmestres à sieulie et à 
croie. François de Bierset et Nicolas délie Chivre qui crai- 
gnaient pour leur vie, répondirent qu'ils étaient contents 
de ce qui serait ordonné en commun pour le plus grand 
bien. La foule finit par se calmer. Chacun retourna chez soi. 
La demande des émeutiers ne fut point approuvée par la 
majorité des bourgeois qui voulaient rester fidèles à leurs 
serments d'observer le règlement de 1424. Le 3 juillet, il y 
eut à la cathédrale une réunion nombreuse des chanoines, 
des bourgmestres et de fonctionnaires. Les Datins s'y distin- 
guèrent par leurs cris et leurs menaces, surtout Blanchebarbe, 
Laurent le batteur et Nicolas le bâtard de Lavoir, mais ils 
ne purent obtenir ni décision, ni promesse. Il y avait parmi 
les Datins des hommes capables d'arracher les reliques de 
saint Lambert de sa châsse et de tuer tous les chanoines 
tréfonciers, dit Jean de Stavelot. L'agitation continua dans 
les rues pour influencer les élections du 25 juillet. Les 
bourgmestres firent veiller, jour et nuit, à la sécurité 
publique. Le 25 juillet, les adhérents des Datins par leurs 
clameurs et leurs menaces, empêchèrent les vingt-deux 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 173 

commissaires de nommer les trente-deux électeurs ; par les 
mêmes moyens, ils contraignirent les métiers à élire eux- 
mêmes les trente-deux électeurs ; il y eut des métiers qui 
refusèrent d'élire des électeurs ; dans d'autres les élus n'ob- 
tinrent que trois, quatre, huit ou dix suffrages. Les électeurs 
choisirent ensuite Guillaume Datin et Jean de Lévrier bourg- 
mestres. Jean de Lévrier qui n'appartenait point au parti des 
Datins, n'eut aucune influence sur la direction des afl'aires. 
Le lendemain, le Conseil communal se réunit à l'hôiel de 
ville et entendit un discours de Guillaume Datin sur la liberté 
et les franchises de la cité. Sous le prétexte de conserver 
cette liberté, le Conseil supprima le privilège des vingt-deux 
commissaires de porter des armes. Le dimanche suivant, le 
peuple fut convoqué dans l'enceinte du palais. Guillaume 
Datin lui parla de son amour pour la paix et la conservation 
des libertés publiques. Le prince mécontent de ces actes de 
violence et ne pouvant y remédier, sortit de la ville et n'y 
rentra que le 7 septembre. (V. Jean de Stavelot et Zantfliet.) 

Les Datins voyant qu'ils ne parviendraient point par des 
moyens légaux à faire rappeler Wathieu de l'exil , ni à se 
maintenir au pouvoir, tant l'opposition qu'ils rencontraient 
dans toutes les classes de la société était forte, résolurent 
d'employer la violence. Leur projet était de se défaire de 
leurs principaux adversaires par la mort ou l'exil. Ils répan- 
dirent l'or et l'argent à profusion et gagnèrent tout le métier 
des bouilleurs, ce qui ne leur était pas difficile, possédant 
eux-mêmes d'importantes houillères. La conjuration devait 
éclater le 6 janvier 1433. 

Dès la veille, au soir, les conjurés se réunirent en plusieurs 
lieux, notamment dans la maison de Guillaume Datin près 
de l'église de Saint-Servais et dans celle de Gérard de Goreur 
son cousin, bailli de Hesbaye, dans le vinâve ou quartier de 
l'Ile. Ces derniers attaquèrent d'abord les bourgeois de l'isleal 
des fèbvres, mais ils éprouvèrent une vigoureuse résistance 
de la part des fèbvres qui tuèrent Fastreit et repoussèrent 



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l74 LA PRINCIPALTÉ DE LIÈGE 

tous les autres. Les habitants qui avaient pris les armes, 
gardèrent soigneusement le Pont-dlle et le passage du côté 
des Dominicains et ils démolirent le pont de Mouchet près 
de Saint-Marlin-en-IIe, pour empêcher toute communication 
entre Gérard de Goreur et Guillaume Datin. Plusieurs conju- 
rés gagnèrent Tisleal à Hochet au Trez et y passèrent Teau 
dans la barque du pontonnier. Ils se rendirent directement 
chez Guillaume Datin pour l'intormer que le Vinâve-dlle 
était au pouvoir des fèbvres et des autres habitants. Datin 
en était vivement contrarié, car il avait espéré faire occuper 
tous les postes de la ville à Timproviste pour vaincre sans 
combat. Il vit arriver à Saint-Servais ses adhérents d'Ans, 
de Mollin, de Montegnée, de Grâce et des villages voisins. 
Il envoya aussitôt des messagers, d'abord deux femmes, puis 
deux serviteurs des bourgmestres, Beaudouin Rusar et 
Louis Fraisant, à Gérard de Goreur pour le prier de passer 
le Pont-d'Ile avec ses gens et de venir le rejoindre, car il 
était temps; on était déjà à trois heures du matin. 

Les honnêtes bourgeois éveillés et inquiétés par les 
bruits de la rue se rendirent chez le bourgmestre Jean de 
Lévrier qui était étranger à la conjuration et raccompa- 
gnèrent à rhôtel de ville. Il manda jusqu'à trois fois son 
collègue. Celui-ci arriva avec ses gens qui occupèrent le 
marché. Il conféra avec Jean de Lévrier, les conseillers et 
les bourgeois qui l'entouraient, dans le but de les empêcher 
de prendre des moyens de défense. Les ^deux serviteurs 
envoyés à Gérard de Goreur alléguèrent des prétextes pour 
obtenir de la garde la faculté de passer le Pont-d'Ile et se 
rendirent à la maison de Gérard qui était remplie de con- 
jurés. Guillaume Datin, lui dirent -ils, vous attend avec vos 
gens à la Violette (hôtel de ville). Gérard arma ses gens et 
voyant le Pont-d'Ile dégarni, il le passa avec eux et se rendit 
à l'hôtel de ville. La garde du Pont-d'Ile avait été renforcée 
par des habitants d'Avroye et de Saint-Christophe qui avaient 
passé la Meuse en nacelle et étaient entrés par la postiche 



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SOLS JEAN DE HEINSBERG. 178 

OU Tarvau du rivage de Saint-Paul.Tous avaient momentané- 
ment abandonné le Pont-d'Ile pour aller à la porte d'Avroye, 
en prendre la clef et y mettre un poste; car c'était par cette 
porte que les conjurés du dehors devaient entrer. Gérard 
de Goreur avait profité de ce moment d'absence pour passer 
le Pont-d'Ile. 

Tous les bourgeois étaient sur pieds. Ils se rendirent aux 
chambres de leurs métiers pour se ranger sous leur bannière. 
Les fèbvres de Vinâve-d'Ile, revenus du Pont-d'Avroye, furent 
bien étonnés d'apprendre que Gérard de Goreur s'était rendu 
au marché avec ses gens. Ils résolurent de s'y rendre aussi 
pour combattre les conjurés. Ils traversèrent le Pont-d'Ile, 
le Torrent et Marnières-Rue, passèrent devant le Pont-des- 
Arches, entrèrent dans la rue du Pont et s'arrêièrent en la 
Veckeur. Le Pont-des-Arches était gardé par les meuniers, 
les pêcheurs, les cureurs et par une partie des tanneurs ; 
car plusieurs tanneurs qui étaient pour les Datins, furent 
conduits par leur chef, Adrien de Lair-Dieu, au marché. 
Guillaume Datin, Gérard de Goreur et Adrien de Lair-Dieu 
se concertèrent à l'hôtel de ville sur les moyens de faire 
réussir la conjuration. Lair-Dieu se mit à élever des barri- 
cades à l'entrée des rues qui aboutissaient au marché pour 
ne pas être enveloppés de toutes parts. Les métiers qui 
gardaient le Pont-des-Arches, se virent bientôt renforcés par 
les gens d'Outre-Meuse. Le meunier Haie parcourut à cheval 
le quartier d'Amercœur pour appeler les habitants aux armes 
contre les Datins, notamment à Longdoz, à Wez, à Peville, à 
Bressoux, à Robermont. L'arrivée de ce nouveau secours 
faillit être empêchée, car Jean Hauteur forestier de la Boverie 
s'adressa à Winand le charpentier pour faire couper une des 
arches du pont (qui était tout de bois), mais il ne put exécuter 
son dessein, le jour commençant à poindre. 

Guillaume Datin qui se tenait à l'hôtel de ville, était informé 
par des émissaires de tout ce qui se passait en ville. Inter- 
pellé par les honnêtes gens, il leur répondit qu'il ne voulait 



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176 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

faire aucun mal et qu'il se tenait simplement sur la défensive. 
Les bouilleurs qui étaient sur la chambre de leur métier, 
voulaient aller aider les conjurés qui gardaient la barricade 
érigée à l'entrée de la rue des Pécheurs, mais ils n'osaient 
le faire par crainte des autres métiers. 

Quand il eut cessé de neiger et que le jour fut venu, les 
fèbvres quittèrent le Veskourt pour se diriger vers le marché, 
les uns par la rue Féronstrée et les autres par la rue du 
Pont. Ils furent bientôt rejoints par les charliers, les merciers 
et les loïeurs qui avaient leurs chambres au-delà de la rue 
des Mineurs devant la halle des drapiers. Quand les métiers 
qui étaient sur leurs chambres au marché, virent les fèbvres 
avec leur grande bannière, ils descendirent immédiatement 
et se joignirent à eux, sauf les bouilleurs, les drapiers et les 
bouchers qui étaient, soit favorables aux Datius, soit contenus 
par eux. Les métiers qui étaient au Pont-des-Arches , les 
meuniers, les tanneurs, les cureurs, avec les bonnes gens 
d'Outre • Meuse , débouchèrent sur le marché par la rue 
Neuvice, pendant que les autres attaquaient déjà vivement 
les conjurés. Les Datins tiraient sur les bourgeois du haut 
de l'hôtel de ville et du haut du palais de justice (destroit) 
avec des arbalettes et des couleuvrines de cuivre ; d'autres 
défendaient la barricade à l'entrée de la rue des Pêcheurs. 
Les fèbvres conduits par Colart Coquelet s'emparèrent de la 
barricade, après avoir éprouvé une vive résistance et furent 
bientôt maîtres de tout le marché. Dès lors la débandade 
devint générale. Les bouilleurs qui n'avaient pris aucune part 
à l'action, se sauvèrent par les ruelles et les maisons. Gérard 
de Goreur se réfugia au palais du prince qui facilita son 
évasion parla porte de Sainte- Walburge ; Guillaume Datin 
parvint à s'enfuire par les degrés de Saint-Pierre et Saint- 
Servais ; un bon nombre de conjurés se réfugièrent dans la 
cathédrale où les chanoines les préservèrent d'une mort 
certaine, en fermant les portes devant les bourgeois qui les 
poursuivaient ; d'autres enfin se sauvèrent par la rue sous la 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 177 

tour de Saint-Lambert et gagnèrent Saint-Séverin et Saint- 
Servais. Ceux qui étaient à Thôtel de ville se sauvèrent par 
les ruelles près de Merchoul et de Souverain-Pont. Il y eut un 
grand nombre de conjurés tués ou blessés. Les adhérents 
des Datins venus de Mollin, de Sainte-Marguerite et de 
Montegnée se tenaient devant Saint-Hubert et ne furent 
point inquiétés, paroe qu'ils n'avaient pris aucune part à Fac- 
tion. Les vainqueurs, revenus au marché de la poursuite des 
Datins, envahirent la chambre des bouilleurs ; de ceux qui 
s'y trouvaient encore, les uns furent tués, les autres jetés 
par les fenêtres, d'autres qui n'étaient point bouilleurs, 
furent conduits à l'hôtel de ville. La victoire de la bour- 
geoisie sur les conjurés ramena immédiatement dans ses 
rangs tous ceux qui avaient des sympathies pour les Datins 
sans les avoir montrées, ainsi que ceux qui craignaient 
d'être compromis. Les bourgeois avaient été conduits et 
dirigés par Fastreit-Bareit-Surlet, Alexandre de Seraing, 
Gilbert de Seraing et Jean de Seraing, trois frères, Jean de 
Bernalmont, Henri délie Caehie, François de Bierset, Nicolas 
délie Chivre, les chefs des adversaires des Datins. Il n'y a 
guère lieu d'en douter, quoique Jean de Stavelot n'en dise rien. 
Les vainqueurs, après leur victoire, allèrent piller la 
maison de Gérard deGoreur et celle de Jean de Boisée en Ile, 
celles de Wathieu et de Guillaume Datin à Montegnée qu'ils 
brûlèrent en même temps ; le lendemain ils allèrent piller 
et brûler la tour de Boisée appartenant à Jean de Boisée et 
à Wéri son fils, ainsi que la maison de Gilles Salhet à 
Mollin ; le surlendemain ils se rendirent à Wonck sur le 
Geer et y brûlèrent la maison de Jean de Harche qui était 
munie d'une tour et entourée des eaux du Geer. Quelques 
jours après, ils allèrent à Goreur et y brûlèrent la maison 
de Gérard de Goreur. Ils brûlèrent également la maison de 
Jean Hantea et celle de son fils à Froidmont près la Boverie, 
ainsi que la maison de Lambert Datin à Grivegnée et celle 
de Colar Orban à Berlo. 



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178 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Guillaume Dalin fut remplacé, le 13 janvier 1433, dans les 
fonctions de bourgmestre par Fastreil-Bareit-Surlet. Des 
enquêtes et des poursuites ne tardèrent pas d'avoir lieu 
contre les coupables. Laurent, le batteur de cuivre, fut décou- 
vert dans une cave du monastère des Écoliers et conduit à 
l'hôtel de ville. Sans être soumis à la torture, il y fit d'im- 
portstnts aveux : les capitaines de la sédition, Gérard de 
Goreur, Jean le forestier de Froidmont et son fils, Piron 
Borget, Henri Brech, Bastin de Moliin, Jean de Harche, 
Willem de Harche, Jean de Golletey, Collar Blanchebarbe, 
Gilles Salhet, avaient résolu, disait-il, de tuer tous ceux qui 
leur résisteraient, principalement Bareit-Surlet, Gilbert de 
Seraing, Henri délie Cachie, François de Bierset et les 
fèbvres. Le coupable fut condamné à mort par la Cour des 
échevins. Le bourreau lui trancha la tète et lui coupa les 
bras et jambes qui furent suspendus aux portes de la cité. 
Le tronc du corps fut jeté à la Meuse (10 janvier 1433). Colar 
Blanchebarbe, arrêté à Maeslricht, y fut interrogé par la 
Cour liégeoise. Sans être soumis à la torture» il fit les aveux 
les plus complets ; il donna des détails sur le projet des 
chefs, sur l'argent qu'ils avaient distribué, sur ceux qui 
avaient réunis des conjurés armés dans leurs maisons, sur 
les promesses faites aux conjurés de partager entre eux les 
biens des bourgeois qui seraient soit tués, soit exilés, s'ils 
triomphaient. Le coupable fut condamné à mort par la Cour 
et subit le supplice de la roue (18 janvier 1433). 

Tous les conjurés avaient émigré. Les Cours de justice 
firent des enquêtes contre eux et après que toutes les 
formalités eussent été remplies, la haute Cour de Liège 
condamna à un exil perpétuel, le 2 avril 1433, comme par- 
jures, traîtres, séditieux, cinquante-deux coupables avec 
leurs femmes et enfants (sauf les enfants mineurs et ceux 
qui n'étaient plus sous l'autorité paternelle) ; le Conseil com- 
munal les bannit, le même jour, de la cité à perpétuité. Les 
principaux étaient Guillaume Datin, Gérard de Goreur, 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 179 

Wathieu Datin le jeune, Jean de Harche, Jean de Hesbainne, 
Adrien de Lair-Dieu, Gilles Salhet, Winand le Carpentier, 
Weri de Boisée, Warnier fils de Gilles de Bierset, le clerc 
de Montegnée, Jean le forestier de Froidmont. (Y. Deram, 
p. 389.) 

Le 4 avril, vingt-cinq bourgeois furent condamnés à un 
exil de la cité pendant huit ans et à une amende, vingt et un 
bourgeois à un exil de trois ans et à une amende (i) , huit 
bourgeois à un exil d*un an et à une amende, et quelque 
temps plus tard encore quinze bourgeois à la même peine 
que ces derniers. Tous furent, en outre, exclus à perpétuité 
de toute fonction publique. Les amendes furent employées 
ii la reconstruction du Pont-des-Arches. 

Tous les bourgeois sentaient la nécessité d'une certaine 
force armée organisée, dont les bourgmestres pourraient 
disposer pour maintenir Tordre. La même année (1433) on 
choisit dix hommes dans chaque métier qui se réuniraient 
dans la halle des tanneurs près de Thôtel de ville et seraient 
à la disposition des bourgmestres, des échevins et des XVI, 
pour exécuter leurs ordres et jugements. Le 15 avril, les 
bourgmestres, les conseillers et les métiers s'engagèrent 
solennellement à maintenir les condamnations portées contre 
les conjurés; ceux qui, à l'expiration de leurs peines, 
rentreront en ville, feront le même serment et ils resteront 
exclus des fonctions des métiers; ils jureront, en outre, de 
ne molester personne, au sujet de la conjuration des Datins; 
tous les bourgeois s'engagèrent à n'avoir aucun rapport avec 
les proscrits et à ne jamais faire de sédition. Cette lettre 
d'alliance fut lue chaque année, au peuple, le jour des Rois, 
sur le marché; et on fêtait ce jour la victoire sur la sédi- 

(0 Le 30 juin 4436, dix-sept de ces bannis pour trois ans revinrent à 
Liège où ils prêtèrent ce jour le serment de n'avoir plus aucun rapport 
avec les Datins, de ne leur prêter aucune assistance , de rester exclus 
des fonctions publiques et de payer un voyage d'Oulre-Mer. (V. Schoon- 
BaoooT. MisceUanées, p. 72.) 



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180 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

lion. On faisait des feux de joie sur Je marché ; la Violette 
et le Destroit étaient illuminés; les métiers réunis dans leurs 
chambres y festoyaient toute la nuit ; sur le métier des 
fèbvres on élisait le Roi de la fête qui était ensuite porté en 
triomphe. (V. Jean de Stavelot, p. 328; De Ram, p. 391.) 

Les bourgmestres, conseillers et métiers non contents 
d'avoir banni les Datins de la cité , prononcèrent contre les 
cinquante-deux bannis à perpétuité, au mois de novembre 
1433, la confiscation de leurs biens situés dans la commune; 
cette confiscation eut lieu au profit des métiers de la cité. 
C'était un excès de pouvoir, car la confiscation des biens 
n'était pas même permise au pouvoir judiciaire, d'après la 
législation du pays. Aussi ni le prince, ni la Cour des 
échevins ne voulurent y prendre aucune part. 

Vers la fin de l'année, les tètes de Guillaume Datin, Gérard 
de Goreur, Wathieu Datin le jeune, Jean de Harche, Guil- 
laume de Harche, Gilles le Prud'homme, Henri Brech, 
Renkin Urbain, Wéri de Boisée le jeune, Jean le forestier 
de Froidmont, Lambert son fils, Jean de Tilhon, Ernoul 
Mafreals, André de Lair-Dieu, Gilles Salhet et Costin de 
Frères, furent mises à prix par l'autorité communale, ce qui 
était également une usurpation sur le pouvoir judiciaire. 
L'année suivante (1434) trois bourgeois qui avaient donné 
aide et protection aux Datins, après leur proscription, 
furent condamnés à mort par le Conseil et les métiers et 
exécutés. 

Lambert Datin fils de Wathieu qui était chanoine de 
Saint-Lambert, prévôt de Saint-Denis, chanoine de Saint-Paul 
et de Saint-Martin à Liège et du Saint-Sauveur à Utrecht, 
docteur en droit, se tenait au duché de Limbourg et ne cessait 
de protéger les proscrits. Les bourgmestres et conseillers 
communaux de Liège s'en plaignirent au concile de Bâle par 
une lettre du 4 décembre 1434; ils demandèrent, en même 
temps, la confirmation de leurs privilèges et franchises. 
Les proscrits, de leur côté, s'adressèrent aussi au concile 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 181 

pour lui demander d'annuler les condamnations dont ils 
étaient Tobjet; Lambert Datin, s'y rendit même en personne. 
La cité qui en fut bientôt informée, envoya une députalion à 
Bâle, le 28 janvier 1438, pour prier le concile de ne pas 
écouter les supplications des Datins et de leur refuser même 
toute audience. (V. Martène, t. VIII, p. 781 et 791.) Lambert 
Datin, de retour de Bâie, sans avoir rien obtenu, se retira à 
Maestricht. Les bourgmestres de la cité ayant appris qu'il 
devait se rendre à Julémont, au comté de Dalhem, au sujet 
de rentes dues à son père, résolurent de s'emparer de sa 
personne. Une troupe de gens d'armes, commandés par 
Nicolas délie Chièvre et Jean de Bernalmont, l'enleva sur la 
route de Maestricht à Julémont avec son valet (1§ mai 1436) 
et le conduisit à Jupille ; elle y passa la Meuse et l'enferma 
dans la tour de Bernalmont, au dessus de Herstal. Après 
avoir passé plusieurs jours dans cette prison , Lambert fut 
mené pendant une nuit près d'une fosse de houillère située 
sur la route de Bernalmont à Bouchtay ; là on lui brisa la 
tête d'un coup de marteau et on le précipita dans la fosse. 
Son corps n'en fut retiré que l'année suivante, par le pro- 
priétaire qui l'y avait trouvé par hasard et il fut enterré soit 
sur un champ voisin, soit à Sainte-Foy, soit aux Croisiers. 
L'assassinat de Lambert Datin était un acte de cruelle ven- 
geance qui dut blesser vivement l'évêqùe et son chapitre. 

Il est assez probable que les proscrits s'adressèrent aussi 
à l'Empereur Sigismond et que celui-ci demanda des rensei- 
gnements à la cité, car elle lui députa Henri délie Chaussée, 
Jean de Floyon et Antoine clerc de la cité ; il n'y a guère à 
douter que Sigismond n'ait rejeté les demandes des proscrits. 
Il donna, le 14 juillet 1437, aux députés une lettre par 
laquelle il céda à la cité, pour le bien commun, la part qui 
lui revenait dans les peines encourues par les proscrits, 
d'après les privilèges impériaux. (V. De Ram. 398.) 

Ce fut encore à la demande des bourgmestres, du Conseil 
communal et des métiers que la Cour des échevins déclara 



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182 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

le 10 novembre 1437, que le crime de sédition et de trahison 
était le plus grand et que les coupables, outre la punition de 
la loi du pays, devaient être condamnés à une amende de 
cinquante marcs de fin or, selon la lettre de confirmation 
des franchises. (V. De Ram, p. 466.) La confiscation des biens 
des procrits doit avoir été l'objet de contestations, car la 
Cour des échevins refusa de l'approuver ; le 31 janvier 1439, 
les échevins « répondirent aux maîtres et Conseil de la cité 
c< que, sauf leur serment, ils ne pouvaient juger par loi les 
ce biens de ceux proclamés à premier cri, être perdus. » 

Le duc de Bourgogne, auquel les procrits s'étaient égale- 
ment adressés, écrivit, le 8 mars 1439, à la cité : « Qu'on fit 
« la loi à Wathieu Datin et à ses complices, résidant en ses 
« états, à cause de leurs biens que la cité prétend avoir 
« confisqués à son profit. » Ce fut, sans doute, à la même 
époque qu'ils proposèrent plusieurs fois à l'autorité commu- 
nale de porter la question de la confiscation de leurs biens 
devant une justice quelconque, soit du Brabant, soit du pays 
de Liège ; dix d'entre eux se constitueraient même prison- 
niers à Huy avec dix de la cité, comme garantie de la décision 
qui interviendrait. Leur proposition ne fut point agréée. 
(V. De Ram, p. 423.) Leurs biens restèrent confisqués au 
profit des métiers ; toutefois, le 28 mai 1441, il tut décidé 
par Tautorité communale que, pendant les trois années 
suivantes, chaque métier n'en recevrait que vingt muids 
d'épeautre et que le surplus serait consacré à la recons- 
truction du Pont-des- Arches (i). 

Guillaume Datin, le chef de la sédition, fut tué à Namur, le 
l" janvier 1438, en sortant de l'église des Croisiers, par trois 
émissaires de Fastré-Bareit-Surlet. Les assassins s'enfuirent. 
Poursuivis par la justice, ils furent arrêtés à deux lieues de 

(0 Le Pont-des-Arches bâti en 4034, fut renversé par les eaux en 
février 4409. La reconstruction ne commença que le 44 août 4434 et ne 
fut achevée qu'au mois de juin 4446. 11 coûta trente mille cinq cents 
florins. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 183 

Namur et arrachés d'une église où ils s'étaient réfugiés. 
Reconduits à Namur , deux furent roués et le troisième fut 
décollé. L'évoque jeta l'interdit sur l'église dont l'asile avait 
été violé et l'Ofïïcial cita les violateurs de l'asile devant son 
tribunal. 

Vfalhieu Datin mourut à Louvain, le 20 mai 1487 et fut 
enterré dans l'église de Saint-Pierre en cette ville. L'année 
précédente, il avait adressé une supplique au prince, Louis 
de Bourbon, pour rentrer dans la possession de ses biens, 
illégalement confisqués, soutenait-il (i). 

Dans le récit de Jean de Stavelot, on ne voit guère inter- 
venir le prince, ni l'état primaire dans cette lutte contre les 
Datins. 

VL 
Les brigandages, 1433 à 1439. 

Les actes de brigandage et les voies de fait étaient très 
fréquents, à l'époque dont nous parlons, surtout de la part 
des soldats français, anglais ou bourguignons mal payés. 
Jean de Heinsberg ne négligea point d'employer des moyens 
pour y remédier. 

Les capitaines de Montigny, de Mont-Cornet de Bosneau, 
de Haut-Châtelet, de Villi et Villers et de plusieurs autres 

(i) Walhieu Datin avait épousé Marie de Frères et en secondes noces 
Catherine de Rotselaer. Ses enfants étaient Lambert chanoine de Saint- 
Lambert, Guillaume chanoine de Saint-Jean, Agnès épouse de Jean de 
Soye,chevalier, Jean, Jeanne fille du second lit, et Wilkin enfant naturel 
qu'il eut de Lisbette. ï\ fit des legs pieux aux églises de Saint-Pierre et 
Saint-Martin à Louvain et à celle de Fétinne» à charge de Messes ; il 
légua à son fils Jean sa terre de Jehay, celle de Bossuit près de Jehay; 
sa part dans les houillères et d'autres biens et rentes, à sa fille Agnès 
ses quatre maisons et ses rentes à Liège ; à Gérard de Créhen son 
cousin, la terre de Jeneffe qu'il tenait en fief du prince de Liège avec 
ses maisons à Louvain; à son fils Guillaume ses maisons et rentes à 
Montegnée, etc. (V. De Ram, p. 426.) 



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184 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

forteresses réunirent leurs cavaliers au nombre de trois 
cent seize et envahirent la petite ville de Couvin, le 
25 février 1433, qui était le mercredi des cendres. Ils y 
firent bonne chère, quoique ce fût, dit Jean de Staveloi, un 
jour de jeûne. Ils pillèrent la ville et brûlèrent deux maisons. 
Ils exigèrent des habitants qui s'étaient sauvés dans la forte- 
resse, une rançon avec la menace de brûler toute la ville. 
Ceux-ci leur payèrent la somme de quatorze cents clinkars 
d'or. Huit habitants qui n'avaient rien payé, furent emmenés 
captifs. Après leur départ, le bailli de Couvin appela les 
habitants du quartier sous les armes. Quatre-vingts cavaliers 
et un grand nombre de piétons répondirent à son appel. 
Conduits par le bailli et les capitaines Otton d'Âblen et 
Gérard de Thilhi, ils se mirent à la recherche des brigands 
et les trouvèrent à neuf lieues de Couvin, savoir à Hanappe. 
Gérard de Thilhi, avec dix compagnons, s'introduisit habile- 
ment dans la ville, en espions pour reconnaître leur nombre 
et leurs forces. De retour chez ses soldats, il donna le signal 
de l'attaque d'abord aux cris Notre-Dame aile ossay et 
Agymont al rexhousse, puis aux cris Notre-Dame al défense 
et Engleterre al rexhousse , pour faire croire qu'ils étaient 
en grand nombre. Les Couviniens ne firent aucun quartier 
et ils incendièrent les maisons où les brigands se réfugiaient. 
Il en périt quatre-vingt-seize. Le butin fut repris et les 
prisonniers furent ramenés. (V. Jean Stavelot, p. 334.) 

Jacques le bâtard, capitaine de Morialmé, croyant avoir à 
se plaindre de plusieurs Liégeois qui étaient à Thuin, les fit 
citer à l'Anneau du palais. Ces Liégeois, de leur côté, se 
plaignirent aux bourgmestres de la cité de ce que Jacques 
« les travaillait sans cause ». Jacques « fut crié aubain de 
la cité pour vilain cas ». Il se procura un sauf-conduit du 
prince et vint à Liège pour poursuivre son appel devant le 
tribunal. Les bourgmestres Bareit de Surlet et Baudouin 
de Lardier le firent arrêter pour avoir violé le territoire 
de la franchise, étant exilé. Il fut condamné à mort par 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 185 

le Conseil communal et exécuté au mois d*août 1434. Le 
prince en fui vivement mécontent. Le Conseil n'avait point 
respecté son sauf-conduit et il avait usurpé, en outre, les 
attributions de la Cour de justice. Jacques laissa un fils 
naturel appelé Tristan qui résolut de venger sa mort. 
Tristan, à la tête de soldats qu'il avait enrôlés, attaqua 
Tabbaye d*Alne ; il tua un jeune homme, cousin de Fabbé et 
enleva tous les chevaux du monastère qu'il mena à Tre- 
maille-sur-Sambre. Il y avait à Tremaille une forteresse 
appelée Bosenove (Bosneau) dont la garnison commettait de 
grandes déprédations, dans le quartier de Couvin. Tristan fit 
même prisonnier Jean d'Yves, bailli de Thuin, avec trois 
gentilshommes et leurs serviteurs. Le prince y envoya des 
gentilshommes et des vassaux, mais ceux-ci n'étant pas 
assez nombreux, ne purent empêcher la garnison de Bose- 
nove de rançonner le pays. Le prince leur envoya, le 1*' juin 
1435, un renfort de cent et vingt cavaliers commandés par 
Gilles de Floyon, écuyer. Ils prirent, dès lors, l'offensive et 
cernèrent la forteresse de Bosenove tout en commettant des 
déprédations sur le territoire occupé par les brigands. Ce fut 
pendant ces déprédations que cent cavaliers et cinquante 
archers anglais et picards à cheval sortirent de la forteresse 
et allèrent à la poursuite des Liégeois. Ils les atteignirent 
à une distance de deux lieues. Le combat fut vif. Les Lié- 
geois finirent par être vaincus et mis en fuite. Ils laissèrent 
vingt morts sur le champ de combat parmi lesquels il y 
avait Otton d'Abley et Bernier le boutelier du palais. Trente- 
six furent faits prisonniers, au nombre desquels se trou- 
vaient Gilles de Floyon et plusieurs dignitaires de la Cour 
du prince. Ils furent conduits à la forteresse de Bosenove et 
durent payer une forte rançon pour recouvrer la liberté. 
(Ibidem 354.) 

Le prince de Liège se plaignit à Philippe duc de Bour- 
gogne et de Brabant de ces violations du territoire Liégeois 
et des déprédations qui y avaient été commises. Il y eut à ce 



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186 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

sujet, des conférences à Bruxelles, le 30 juin 1438. Les trois 
États de la principauté y avaient envoyé des députés. Il y fut 
conclu que les souverains des provinces voisines devaient 
respecter et faire respecter les lois du bon voisinage et ne 
tolérer, en aucune manière, des actes de brigandage, ni sur 
leur territoire, ni sur celui de leurs voisins. A la suite de 
cette conférence, Jean de Heinsberg fit signifier à Jean de 
Beauraing qu'il ne pouvait ni passer, ni repasser par le pays 
de Liège pour aller causer des dommages aux pays voisins. 
La garnison de Bosenove ne se soumit point à ce droit des, 
gens. Gilles de Floyon, désireux de prendre sa revanche, 
s'empara d'une petite forteresse près de Couvin, nommée 
Pesche, qui était un fief de l'église de Liège, tenu par le comte 
de Wademont. Gilles la fortifia et y mit une assez forte 
garnison. Sur les plaintes du comte de Wademont, le prince 
ordonna à Gilles de lui remettre sa forteresse, mais il n'en 
fit rien ; il se rendit même à Liège pour implorer la pro- 
tection de la cité qui lui fut promise, au moins jusqu'au 
retour du prince. Vers le 22 août 1438, Philippe de Savengni 
capitaine de Bosenove et Tristan le bâtard de Jacques de 
Morialmé, à la tôte de cent vingt cavaliers, envahirent les 
villages de Ham-sur-Heure et Nalines; ils enlevèrent tout le 
bétail et firent soixante-sept prisonniers. Les habitants de 
Tbuin, convoqués sous les armes, allèrent aussitôt occuper 
les passages par lesquels les brigands allaient repasser. La 
lutte fut vive. Tristan, tiré bas de son cheval par la fille 
d'un prisonnier de Nalines, fut tué dans un fossé par ceux 
qu'il emmenait captifs. Les autres furent mis en fuite. Les 
prisonniers furent délivrés et le bétail fut repris. 

Jean de Heinsberg, invité par le duc de Bourgogne à assister 
aux conférences qui allaient s'ouvrir à Arras pour conclure 
la paix avec le Roi de France, partit de Liège avec un cortège 
de deux cents cavaliers des trois ordres de l'État. Ils por- 
taient tous des vêtements blancs doublés de fourrures rouges. 
La paix fut conclue le 21 septembre 1438. Dès lors, le duc de 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 187 

Bourgogne et de Brabant licencia la plus grande partie de 
son armée. Mais un certain nombre de ses soldats licenciés 
se livrèrent à la maraude et au brigandage. Ils sont connus 
dans l'histoire sous le nom d'écorcheurs, parce qu'ils spo- 
liaient les gens qu'ils arrêtaient ou emmenaient prisonniers. 
Philippe de Savengni, qui était parvenu à regagner la forte- 
resse de Bosenove après la défaite infligée par les habitants 
de Thuin, recommença ses brigandages sur le pays de Liège, 
au mois d'octobre 1435. Dans une excursion sur la terre de 
Florennes, il prit plus de mille têtes de bétail et fit plusieurs 
prisonniers qu'il emmena à Bosenove. Huit jours après, il 
surprit le village de Boussut, un dimanche, à l'heure où les 
habitants étaient à la Messe. Il assiégea l'église ; ceux qui 
ne voulaient point se rendre prisonniers, furent battus et 
blessés, de sorte que le sang jaillit jusque sur l'autel; le 
seigneur de l'endroit parvint à s'échapper, mais le curé et 
plusieurs paroissiens furent emmenés captifs. Tout le bétail 
du village fut également enlevé. Des gens du pays allèrent à 
Liège se plaindre au prince et demander du secours. Jean 
de Heinsberg se rendit sur les lieux et tint conseil avec 
Englebert d'Enghien, seigneur de Ham-sur-Heure, le sire de 
Senzeille, le sire de Boussut et plusieurs autres. On reconnut 
que ces brigands étaient trop nombreux et trop puissants 
pour être facilement vaincus et réduits. De retour à Liège, 
des députés de Dinant, de Bouillon et d'autres lieux invo- 
quèrent le secours de la cité. Il leur fut répondu que la 
guerre de 1430 avait rendu la cité plus circonspecte et qu'il 
fallait réunir les trois Ëtats. C'était le dimanche avant la 
Toussaint. Le prince réunit les trois États. Ils décidèrent que 
tous les vassaux seraient réunis pour aller défendre le pays 
contre les brigands et qu'il fallait pourvoir les forteresses de 
fortes garnisons. Les vassaux furent tous mandés à Huy 
pour le mercredi avant la Sainte Catherine. Le prince les y 
trouva en grand nombre, mais tous ne le suivirent point; 
ceux qui étaient trop âgés, comme ceux qui ne savaient 



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188 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

pas chevaucher, rachetèrent ce service militaire par une 
somme d'argent; ce qui fut pour certaines langues, l'occasion 
d'accuser le prince de cupidité. Jean de Heinsberg se rendit 
avec ses vassaux à Dinant qu'il pourvut d'une bonne défense 
et de là à Bouillon. Jacques de Lamarck qui gardait la forte- 
resse en l'absence de son père Éverard, en refusa l'entrée au 
prince. Vivement mécontent de ce refus, Jean de Heinsberg 
manda le père à Saint-Hubert. L'accord fut bientôt établi 
entre eux. La forteresse fut livrée au prince qui en confia le 
commandement, ainsi que celui du duché, à Thierry de 
Momale et à Jean de Wal. Après avoir ainsi pourvu à la 
défense du pays, Jean de Heinsberg revint à Liège. 

Jean de Beauraing qui avait servi le Roi de France , se 
réconcilia avec le duc de Bourgogne, après la paix d'Arras. 
Sous quelques faux prétextes, il résolut de faire des courses 
sur le pays de Liège et d'en rançonner les habitants. Avec 
les écorclieurs qu'il trouva à Traùeneal, il voulut surprendre 
le village et le fort de Sautour. Repoussés par les soldats 
du fort qui les avaient reçus à coups de canon, ils s'en 
éloignèrent et allèrent incendier une boverie ou ferme de 
l'abbaye de Florennes ; ils pillèrent également deux villages 
dont ils emmenèrent tout le bétail. 

Le 1" mars 1436, le prince réunit les trois États et leur 
exposa que, depuis seize mois, Philippe de Savengni courait 
le pays de Liège en le pillant et que depuis la paix d'Arras, 
il y avait un bon nombre de soldats maraudeurs tant Luxem- 
bourgeois que Français, Picards et Bourguignons qui fai- 
saient la même chose. Ils pouvaient être environ trois mille 
cavaliers. Les vassaux de l'église de Liège ne suffisaient 
point pour délivrer le pays de ce fléau. Les trois États 
entrèrent dans les vues du prince et décrétèrent la levée 
de soldats. La cité de Liège fournit quarante hommes de 
chacun des trente-deux métiers et les autres bonnes villes 
en fournirent dans une proportion semblable. Tous les vas- 
saux de la principauté furent appelés sous les armes. Le 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 189 

rendez-vous général était à Huy. Le prince partit de Liège, 
le 17 avril, à la tête de la cavalerie. Le bourgmestre Gilles 
de Mes le suivit avec les Liégeois et les Franchimontois. 
Ceux du comté de Looz les rejoignirent à Buy. L*armée se 
rendit à Dinant et delà à Couvin ; puis elle traversa, avec 
grand*peine, la forêt de Thiérache dans laquelle il y avait 
des arbres coupés et des fossés. Le 5 mai, elle arriva devant 
Bosenove. Cette forteresse était entourée de trois fossés 
remplis d'eau. Les assiégeants en conduisirent les eaux 
dans un ruisseau voisin et les comblèrent ensuite de fas- 
cines. Ils attaquèrent vivement les ouvrages extérieurs. Les 
brigands les défendirent vaillamment aux cris de Luxent- 
botirg, comte de Chiny , Beauraing y Savigni. Ils raillèrent 
même les Dinantais en leur criant : copères, copères, vous 
ne repasserez jamais les bois. Les Liégeois emportèrent les 
ouvrages extérieurs. Les assiégés, après avoir incendié la 
basse-cour, se réfugièrent dans la tour, du haut de laquelle 
ils lancèrent des pierres sur les assiégeants. Dès que ceux- 
ci en eurent forcé la porte au moyen de leviers, les brigands 
se rendirent. Ils étaient au nombre de trente et un. Ils furent 
tous pendus avec leur capitaine Floridas, après avoir reçu 
le sacrement de Pénitence. 

Leur chapelain, après avoir fait TofTice de bourreau à 
leur égard, fut lié à un arbre et brûlé. Quinze prisonniers 
du pays de Liège, détenus par les brigands, furent remis en 
liberté. La forteresse, dont les murs avaient quatorze pieds 
d'épaisseur, fut rasée. 

Le 13 mai, l'armée liégeoise se dirigea vers Aubigny,dont 
le capitaine avait surpris et pillé la ville de Couvin. La for- 
teresse qui était abandonnée, fut également démolie; celle 
de Haut-Châtelet qui n'était gardée que par un prisonnier, 
ancien varlet de Gilles de Floyon, subit le même sort. La 
forteresse de Bas-Chàtelet fut respectée par les Liégeois, 
grâce à l'intercession de Jean de Jeumont qui affirmait que 
le pays n'en avait jamais souffert et n'en souffrirait jamais. 



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190 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Les babilants du quartier de Mouson avaient tant souffert 
de la forteresse de Villers qu'ils allèrent la démolir eux- 
mêmes ; ils prièrent, en même temps, les Liégeois de s'en 
épargner la peine. 

Plusieurs chefs de l'armée désiraient aller démolir quel- 
ques forteresses de Jean de Luxembourg, parce qu'elles 
avaient servi plus d'une fois de refuge à des maraudeurs qui 
pillaient le pays de Liège. Jean de Luxembourg, soit qu'il en 
fut informé, soit qu'il le craignit, envoya le bàlard de Coucy 
au prince pour le prier de s'en abstenir; il lui offrit, en 
même temps, de traiter dans des conférences, la question 
des torts et des droits. Philippe, duc de Bourgogne, écrivit 
aussi à Jean de Heinsberg de ne rien entreprendre contre 
le Luxembourg, ni contre Orcimont. 

Les troupes urbaines de Huy, commandées par leur avoué 
Conrard de Bombay, celles de Dinant, les Flamands et plu- 
sieurs autres gens d'armes, considérant la campagne comme 
terminée, reprirent la route de leur pays. Les troupes de la 
cité commandées par Gilles de Mes, passèrent la Meuse à 
Givet et allèrent encore abattre la forteresse de Beauraing ; 
elles brûlèrent aussi le village avant de retourner à Liège. 
Elles furent de retour, vers le 24 mai, et n'avaient perdu que 
cinq hommes, pendant cette expédition de cinq semaines. 

Cinquante soldats de la forteresse d'Orcimont que le prince 
avait ménagée, firent, vers la fin de juillet 1436, une excur- 
sion sur le pays de Liège en le pillant; atteints par les 
troupes liégeoises, ils furent bientôt mis en fuite; quelques- 
uns furent tués dans les bois et les blés, d'autres furent pris 
et conduits à Dinant et à Longpré où ils furent mis à mort ; 
d'autres enfin au nombre de vingt-trois se réfugièrent à 
Bouvigne sous la protection du maire Jean Goswin. Le 
prince de Liège demanda au bailli de Namur de lui livrer 
ces brigands; le préfet, bien loin de les lui livrer, facilita 
leur fuite. Un seul fut pris par les Liégeois. Éverard de 
Lamarck qui avait vu son domaine de Longpré ravagé par 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 191 

ces brigands, appela ses gens sous les armes et avec le 
concours de troupes du pays de Liège, il alla assiéger Orci- 
niont ; il savait, en effet, que la forteresse n'était gardée que 
par le capitaine Bernard de Porceresse et six soldats. Il 
s'empara facilement de la petite ville. Le siège de la forte- 
resse lui eut aoûté plus de peine, mais il fit savoir au 
commandant que toute une armée de Liégeois allait arriver 
et que tous seraient passés au fil de Tépée. Bernard livra la 
forteresse sous la condition d'avoir la vie et les biens saufs. 
Éverard désirant conserver la forteresse pour lui, envoya 
son fils Jean à Liège. Déjà avant l'arrivée de ce député, les 
Liégeois avaient résolu de reprendre la forteresse et de la 
démolir; ils retinrent entretemps Jean de Lamarck, comme 
otage. Éverard de Lamarck, dès qu'il en fut informé par son 
fils , offrit de mettre la forteresse à la disposition du prince. 
Quarante-deux bouilleurs, au salaire journalier de dix bod- 
dragers, y furent envoyés pour la démolir. Ils partirent le 
29 août et en huit jours ils démolirent la forteresse et incen- 
dièrent la ville. Le tiers des frais fut payé par la cité, le 
second tiers par le comté de Look et le dernier tiers par le 
reste du pays. 

L'expédition contre les brigands avait eu lieu en partie sur 
le territoire français. Le Roi Charles VII, par une alliance 
qu'il fit avec notre prince, n'en demanda aucune réparation ; 
il accorda même la liberté de commerce entre les deux pays 
(juillet 1437). (V. Jean de Stavelot, p. 383.) 

Les fréquents conflits qui surgissaient entre notre princi- 
pauté et les États du duc de Brabant, furent l'objet de bien 
des négociations. Jean de Heinsberg eut, à ce sujet, des 
conférences avec le duc à Diest, au mois de juin 1438. A son 
retour à Liège, il réunit les trois États, le 30 juillet et leur 
fit part des prétentions du duc. Ils décidèrent que les griefs 
du pays de Liège seraient mis par écrit et que des députés 
seraient envoyés à Saint-Trond pour y conférer avec ceux 
du duc, le 4 août. La réunion fut successivement différée 



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192 LA PRINCIPALTÉ DE LIÈGE 

au 4 septembre, au 4 octobre, au 4 décembre 1438, au 4 
février 1439, etc. 

L'année 1438 fut une année de disette et de mortalité. Le 
grain était si cher que le muid d'épeautre se vendait qua- 
rante-huit boddragers. Toute exportation fut prohibée et 
l'importation rendue libre. Une fièvre maligne, appelée 
chaude, emportait en même temps des milliers d'habitants. 
Le 38 juin 1438, on chanta à Saint-Lambert une Messe 
solennelle et on fit une grande procession pour obtenir de 
Dieu la cessation du double fléau. Le 22 septembre suivant 
on célébra encore une Messe solennelle à Saint-Lambert qui 
fut suivie d'une procession dans le même but. Les échevins 
fixèrent chaque semaine le prix du pain, d'après la cote du 
marché ; au mois de décembre, ils le fixèrent à seize sols 
quatre deniers. 

VIL 
Le Prince pacificateur 1438-1450. 

Le prince remplit constamment l'office de médiateur 
et de pacificateur dans la principauté. Les nobles n'avaient 
pas encore perdu le droit de la guerre privée. Les villes 
agissaient souvent, comme si elles étaient souveraines et 
indépendantes ; au lieu de recourir aux tribunaux, elles 
recouraient aux armes. Les voies de fait étaient fréquentes. 
L'autorité de la justice était souvent méconnue. Le prince, 
pour prévenir les guerres privées et les guerres civiles, 
tâchait de concilier les parties. 

Jean, seigneur de Rochefort et d'Agimont, avait deux filles 
dont l'aînée avait épousé Éverard de Lamarck et la puinée 
Guillaume d'Argenteau. Après la mort de Jean, Guillaume 
d'Argenleau réclama du chef de son épouse, une de ces deux 
forteresses. Les nobles et les hommes de fief (Cour féodale) 
assemblés par le prince décidèrent qu'une de ces deux 
forteresses qui étaient des fiefs du prince, revenait de droit 



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sous JEAN DE UEINSBERG. 193 

à Guillaume d*Argenteau et ils chargèrent, le 10 mars 1438, 
réchevin Fastré-Bareil-Surlet de faire exécuter celte déci- 
sion. Éverard de Lamarck était un puissant seigneur contre 
lequel il n'était pas facile d'exécuter un décision judiciaire. 

L'échevin mourut le 1" août 1438, sans avoir fait exécuter 
le jugement de la Cour féodale. Cette Cour réunie, le 2 sep- 
tembre suivant , confirma sa première décision et chargea 
un autre échevin de la faire exécuter, savoir, Golardien, sire 
de Waroux, mais celui-ci s'en excusa, n'osant pas faire 
déclarer, par la Cour de justice, Éverard de Lamarck, atteint 
de son honneur et forjugé. Cette affaire ne fut terminée que 
le 5 avril 1440, après avoir duré dix-sept ans. Le prince etses 
trois États, choisis comme arbitres, décidèrent qu'Éverard 
conserverait les deux forteresses, mais qu'il payerait une 
somme de onze mille florins de Rhin à Guillaume d'Argen- 
leau (i). (V. Jean bb Stavelot, p. 395 et 443.) 

Le 23 janvier 1439, furent cités à l'Anneau du palais, 
quarante-deux personnes de Tongres, tant du Conseil que 
des métiers, pour avoir fait construire une maison sur le 
marché à Tongres, à l'endroit où l'on faisait peser tant le 
grain k moudre que le grain moulu, ce qui ne pouvait se 
faire sans le consentement du prince, en vertu de ses droits 
de seigneur et de souverain. Les prévenus furent cités de 
nouveau le 24 et le2Sdu même mois, mais ils ne comparurent 
point. La suite de l'affaire n'est pas connue. 

Le 21 octobre 1441, les Tongrois, au lieu de recourir aux 
tribunaux, voulurent encore se faire justice à eux-mêmes. 
Un chanoine de Looz, disaient-ils, avait voulu faire violence 
à la fille d'un bourgeois de Tongres. Ce chanoine demeurait 
probablement chez son frère qui était maïeur de Looz, et 
dont l'habitation était située en dehors de l'enceinte de la 
ville. Le jour précité, les Tongrois s'y rendirent pour 

(0 Cet Éverard de Lamarck mourut le U octobre i440. Son flls aîné 
Éverard Ut le relief des deux forteresses, le 48 mars 1443. 

43 



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194 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

l'abattre. Ils s'en abstinrent néanmoins, dès qu'ils eurent 
reçu la promesse que le coupable amenderait sa faute dans 
la quinzaine. (V. Jean de Stavelot, p. 429 et 480.) 

Raes de Linter, fils aîné de Charles de Linter, seigneur 
de Heers, avait, dit-on, fait couper un pied et une main, à un 
bourgeois de Saint-Trond, tondeur de draps, parce que 
celui-ci avait épousé une femme que Raes affectionnait. Les 
Saintronnaires pour venger le crime commis sur un de leurs 
bourgeois, allèrent assiéger le château de Heers, le 20 mars 
1439. Le père leur répondit que son fils était émancipé de 
sa tutelle depuis plus de cinq ans, que le crime qu'il avait 
commis, lui était inconnu et qu'il faisait partie du métier 
des fèbvres à Liège. Jean de Heinsberg intervint; il évoqua 
l'affaire devant lui et engagea les Saintronnaires à retourner 
chez eux. Ce qu'ils firent. Encore la même année, le 28 juin, 
ils se rendirent justice à eux-mêmes, sans recourir aux tribu- 
naux. Le maieur de Rummen avait fait mettre à l'amende un 
bourgeois de Saint-Trond qui avait mis sa vache, après la 
Saint-Jean, dans un pré appartenant au damoiseau de Wese- 
male, seigneur de Rummen. Les Saintronnaires se rendirent 
à Rummen et abattirent la maison du maïeur et celle d'un 
échevin. Sur la plainte du damoiseau deWesemale et de son 
maïeur à Rummen, les deux bourgmestres de Saint-Trond 
avec deux cent cinquante bourgeois furent cités à l'Anneau 
du palais, le 8 juillet 1439; comme ils ne ne comparurent 
point, les citations furent renouvelées quatre fois et l'affaire 
fut remise à quinzaine. Le 22 juillet, les Saintronnaires 
appelèrent à l'Empereur de la citation qu'ils avaient reçue de 
comparaître devant l'Anneau du palais. Ils furent néanmoins 
cités de nouveau, le 25 juillet, par noms propres et les 
hommes de fief présents se partagèrent l'instruction des 
prévenus, chacun de celle d'une dizaine. 

Les Saintronnaires ne poursuivant pas leur appel à l'Em- 
pire, invoquèrent la médiation de la cité. Les bourgmestres 
de Liège et les conseillers des bonnes villes, réunis au palais, 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 198 

le 2 août, prièrent le prince de faire examiner l'afifaire par le 
chapitre et la cité ; si ceux-ci trouvent que les Saintronnaires 
ont forfait, les coupables s'en amenderont raisonnablement; 
dans le cas contraire, ils ne seront pas inquiétés. L'affaire 
resta en suspens pendant quinze jours. Le 18 août, furent 
jugés atteints par les hommes de fief du prince tous les 
Saintronnaires qui avaient été cités à l'Anneau du palais, à 
l'exception des deux bourgmestres, de quelques échevins et 
de quelques autres, au nombre de dix, dont la cause fut 
remise à vingt jours. (V. Jean de Stavelot, p. 433 et 435.) 

Les Liégeois ne respectaient pas mieux que les Saintron- 
naires les attributions légitimes des tribunaux. Le damoi- 
seau de Meers qui était maïeur de Montenacken, avait fait 
arrêter à Goyer et emprisonner une femme qui était du 
métier des cureurs et toiliers à Liège, parce que, disait-on, 
elle avait volé « un pot de keure ». Prié par la cité de la 
remettre en liberté, le maïeur le refusa et répondit qu'elle 
était en la puissance du prince. Le 14 décembre 1439, tous les 
cureurs et toiliers sortirent, sous leur bannière, par la porte 
de Sainte-Marguerite pour aller abattre la maison du damoi- 
seau de Meers à Brustem. Le lendemain, ils furent suivis des 
dix hommes de chaque métier, conduits par le bourgmestre 
Henri de la Chaussée. Le 16, ils brûlèrent la maison du 
maïeur et, le 17, ils amenèrent prisonniers à Liège le sous- 
maïeur Libier Nadon et son oncle Baudouin délie Karkouffe 
qui avaient arrêté la femme. Le prince ne pouvait citer les 
Li^eois devant l'Anneau du palais, parce qu'ils n'étaient pas 
justiciables de ce tribunal et il eut été inutile et dangereux 
de les faire citer par les parties lésées devant la Cour des 
échevins. (V. Jean de Stavelot, p. 440.) 

Le 14 juin 1440, le prince, à la demande du chapitre et 
des églises secondaires, fit publier qu'on pourrait exporter 
les grains, parce que la disette qui avait été le motif de la 
prohibition, n'existait plus ; mais le même jour les bourg- 
mestres et le Conseil communal de Liège firent publier un 



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196 LA PRINCIPAUTÉ UE LIÈGE 

édit pour maiûlenir la prohibition de la sortie du grain. Le 
prince et les églises protestèrent, le 2 juillet suivant, contre 
cet édit qui, à leurs yeux, était attentatoire à la souveraineté 
du prince et à la liberté des églises. (V. Jean de Stavelot, 
p. 443.) 

Le 23 mai 1441, il y eut une grande émotion à Liège, 
parce que Thierry de Momale, prévôt de Bouillon, avait 
arrêté et mis aux fers Jean délie Chiverie, brasseur et bour- 
geois de Liège, qui avait exécuté un mandement de TOfficial 
à Bouillon. Quatre métiers exigeaient que Thierry de Momale 
réparât Tabus de pouvoir et le tort commis. Le 2 juin, Taf- 
faire fut terminée par une transaction. Thierry de Momale 
payerait à Jean delle Chiverie et à la cité une somme d'ar- 
gent (voyage de Saint- Jacques) et une autre (voyage de 
Rochemadour) au compagnon de Jean. (V. Jean de Stavelot, 
p. 480 et 482.) 

Au mois de septembre 1441, André de Uodeige fut tué, 
en pleine paix, à Hodeige, par Raskin, le bâtard de Raes 
de Laminne, par un des enfants de Henri Willem et par le 
tlls Wilhem de Laminne. Son cadavre fut porté à Liège sur 
un char et montré aux échevins. Les bourgmestres et le 
Conseil communal ordonnèrent de faire une enquête. Les 
trois métiers des retondeurs , entailleurs et cureurs dont la 
victime faisait partie, allèrent plus loin. Ils dévastèrent les 
propriétés des coupables et celles de leurs amis. (V. Jean 
de Stavelot, p. 463.) 

Le tribunal des XXII, composé des délégués des trois 
États, dépassa aussi parfois les limites de ses pouvoirs. Â la 
requête d'Éverard de Blehen, il condamna et fit arrêter 
Cornelis, chapelain de Sainte-Croix. Celui-ci fut arrêté, le 
28 avril 1442, et conduit d'abord à Thôtel de ville, puis dans 
la prison de TOfficial, mais TOfficial le remit immédiatement 
à la disposition de son chapitre. Comme les clercs n'étaient 
pas soumis à la juridiction de ce tribunal, le clergé pria le 
prince de convoquer les trois Ëtats pour interpréter la loi. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 197 

Le prince le fit, parce que les XXII avaient encore commis 
d'autres excès de pouvoir. Les États furent réunis, le 4 juin; 
il n'y a guère à douter quils n*aient ordonné de respecter 
Texemption du clergé; mais les XXII n'en persistèrent pas 
moins dans leur idée, de soumettre les clercs à leur juridic- 
tion, car le prince s'en plaignit dans la journée d'octobre 1445. 
(V. Jean, p. 492.) 

La cité usurpa, encore une fois, en 1442, le pouvoir 
judiciaire des tribunaux, au sujet des dîmes et de la cure 
de Theux. Rigau de Fexhe, qui avait suivi le parti de Jean 
de Bavière, avait déshérité son fils Bochier qui avait suivi le 
parti de la cité, en laissant par testament à son petit neveu, 
Jacques Chabot, la dîme de Theux avec le droit de patronage, 
fiefs du prince-évêque. Jacques Chabot les laissa à ses deux 
gendres le sire d'Odeur et le damoiseau de Sombref. La 
demoiselle Bietheline de Fexhe, fille de Bochier, réclama les 
dîmes et le droit de patronage, près des métiers de Liège, 
et elle conféra la cure de Theux à Jacquemin de Voroux, 
chanoine de Saint-Jean. Les métiers lui accordèrent sa de- 
mande, le 26 août 1442, et envoyèrent le bourgmestre Jean 
Del Bare, à Theux, avec trente-deux hommes, pour mettre 
Bietheline en la possession des dîmes. (V. Jean, p. 502.) 

Le tribunal des XXII donna, le 26 septembre 1443, une 
décision en faveur de Ghuy de Floyon, chanoine de Saint- 
Martin, contre Thierry, seigneur de Momale et de Braive. 
Celui-ci, emporté par sa vivacité, donna un soufflet au 
chanoine, en présence des XXII, en leur chapelle Saint- 
Lambert. Le chanoine en porta plainte, non à la Cour des 
échevins, mais à la cité. Grâce à la médiation des amis du 
coupableetàcelle du prince, les métiers, réunis aux Écoliers, 
se bornèrent à décider que Thierry se soumettrait au juge- 
ment prononcé par les XXII et qu'il amenderait le forfait 
commis sur le chanoine. Deux années après (7 mars 1445), 
le bâtard de Floyon avec des complices attaqua Thierry près 
de Londn et le blessa mortellement. On conjectura que le 



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198 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

bâtard était rémissaire des trois frères Ghuy, Jean et Gilles 
de Floyon, fils du chevalier de Floyon et de Haultepenne (i). 
Thierry mourut de ses blessures. 

Un crime du même genre eut lieu à Liège, en 1446. Deux 
bourgeois qui voulaient se venger d'un co- bourgeois, au 
lieu de s'adresser à la Cour de justice, envahirent sa maison, 
en violant son domicile , et Tassassinèrent. Les coupables 
furent condamnés à mort et exécutés. On renouvela, à cette 
occasion, Tancien privilège des Liégeois qui déclare le domi- 
cile du bourgeois inviolable et on commina la peine d*exil 
ou de mort contre ceux qui le violeraient. Ce privilège donna 
naissance au proverbe : pauvre homme en sa maison roi est. 
(V. Jean de Stavelot, p. 893.) 

Le 15 octobre 1440, le prince fit citer devant le tribunal 
de la paix plusieurs bourgeois de Ruremonde qui avaient 
noyé un de ses messagers et qui, récemment encore, 
avaient emprisonné un de ses procureurs. Le 27 mai 1441, 
le prince, siégeant au tribunal de la paix, demanda un juge- 
ment à ses hommes de fief qu'il y avait convoqués. Le 
jugement fut remis à un autre temps, dans Tespoir que les 
accusés donneraient pleine satisfaction. Gomme satisfaction 
ne fut point donnée, soixante-quatre accusés furent jugés 
atteints, le 15 juillet 1441, par le tribunal. La ville de Rure- 
monde, craignant d'être assiégée par le prince, fit réparer 
les remparts et fortifications et fit une commande « de 
pierres bombardes. » Les deux barques qui étaient char- 
gées de ces pierres, furent arrêtées par les Hutois. Les 
Ruremondais, de leur côté, arrêtèrent sur la Meuse, le 19 
août, « quinze obérées de vin, du sel et d'autres marchan- 
dises », appartenant à des négociants de Liège. Ces actes 
aggravèrent le conflit. A une conférence qui eut lieu à 
Maeseyck, les Ruremondais s'excusèrent en disant que 
c'étaient le comte de Meurs et le damoiseau de Heinsberg 

(i) De ce Floyon descendent les Berlaymonl du XVl* siècle. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 199 

qui avaient noyé le messager. L'affaire fut reprise en 1448. 
Le 30 janvier de cette année, le prince siégea en personne 
au tribunal de la paix, mais le jugement fut encore rerais. 
Le 6 mars suivant, le prince et ses hommes de fief, convo- 
qués par la cloche du ban, siégèrent de nouveau à Notre- 
Dame-aux-Fonts ; quantité de bourgeois et de surcéants de 
la ville de Ruremonde furent jugés atteints ; des échevins et 
gouverneurs furent forjugés et anathématisés. Un d'eux, 
Henri de Louvain, fut arrêté à Liège, sur le Pont-d'Ile, le 
3 avril 1446. Il fut enfermé en la tour de TOfficial jusqu'au 
81 juin. Ce jour il fut remis au maïeur qui le garda en sa 
prison jusqu'au 23 juillet. Il fut décapité ce jour. Son corps 
enfermé en un tonneau de poix et de graisse, fut brûlé. 
(V. Jean, p. 445 et 879.) 

Au comté de Looz, il y avait assez souvent des conflits au 
sujet des limites des communes et par conséquent des 
bruyères communales. Au lieu de porter ces conflits devant 
les tribunaux, on recourait à des voies de fait et à des actes 
de violence. Vers la fin de septembre 144i, les habitants 
de Brée et de Tongerloo se trouvaient en conflit avec ceux 
de Thorn , seigneurie de l'abbesse, avec ceux de Neeritter, 
seigneurie du chapitre de Saint-Lambert et avec un gentil- 
homme de ce district, touchant les bornes ou limites ; on 
vint aux voies de fait et un homme fut tué. Le prince de 
Liège intervint et les convoqua tous à une conférence. Il 
y fut convenu que les parties se soumettraient à la déci- 
sion de six arbitres qu'elles auraient nommés. Toutefois 
ceux du comté de Looz demandaient que le prince présidât 
à la réunion des arbitres et le chapitre désirait qu'il s'ad- 
joignit un chanoine. La réunion des arbitres ne pouvait 
avoir lieu en ce moment, le prince étant empêché. Le 
5 octobre, les habitants de Hasselt résolurent de prendre les 
armes pour revendiquer les droits du comté. Le prince s'y 
rendit immédiatement et tâcha de les calmer. Il n'y réussit 
point. Il refusa avec fermeté de mettre un capitaine à leur 



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200 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

télé et de leur accorder la permission de sonner la cloche 
du ban. Malgré ce refus, ils convoquèrent tous les surcéants 
du comté sous les armes, par la cloche du ban, sous la peine 
d'une amende de six royaux et ils en réunirent environ 
quinze mille. Cette foule armée alla dévaster par le pillage 
et la destruction les seigneuries du prince, ainsi que celles 
du chapitre de Saint-Lambert et d'autres établissements. La 
dame de Thorn dut payer cinq mille florins pour ne pas être 
molestée et le damoiseau Aert de ce district quatre mille. 
La foule armée alla ensuite piller et ravager la seigneurie 
d'Ooslham et celle de Jean, fils du seigneur d'Aix; car 
récemment, il avait gagné contre eux, à la Cour féodale de 
Curange, un procès qui avait duré une douzaine d'années. 
Les soldats de Herck-la-Ville allèrent même loger dans 
l'abbaye de Herckenrode où ils causèrent de grands dom- 
mages. Quelques jours auparavant, savoir, dans la nuit du 
17 septembre, des malveillants avaient incendié une grange 
de l'abbaye. Le 16 octobre, le prince réunit le clergé, les 
bourgmestres, les conseillers communaux, les échevins, les 
commissaires et plusieurs bourgeois. L'écolàtre de Saint- 
Lambert exposa les excès qui venaient d'avoir lieu et la 
résolution du prince de déférer les coupables aux tribunaux ; 
il pria les Liégeois de ne pas soutenir leur cause et de ne 
pas se laisser corrompre par eux, à prix d'argent. Comme 
cette dernière parole avait révolté les Liégeois, le prince 
lâcha d'excuser l'écolàtre; il exposa aussi les faits et annonça 
qu'il aurait recours aux voies de justice. Le 13 novembre 
1441, les coupables furent cités à l'Anneau du palais, non 
par la cloche du ban qui était démontée, mais par une de 
Saint-Lambert. Soutenus par les Liégeois, ils défendaient 
leur cause avec vivacité et se livi-aient même à des clameurs. 
Les juges du tribunal annulèrent la citation, mais ils déci- 
dèrent aussi que le prince pourrait les citer de nouveau. 
Le chapitre qui avait beaucoup souffert d'eux dans sa 
seigneurie de Neeritter, les cita devant l'abbé de Saint- 



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sous JEAN DK HKINSBERG. 201 

Jacques, le conservateur des privilèges du clergé, citation 
dont ils se plaignirent à la cité de Liège. Les trois États 
réunis pour cette affaire, délibérèrent sur elle, les 29 et 30 
janvier 1442. Ils ordonnèrent de faire une enquête sur les 
excès commis et sur le bon droit; entretemps le procès 
devant l'Anneau du palais resterait suspendu. Le 26 février 
1442, le prince, les bourgmestres de Liège et plusieurs 
nobles se rendirent à Thorn pour y fixer les bornes entre le 
comté de Looz et la principauté de Tabbesse. Cette affaire 
occupa encore les trois États pendant six jours, au mois de 
mars ; elle fut remise à trois semaines après Pâques. Le 7 
avril, il fut conclu à Maestricht, entre les parties, que les 
otages de Thorn qui étaient à Hasselt payeraient quinze 
cents florins de Rhin ; quant à la somme à payer par les 
coupables du comté de Looz pour violation des droits du 
prince ou à d'autres titres, elle serait fixée par le comte de 
Meurs, le damoiseau de Heinsberg, le comte de Blankenberg 
et les trois États du pays. L'affaire n'étant pas définitivement 
réglée, les habitants du comté surent intéresser à leur causé 
la moitié des métiers de la cité (29 juin) qui proposèrent de 
contraindre le chapitre à révoquer l'ordre qu'il avait donné 
de cesser les offices divins dans tout le «omté. Les autres 
métiers préférèrent attendre le retour du prince. 

A la demande du clergé et de la cité, le prince et les 
députés des États se rendirent, le 19 août, à Maeseyck pour 
enquérir des droits et des torts. Ils fixèrent les bornes entre 
le comté de Looz et les villages de l'abbesse de Thorn et 
celui du chapitre de Saint-Lambert (Neeritter).Ils trouvèrent 
que l'homme qui avait été tué dans la rixe au sujet des 
bornes, l'avait été sur le territoire du comté. De retour à 
Liège, le prince convoqua les trois États et de concert avec 
eux, il termina définitivement Taffaire, le 5 septembre 1442, 
mais on ne sait dans quels termes (V. Jean de Stavelot, 
• p. 480, 484, 490 et 501 ; Fisen, p. 206.) 

Les Tongrois eurent des contestations semblables avec le 



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202 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

seigneur de *s Heeren-Elderen. Ils étaient sur le point 
d'envahir la seigneurie et de la dévaster, quand des amis 
communs rétablirent la paix entre eux (1443). (V. Zantfliet, 
p. 449.) 

En 1447, il y avait des contestations touchant les limites 
des bruyères entre les communes de Bocholt et Caulille. Les 
contestations furent, cette fois, portées devant la justice, la 
haute Cour féodale de Curange. Cette Cour fixa les limites. 
Les habitants de Caulille en furent mécontents et ils soup- 
çonnaient que le prince avait influencé la Cour en faveur de 
Jean de Bunde, son beau-frère , seigneur de Bocholt. Ils 
appelèrent de sa décision au tribunal des XXII. Ce tribunal 
était évidemment incompétent. Pour terminer ce procès et 
économiser des frais, des amis communs conseillèrent aux 
parties de conclure la paix et ils la ménagèrent entre elles 
(1447). (V. Zantfliet, p. 488.) 

Henri Chantraine commandant de Montfort sur l'Ourthe, 
arrêta, en 1447, quelques bourgeois marchands de Liège et 
les conduisit dans sa forteresse. Il exigea ensuite une forte 
rançon pour les rendre à la liberté. Les Liégeois^ dès qulls 
l'eurent appris, s'apprêtèrent pour aller assiéger la forteresse 
et la démolir. Renard d'Àrgenteau, seigneur de Houfisilise, 
qui la tenait en fief du seigneur d*Esneux et Henri de Grons- 
felt, seigneur d'Oupeye, à qui elle était engagée, arrivèrent 
bientôt à Liège pour prévenir la destruction de la forteresse. 
Grâce à la médiation du prince et du clergé, les Liégeois 
renoncèrent à leur projet sous les conditions que la forte- 
resse leur serait toujours ouverte et que son propriétaire 
ne ferait jamais la guerre, sans le consentement du prince, 
du clergé et du peuple. Les conditions furent acceptées, le 
25 octobre 1447. (V. Fisen, p. 212; Jean de Stavelot,p. 893.) 

Les Liégeois se rendirent encore coupables d'actes arbi- 
traires en 1448. Une femme, accusée de vol, fut arrêtée à 
Brouck (Brouckom(?) seigneurie du chapitre de Saint-Lam-. 
bert et jetée là dans la prison du maïeur. Jean de Werixhas, 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 203 

gouverneur du métier des cureurs et toiliers, gagné par 
Targent , fit croire aux gens de son métier que cette femme 
était de leur métier et qu'elle était innocente. Il les engagea 
à prendre leur bannière et à se rendre à Brouck pour la 
délivrer et la conduire à Liège. Les cureurs et toiliers le 
firent et enfermèrent la femme à Fhôtel de ville. Le chapitre 
mécontent de voir sa juridiction violée, fit convoquer au 
palais le Conseil communal et les trente-deux métiers et 
leur exposa ses griefs. Jean de Werixhas fut banni du pays 
et les autres coupables furent condamnés à reconduire la 
femme à Brouck et à l'y rétablir en prison ; ce qu'ils firent. 
La femme fut condamnée à mort par la Cour de justice et 
noyée dans un étang à Brouck. (V. Zantfliet, p. 459; Jean de 
Stavelot, p. 601.) 

Ce fut probablement à l'occasion de ces actes violents que 
le clergé séculier exempt et le clergé régulier s'engagèrent 
à défendre, à frais communs, leurs privilèges et notamment 
à empêcher le bannissement d'aucun clerc. (V. Cari, du 
clergé second.) 

VIIL 
Négoeiations avec le due de Brabant. 

Le prince, depuis deux ou trois ans, avait résolu de faire 
un pèlerinage en terre sainte, mais il l'avait constamment 
différé, sur les instances des trois États qui craignaient que, 
pendant son absence, le duc de Bourgogne ne causât des 
torts au pays. Après avoir reçu des promesses à cet égard 
du duc, Jean de Heinsberg nomma son neveu Gérard de 
Blankenheim et Raes de Waroux mambours du pays et il 
partit, le 31 janvier 1444, avec plusieurs nobles. 

Pendant l'absence du prince, le duc de Bourgogne infidèle 
à ses promesses, demanda que des conférences eussent lieu 
h Louvain, à Matines ou à Namur touchant les indemnités de 
la guerre (1431) que le pays lui devait encore, prétendait-il. 



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204 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Gérard de Blankenheim, le comte de Meurs, père de sa 
femme, et le damoiseau de Homes prièrent, en vain, le duc 
d'attendre le retour du prince ; ils ne purent obtenir qu'une 
remise jusqu'au 22 mai. Les trois États qui furent réunis, le 
2 février, proposèrent de tenir les conférences entre Halen 
et Herck sur les limites du pays ou, si le duc n'y voulait pas 
consentir, à Namur. Les conférences eurent lieu en cette der- 
nière ville. Les trois États de Liège y étaient représentés par 
le comte de Blankenheim, Raes de Waroux, Jean de Seraing 
chancelier, Henri Scatert doyen, Jean de Stembier chanoine, 
Pierre de Moulin. Guillaume de Villers, Collardin, Conrard 
avoué de Liers, Jean de Streel, écuyer, etc. Il n'y fut rien 
conclu, parce que les députés de part et d'autres n'avaient 
pas de pouvoirs suffisants. Le comte de Blankenheim se 
rendit à Bruges près du duc pour le prier de différer cette 
affaire jusqu'au retour du prince. Tout ce qu'il put obtenir, 
ce fut que les députés se réuniraient à Bruxelles dans quinze 
jours et qu'ils y exposeraient, de part et d'autre, leurs 
demandes. La nouvelle réunion y eut lieu. Les députés du 
duc se plaignirent de ce que la paix de 1431 n'était pas 
entièrement exécutée ; la tour de Montorgueil n'était pas 
encore entièrement démolie; les dix -sept villages ne lui 
étaient pas encore restitués ; la chapelle qu'on devait fonder 
et doter dans l'église de Boussire , ne l'était pas encore ; les 
payements n'avaient pas été faits aux termes fixés et par 
conséquent des amendes avaient été encourues ; les députés 
se plaignirent, en outre, de l'affaire de Herstal (i). Ces plaintes 
signifiaient que le duc de Bourgogne avait besoin d'argent 
et qu'il voulait l'extorquer au pays de Liège. H finit par 

(0 Le conQit qu'il y avait eu touchant la terre de Herstal entre 
Henri de Gronsfelt, seigneur d'Oupeye et De Nassau, avait été terminé 
en faveur de ce dernier par la Cour féodale du Brabant, mais Henri 
de Gronsfeit secouru par quelques Liégeois s'était opposé de vive force 
à ce qu'il en fût mis en possession. En 1444, De Nassau en fut mis en 
possession par Antoine De Croy. 



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sous JEAN DE HEINSBEKG. 20S 

consentir à ce que Taffaire fût remise jusqu'après le retour 
du prince. Après son retour, bien des négociations et des 
conférences eurent encore lieu. Le 19 octobre 1445, le prince 
partit pour la Hollande, afin d*y parler au duc. Il fut enfin 
convenu que le pays de Liège payerait sept mille florins aux 
conseillers du duc et que celui-ci ferait remise des amendes 
encourues pour retard de traitement. Les trois autres condi- 
tions du traité de 1431 seraient exécutées, savoir, la forte- 
resse de Montorgueil serait démolie, la chapelle de Golsine 
serait bâtie en pierres et dotée et les dix-sept villages 
seraient restitués. Les trois États agréèrent la convention 
le 6 décembre suivant. (V. Jean de Stavelot, p. S25.) 

IX. 

Reprise de Roehefort et d'Agimont. 

De puissants seigneurs se considéraient parfois comme 
souverains et indépendants et ne respectaient guère ni la 
justice, ni les biens d*autrui. Jacques de Lamarck, seigneur 
de Mirwart était un de ces seigneurs. Il causa bien des torts 
aux abbayes de Saint-Hubert, de Stavelot et de Florennes, 
dans leurs biens. Il refusa même de faire le relief de la 
forteresse de Mirwart, qui était un fief du duché de Bouillon. 
A raison de ce fief, il était pair de Bouillon (i). Le prince 
s'en plaignit à la cité qui M conseilla de convoquer les trois 
États (novembre 1443). Les États réunis, le 7 décembre, 
promirent leur concours au prince pour contraindre Jacques 
de Lamarck à respecter sa souveraineté et à réparer les torts 
commis envers les trois abbayes ; il avait, en effet, enlevé 
plus de quatre mille trois cents florins à celle de Florennes, 
vingt -neuf bœufs à celte de Stavelot et causé de grands 

(i) Les quatre pairs du duché de Bouillon étaient Tabbé de Saint- 
Hubert, le seigneur de Mirwart. le seigneur de Hicpge et le seigneur 
de Lavaulx (d*Orjo, diaprés Jean de Stavelot, p. 5^2). 



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206 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

dommages à celle de Saint -Hubert. Cette affaire parait 
n'avoir eu aucune suite en ce moment. Jacques mourut peu 
de temps après et laissa ses biens à son frère Éverard 
de Lamarck et une somme de quinze cents florins à Wilhelme 
de Roley et à damoiselle de Sainte-Marie. (V. Jean de Stavelot, 
p. 821 et 823.) 

Éverard de Lamarck, seigneur de Rochefort, et Jean 
de Beauraing prirent à leur service un bon nombre de 
soldats licenciés appelés écorcheurs. Ils s'emparèrent de 
Mohiermet et de plusieurs autres petites villes du comté de 
Réthel. Ils menacèrent même les provinces voisines. Le duc 
de Bourgogne leva des troupes pour préserver ses provinces 
et le prince de Liège, avec ses hommes de fiefs, partitde Huy 
pour aller garder les frontières de son pays , au mois de 
juin 1445. Éverard envoya même un défi au puissant duc de 
Bourgogne, parce que celui-ci protégeait Wilhelme de Roley 
dans ses prétentions sur Mirwart et Longpré. Le chevalier 
Antoine de Croy, par ordre du duc, répondit au défi du comte 
de Lamarck ; il passa la Meuse entre Hastier et Waulsort 
avec quatre mille hommes d'armes et s'empara de la forte- 
resse de Longpré qu'il démolit. Éverard demanda au châtelain 
de Franchimont la permission de passer par son district 
pour aller ravager la terre de Jean de Ceille, seigneur de 
Hierge et celle de Montjardin qui appartenait à Guillaume 
de Roley, mais il essuya un refus dont il fut très mécon- 
tent. Sa garnison d'Agimont pilla trois villages du comté 
de Namur et emporta tout le butin dans la forteresse. 
Celle de Rochefort envahit la ville de Bastogne, fit quatre- 
vingts habitants prisonniers et emmena tout le bétail. Le 
duc de Bourgogne ne put laisser ces faits impunis. Corneille 
le bâtard de Bourgogne et la garnison de Marche allèrent 
ravager la terre de Rochefort et surtout Marcour. Comme 
les forteresses de Rochefort et d'Agimont étaient des fiefs 
de Liège, le prince craignit que le duc de Bourgogne ne 
s'en emparât et ne les incorporât à ses États. Il chercha 



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SOtJS JEAN DE HEINSBERG. 207 

donc à amener Éverard de Lamarck à satisfaire le duc, mais 
il n'y réussit point. Dès lors, il résolut avec les trois États 
de lever une armée et de s'emparer lui-même de ces forte- 
resses pour les conserver au pays. Le 24 juin, il partit pour 
Namur dans le but d'en informer le duc de Bourgogne. Il 
revint ensuite à Liège pour presser la levée de l'armée ; il 
était accompagné de Jean de Lamarck d'Aremberge et de 
Louis de Lamarck, frères d'Éverard, qui donnaient .tous les 
deux torts à celui-ci, du damoiseau de Sombref, du fils 
De Mérode tuteur du seigneur de Pietersem, de Gorswa- 
rem, etc. La cité fournit vingt hommes de chaque métier 
avec leurs valets que commandaient Gollardin échevin de 
Liège, Gilles de Mes et Jean délie Baire. Le 13 juillet 1445, 
le prince mit le siège devant la forteresse d'Àgimont et en 
chargea un millier de cavaliers avec les piétons de Dinant, 
de Thuin, de Gouvin et du reste de l'Entre- Sambre- Meuse. 
Le 15 juillet, il commença le siège de Rochefort avec 
quatre cents cavaliers et les piétons de Liège, de Huy, de 
Tongres, de Saint-Trond, de Franchimont et du comté de 
Looz. Le duc de Bourgogne lui envoya, le 24 juillet, au 
siège de Rochefort quatre grandes bombarbes et deux grands 
engins pour lancer des pierfes. Le prince aurait pu facile- 
ment endommager gravement la forteresse et la prendre 
d'assaut. Il préféra la ménager et traiter avec Nadonet, capi- 
taine des écorcheurs, qui l'occupait. Le capitaine s'engagea 
à la rendre, si, avant le 5 août, on lui payait six mille 
florins et si on lui permettait de se retirer avec armes et 
bagages. Les conditions furent acceptées. Le clergé de 
Liège avança la somme de six mille florins. Le prince la 
paya à Nadonet, le 6 août et lui donna un sauf- conduit. II 
confia ensuite la forteresse au commandement de Guillaume 
d'Ordange et d'Alexandre de Seraing. Le 8 août, il alla re- 
joindre avec ses soldats, ses bombardes et ses engins ceux 
qui assiégeaient Âgimont. La garnison de cette forteresse, 
commandée par Pierre flenard, se défendait vaillamment, 



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â08 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Avec ses couleuvrines et ses autres instruments de guerre, 
elle tua plusieurs Dinantais. Les assiégeants bombardèrent 
la forteresse ; et par leurs engins, ils « tappèrent pierres et 
grands cailloux, en détruisant grandement la forteresse. » 
Les mineurs de Liège voulaient la miner, surtout la nouvelle 
tour ronde qui était devant la tour Magis , quand un envoyé 
du Roi de France arriva pour proposer la paix. La proposi- 
tion fut acceptée et la paix fut conclue. Éverard de Lamarck 
devait demander pardon à genoux, au prince. Ce qull fit 
immédiatement en présence de l'armée (25 août). Pierre 
Renard recevrait sept cents tlorins et pourrait se retirer 
avec armes et bagages. L'argent lui fut donné avec un sauf- 
conduit, le 30 août. Le commandement de la forteresse fut 
ensuite confié au chevalier de Corswarem. De retour à Liège, 
le prince remercia chaudement tous ceux qui avaient prêté 
leur concours à cette expédition. Les trois États et le clergé 
réunis, le 2 octobre, prirent sur eux de payer les frais de la 
guerre. Le clergé imposa, à cet effet, une contribution d'un 
vieux aidant, valant vingt-deux sous, sur chaque muid de 
revenus des biens ecclésiastiques Dans la réunion des États 
et du clergé qui eut lieu, le 6 décembre, le prince les pria 
de rembourser aux Dinantais 16s sept mille florins qu'il leur 
avait empruntés pour la reprise des deux forteresses, em- 
prunt pour lequel il avait dû placer en gage à Dinant vingt- 
quatre chevaux et les y entretenir. La réponse des États 
n'est pas connue ; mais plus tard les Dinantais firent remise 
de cette somme au prince , quand ils furent cités par lui à 
l'Anneau du palais pour avoir arrêté un de leurs bourgeois 
dans la seigneurie de Hierge. Quant à Éverard de Lamarck, 
il invoqua la protection du Roi de France et du dauphin qui 
prièrent le prince et les États de lui rendre les deux forte- 
resses en fief. Leur prière ne fut point agréée (27 mars 1446). 
Éverard mourut le 26 juin 1452. Le prince, avec le con- 
sentement des États, donna alors les deux forteresses en 
gef à Louis de Lamarck frère du défunt et seigneur de 



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sous JEAN r)E HRINSBERG. 209 

Neufchâteau, sous les conditions qu'il aiderait le prince et 
le pays en temps de guerre, que le prince pourrait loger 
dans ces châteaux en temps de chasse, etc. (28 mai 1453). 
Deux jours après, Louis en fit le relief per conjunctionem 
manuum et osculi traditionem et il prêta le serment de vassal, 
erectis duobus digitis. 

Le capitaine Karburch, gendre de Henri Grégoire, châte- 
lain de Franchimont, en ramenant ses soldats du siège 
d'Agimont (1445), exerça un acte de vengeance sur les 
habitants de Laroche, qui avaient un jour arrêté et ran- 
çonné son père à deux cents florins et avaient constamment 
refusé de réparer leurs torts. Il prit avec lui vingt-quatre 
cavaliers et cinquante-six piétons de son marquisat et alla 
ravager les biens des habitants de Laroche. Il leur enleva 
un grand nombre de bêtes à cornes, de juments et de 
poulains. En passant par la terre de Houfalize avec son 
butin, il fut attaqué par Renaud de Houfalize qui avait 
armé plus de trois cents habitants. Les Franchimontois se 
défendirent vaillamment ; ils tuèrent seize adversaires, en 
blessèrent plus de quarante- deux et firent plusieurs pri- 
sonniers; les autres prirent la fuite. Karburch accorda la 
paix à Renard et mit les prisonniers en liberté sous la 
condition de recevoir de lui deux chevaux de deux cents 
florins. La paix avec les habitants de Laroche, ne fut point 
faite. De retour à Theux, les Franchimontois se partagèrent 
leur butin. (V. Jean de Stavelot, p. 569.) 

On voit par ces faits que les villes et les nobles, au lieu 
de recourir aux tribunaux, recouraient aux armes, pour 
se faire justice. 

Englebert d'Enghien qui possédait des seigneuries au 
pays de Liège, pensait y posséder le droit de feu et de 
chasse. Il incendia â Morialmé la maison d*un homicide. Le 
&it fut déféré à TAnneau du palais. Ce tribunal décida que 
le droit de feu était une prérogative exclusive de la souve- 
raineté que le prince seul pouvait exercer; elle priva, en 

44 



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310 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

conséquence, Englebert de ses fiefs liégeois pour avoir 
usurpé les droits de son suzerain. Ces fiefs étaient Morialmé, 
Sautour et Han (1449). Deux années après, la paix fut réta- 
blie entre Englebert et le prince de Liège qui lui rendit ses 
fiefs. (V. Zantfliet, p. 468.) 

X. 

Des Hongrrois, à Liège. 

Au mois de juillet 1447, eut lieu Texposition septennale des 
reliques à Aix-la-Chapelle. On y vit arriver des pèlerins de 
la Hongrie. Après y avoir satisfait leur dévotion, ils se ren- 
dirent à Liège où ils furent parfaitement accueillis par le 
prince-évéque, le clergé et les bourgeois. Ils parlèrent par- 
faitement le wallon de Liège qui était leur langue maternelle, 
car leurs ancêtres, disaient-ils, étaient originaires de Liège. 
On compulsa les chroniques du pays et on y trouva qu'en 
1029 des Hongrois pressés par la famine étaient venus à 
Liège et qu'ils y avaient été accueillis par Tèvéque Reginard 
et établis à Hongrée, près de Saint-Barthélémy, sur la rive 
gauche de la Meuse. On y trouva en outre qu'en 1042 des 
Liégeois, habitants de Hongrée, chassés par la famine 
avaient été s'établir en Hongrie et qu'ils y avaient conservé 
leur langue maternelle. L'évêque, le chapitre, la Cour des 
échevins et la cité en donnèrent une attestation authentique, 
le 8 juillet 1447, que les Hongrois emportèrent avec eux. 
Le territoire qu'ils occupaient, en Hongrie , au diocèse 
d'Agram, s'appelait lo:a gallica. (V. Jean de Stavelot, p. 898.) 

Coi^uratlons contre le prince. 

Le cardinal d'Angleterre, frère du Roi de ce pays et parent 
de notre prince-évéque, mourut en 1447. Jean de Heins- 
berg qui désirait se rendre en Angleterre, peut-être pour y 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 211 

recueillir un legs, en informa le chapitre, le 22 novembre 
de cette année. Arrivé à Bruges, il apprit que Charles de la 
Tombe, époux de la sœur naturelle du duc de Brabant, lui 
tendait des embûches. Il partit immédiatement de Bruges 
pour revenir et arriva en toute hâte à Diest où il se trouva 
en sécurité, étant le seigneur de cette ville au nom de sa 
nièce. Peu de jours après, il se rendit à Gurange. Les délé- 
gués du chapitre et les bourgmestres de Liège s'y rendirent 
aussitôt pour le prier de rester dans la principauté et de ne 
plus s*exposer à quelque danger, vu que sa mort serait un 
malheur pour TÉtat. Depuis ce moment, on récita chaque 
jour à la cathédrale la collecte pro episcopo, (V. Zantfliet, 
p. 458; Adrien, p. 1217.) 

Les trois États, c^omme nous Tavons dit, avaient établi 
une taille ou contribution à collecter sur tout le pays pour 
payer les frais de la reprise des forts d'Agimont et de Roche- 
fort. Les habitants de Diepenbeeck étant en retard de paye- 
ment, le prince s'y rendit avec quelques chevaliers pour 
protéger les collecteurs de l'impôt. Les paysans voyant que 
les collecteurs « pannaient et emmenaient leur bétail », cou- 
rurent aux armes, sonnèrent la cloche du ban et chassèrent 
le prince avec ses gens à coups de lances, d'épées et d'arba- 
lètes, en criant : tuons ce prêtre qui nous appauvrit en nous 
dérobant tout; il a trop longtemps régné et vécu ; qu'il soit 
occis. Les habitants de Hasselt que ceux de Diepenbeeck 
avaient appelés à leurs secours , reprirent le bétail aux col- 
lecteurs et blessèrent plusieurs hommes de la suite du prince 
qui se réfugia à Gurange. Ces faits eurent lieu en 1446 
d'après Jean de Stavelot, en 1448 d'après Zantfliet, en 1443 
d'après Adrien. Le prince cita les coupable devant le tribunal 
de l'Anneau du palais qui comdamna treize habitants de 
Hasselt au bannissement, le 2 septembre 1448. Le lende- 
main, les condamnés rachetèrent la peine en payant une 
amende de douze cents florins. Toutefois leur chef, Louis de 
Tylle, resta banni. Pour se venger du prince, il forma une 



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312 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

conspiration contre lui et lui envoya même des lettres de 
défi. Quelques tentatives d'assassinat contre le prince eurent 
lieu, mais échouèrent. Plusieurs des conjurés furent arrêtés, 
condamnés et exécutés, entre autres Heribert, frère de Louis. 
Un Maestrichtois, nommé Roger de Spauwen, inscrit au 
métier des orfèvres à Liège, était au nombre des conjurés. 
Il fut arrêté à Liège et jeté dans la prison du maïeur. Les 
orfèvres l'en délivrèrent et le conduisirent à la prison de 
Thôtel de ville qui était destinée aux bourgeois. Le prince 
mécontent de voir son autorité et celle de son maieur 
méconnue, convoqua les métiers au palais ; il leur demanda 
que ceux qui avaient conduit Roger hors la prison du maïeur, 
allassent eux-mêmes s'y constituer prisonniers, jusqu'à ce 
que Roger y fut remis. Pendant les délibérations, Walther 
de Houtem et Claeren le marnier délivrèrent Roger de la 
prison et facilitèrent son évasion. Aussitôt les métiers 
décrétèrent que trente-deux prolecteurs de Roger se cons- 
titueraient prisonniers à l'iiôtel de ville, jusqu'à ce que 
l'affaire fut terminée. Cette décision fut exécutée, le mardi 
après Pâques 1449. Les coupables restèrent cent quatre 
jours en prison. A la suite d'une sentence arbitrale, ils 
payèrent, Walther huit cents florins, Claeren deux cents, 
Rigald deux cents et les autres ensemble mille. La somme 
fut destinée à reconstruire une des portes du palais. La même 
année (1449), le prince, en se rendant à Maestricht, faillit être 
tué à Vivegnis. Un homme armé d'une arbalète alla tirer sur 
lui, quand il fut arrêté par la suite du prince. Jeté en prison 
dans la tour de l'Ofiicial, il révéla qu'il était un frère Mineur 
apostat du couvent de Diest et qu'il avait suivi l'armée en 
France. Un Maestrichtois, nommé Philippe, ajoutait-il, 
l'avait engagé à tuer le prince et lui avait fourni des armes 
et de l'argent, à cet effet. Il fut mis à la torture de l'échelle 
devant la Cour de l'Official, les 11 et 12 septembre. Le Maes- 
trichtois, Philippe, conduit à Liège et mis en présence du 
coupable, nia tout et en appela à la Cour de justice. Les 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 213 

bourgmestres de Maeslricht qui Tavaient accompagné, ren- 
dlreni un bon témoignage de sa vie, à la suite duquel il put 
retourner à sa ville. Le Mineur apostat fut dégradé, au grand 
chapitre (il était sous-diacre) et livré au bras séculier qui lui 
infligea le supplice de la roue à Saint- Gilles. Adrien d*Ou- 
denbosch ajoute que plusieurs complices de ce Franciscain 
furent exécutés, les uns à Curange, d'autres à Hasselt, 
d'autres à Sainte- Walburge à Liège (p. 1218). (V. Zantfliet, 
p. 460; Jean Stavelot, p. 506 et 603.) 

Jean de Heinsberg qui respectait les paix de la principauté, 
aimait de réunir les trois Etats pour régler les affaires avec 
leur consentement. Dans la journée du 15 juin 1450, il leur 
demanda des subsides pour reconstruire la forteresse de 
Stockem ; il leur fit aussi des propositions touchant le tri- 
bunal des XXII et touchant les devoirs des débiteurs envers 
eurs créanciers. Les décisions prises dans cette journée, 
ne sont pas connues. Elles ne doivent pas avoir été satisfai- 
santes, car les États furent de nouveau réunis le 10 décembre 
1452, « pour faire finale conclusion touchant la forteresse de 
Stockem, le cours des monnaies, le différend surgi entre 
le damoiseau de Sombreffe et les bons métiers et pour la 
modération du duché de Bouillon. » (V. Cart. de Dinant, 
t. II, p. 1 et 13.) 

Il est probable que les États accordèrent des subsides et 
que la forteresse de Stockem fut reconstruite. Le prince 
faisait à la même époque restaurer ses forts de Stein et de 
Hillen. Les Dinantais travaillaient depuis plus de dix ans 
aux fortifications de leur ville. (V. Adrien, an ad., 1452 ; 
Cart. de Dinant, p. 14.) 

XII. 

Règlement de la ville de Brée. 

Le prince aimait d'accorder aux villes de sages libertés et 
privilèges, quoiqu'il eût vu plusieurs villes en abuser, même 



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214 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

contre leur souverain. Le 1" février 1447, il accorda à la ville 
de Brée que, chaque année, à la Saint-Gilles, les quatre quar- 
tiers éliraient deux bourgmestres et quatre conseillers com- 
munaux qui régiraient la ville. Il défendit de porter des 
armes dangereuses, de donner des coups de couteaux, de 
donner des soufflets, de blesser, de provoquer, de jeter des 
pierres, d'injurier, de médire, de calomnier, de refuser aide 
ou secours au maïeur, de refuser de faire la paix, de refuser 
le service militaire, etc., sous différentes amendes; la moitié 
de ces amendes était pour le prince , le quart pour les 
bourgmestres et conseillers et le dernier quart devait servir 
aux fortifications de la ville, sauf le dixième denier du tout 
pour le maleur ; le marché du dimanche est transféré au 
jeudi ; tout le monde pourra se rendre librement à ce marché 
ainsi qu*aux foires annuelles, sauf les droits de douane et de 
station. Il n*est pas question de métiers dans ce règlement. 
Il parait aussi que ces contraventions et délits pouvaient être 
jugés par le Conseil communal ; toutefois ils pouvaient être 
portés par une des deux parties devant la Cour des échevins. 
(V. BoRMANS ; Recueil, p. 570.) 

XIII. 
Derniers conflits. 

Le prince ne cessa de se trouver en conflit, tantôt avec 
ses villes, tantôt avec ses vassaux, tantôt avec ses voisins. 
En 1453, Odulphe, son maïeur à Maestricht, détenait au 
delà du terme deux captifs dans la prison située au-dessus 
de la porte de la ville. Il les laissa s'évader, quoique le 
Conseil communal qu'il avait consulté lui eût répondu qu'il 
devait faire son devoir k leur égard. Il fut banni de ce chef 
de la ville pour dix ans par l'autorité communale. Comme 
c'était là un excès de pouvoir, le prince prit la cause de son 
maïeur en main et somma le Conseil communal de rappeler 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 218 

le banni. Le Conseil refusa de le faire et invoqua Tappui du 
Conseil de Brabant, qui l'encouragea dans sa résistance. 
Jean de Heinsberg ne souffrant pas que son autorité fût 
méconnue, cita les bourgmestres et les conseillers commu- 
naux au tribunal de la paix. Les Maestrichtois prétendaient 
ne pas être soumis à ce tribunal. Le prince était sur le 
point de les faire condamner par ce tribunal et de les excom- 
munier, quand les chanoines et les bourgmestres de Liège 
s'offrirent eemme médiateurs. Ils se rendirent à Maestricht 
et convinrent avec les bourgeois que des conférences 
pour rétablir la paix auraient lieu dans leur ville même. 
Elles s'y ouvrirent, le 1" mai 1454, entre le prince avec ses 
conseillers et les conseillers du Brabant. Aucune décision 
n'y fut prise. On convint que, de part et d'autre, on mettrait 
par écrit tous les griefs réciproques des deux pays pour 
conclure un arrangement général. De nouvelles conférences 
eurent lieu dans un endroit situé entre Dinant et Bouvigne ; 
mais sous différents prétextes allégués par le chancelier du 
Brabant, rien n'y fut arrangé ; ce fut à ces conférences qu'un 
bâtard du comte de Saint- Pôl, seigneur d'Haberding, réclama 
une somme d'argent du pays de Liège. Ce seigneur n'attendit 
pas la réunion de nouvelles conférences. Pour se faire payer 
la somme réclamée, il arrêta trois bourgeois de Liège, parmi 
lesquels se trouvait Guillaume d'Argenteau, gendre du 
seigneur de Heers. Le prince mécontent demanda aux auto- 
rités du Brabant, si c'était avec leur consentement que cette 
arrestation avait eu lieu. Le fils du duc lui répondit que non 
et qu'il voulait vivre en paix avec le pays de Liège. La ville 
de Bruxelles fil élargir les prisonniers et ordonna de leur 
restituer tout. Le seigneur d'Haberding, voulant se venger, 
se rendit en France et y recruta quatre mille mercenaires 
pour venir dévaster et piller la principauté de Liège. Jean 
de Croy, bailli de Hainaut, et Antoine de Croy, bailli de 
Namur lui barèrent le passage, de concert avec les habitants 
de Thuin et des rives de la Sambre. Dans la Hesbaye et le 



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216 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

comté de Looz, le prince et les Étals avaient fail creuser des 
doubles fossés séparés par des digues, de la largeur de qua- 
rante-huit pieds, entre autres, de Breares (Braives) au Geer, 
pour empêcher l'invasion du côté du Brabant par la chaussée 
romaine. La construction de ces fossés avait nécessité des 
expropriations qu'il fallait payer. Les États réunis par le 
prince (1455) ordonnèrent de collecter une somme d'argent 
dans ce but et ils accordèrent, en outre, seize mille florins 
au prince pour faire un voyage en France. Le projet de col- 
lecter les sommes votées souleva des murmures universels. 
Il fallut y renoncer. Les indemnités, réclamées par l'abbesse 
du Val-Notre-Dame pour les fossés de la Hesbaye et par le 
comte de Mœurs pour les travaux faits à Stockem (i), ne 
furent point payées. Le prince ne fit point de voyage en 
France et ne conclut aucune alliance avec le Roi de ce pays, 
alliance qu'il avait projetée évidemment contre le duc de 
Brabant. Ce duc, de retour d'Allemagne, tut solennellement 
reçu à Louvain, aux fêtes de la Pentecôte de 1465. Le prince 
de Liège s'y rendit avec ses conseillers. De nouvelles confé- 
rences s'y ouvrirent sur tous les conflits qui existaient entre 
les deux pays. Les Maestrichtois acquittés retournèrent 
triomphants dans leur ville et y érigèrent un monument en 
souvenir de leur triomphe, savoir : des sièges déjuges avec 
quatre lions en cuivre placés près du Pérou. Le prince dut 
en être bien mortifié. 

XIV. 

Ciouronnement du Roi Frédéric à Aix» en 1442. 

Le couronnement des Rois au moyen-âge se faisait d'une 
manière très solennelle. Les princes, les grands, les nobles 
y assistaient avec une suite nombreuse de chevaliers et 

(i) On avait éloigné le lit de la Meuse des murs de la forteresse et 
fait des emprises sur des terres du comte de Mœurs en 1447. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 217 

d'écuyers et y étalaient un grand luxe. I/historien Jean de 
Siavelot (p. 493) donne des détails si précis sur le couronne- 
ment de Frédéric III à Aix qu'on peut conjecturer qu'il y a 
assisté. Nous reproduisons ici son récit. 

Quelques jours avant le couronnement , on vit arriver à 
Aix les gens de service avec des chariots chargés de bagages, 
pour préparer les logements de leurs maîtres et seigneurs. 
Le 15 juin 1442 devait arriver le Roi. Vingt pages montés 
sur de beaux coursiers ouvraient la marche du cortège ; 
ils étaient noblement vêtus ; ils portaient « beaux cha- 
peaux, bachines et câpellines, et entour parcelles de fin or 
ornées de pierres précieuses et liées à Tentour, des plumes 
d'autruche, chargées de foulhes d'or et de grosses perles, 
et foilhettes petites d'argent. » Les pages étaient suivis 
de quarante chevaliers du Roi ; les brides, les mors et les 
harnais de leurs chevaux étaient dorés ; leurs pages chevau- 
chaient « paire à paire » ; ces pages étaient « très honora- 
rablemenl vêtus , à cottes d'or, couverts de nobles joyaux 
de pierres précieuses et de grosses perles. » Venait ensuite 
le noble duc de Saxe qui était de droit le « soreur de l'em- 
pereur» ; il entra à Aix avec une nombreuse suite de nobles 
princes, chevaliers et écuyers, tous richement vêtus; il 
y avait là une grande multitude de « hirais, ménestrels, 
trompettes et autres instruments. » Louis de Heidelberg, 
premier duc et comte de Bavière était un beau jeune homme 
de seize à dix-sept ans ; on voyait dans sa suite le duc Otton 
de Bavière, le duc Etienne, quatorze comtes et princes et 
une foule de chevaliers et d'écuyers et d'autres gens d'État. 
Le duc de Bavière avec son cortège était suivi de treize 
étendards et bannières des électeurs et princes fonciers, 
avec une grande multitude de gens d'armes. Venait ensuite 
Jean de Heinsberg, prince de Liège, accompagné de deux 
cent cinquante chevaliers, écuyers et gentilshommes portant 
tous le même costume. Le duc de Berg et de Juliers le sui- 
vait, ayant également une nombreuse suite de huit à neuf 



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218 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

cents chevaliers, écuyers et gentilshommes, portant tous un 
riche costume blanc. On voyait ensuite, dit Jean de Stavelot, 
une foule d'étendards et de bannières dont je ne saurais 
dire le nombre, ni à qui ils appartenaient. Ils étaient suivis 
du clergé de Notre-Dame et de celui de Saint-Adalbert, des 
Prêcheurs, des Carmes, des Mineurs et des autres religieux, 
avec la croix et le bénitier, chantant des psaumes et des 
antiennes. Le prévôt, le vice- prévôt, le doyen et le plus 
ancien chanoine portaient sous un dais de drap d'or le chef 
de Saint-Charlemagne ; « huit gros cors de métail cornant 
de menestreilz , trompettes et plusieurs autres instruments 
sans nombre. » Puis venaient « de tous royaumes et de 
toutes nations hirails, menestreis, trompaus et tous autres 
instruments, cornant et criant rex regum et dominus domi- 
norum ecce vmit, » Le marquis de Meissen, qui était un des 
Électeurs, portait « Tépée traite qu'un saint ange apporta à 
l'Empereur Saint-Gharlemagne » ; à sa droite marchait l'ar- 
chevêque de Trêves Électeur et chancelier de l'Empire portant 
(c une mâche, un bâton d'or » ; il était très simplement vêtu 
de drap noir ; il était nu tête et avait une grande tonsure. 
L'illustre et sérénissime Roi des chrétiens était armé et 
montait un noir destrier ; son costume était simple ; il avait 
à sa droite l'archevêque de Cologne qui était vêtu a d'un long 
vêtement de drap de wauliveaux élevés et était tête nue avec 
une grande tonsure; le Roi avait à sa gauche l'archevêque de 
Mayence, vêtu comme les deux autres. Le Roi avec les trois 
archevêques était suivi d'une foule innombrable de princes, 
comtes, chevaliers, écuyers, gentilshommes et gens d'armes. 
Le lendemain arriva, à Aix, le second fils du marquis de 
Brandebourg avec une suite très nombreuse. Le Roi, accom- 
pagné de toute sa Cour, alla à sa rencontre jusqu'au marché, 
et le conduisit à son hôtel sur le doître Le cardinal d'Arles 
qui était le légat de l'antipape Félix et du conciliabule de 
Râle, se vit refusée l'entrée de la ville par l'évêque de Liège 
qui ne voulait pas souffrir un schismatiquedans son diocèse; 



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sous JEAN DE UEINSBERG. 219 

ce* cardinal avait aussi une belle suite de chevaliers et 
d*écuyers. Le dimanche à cinq heures du malin, le Roi se 
rendit à l'église de Notre-Dame, tenant Tévêque de Liège par 
la main depuis Thôtel jusqu'à la porte de l'église. Les Élec- 
teurs portant de grands manteaux « à chapirons rouges 
fourrés de fin latris ou hermine, » allèrent occuper leurs 
places. Les grands seigneurs d'Allemagne qui étaient tous 
richement vêtus d'habits ornés d'émaux, de pierres pré- 
cieuses, d'or, d'argent et de joyaux , se rendirent à la place 
qui leur était assignée. Il en fut de même des archevêques, 
évêques, prélats et abbés, revêtus des ornements pontificaux 
et portant crosse et mitre. Le Roi se confessa à Gelen qui 
était chanoine de Notre-Dame et doyen de Saint-Denis, à 
Liège. Il reçut ensuite le Saint-Sacrement, comme vrai 
chrétien ; mais il ne prit point l'ablution, parce que, comme 
je l'ai ouï dire, il ne buvait point de vin. L'archevêque de 
Cologne, après avoir célébré la Messe pontificale, fit un beau 
sermon ; puis il procéda à la cérémonie du couronnement. Il 
oignit du saint Chrême la tête, la poitrine et les épaules du 
Roi et il le revêtit ensuite des ornements royaux. L'abbé de 
Corneli-Munster passa la couronne de Charlemagne à l'abbé 
de Stavelot qui la donna à l'archevêque de Cologne. Celui-ci, 
entouré des Électeurs, des évêques et des abbés s'avança 
vers le Roi et la lui posa sur la tête. Frédéric arma, pendant 
la cérémonie, dix-neuf chevaliers, en faisant « donner le 
collée de l'épée que le saint ange apporta à Charlemagne » ; 
parmi ces chevaliers, il y avait Alexandre de Seraing et 
Gilbert, son frère. Après le sacre royal, le Roi fut conduit à 
la galerie supérieure près des cloches, où il prit place dans 
la chaise de Charlemagne, pendant que le clergé chantait le 
Te Deum, A la sortie de l'église, il était précédé du duc 
de Meissen qui portait l'épée de Charlemagne ; ce duc avait à 
sa droite le duc de Heidelberg portant le sceptre de l'Empire 
et à sa gauche le marquis de Brandebourg portant le glaive 
de la justice. Le Roi les suivait ayant à sa droite l'archevêque 



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220 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

de Mayence et à sa gauche Tarchevêque de Trêves. Ils se 
rendirent ainsi à pied à Thôlel de ville où il leur fut servi un 
splendide banquet. Le Roi et les grands avaient chacun une 
table spéciale, placée dans Tordre des dignités, savoir : le 
Roi, l'archevêque de Cologne, le duc de Saxe, Tarchevêque 
de Mayence, le marquis de Brandebourg, et le duc de Heidei- 
berg. Les autres grands étaient deux ou trois à la même 
table; le prince de Liège avait à sa droite le duc de Berg et 
à sa gauche le duc de Clèves. Les tapis et les nappes étaient 
d'un travail remarquable. La vaisselle d'or et d'argent était 
d'une grande richesse. Après le banquet, quand le Roi était 
retourné à son hôtel, les héraults d'armes des grands 
seigneurs se disputèrent le tapis sur lequel il avait été assis ; 
ils le coupèrent enfin en morceaux qu'ils se partagèrent. 
Pour le peuple, on avait cuit un bœuf tout entier dans 
l'intérieur duquel, dit-on, on avait placé un pourceau, une 
poule et un œuf. Il était suspendu par de gros clous de fer. 
Chacun en coupait d'après son appétit. Un aigle, placé non 
loin de là, laissait découler de son bec du vin de Rhin pour 
le public. Le lundi, après avoir entendu la Messe dans l'église 
de Notre-Dame, le Roi se rendit à l'hôtel de ville pour y 
recevoir les hommages de ses grands feudataires. Revêtu 
du costume royal et portant la couronne sur la tête, il prit 
place sur un siège royal, à l'entrée, entouré des Électeurs. 
Louis de Heidelberg portant trois étendards, symboles de 
ses trois grands flefs 'et accompagné d'une foule de nobles 
et de chevaliers avec leurs pennonceaux, déboucha sur le 
marché et s'avança jusqu'à l'hôtel de ville; là, après avoir 
accompli plusieurs cérémonies, il jeta à terre ses étendards 
qui furent ramassés par les héraults et mis en pièces et les 
chevaliers jetèrent à terre leurs pennonceaux qui furent 
ramassés par le peuple ; le duc descendit ensuite de cheval, 
monta les degrés de l'hôtel et alla se mettre à genoux devant 
le Roi pour lui faire hommage, en qualité de vassal ; les 
princes le relevèrent ensuite et le conduisirent à sa place. 



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sous JEAN DE HEINSBCRG. iii 

Les autres grands firent ensuite hommage au Roi de la même 
manière, savoir : le duc de Saxe, marquis de Meissen avec 
treize étendards, le marquis de Brandebourg avec quatre 
étendards, le duc de Berg et Juliers avec quatre étendards. 
Le mercredi, le clergé de Notre-Dame exposa les saintes 
Reliques qui furent visitées par toute la Cour. Le Roi Frédéric 
partit, le jeudi, pour Cologne, désirant y assister « aux 
behours et aux joutes. » Le prince de Liège Ty accompagna 
avec les autres princes et y fit le relief de la principauté de 
Liège, à l'exemple des autres. 

XV. 
Les tirs des arbalétriers et les joutes des chevaliers. 

Au moyen-âge les communications entre les communes 
n'étaient pas aussi faciles que de nos jours et les voyages se 
faisaient plus lentement. La vie était plus concentrée dans 
le foyer domestique et la commune. Il s'y forma de nom- 
breuses sociétés d'archers, d'arbalétriers, d'arquebusiers. 
Leurs exercices étaient un amusement pendant les temps de 
paix et ils se rendaient, en même temps, habiles à manier 
ces armes pour les temps de la guerre. Bien souvent, les 
villes instituaient des concours pour ces jeux. La ville de 
Gand ayant fixé un concours pour le 11 juillet 1440, une 
cinquantaine d'arbalétriers de Liège s'y rendirent. Ceux de 
Berg-op-Zoomy remportèrent les grands joyaux ou premiers 
prix. Ceux de Liège furent de retour, le 17 juillet, rapportant 
« deux pots d'argent, une hanappe et une verge d'or. » 

Jean de Heinsberg assista plus d'une fois aux tournois, 
aux joutes, aux tirs des arbalétriers et autres jeux de ce 
genre qu'affectionnaient la noblesse et la bourgeoisie. Le 21 
juillet 1440, il assista aux jeux du tir à Aix avec le duc de 
Bourgogne, l'archevêque de Cologne, le duc de Clèves et 
plusieurs autres grands seigneurs. Il y traita avec le duc 



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â22 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Taf^ire des quarante chevaliers anglais qui, en traversant 
les États du duc avec son sauf-conduit, avaient été dévalisés 
près de Galoppe par le seigneur de Bolland et ses complices. 
Le 6 août, le duc de Bourgogne revenant d3 Cologne, s'arrêta 
à Gurange où le prince de Iiiége lui fit grande fête et lui fit 
cadeau de quatorze coursiers. 

La cité de Liège fixa aussi un concours d'arbalétriers au 
19 juin 1441. Il en vint de toutes les bonnes villes de la 
principauté. Ceux de Tongres étaient au nombre de cent 
vingt portant tous la même livrée. Le 19, tirèrent ceux de 
Saint-Trond, de Tongres et de Ciney ; le lendemain matin, 
ceux de Hasselt qui gagnèrent le vin contre ceux de Liège ; 
Taprès-dîner, tirèrent ceux de Dinant et de Herck-la- Ville ; 
le 21, ceux de Huy, de Thuin et de Visé ; le 22, ceux de 
Beeringen et ceux de Maestricht qui gagnèrent aussi le vin 
contre ceux de Liège. Ce furent les arbalétriers de Maestricht 
qui gagnèrent les joyaux ou prix ; ils eurent « la couronne 
à tout le peron les images ou statuettes de Notre-Dame, de 
Saint-Lambert et de Saint-Servais en argent et aussi l'oure 
d'argent (montre en argent). » Les arbalétriers de Huy eurent 
pour la seconde meilleure mesure une hanappe d'argent ; 
ceux de Tongres, étant « les meilleurs jouant et montrant 
ébaltement, » obtinrent « le xhime d'argent (coupe d'ar- 
gent). » Les 23 et 24 juin tirèrent les archers de la « rote 
corde. » Ceux de Bilsen tirèrent le mieux et eurent la 
« hanappe d'argent. » Ceux de Liège gagnèrent le vin « contre 
toutes les rotes cordes » des bonnes villes , excepté Hasselt 
et Maestricht. 

Le prince fut invité à un combat en champ clos entre 
deux chevaliers k Duren, pour le 8 août 1441. Un chevalier 
d'Espagne, nommé Hector, portait sur sa manche « unes 
berickes » comme signe de défi au combat ; le chevalier qui 
la touchait, acceptait par là même le défi ; l'Espagnol « avait 
voué cela pour sa dame par amour. » Il avait déjà combattu 
cinq fois contre le bâtard de Saint-Pôl, et plusieurs fois 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 223 

contre d'autres chevaliers, à Arras devant le duc de Bour- 
gogne, en Angleterre et en d'autres lieux. Niet de Bergalle, 
maréchal de Juliers et seigneur de Seyne, avait touché sa 
a berickes » à Cologne, il y a quarante jours, et avait accepté 
le défi. La joute aurait lieu à Duren. Le comte de Berg y 
invita les princes voisins, les chevaliers et les écuyers. On y 
vit arriver l'Électeur de Cologne, l'Électeur de Mayence, le 
prince de Liège, une foule de ducs, de comtes, de seigneurs, 
de chevaliers et d'écuyers, bien au nombre de deux mille. 
Les deux jouteurs, montés sur de vigoureux destriers, 
avaient toutes les parties du corps solidement garanties 
contre les coups par des armures en fer, la tète par un 
heaume, visière baissée, et un gorgerin, le buste par une 
cotte de mailles sur une cuirasse, les bras et les jambes par 
des brassards, des cuissards et des jambières, les mains par 
des gantelets. Les lances dont ils se servaient, avaient la 
pointe émoussée. Le but des jouteurs était de désarçonner 
l'adversaire et de le jeter à terre. Ils entrèrent en lice, le 13 
août. Pendant les premiers jours, Niet brisa trois lances, 
deux sur l'Espagnol et une sur sa selle ; il traversa même 
« son harnas. » L'Espagnol brisa une lance sur Niet et une 
sur sa selle. Le troisième jour, Niet voulait continuer le 
combat à cheval et briser sept lances sur son adversaire, 
comme c'était convenu. L'Espagnol préférait combattre à 
pied avec des haches et des dagues. Niet y consentit, après 
qu'il aurait brisé sept lances. Les seigneurs présents s'y 
opposèrent- Les héraults d'armes des deux jouteurs décla- 
rèrent qu'ils avaient bien fait leur devoir, mais que Niet 
l'avait mieux fait. Comme l'Espagnol n'avait point été vaincu 
en champ clos et que le champ était levé, on lui rendit 
« les berickes » qu'il portait sur la manche. Niet lui fit, en 
outre, cadeau d'un bœuf, de seize moutons, de soixante 
chapons, de trois aimes de vin blanc et de trois aimes de 
vin rouge. 
Au mois de juillet 1444, devait avoir lieu à Bruxelles, un 



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ââ4 LA PRINCIPAUTÉ DE LlÉGË 

grand tir à l*arbalèle. Plus de cinquante arbalétriers de 
Liège s'y rendirent. Ils portaient tous le même costume 
rouge ; ils étaient accompagnés des deux bourgmestres et 
de deux hommes de chaque métier, également vêtus de 
rouge. Ils étaient plus de deux cents cavaliers. L'historien 
a oublié de nous taire connaître les prix qu'ils ont rempor- 
tés. Ils étaient de retour, le 21 juin. (V. Jean de Stavelot, 
p. 443, 444, 455, 459 et 534.) 



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LE 

DIOCÈSE DE LIÈGE SOUS JEAN DE HEINSBERG. 



I. 

Administration du dloeèse. 

Jean de Heinsberg, archidiacre de la Hesbaye, fut élu par 
le chapilre, le 16 juin 1419. Le pape Martin V approuva 
réleclion par un Bref daté de Florence du 10 septembre 
1419. 

Le serment que Télu prêta, le jour de son inauguration, 
renferme les dispositions suivantes : il sera fidèle à l'église 
de Liège ; il ne fera aucune aliénation des biens ecclésias- 
tiques ; il respectera les privilèges de Téglise de Saint- 
Lambert ; il maintiendra la juridiction épiscopale dans toute 
rétendue du diocèse ; il réformera les abus de la Cour de 
rOfQcial et en fera observer les statuts ; il se fera ordonner 
prêtre, dès qu'il aura l'âge de vingt-cinq ans ; il défendra son 
clergé contre le Roi des Romains qui avait reçu du Pape la 
dixième partie des revenus ecclésiastiques. (V. Notices, t. III, 
p. 187-191.) 

Le nouvel évêque continua Arnold de Buck dans sa fonc- 
tion de vicaire général et conféra à Jean de Boeslintere celle 
d'officiâl. 

15 



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226 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Fidèle à son serment et désirant être un digne évêque, 
Jean de Heinsberg se disposa à recevoir tous les Ordres 
sacrés. Il reçut le sacerdoce la veille de Noël et la consécra- 
tion épiscopale le 16 mars 1420, le samedi avant le dimanche 
de Lœtare, des suffragants de Cologne, d'Utrecht et de Liège, 
assistés des quatre abbés de Saint-Jacques, de Saint-Laurent, 
de Saint-Gilles et du Val -Saint -Lambert. Le Jeudi Saint, 
4 avril, il célébra sa première Messe dans l'église des Guille- 
mins. (V. Jean de Stayelot, p. 170.) 

Dès Tannée suivante, il eut la douleur de voir une douzaine 
de paroisses de son diocèse disparaître sous les eaux. Le 
cours de la Meuse formait la limite entre les deux diocèses 
de Liège et d'Utrecht. Le 18 novembre 1421, la Meuse déversa 
ses eaux sur les deux rives et inonda soixante-douze loca- 
lités. Trente-quatre villages ou hameaux furent entièrement 
submergés et détruits. Parmi ces villages, il y en avait 
plusieurs du diocèse de Liège, notamment Âlmonde, Gapel- 
len, Driemelen, Dubbelmonde, Wildrecht, Twintighoeven, 
Weede, Sonzeel, Nieuwenbosch, etc. (i). 

L'évêque fit preuve de zèle pour l'administration et le bien 
de son diocèse. Il envoya, en 1423, des délégués au concile 
que le métropolitain Thierry avait convoqué à Cologne. Le 
chapitre y envoya également des députés. Le concile qui 
s'ouvrit, le 20 mars , porta plusieurs statuts , en matière de 
disciple ecclésiastique. Il commine les peines successives 

(i) Le diocèse de Liège qui était très étendu, était divisé en huit 
archidiaconés. Un de ces archidiaconés était celui de la Campine qui 
était divisé en sept doyennés ou conciles, savoir : ceux de Maeseyck, 
Beeringen, Susteren, Wassenberg, Cuyck, Woensel et Beeck. Le concile 
ou doyenné de Beeck comprenait, en i400> les paroisses suivantes : 
Arendonck, Aiphen, Oudreusden, Almonde, Baerle, Biadel, Berg-op- 
Zoom, Bréda, Beeck, Bardewyck, Boxlel, Capelie, Cnechsel (knegsel), 
Duzei, Dyesen, Driemelen, Dubbelmonde, Druynen, Dongben, Eykel- 
berg, Eersel, Etlenhoven (Hoevenen), Ekeren, EUen, Essche, Goerie, 
Ghilse, Ghijnneken, Gheslel-op-Zoom, Ghestel près de Heerlaer, 
Ghemonden, Huisen, Halsteren, Harella, Hubergen, Ghestel près 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 227 

de moDitioDy de suspension et de privation de bénéfices 
contre les clercs qui pécheraient contre la chasteté. Quant 
au clergé exempt, le droit de correction est dévolu, en cas 
de négligence de ses supérieurs, à Tévéque et de celui-ci au 
métropolitain. Le concile prohibe aux pouvoirs laïques d'in- 
terdire à leurs sujets de vendre ou de donner quoi que ce 
soit aux clercs ; c'était un moyen de les affamer et de les 
contraindre par la faim; cela s'appelait à Liège fermer les 
métiers contre le clergé. Le concile prohibe aussi aux laïques 
d'empêcher les fidèles de faire des offrandes aux obsèques, 
aux septième et trentième jours, aux anniversaires; les 
hérétiques de cette époque détournaient les fidèles de ces 
offrandes et déclamaient contre les richesses du clergé. Le 
concile défend aux curés de se faire remplacer dans leurs 
églises par des religieux mendiants , quand ils peuvent le 
faire par d'autres. Il établit la fête de la Compassion de la 
Vierge et la fixe au vendredi après le dimanche Jubilate ; 
son intention était de l'opposer aux Hussites qui brisaient 
partout les statues de la Vierge. 

Ces règlements et tous les autres que porta le concile, 
furent publiés à Liège par l'évêque et recommandés à tous 
ses diocésains. Le clergé exempt qui voyait dans plusieurs 
dispositions, une dérogation à son exemption, fit lui-même 
certains décrets et statuts pour ses membres, mais ces 
décrets, dit Jean de Stavelot, ne durèrent pas longtemps. Ils 



d*008lwyck, Hoogeschoot, Hedikhuysen, Haren, Helvoort, Hildernisse, 
LummeU Loenhout, Mierde et Klein-Mierde, Merters, CsPrinsenhaag), 
Mijnderhoul, Meer, Meerle, Zundert (Grool), *s Gravenmoer, Gerlruy- 
denberg, Nijspen, Nieuwvaert, ou Klûndert, Oerle, Ossendrecht, 
Oesthout, Oirschot, Oosterwijk, Poppel et Ravels, Zunderl (Klein), 
Putlen, Reusel, Rysbergen, Raemsdonck, Steensel, Scbakers)oo, Steen- 
bergen, Sevenbergen, Sprundei, Sonzeel, Slrijen, Strijen (Nieuw), 
Toinis, Tilborch, Weelde, Venloen, Wesel, Woensdrecht, Woude, 
WildrechU Weda, Waspyc, Waeiwyck, Vlymen, Vucht sint Lambrecht, 
Vuchl-Sinl-Pieler, 



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2S8 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

sont même aujourd'hui inconnus. (V. Jean de Stavelot, 
p. 195; Hartzheim, l. V, p. 217.) 

Le 20 octobre 1424, le prince-évêque porta un règlement 
touchant la Cour de rOfficial et celles des archidiacres pour 
régler l'office des notaires et des procureurs. Il détermine 
les qualités de science et de vertu qu'ils doivent réunir ; ils 
doivent être lettrés , savoir la langue latine et mener une 
vie irréprochable; personne ne sera admis à l'office de pro- 
cureur qu'après avoir subi un examen devant l'Official ; le 
prince-évéque règle aussi les rétributions qu'ils peuvent 
exiger, etc. (V. Hartzheim Y, p. 735 ; Bormans, Recueil, 
p. 548.) 

L'Empereur Sigismond, qui avait fait de grandes dépenses 
pour la célébration du concile de Constance et qui avait 
besoin de ressources pour la guerre contre les Hussites en 
Bohême, avait obtenu la dixième partie des revenus ecclé- 
siastiques. Le clergé du diocèse de Liège qui était épuisé 
par les guerres n'avait pas payé cette dîme. Il fut même 
frappé de censures à ce sujet ; mais il plaida si bien sa cause 
près du Saint-Siège que, par une bulle du 21 juin 1425, le 
Pape leva la censure et exempta le clergé de la dîme à payer 
à l'Empereur. (V. Fisen, qui cite le cartulaire, 1. IV, n? 11.) 

La diète de Francfort à laquelle l'Empereur s'était adressé, 
lui accorda des ressources pour continuer la guerre contre 
les Hussites, à savoir le vingtième des revenus du clergé et 
des dons volontaires des laïques, dit Jean de Stavelot. Le 
cardinal légat d'Angleterre arriva à Liège, le 24 août 1428, 
pour demander cette contribution du clergé. Le surlende- 
main, le clergé primaire lui répondit par la bouche de Henri 
Goldhast que, quand il verrait des préparatifs sérieux pour 
la guerre, il ferait comme ses voisins. Le clergé secondaire 
convoqué pour le 25 avril, donna la même réponse. Les trois 
États que le prince réunit à la demande du légat, s'abstinrent 
de voter un subside contre les Hussites. (Y. Jean de Stavelot, 
p. 240.) 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 229 

« Le 20 juillet 1438, raconte Jean de Stavelot, Tarchidiacre 
de Hesbaye et rOfficial, docteurs en droit, avec Jean Chokier- 
Surlet et Jean de Monte, docteurs en théologie, furent envoyés 
par révêque et le chapitre à Flémalle-Grande pour visiter une 
certaine image (statue) de Notre-Dame ; celte statue, disait- 
on, faisait des miracles, et attirait par là un grand nombre de 
visiteurs; une couronne de verdure qu'une femme lui avait 
mise sur la tête, le quatrième dimanche de carême, était 
restée verte et avait même poussé certaines branches. Les 
quatre délégués prirent la couronne et renfermèrent dans 
une caissette ; car plusieurs disaient que la couronne était 
fiûte de plantes aquatiques qu'on venait arroser la nuit. » La 
suite de cette af&ire n'est pas connue. 

IL 

L'Évoque nommé administrateur de Trêves. 

Rabanus de Helmstat, évéque de Spire, qui avait été 
nommé au siège de Trêves par Martin V, vers la fin de 
l'année 1430, n'en obtint la paisible jouissance qu'en 1436, 
après la mort d'Udalric de Manderscheid, son compétiteur. 
Accablé par l'âge et les soucis de deux diocèses , il prit en 
1438, Jean de Heinsberg, pour coadjuteur dans le gouver- 
nement du diocèse de Trêves, à la demande de plusieurs 
princes et évêques d'Allemagne. Jean de Heinsberg admi- 
nistra l'Électorat aussi bien que le diocèse. Plusieurs places 
fortes étant engagées pour de fortes sommes , il remboursa 
ces créances pour dégager ces places et y consacra plus de 
soixante mille florins de ses propres biens. Son père qui 
gardait la forteresse de Coblenz, y mourut d'une épidémie, 
le 27 janvier 1439. Le 31 mars 1439, Jean de Heinsberg 
renonça à l'administration du diocèse et de l'électorat de 
Trêves, parce que l'évêque lui-même avait renoncé au 
siège archiépiscopal, mais sous la condition qu'on lui rendît 



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230 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

les soixante mille florins qu'il avait déboursés et qu'on lui 
payât vingt mille florins pour ses frais (i). Jacques de Syrck 
qui était devenu archevêque de Trêves (11 septembre 1439) 
le lui promit. Le prince-évéque de Liège garda, entretemps, 
trois forteresses comme gage, forteresses qu'il lui remit plus 
tard sur une nouvelle promesse de payement. Gomme le 
payement se faisait attendre, les parents et les amis du prince 
de Liège allèrent, au mois d'avril 1441, commettre des dégâts 
et des pillages dans l'Electorat de Trêves. Jean de Heinsberg 
eut une entrevue avec l'Électeur ^ Bonn, le 4 mai suivant. 
Il est bien probable qu'il reçut de nouvelles promesses de 
payement. Las d'attendre plus longtemps, il demanda du 
secours aux trois États le 16 juillet et à la cité le 19 juillet, 
pour envahir l'èlectorat de Trêves. Le secours lui fut promis. 
Peu de jours après, il reçut des trois États de Trêves la 
promesse formelle qu'ils payeraient la principale dette; 
quant aux frais et dommages, l'indemnité serait réglée 
conformément au droit. Il y eut encore, à ce sujet, des 
conférences à Cologne. Le 23 août, le chapitre et les églises 
secondaires reçurent des lettres du clergé de Trêves par 
lesquelles il faisait prier le prince de ne pas envahir 
l'Electorat; la dette principale lui serait payée par les États 
et le remboursement des frais serait fixé par l'Électeur de 
Cologne et son neveu le comte de Blankenheim. Louis duc 
de Heidelberg et l'Électeur de Mayence prièrent aussi le 
prince de Liège d'accepter ces ofi'res. Jean de Heinsberg les 
accepta, mais les États de Trêves ne se pressèrent point de 
faire les payements. Au mois d'octobre 1441, les États et la 
cité résolurent de nouveau de prendre les armes pour 
envahir l'Électoral de Trêves. Dès lors, l'archevêque proposa 

(i) D'après les auteurs de l9 GaUia Ckristiana (l. XIII) on promit la 
somme de soixante mille florins à Rabanus de Helmstat pour qu'il 
renonçât au siège archiépiscopal et autant à Jean de Heinsberg pour 
qu'il renonçât à la coadjutorie. lis le firent l'un et l'autre en 4439. 
Rabanus mourut, le 4 novembre de cette année, à Spire. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 231 

de tenir une dernière conférence à Cologne, le H octobre. 
Le doyen du chapitre et le bourgmestre délie Cachie s'y 
rendirent. Il fut convenu que la dette principale serait payée 
et la somme déposée chez des banquiers à Cologne et <iue 
deux arbitres, Tarchevéque de Cologne et le comte de Blan- 
kenheim, fixeraient définitivement la somme des frais et 
indemnités. Les deux arbitres fixèrent la somme mais 
Tarchevéque de Trêves ne se pressa pas de la payer. Comme 
elle ne Tétait pas encore en 1448, le prince pria la cité de la 
rappeler à l'archevêque. La fin de ce conflit ne nous est pas 
connue. (V. Jean de Stavelot, p. 448, 457 et 481). 

TH. 
Le Cioncile de Bftle et le Cionoordat. 

Il avait été convenu au concile de Constance que le 
prochain concile général se réunirait dans cinq ans à Pavie, 
et qu'ensuite on célébrerait un concile général de dix en 
dix ans. Un concile général s'ouvrit, au mois de mai 1423, 
à Pavie, mais il fut transféré, peu de jours après, à Sienne 
oii il s'ouvrit, le 8 novembre de la même année. Les prési- 
dents-légats autorisés par le Pape, en prononcèrent la 
dissolution, le 7 mars 1424, parce qu'il y avait peu d'évéques 
présents et qu'il n'y avait pas de sécurité à Sienne pour 
eux. La prochaine réunion du concile aurait lieu à Bàle en 
1431. Martin V mourut le 20 février 1431 et eu pour 
successeur Eugène IV. Le nouveau pontife confirma la 
convocation d'un concile général à Bàle et y envoya en 
qualité de légat, le cardinal Julien Césarini. Ce cardinal 
avait reçu du pape Martin V un canonicat dans la cathé- 
drale de Liège, le 23 décembre 1428. Ses deux délégués 
firent l'ouverture du concile, le 23 juillet 1431. 

L'église de Liège envoya-t-elle des députés au concile ? 
Il paraît qu'elle y fut représentée par Nicolas de Cusa, 



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232 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

chanoine de Saint-Lambert et archidiacre du Brabant. Dans 
les actes de la première session (14 décembre 1431), on 
voit, en outre, qu'un Henri Scatter, decantis trajectensis, était 
l'ordonnateur des places au concile. Eugène IV prononça, 
le 18 décembre 1431, la dissolution du concile et sa trans- 
lation à Bologne. Les prélats réunis à Bâle, quoiqu'ils ne 
fussent qu'en petit nombre, appuyés par Sigismond , Empe- 
reur et Charles VII, Roi de France, résolurent de continuer 
néanmoins le concile. Ils envoyèrent à Rome Louis de 
Palude, évéque de Lausanne et Henri Scatter pour prier le 
Pape de rapporter la bulle de dissolution et de translation. 
L'Empereur informa les pères, le 14 février 1432, qu'il 
avait chargé maître Jean de Monte, chanoine de Liège, qui 
était, disait-il, en grande considération auprès du Pape, de 
lui foire une peinture fidèle de l'état des choses. 

Henri Scatter, docteur en médecine, était chanoine de la 
cathédrale de Liège depuis 1413, doyen de concile à Utrecht 
et professeur de médecine à Louvain depuis 1426. Il est 
très probable qu'il était le député de l'université et du duc 
de Brabant au concile de Bâle. L'était-il aussi de l'évéque 
et du chapitre de Liège? On l'ignore. Il est très probable que 
Scatter revint à Louvain, dès qu'il vit le concile entrer dans 
des voies schismatiques contre le Pape. Quand la réconci- 
liation avait été rétablie entre le Pape et le concile au mois 
de décembre 1433, l'université de Louvain se fit de nouveau 
représenter au concile par Nicolas de Midy, professeur 
ordinaire de théologie, Henri Rétheri et Jean Flamingi, 
deux professeurs de droit. Elle les rappela, l'année suivante, 
à la demande du duc de Brabant, parce que les pères du 
concile, par leurs actes, humiliaient le Pape et préparaient 
les voies au schisme. En 1435 et en 1438, sollicitée par les 
prélats réunis à Bâle d'y envoyer de nouveau des députés, 
elle refusa de le faire, ne voulant avoir aucune relation avec 
des schismatiques. 

L'évéque de Liège et son église restèrent constamment 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 233 

fidèles au pape Eugène IV et désapprouvèrent les actes 
schismatiques des prélats de Bàle. Ceux-ci en se fondant sur 
les fausses doctrines que les éyêques réunis en concile, 
même sans le Pape, représentent TÉglise universelle, qu'ils 
tiennent leur pouvoir immédiatement de Dieu et que tous y 
sont soumis, même le Pape, voulurent contraindre Eugène IV 
à acquiescer à toutes leurs erreurs et à toutes leurs volontés. 
Le 3 novembre 1435, ils dénoncèrent Eugène IV comme le 
plus grand ennemi de la réforme et de Tautorité suprême du 
concile ; le 31 juillet 1437, ils le citèrent à comparaître 
devant le concile avec ses cardinaux pour être jugé ; le 
1*' octobre 1437 ils le déclarèrent contumace; quoique 
réduits à une vingtaine d'évêques et à quelques abbés, ils 
déclarèrent nulle, le 12 octobre 1437, la dissolution du 
concile qu'Eugène IV venait de prononcer pour la seconde 
fois, quelques joui^s auparavant ; le 24 janvier 1438 ils le 
suspendirent de ses fonctions ; le 25 juin 1439 ils le dépo- 
sèrent ; le 5 novembre suivant, douze évéques, sept abbés, 
cinq docteurs en théologie et neuf canonistes choisirent un 
nouveau Pape, Àmédée duc de Savoie qui prit le nom de 
Félix V. 

L'église de Liège resta constamment fidèle à Eugène IV 
et ce Pontife ne cessa de lui donner des marques de bien- 
veillance. Le 7 avril 1432 il accéda à la demande des 
chanoines de Saint-Lambert qui lui avait été présentée 
probablement par Jean de Monte, et il leur accorda la faculté 
de pouvoir cumuler avec leur canonicat tous autres bénéfices 
à l'exception des prébendes d'autres cathédrales. (V. Van 
Heeswick, p. 162.) Par un bref du 20 août 1435, il exempta 
le clergé du diocèse de l'impôt que le concile de Bàle avait 
mis sur les revenus ecclésiastiques dans tout l'univers. Cet 
impôt était de la vingtième partie des revenus. (Lib. Cart., 
IV, no 121.) 

Les Bénédictins célébrèrent à Bàle, au mois d'août 1436, 
un chapitre général dans lequel ils portèrent plusieurs 



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234 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

décrets pour leur ordre. Ces décrets devaient être promul- 
gués dans des chapitres previnciaux. L'année suivante, il se 
réunit un tel chapitre à Cologne ; il fut présidé par les abbés 
de Saint-Mathias à Trêves, de Saint-Martin à Cologne, de 
Saint-Jacques à Liège et de haueb (?) . L'abbé de 

Saint-Laurent refusa d'y envoyer des religieux. Dix de ses 
religieux y déléguèrent néanmoins leur confrère Lairdieu. 
L'abbé qui en fut mécontent, les suspendit de tout office, puis 
il y envoya lui-même le prieur du couvent. Après les réunions 
du chapitre provincial, les quatre présidents ordonnèrent à 
l'abbé de Saint- Laurent de suspendre les effets de la censure, 
jusqu'à l'arrivée des visiteurs. Les évoques de la province 
de Cologne s'opposèrent à ce que ces visiteurs vinssent dans 
leurs diocèses. L'évêque de Liège s'opposa, en outre, à ce 
que ces décrets fussent adoptés ou suivis dans son diocèse, 
parce que le pape Eugène IV n'y avait pris aucune part. 
(V. Zantfliet, ad an,, 1436. Gesta abbat. Sancti Laur.) Ce 
Pontife donna à l'abbaye de Saint-Laurent, le 26 avril 1437, 
un bref par lequel il confirma la faculté de l'abbé de con- 
férer les trois autels fondés dans son église, ainsi que la 
cure de Sainte-Gertrude. 

Par une bulle qui est datée du 18 septembre ou du l^f 
octobre 1437, Eugène IV transféra le concile de Bâle à 
Ferrare. Tous les cardinaux, sauf celui d'Arles, et tous les 
évêques, sauf une vingtaine, tinrent le parti du Pape. L'église 
de Liège fit immédiatement acte d'adhésion à ce décret du 
Pontife. Le 18 juin 1438, l'évêque célébra à Saint-Lambert une 
Messe spéciale avec procession pour la réussite du concile 
de Ferrare et l'extinction du schisme de Bâle. (V. Jean de 
Stavelot, p. 392.) 

Après la mort de leur abbé, les religieux du Val-Saint- 
Lambert avaient élu Tilman de Mellin. L'élection fut confir- 
mée par le chapitre de Saint-Lambert, par l'éviîque et par le 
pape Eugène. Quelques religieux qui en étaient mécontents, 
s'adressèrent au conciliabule de B&le et postulèrent pour 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 235 

abbé Wéry d'Ary, docteur en théologie, abbé de Bonemont 
en Savoye. Le conciliabule le nomma abbé du Val-Saint- 
Lambert et ordonna aux religieux, sous peine d'excommuni- 
cation, de le reconnaître. L'acte fut aflRché à la cathédrale, le 
27 juillet 1438; mais ni Tévéque, ni le chapitre, ni les reli- 
gieux n'en tinrent compte. (V. Jean de Stavelot, p. 293.) 

L'Empereur Sigismonë mourut le 9 décembre 1437. Les 
Électeurs réunis à Francfort entendirent l'évéque d'Drbino, 
légat du Pape et les députés des prélats de Bâle parmi 
lesquels se trouvaient le célèbre canoniste, Nicolas Tudeschi; 
et le patriarche d'Aquilée, Louis duc de Teck. Le 17 mars 
1438, ils émirent la double déclaration que Eugène IV était 
le Pontife légitime et que les prélats de Bâle étaient légitime- 
ment réunis ; ils observeraient une espèce de neutralité à 
leur égard jusqu'après l'élection d'un nouveau Roi; ils tâche- 
raient ensuite, de concert avec le Roi, de réconcilier le Pape 
et le concile. Le lendemain (18 mars) ils nommèrent, Roi des 
Romains, le duc Albert d'Autriche. 

Le Roi et les Électeurs tâchèrent réellement de réconcilier 
les prélats de Bâle avec Eugène IV. Une seconde diète eut 
lieu à Nuremberg, dans ce but, au mois d'octobre 1438. Le 
Pape y déposa le cardinal Albergati et Nicolas Cusa, chanoine 
de Saint-Lambert à Liège. Jean de Heinsberg y envoya, en 
sa qualité d'évéque de Liège, Jean Surlet de Lardier, prévôt 
de Maeseyck et docteur en droit et en sa qualité d'adminis- 
trateur de Trêves, maître Rauzecop prévôt de Trêves. Les 
députés de retour à Liège exposèrent, le 1" décembre, au 
chapitre qu'à la diète on avait résolu que les deux conciles 
de Ferrare et de Bâle seraient invités à se réunir en un 
concile soit à Trente, soit à Constance, soit à Strasbourg ; 
le patriarche d'Aquilée avait répondu qu'il n'était pas auto- 
risé à y consentir. (V. Jean de Stavelot, p. 399.) Le Pape 
consentit à la proposition ; les prélats de Bâle la rejetèrent. 

L'évéque de Liège avait député au concile de Ferrare, en 
1438, Josse de Lamarck, avocat et chanoine de Saint-Pierre. 



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236 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

L'année suivante, il pria les églises secondaires, exemptes 
de sa juridiction, de n'agréer, ni exécuter aucun acte émané 
du concile de Bâle, comme Tavaient fait le chapitre de Saint- 
Jean et celui de Tongres à l'égard de deux chanoines. Elles 
lui répondirent, le 27 janvier, qu'elles resteraient toujours 
très unies au Saint-Siège, et à leur évéque et qu'elles avaient 
établi des députés pour y veiller. (V. Jean de Stavelot, p. 429.) 

Les princes et les évêques d'Allemagne se réunirent en 
diète à Mayence au mois de mars 1439. La cause du conci- 
liabule de Bàle y fut défendue par le patriarche d'Aquilée ; 
celle du Pape par Jean de Turre-Cremaia et par Nicolas de 
Cusa. La diète persévéra dans le système de neutralité entre 
les deux partis et elle adopta plusieurs décrets discipli- 
naires portés par le conciliabule de Bâle, après les avoir 
modifiés. L'évêque de Liège qui n'avait envoyé aucun député 
à Mayence, n'adopta ni le système de neutralité, ni les 
décrets disciplinaires. Quand on apprit à Liège que les 
schismatiques de Bâle avaient déposé Eugène IV (25 juin 
1439), on en éprouva une pénible impression. Le 27 juillet, 
une Messe spéciale avec grande procession fut célébrée dans 
la cathédrale pour la cessation du schisme. Il en fut de 
même dans toutes les paroisses du diocèse. (V. Jean de 
Stavelot, p. 437.) 

Le 12 août suivant, on fêta solennellement la réunion des 
Grecs aux Latins qui avait été décrétée à Florence, le 6 juillet 
précédent. Jean Surlet de Lardier, prévôt de Maeseyck fit à 
cette occasion « un noble sermon au clergé en latin ». 
(Ibidem 439.) Après l'élection de l'antipape Félix V par les 
schismatiques de Bâle (5 novembre 1439), le pape Eugène IV 
adressa à notre évêque et au clergé du diocèse une lettre 
par laquelle il les engagea à rester dans son obédience et à 
rejeter l'antipape. Son légat, Jean de Monte, chanoine de 
Saint-Lambert, en fit lecture à l'évêque et à tout le clergé 
de la cité, le 29 décembre 1439; il ajouta que le concile de 
Florence avait annulé, le 4 septembre précédent, le décret 



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sous JEAN DE HEINSBERG. â3T 

de déposition porté contre Eugène IV par les schismatiques ; 
il pria, enfin, Tévéque de réunir tout le clergé du diocèse. 
La réunion générale eut lieu à Liège, le 13 mars 1440. Le 
légat, Jean de Monte, y fit la lecture des différentes lettres 
du Pape et il y fit « un noble sermon sur l'unité de l'Église 
et l'obéissance due à Eugène IV ». (Ibidem p. 441-443.) 

Après la mort du roi Albert (27 octobre 1439) les sept 
Électeurs se réunirent à Francfort, le 2 février 1440, pour 
procéder à l'élection d'un nouveau Roi. Leur choix tomba 
sur Frédéric, duc d'Autriche. Les Électeurs décidèrent, en 
même temps qu'ils continueraient à rester neutres dans le 
but de rétablir plus facilement l'union et qu'ils se concerte- 
raient, i cet effet, avec le nouveau Roi. Le 7 mars suivant, 
l'archevêque de Cologne notifia cette décision à toutes les 
églises de sa province et en particulier à celle de Liège ; 
mais déjà le 4 mars on avait reçu à Liège une lettre du pape 
Eugène IV par laquelle il engagea le clergé à lui rester fidèle. 
C'est ce qu'il fit. (Ibidem p. 442.) 

Les Électeurs de l'Empire devaient avoir une réunion à 
Lusten sur le Rhin, le 9 juillet 1440, et l'évéque de Liège 
devait y assister en qualité de commissaire du Pape, mais 
la réunion fut remise à la Saint-Michel, à Francfort ; puis 
elle fut remise à la Toussaint , parce que les archevêques 
Électeurs se proposaient de réunir des conciles provinciaux 
pour y recueillir les avis de leurs suffragants. L'archevêque 
de Cologne tint un concile provincial au mois d'octobre. 
L'évéque de Liège y envoya des députés. Il y fut résolu que 
les Électeurs seraient à la Toussaint à Francfort pour y 
conférer sur les conclusions des conciles provinciaux. Il est 
indubitable que les députés Liégeois y ont défendu la cause 
d'Eugène IV et qu'ils ont combattu la neutralité. (Ibidem 444 
et 445.) Les conclusions des conciles provinciaux devaient 
être exposées à la diète que Frédéric III avait convoquée à 
Nuremberg pour la Saint-André 1440. Le prince-évêque s'était 
préparé k s'y rendre avec une suite de deux cents chevaux, 



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238 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

mais le 23 novembre il reçut la nouvelle que la réunion de 
la diète était différée jusqu'au 6 janvier 1441. Celte réunion 
fût une seconde fois différée jusqu'à la Purification et devait 
avoir lieu à Mayence. Le prince-évéque de Liège se rendit à 
Cologne pour conférer avec Tarchevéque et raccompagner à 
Mayence, mais il fut rappelé à Liège pour préserver la prin- 
cipauté de l'invasion des écorcheurs qui menaçaient le duché 
de Bouillon. Le 30 avril 1441, il partit de Liège pour 
Mayence ; arrivé près de Bonn, il apprit que la diète avait 
déjà eu lieu aux mois de février et de mars ; il revint, dès 
lors, dans sa principauté. Dans cette diète, Jean de Carvajal 
et Nicolas de Cusa avaient défendu la cause d'Eugène IV, et 
Thomas de Courcelle et Jean de Segovie celle du concilia- 
bule de Bâle. La diète persista dans son système de neutra- 
lité et émit l'avis que les conciles de Florence et de Bile 
devaient s'assembler dans une autre ville et s'unir. 

Le 19 février 1441, le Pape, pour attacher le duc de Bour- 
gogne à sa cause, lui accorda la dixième partie des revenus 
ecclésiastiques dans ses États. Le clergé du diocèse de 
Liège qui y avait des biens, chargea Jean Surlet, prévôt de 
Haeseyck, Jean De Monte chanoine, Josse de Lamarck et 
d'autres qui se trouvaient à Florence, de réclamer près 
d'Eugène IV. Celui-ci, pour récompenser l'église de Liège de 
sa constante fidélité, déclara, le 6 avril 1442, que le clergé 
du diocèse de Liège n'était pas soumis à cette taxe, à moins 
que les établissements religieux ne fussent réellement encla- 
vés dans les états du duc. Néanmoins les officiers du duc 
levèrent la décime sur tous les biens situés dans ses états, 
sauf sur ceux du chapitre de Saint-Lambert. Pour compenser, 
en quelque, sorte les torts causés par cette concession à 
l'église de Liège, Eugène IV lui adressa, le 31 octobre 1441, 
un bref par lequel il déclare qu'il n'accordera plus des grâces 
expectatives et qu'il ne fera aucunes réserves de collation de 
bénéfices, sauf les réserves contenues in corpore juris clatiso 
et sauf les dignités et les bénéfices possédés par les cardi* 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 239 

Daux OU les membres des tribunaux romains ; les élections 
au siège épiscopal, aux monastères, à la seconde dignité 
dans la cathédrale et à la première dans les collégiales se 
feront librement, mais seront soumises à l'approbation du 
Saint-Siège; les autres dignités, bénéfices et offices qui vien- 
dront à vaquer, seront conférés par le Saint-Siège pendant 
les mois impairs de Tannée et par les coUateurs ordinaires 
pendant les mois pairs, sauf le droit de patronage des 
laïques. Toutes les causes seront traitées et jugées au pays 
par les juges compétents ; en cas d'appel au Saint-Siège, 
le jugement sur l'appel sera confié à des juges au diocèse, 
s'il s'agit d'une chose qui ne vaut pas deux cents florins 
d'or ou qui ne produit pas cinquante florins d'or, si la 
chose dépasse cette valeur, l'appel sera jugé à Rome; les 
droits de chancellerie à payer pour les dignités et les béné- 
fices conférés par le Saint-Siège ou pour les confirmations 
d'élection, seront payés en deux termes dans le courant 
de l'année après la prise de possession. (Ibidem p. 448 
467 et 486; Binterins, t. Vil, p. 188.) 

Frédéric III quitta la diète de Francfort, au nois de 
juin 1442 et se rendit en grand cortège à Aix pour s'y faire 
couronner. Le prince de Liège s'y rendit avec une suite de 
deux cent cinquante nobles portant le même costume. Le 
cardinal d'Arles, député de l'antipape .Félix, suivait le Roi 
avec une suite assez nombreuse, mais l'évêque de Liège lui 
interdit l'entrée de la ville qui était du diocèse de Liège et 
qui adhérait à Eugène IV. Le couronnement eut lieu le 
17 juin. Jean de Heinsberg accompagna ensuite le Roi à 
Cologne où il releva de lui la principauté de Liège. (Ibidem 
p. 492-501.) 

Le faux système de neutralité suivi par plusieurs princes 
et plusieurs évêques d'Allemagne, fut abandonné par Fré- 
déric III à la fin de 1445 et par les autres en 1446, après que 
le pape Eugène IV leur eut fait bien des concessions. On ne 
voit point que l'évêque de Liège y soit intervenu. Il avait été 



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no LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

nommé légat du Saint-Siège avec Thomas de Sarzano, Jean 
de Carvajal et Nicolas de Cusa pour la diète de Francfort de 
septembre 1446, mais il paraît qu'il ne s'y rendit point. 

Eugène IV mourut le 23 février 1447 et eut pour succes- 
seur Thomas de Sarzano qui prit le nom de Nicolas V. Le 
député du Pontife, Jean Carvajal, conclut, le 17 février 1448, 
avec Frédéric III un concordat qui fut approuvé par Nicolas V 
et par les princes. Ce concordat est calqué sur celui de 
Constance et sur les concessions faites à l'église de Liège 
par Eugène IV, le 31 octobre 1441. Il est resté en vigueur 
jusqu'en 1802 au pays de Liège. Ses principales dispositions 
sont : les élections aux sièges épiscopaux se feront par les 
chapitres et les élections aux prélatures dans les monastères 
par les religieux, mais elles devront être confirmées par le 
Saint-Siège; les bénéfices tombés vacants pendant les mois 
impairs seront conférés par le Pape, ceux qui tombent 
vacants pendant les mois pairs le seront par les collateurs 
ordinaires ; la seconde dignité dans les cathédrales et la 
première dans les collégiales seront conférées par les colla- 
teurs ordinaires. Restent réservés à la collation du Pape les 
bénéfices qui tombent vacants en Cour romaine, ainsi que 
ceux qui tomberont vacants soit par la promotion du titu- 
laire à un autre bénéfice faite par le Pape soit par la desli- 
tution du titulaire prononcée par le Pape. Les droits, de 
chancellerie se payeront en deux termes. 

IV. 
Le Synode du 18 octobre 1445. 

L'évéque qui avait à cœur que les statuts du diocèse 
fussent bien observés par le clergé et les fidèles, prit la 
résolution de célébrer, le 18 octobre 1445, un synode diocé- 
sain. Il y convoqua tout le clergé, les réguliers aussi bien 
que les séculiers. Tous les ordres du clergé y étaient repré- 



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sous JEAN DE HEJNSBERG. 241 

sentes ; le chapitre de Saint-Lambert par son doyen et plu- 
sieurs chanoines; les chapitres des collégiales par leurs 
doyens Gérard Polslauwer de Saint-Pierre, Walter de Herck 
de Saint-Martin, Pierre de Molendino de Saint-Paul, Jean 
Rusunere de Sainte-Croix, Éverard de Vernenholl de Saint- 
Jean, Wéric de Puthem de Saint- Denis, Gilles de Busembaye 
de Saint-Barthélémy; on y voyait aussi Denis Stephani, 
évéque de Rosse, suifragant, Rutger de Bloemendael abbé 
de Saint-Jacques, Henri délie Cheraux de Saint-Laurent, 
Hellin de Warnant de Beaurepart, Jean de Boeduer de Flône, 
Henri le Norman de Neufmoustier; Edmond de Maelsberch, 
doyen de Notre-Dame à Aix, Arnold de Storvelt doyen 
de Looz, Pierre de Ponte doyen de Saint-Pierre au château 
de Namur , Francon de Boort doyen d'Aerschot ; les 
doyens des conciles Nicolas de Baest de Léau, Jean de 
Baest de Tongres , Josse de Marcka d*Ouffet , Renard de 
Stralen de Gembloux, Jean de Baersey du Pont-d'Amer- 
cœur; Thierry Roever de Droemelen, curé de Beerse; 
Thomas de Pepey, prieur de Beaufays et une foule de clercs. 
La réunion eut lieu dans la grande salle du chapitre de 
Saint-Lambert. L'évêque y présidait, portant une chape d'or, 
la mitre sur la tête et la crosse à la main ; à sa droite étaient 
révoque sufifragant, Tabbé de Saint-Laurent, celui de Saint- 
Jacques, avec crosses et mitres, celui de Saint-Gilles et celui 
de Beaurepart ; à sa gauche étaient les chanoines de Saint- 
Lambert et ceux des collégiales. Henri de Diest, docteur en 
en théologie et chanoine de Saint-Lambert, prêcha sur les 
devoirs du clergé. L'évêque promulgua ensuite de nouveau 
les statuts synodaux de 1288 qui sont les plus anciens connus 
de notre diocèse. Le clergé exempt qui assistait au synode, 
fit la réserve de son exemption et de ses privilèges. On 
trouve dans ces statuts le droit commun de TÉglise et la 
discipline particulière du diocèse de Liège. Il est inutile de 
rapporter les parties qui existent encore de nos jours, parce 
qu'elles sont parfaitement connues. Nous nous bornerons à 

16 



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242 LK DIOCÈSE DE LIÈGE 

exposer les parties abrogées ou modifiées qui offrent un 
certain intérêt historique. 

Du Baptême : Ille qui baptizat, quando immergit in aquam 
baplizandum, dicat hœc verba, nil addendo, sublrahendo 
vel îmmutando, puerum nominando : Petre vel Johannes, 
ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritussancti.Et 
caveatur periculum baplizandi, non immergatur caput pueri 
in aquam, sed sacerdos super caput vel verticem pueri ter 
infundat aquam cum pelvi vel alio mundo vase et honeslo; 
tenens puerum nihilommus una manu discrète. On voit par 
ce passage que le baptême par immersion était encore la 
règle. 

Parentes et patrini filiolos doceant orationem dominicam, 
scilicet, Pater Noster et symbolum apostolorum Credo in 
Deum et salutationem Bealse Marise Virginis, id est, Ave 
Maria. — Le Pater Noster est d'institution divine, et le 
Credo d'institution apostolique. Quant à 1*^41;^ Maria, Tusage 
de la première partie n'a commencé qu'au XI« siècle et l'usage 
de la seconde que vers la fin du XV^ siècle. 

De la Confirmation : Moneant prosbyteri parentes baptiza- 
torum nondum confirmatorum ut eos adducant ad episcopum 
qui solus potest confirmare. Adducant septennes pueros vel 
majoris aetatis quibus abtundantur capilli contra frontem 
dependentes et frontes diligenter laventur et habeant fascia- 
las sive bendella de spissa tela non tenui peplo, qusB sint 
sine sutura et sine nodo intermedio, quae habeant latitudinem 
trium digitorum et longitudinem duorum pedum et dimidii 

et sint munda et alba et moneantur* parentes quod 

confirmâtes pueros lertia die adducant ad ecclesiam ut 
preebyter lavet frontes eorum et comburat bendella eorum 
et aquam lotionis cum cinere bendellorum faciat in sacram 
piscinam reponi. Adducti aulem, si sint doli capaces vel 
duodecim annorum et amplius, prius contiteantur suo stcer- 
doti, antequam conflrmenlur. — L'usage du bandeau sur le 
front a subsisté jusqu'à la fin du XVIIP siècle. — La sainte 



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sous JEAN DR HFJNSBEUC. 243 

Communion n*est pas mentionnée dans ce chapitre, comme 
préparation à la Confirmation. 

De la Pénitence : Les confessionnaux fermés et à grillage, 
tels qu'ils existent de nos jours, étaient inconnus au moyen- 
âge. A celte époque, le prêtre se plaçait dans un siège ou 
fauteuil et le pénitent s'agenouillait devant lui. Ce siège 
ou fauteuil mobile pouvait être déplacé à volonté, mais le 
sacrement de Pénitence ne pouvait être administré que 
dans un endroit patent de l'église. De là, les prescriptions 
suivantes des statuts de 1288 : ad audiendas confessiones 
communem et apertum locum sibi eligant in ecclesia 
sacerdotes ut communiter ab omnibus videri possint, et in 
locis abditis et obscuris non audiant confessiones, nisi in 
magna necessitaie vel infirmitate. Item prœcipimus quod 
sacerdotes non sedeant ad confessiones ante solisortum, 
neque post solis occasum , nisi ex magna necessilate. 
Item praecipimus districle quod sacerdotes sedentes ad 
confessionem habeant vultum humilem et oculos ad terram, 
nec respiciant faciem mulieris. Item prœsbyteri in cappa 
rotunda vel superpellicio audiant confessiones ac eu m stola 
superposita ad confessionem sedeant. Sacerdotes eliam mo- 
neant subditos ut humili vultu et gestu, oculis ad terram 
defixis, confiteantur, mulieres cooperlo capite et collo, sub- 
missa voce confiteantur. Sacerdos mulierem quse sola sit 
in ecclesia, non audiat confilentem, sed in aspectu honesta^ 
societatis. 

Les choses injustement possédées, si les ayants-droit ne 
peuvent être trouvés, doivent être données à la fabrique de 
Saint-Lambert à Liège ; il en est de même des dommages 
injustement causés. 

Prgesbyteri suos parochianos moneant fréquenter ut a 
festo Purificationis Marise Virginis omnes a qualuordecim 
annis et supra veniant ad confessionem ante Dominicam 
Palmarum ; et qui in hoc négligentes fuerint per octavas 
Paschae a carnibus abstineant et jejunent sicut in quadra- 



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244 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

gesima, nisi necessitate fuerint excusati ; nec propter hoc 
ipsis confcssio vel Communio denegetur... 

Si alicui imponenda sit solemnis pœnitentia pro crimine 
publico vel vulgarissimo quod totam villam communiter 
commoverit, remittendus est ad episcopum ut in dieCinerum 
ab ecclesia ejiciatur et in die Cœnae recipiatur. 

Praecipimus quod sacerdotes de peccalis mortalibus confi- 
teantur suis decanis conciliorum. Et decani audiant confes- 
siones suorum sacerdotum sallem semel in anno. Et decanus 
nomina sacerdotum sibi non confitentium saltem semel in 
anno référât nobis vel officiali nostro, ut puniantur. 

Prsecipimus statuendo ut nullus sacerdos audeat celebrare 
missam, nisi prius dixerit matutinas, primam canonicam et 
jejuno stomacho et post dormitionem. 

De la Sainte Messe : Non cantent sacerdotes sine calc«a- 
mentis et ealigis attingentibus supra genua. 

Cortinse a lateribus altaris utrinque appendantur, nec ab 
aliquo lempore sacrificii retrahantur. Corlina conveniens 
sursum super altare extendatur, quae proiegat et defendat 
altare ab incommodis immunditiarum descendentium. 

Nullus sacerdos sine clerico celebrare prsesumat ; qui 
clericus desuper habeat tunicam lineam vel superpellicium 
vel cappam rotundam et calceatus incedat. Clericus autem et 
sacerdos non faciant aperturas sub axillis in tunica linea vel 
superpelHcio quibus ejiciant brachia sua sine mauicis tunicae 
lineae vel superpellicii in minislerio altaris. 

Piscina in qua lavât sacerdos manus suas post sanctam 
Consecrationem, munda teneatur el cooperiatur et exterso- 
rium post illam lotionem mundum habealur et reverenter 
alba tela vel corlina linea vel serica legatur el cum corporali, 
si necesse fuerit, abluatur ab aliquo sacerdote vel persona 
religiosa et etiam aqua ablutionis in piscinam sacram 
miltalur. 

Si sacerdos, cum venerit... ad perceplionem... aquam 
puram invenerit et gustaverit, Sacramentum Sanguinis non 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 24S 

reiteretur, sed transeat cum consueto modo; ille aulem per 
cujus negligentiam hoc evenerit, tribus diebus jejunet in 
pane et aqua. 

Corpus Domini in honeslo loco sub altari vel in armariolo 
sub clave sollicite custodiatur. 

Nullus extraneus se immisceat (sacrse Communioni sus- 
cipiendae), nisi viator vel peregrinus et hoc de hcentia 
sacerdotis. 

Item hostiae non-consecralae (qui dicuntur panis benedic- 
lus) nuUi dentur, nec etiam pueris. 

Pueri etiam non communicent antequam fidei discretio- 
nem habere dinoscantur, ut circiter decennium. 

Des Saints Ordres : praecipimus statuendo omnibus clericis 
habentibus parochias, capellanias vel praeposituras vel alias 
curas animarum ut per singula Tempora Ordinum oiferant 
se ordinandos episcopo, prout onus beneficii requirit, feria 
quinta ante tempus Ordinum, etiam non vocati, ut possit in- 
quirere episcopus vel archidiaconus de his quae pertinent ad 
sufficientiam ordinandi. 

Statuimus quod cédant fructus parochiaUum et capellarum 
eorum qui in propriis personis et ordine sacerdotali ibidem 
non deserviunt et eorum qui curam parochialem de manu 
praelati sui non receperunt, ad opus nostrum, archidiaconi 
et decanorum, secundum quod haec sunt de consuetudine 
hactenus in nostra diœcesi observata. 

Omnes ardinandi diligenter ante Ordines confiteantur, ut 
mundi mente et corpore gratiam recipiant ampliorem. 

De rExtréme-OncHon : ad sacramentum Extremae Unctio- 
nis saepe prsesbyteri moneant populum ut indiiferenter a 
XIIII annis et supra, singuli, cum necesse fuerit, inungantur, 
nec pauperes prœ egestate se excusent, si non possent 
habere multitudinem candelarum vel indumenta linea quae, 
causa reverenlise, in sacramento exhiberi soient; nonpropter 
hoc sacerdos dimittat inungere, sed sufficiat candela una. 

Des Sépultures : statuimus sub pœna excommunicationis 



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246 LE DIOCÈSE DE LIÉGR 

observari ul quoiies quis in loco religioso sepuluiram elege 
rit, corpus propriîB praesentetur ecclesiae parochiali et tune 
demum, celebrata missa in ecclesia parochiali, deferatur ad 
locum in quo elegit sepulturam, et fiât hoc nihilominus salvo 
jure ecclesiae paronhialis defuncli in omnibus. 

Corpora defunctorum de nocte in domibus non custodian- 
tur, sed in ecclesia deferantur et omnibus exclusis ostia 
firmenlur, factis oralionibus et aliis quae fleri in lalibus per 
ecclesiam consueverunt. 

Decani référant ad synodum (concilii) nomina sacerdotum 
qui eodem anno defuncli sunt ut in synodo absolvanlur et 
singuli praesbyteri faciant pro eis spéciale servitium, ut 
similiter fiât pro eis lempore opportuno. Item praBcipimus 
quod sacerdotes in reditu de synodo ad suas parochias, 
unusquisque sacerdos cantet missam solemniter pro sacer- 
dotibus defunctis in illo anno. Item statuimus quod omnes 
prœsbyleri annuatim in crastino octavœ Paschae solemniter 
célèbrent anniversarium omnium sacerdotum fratrum suo- 
rum et nuntient populo dominica praecedente quod qui 
cidem praedicto anniversario intererit (si pœnitens fueril) 
ei decem dies indulgenliae concedimus. 

Des Fiançailles et du Manage : Le mariage doit être précédé 
des fiançailles ; les fiançailles doivent être célébrées devant 
le curé; si les deux parties veulent les rompre, elles doivent 
s'adresser à Tévêque ; le mariage doit être célébré à Téglise 
devant le curé et des témoins ; le mariage clandestin est 
prohibé sous peine d'excommunication ; malriraonia devo- 
tione contrahentium et benedictione nuptiai'um in missa, 
hora débita, celebrentur ; nuptiae non celebrentur nisi hora 
missae et conjuges in nuptiis celebrandis audianl totam 
missam. 

Les prédicateurs d'indulgences : Les prédicateurs d'indul- 
gences à gagner au moyen d'une aumône à verser entre leurs 
mains, ne peuvent être autorisés par les curés ni à prêcher 
dans leurs églises, ni à prêcher sur les places publiques, ni 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 247 

à recueillir des aumônes dans leurs paroisses ; les curés 
engageront leurs paroissiens à les éviter. 

Des Testaments: Les clercs laisseront à des œuvres pies les 
économies qu'ils ont faites sur les revenus de leurs bénéfices; 
quant aux biens qui proviennent de leur industrie, de leurs 
talents ou héritages, ils peuvent en disposer librement. 

Les laïques feront leur testament en présence de leur 
curé ; le curé leur conseillera de réparer leurs injustices, s'il 
y a lieu, et de faire un legs à l'église de Saint-Lambert, à leur 
église paroissiale, à des œuvres pies. — Dans les testaments 
du moyen âge, on trouve ordinairement un legs de quelques 
sous à l'église de Saint- Lambert. La formule des notaires 
renfermait un texte à cet égard. 

L'évêque condamne la double erreur des maïeurs, échevins 
et conseillers qu'une disposition faite en faveur d'une œuvre 
pie, pendant la dernière maladie, est nulle et qu'un testateur 
ne peut pas séparer l'usufruit de la propriété. 

Les exécuteurs testamentaires feront un inventaire des 
biens délaissés par le défunt, en présence du curé et de deux 
échevins ou de deux juges synodaux, avant de se mettre en 
possession de ces biens. 

De la vie des clercs et des fidèles : Nullus clericus in sacris 
constitutus Ordinibus vel beneflcium habens ecclesiaticum, 
horas canonicas et Bealse Mariae qualibet die distincte et 
discrète dicere praetermittat. 

Nullus prsesbyter dicat missam nisi unam in die et prasci- 
pue de die; nisi in casibus a jure permissis, vel hoc faciat 
necessitate imminente, utpote missam pro defuncto. 

Statuimus quod in omnibus ecclesiis nostrœ diœcesis, 
singulis noctibus et matutinis, psalmi nocturnales seu feriaies 
ad nocturnos legantur, nisi eadem die sit taie festum quod 
propriam missam vel collectam habeat ; et tune invitatoria, 
responsoria, laudes et horse diei de sancto cujus est festum, 
cantentur, quemadmodum in majori ecclesia observatur. 

PraBcipimus tain decanis conventualium ecclesiarum quam 



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248 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

sacerdotibus parochialibus et aliis civitatis et diœcesis Léo- 
diensis, ut se in divinis officiis celebrandis et faciendis et in 
Ordinario conforment dictse majori ecclesiae tamquam capiti, 
suo modo et suo posse. 

In quinta feria ejusdem hebdomadae ( SS. Trinitatis) fiai 
solemniler festum Eucharistise, prout hactenus a nostris 
anlecessoribus fuit slatutum. — Cette fête n'était pas encore 
de précepte pour le peuple en 1445. 

Per totam diœcesim Leodiensem in singulis ecclesiis cele- 
brentur cum novem lectionibus festa sanctorum Gregorii, 
Benedicti, Ambrosii, Barnabae, Augustini, Hieronymi, Fran- 
cisci, Luc3e, et undecim millium Virginum ; nolumus tamen 
quod populus in dictis festis cesset ab operibus suis. 

Festa autem quae prsecipimus per totum annum celebrari 
sunt : 

In Januario, festa Circumcisionis , Epiphanise, Conver- 
sionis S. Pauli. 

In Februario, festa Puriftcationis , Cathedrse S. Pétri, 
Mathia) apostoli. 

In Martio, festum Annuntiationis. 

In Aprili, nullum festum nisi forte Pascba. 

In Maio, festa apostolorum Philippi et Jacobi, Inventionis 
S. Crucis, S. Servatii, Ascensionis. 

In Junio, festa Nativitatis Johannis Baptistae, Pétri et 
Pauli apostolorum. 

In Julio, festa Visitationis BeataB Virginis, Magdalenae, 
Jacobi apostoli. 

In Augusto, festa S. Pétri ad vincula, Laurentii, Assump- 
tionis Beatse Virginis, BartholomîBi. 

In Septembri Nativitas B. M. V. S. Lamberti, festum 
Egidii, S. Mathei, S. Michaelis. 

In Octobri festa S. Dionysii, SS. Simonis et Judae aposto- 
lorum. 

In Novembri, festa omnium Sanctorum, S. Huberti, 
S. Leonardi, S. Martini, S. Catharinse, S. Andreae. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 249 

In Decembri, festa S. Nicolai, Conceptionis Bealae Virginis, 
Thomœ apostoli, Nativitatis Domini, S. Stephani, Johannis 
Evangelistae et SS. Innocentium. 

Festum Paschae cum tribus diebus et festum Pentecostes 
cum tribus diebus celebrentur. 

QuaBlibet ecclesia festum sui patroni et sua3 dedicationis 
celebret in sua parochia. 

Omnia vero festa alia, exceptis praedictis, non praecipian- 
tur celebrari, nec proclamentur in synodo (accusentur in 
synodo parochiali) qui ea infrlgunt, sed in ipsis dcvotioni 
hominum reliquantur. 

Prsecipimus omnibus saeerdotibus sub pœna suspensionis 
et excommunicationis quod feria secunda et tertia ante diem 
Cinerum ab esu carnium abstineant. 

Item statuimus quod in omnibus vigiliis Apostolorum, 
praeterquam in vigiliis Johannis Evangelistae, Philippi et 
Jacobi, jejunetur; et hoc praesbyteri praecipiant populo sibi 
subjecto; et in vigiliis omnium Sanctorum, Nativitatis Do- 
mini et Âssumptionis B. M. V. jejunetur et a lacticiniis absti- 
neatur. 

Des archidiacres et des doyens : Archidiaconi visitent in 
suis archidiaconatibus ecclesias et corrigant ea quae spectant 
ad officium suum et in visitandis ecclesiis subdilorum 
suorum recipiantur semel in anno, secundum quod in gene- 
rali Concilio continetur. Archidiaconi quinque vel septem, 
decani vero duobus equis contenti existant, nec cum cani- 
bus venatoriis aut avibus proficiscantur. — Les voyages, à 
cette époque, ne pouvaient guère se faire qu*à cheval, vu 
rétat des chemins; et comme il y avait peu de sécurité, on 
ne voyageait guère seul. 

Cum etiam a nostris antecessoribus quoddam statutum 
factum fuerit quod taie est : cum alia vice inhiberimus ne 
aliqui archidiaconi rurales ofHcium habeant quod cognoscant 
de causis, cum ipsi archidiaconi et officiales eorum inveniri 
debeant in ecclesia cathedrali, ubi possunt subditis justitiae 



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^dO le DIOCKSE de l.lfiGE 

plenitudinem exhibere et copiam habere consilii, denun- 
tiaraus omnes illos excomnaunicatos qui taie ofTicium exer- 
cebunt sine nostro consensu ; et nos prsemissa sub paena 
excommunicalionis observari proBcipimus. — On voit par 
ce texte que les cours archidiaeonales étaient déjà an- 
ciennes à cette époque et que le siège de ces cours était à 
Liège. Elles connaissaient des causes réelles des églises, 
cimetières, presbytères et écoles, ainsi que de certaines 
causes correctionnelles des clercs et des paroissiens. 

Ordinamus etiam quod vicarii habeant competentiam 
quindecim librarum albarum ad minus. 

Les excommunications contre les seigneurs, les maïeurs, 
les juges et autres qui abusaient de leurs pouvoirs ou négli- 
geaient leurs devoirs, étaient nombreuses. (V. Notices, t. XII, 
p. 158). 

Des Béguines : Il y avait encore des béguines qui demeu- 
raient en dehors des béguinages, dans le monde. 

Peu de temps après ce synode, le prince-évéque renouvela 
les anciens statuts touchant la Cour de rOflicial et celles des 
archidiacres, sans les modifier dans les affaires importantes. 
Son décret porte la date du 4 juin 1446. Ces statuts furent 
approuvés par le pape Nicolas V, le 19 octobre 1451. Nous 
en avons donné ci-dessus les parties les plus intéressantes. 

V. 
Le légat Nicolas de Cusa au diocèse de Liège, 1451. 

Le pape Nicolas V annonça solennellement k tous les 
fidèles le Jubilé de l'année sainte, 1480, qu'on pourrait 
gagner à Rome en visitant les quatre grandes basiliques. Il 
s'y rendit un grand nombre de pèlerins. Une dame riche 
du pays de Diest, ne pouvant, à cause de ses infirmités, 
s'y rendre ni à pied, ni en voiture, s'y fit porter par 
huit hommes dans une chaise à porteurs. Toutefois son 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 251 

pieux désir ne fut point rempli, car elle mourut en route. 

Le duc de Brabant oblint du Pape que les habitants de ses 
états qui n'avaient pu se rendre à Rome pour y gagner le 
jubilé, pourraient le gagner à Malines pendant Tannée 1451, 
en remplissant les conditions ordinaires et en versant dans 
une caisse une aumône d'après leur dévotion. Il s'y rendit 
un grand nombre de personnes du diocèse de Liège. (V. 
Adrien, p. 1219.) 

Il circulait à Liège, à celte époque, des prophéties tou- 
chant les malheurs qui devaient bientôt accabler la cité et le 
pays. Un prêlre de la Hesbaye propagea la prophétie que 
Jean de Rupe-Scissa avait faite à Avignon, savoir, que de 
grands maux allaient affliger le pays de 1460 à 1470. L'astro- 
nome Pierre Calopifex prédit les mêmes maux et ajouta le 
détail, que la cité de Liège en souffrirait surtout pendant 
les années 1466, 1467, 1468. Les Frères Mineurs s'éle- 
vèrent, en même temps, dans leurs prédications contre la 
corruption des mœurs et menacèrent les Liégeois de grands 
malheurs, s'ils ne s'amendaient. Il y eut, à ce sujet, une 
assez forte émotion parmi le peuple. L'historien Adrien 
rapporte ces prophéties, comme faites avant l'événement. 

Le Pape désirant vivement promouvoir le bien et réfor- 
mer ce qui avait besoin de réformes, envoya le cardinal 
Nicolas de Cusa en Allemagne avec le pouvoir d'accorder la 
grâce du Jubilé et de réformer les fidèles et le clergé, s'il y 
avait lieu. Son pouvoir toutefois ne s'étendait point sur les 
archevêques, ni sur les évêques. Le légat visita l'Autriche, 
la Saxe, la Franconie, la Westphalie et d'autres parties de 
l'Empire. Arrivé à Cologne, il trouva que les fondions 
d'évéque auxiliaire y étaient remplies par un évêque qui 
n'en était pas digne. C'était un faussaire qui avait été dégradé 
et condamné à mort à Rome, et qui n'avait obtenu grâce que 
sous la condition d'aller prêcher la foi aux infidèles pendant 
le reste de sa vie. Après avoir prêché, quelque temps, aux 
infidèles, il était revenu en Europe et s'était rendu à Cologne 



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2S2 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

OÙ l'archevêque l'avait pris pour son évêque auxiliaire. Le 
légat Nicolas de Cusa, après l'avoir fait arrêter, le livra au 
bras séculier, qui le condamna à être noyé dans le Rhin. Ce 
qui fut exécuté. Nicolas Baest , Pierre Dumoulin doyen de 
Saint- Paul et d'autres ecclésiastiques de Liège se rendirent 
à Cologne pour inviter le légat à venir dans la cité et y 
promulguer la grâce du jubilé. Nicolos de Cusa le promit 
d'autant plus volontiers qu'il était chanoine de Saint-Lambert 
et archidiacre du Brabant. Il se rendit d'abord à Ûtrecht où 
il \isita et réforma l'abbaye de Saint-Paul, après avoir 
déposé l'abbé. L'abbaye d'Egmont fut également visitée et 
réformée par lui. Il publia, en même temps, dans ces 
endroits, la grâce du Jubilé pour les habitants d'un certain 
district. Appuyé par l'évêque Rodolphe, il porta aussi des 
décrets de réforme pour le clergé des églises collégiales qui 
était exempt de la juridiction de l'évêque. Il traversa ensuite 
la Gueldre et arriva à Ruremonde où il fit une visite à la 
Chartreuse. Denis de Leuwis, un des saints religieux de 
l'abbaye, accompagna le légat à Maestricht. Le Jubilé y fut 
publié pour les habitants de la ville, ainsi que pour ceux des 
comtés de Fauquemont, Daeihem et Limbourg. Le légat y 
visita les établissements religieux. Il donna un règlement au 
chapitre de Saint-Servais ; ceux des clercs de l'église qui 
avaient manqué à la chasteté, s'amendèrent en sa présence. 
De Maestricht le légat se rendit à Tongres où il publia le Jubilé 
pour les habitants de Looe et de la Hesbaye flamande. Les 
établissements religieux y furent également visités. Le cha- 
pitr^de Noire-Dame chargea un grand nombrede confesseurs 
d'entendre les confessions des pèlerins et, entre autres, 
Hylger, évêque auxiliaire de Liège. Le légat, voyant cet 
évêque entendre les confessions, le lui prohiba sévèrement, 
parce qu'il avait été sacré évêque, à Cologne, par celui qui 
avait été condamné et dégradé comme faussaire à Rome. Ce 
fut, sans doute, pendant son séjour à Tongres que le cardinal- 
légat ordonna à des clercs de visiter le béguinage de Tongres 



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sous JEAN DE HEINSBERG. âSâ 

et de réviser la règle (i). De Tongres, le légat se rendit à 
Hasselt où le Jubilé fut publié pour les habitants de la Cam- 
pine. L'abbaye de Herckenrode reçut sa visite. Il y remit la 
stricte clôture en usage, malgré Tétonnement des religieuses 
qui n'y avaient jamais élé soumises. A Saint-Trond, il visita 
l'abbaye où il supprima le peculium et l'usage de la viande 
(Cart. Trud, L II, p. 3 à 5) ; il visita également le couvent des 
Frères-Mineurs auxquels il ordonna d'observer strictement 
leur règle d'après la déclaration du pape Martin ; ce qu'ils 
lui promirent. Les abbayes de Lintre et de Nonnemilen 
reçurent aussi la visite du légat qui y rétablit la clôture. 
Invité par les Liégeois, il se rendit parmi eux comme 
légat, cardinal et confrère. Le clergé séculier se rendit, le 
13 octobre 1451, à sa rencontre jusqu'à la porte de Sainte- 
Croix. Le clergé régulier avait reçu ordre de ne pas sortir 
de ses couvents , pour observer la clôture. Le lendemain, 
jeudi, le légat chanta une Messe solennelle du Saint-Esprit à 
la cathédrale de Saint-Lambert et il fit convoquer tout te 
clergé séculier et régulier, pour le vendredi, à huit heures du 
matin. Informé par deux chanoines de Sainl-Servais , par 
Tabbesse des Herckenrode, par l'abbé de Saint-Trond et par 
d'autres, des réformes qu'il y avait établies, le clergé de la 
cathédrale et celui des collégiales se réunirent, le vendredi 
matin, à Saint-Lambert et à Saint- Pierre pour se concerter. 
Il résolut de ne pas se soumettre à une visite canonique et 
de contester les pouvoirs du légat, sous le prétexte que les 
Wallons du pays de Liège n'étaient point comptés parmi les 
Allemands, dont ses instructions faisaient mention. Il y eut, à 
ce sujet, des contestations pendant lesquelles l'archidiacre de 
Liedekerke parla d'une manière peu respectueuse au légat. 
L'évéque proposa un terme moyen, savoir, de consulter préa- 

(i) La règle révisée (7 octobre 1453) fut approuvée, le U mai 1454, 
par Pierre de Molendino, docteur en décrets et doyen de Saint-Paul, 
en vertu d'une commission du cardinal-légat. (V.Thys, Hist. du Béguin,^ 
p. 41 et 451.) 



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254 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

lablemeni le Pape. Le légat voyant à quoi cela tendait , ne 
réunit point le clergé des collégiales. II est certain cependant 
qu'il eut des relations avec le reste du clergé et qu'il le reçut 
en audience. Il accorda, ce jour, une charte de confirmation 
et de protection au couvent de Colen et à celui des Boganis 
de Zepperen (15 octobre 1451), Il réprimanda vivement 
Hylger, Tévéque auxiliaire et soutenait qu'étant illégitime- 
ment sacré, il ne pouvait pas exercer les pouvoirs d'Ordre. Le 
samedi, il quitta le palais du prince-évêque et alla prendre 
son logement au couvent des Chartreux. Comme le clergé des 
collégiales avait contesté ses pouvoirs de légat, il retira, le 
lundi, toutes les grâces qu'il avait accordées dans la partie 
wallonne, en qualité de légat. Le mardi (19 octobre), il partit 
pour les abbayes de Stavelot et de Malmédy. Le chapitre de 
Saint-Lambert qui n'était pas d'intention de favoriser le 
relâchement de la discipline, publia de nouveau ses anciens 
statuts le 22 octobre et les fit transcrire dans un Uvre, afin 
(Jue chacun pût y avoir recours. Ces statuts étaient transcrits 
sur un tableau qui pendait dans la chambre capitulaire au 
vieux chœur. Le légat arrivé à Stavelot adressa une lettre 
comminatoire au clergé de Liège. Le 6 novembre, le chapitre 
de Saint-Lambert se concerta avec Tévéque pour rester unis 
dans celle affaire. (V. Adrien, p. 1219, 1229; Zantfliet, 
p. 473 ; Cart. de Saint-Trond, t. II, p. 305.) 

Nicolas de Cusa se rendit de Malmédy à Luxembourg, puis 
à Bruxelles et à Louvain. Le duc de Brabant le reçut avec les 
plus grands honneurs et l'appuya dans son œuvre de réforme. 

Par une pièce datée de Louvain, du 15 janvier 1452, le 
légat accorda aux habitants du concile de Saint-Trond la 
faculté de gagner le jubilé â Saint-Trond, sous les conditions 
ordinaires de Confession, Communion, visites d'églises, 
jeûnes et abstinences. Par une autre pièce du même jour, il 
chargea le pléban de Notre-Dame à Saint-Trond d'avertir les 
Frères Mineurs qu'ils devaient observer leur règle telle 
qu'elle avait été interprétée par le pape Martin, sous peine 



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SOLS JEAN DE HEINSBERG. 285 

de suspense et d'interdit ; il lui avait été rapporté, en effet, 
qu'ils n'avaient pas tenu leurs promesses. (V. Cart, de Saint- 
Trond, t. II, p. 304.) 

Au commencement du mois de février 1482, on vit arriver 
à Liège deux délégués du clergé des églises collégiales 
d'Utrecht, Herman Droem docteur en décrets et écolàtre de 
Notre-Dame et Nicolas Schiedam écolàtre de Saint Pierre. 
Ils venaient prier le clergé secondaire des collégiales de 
s'associer aux trois appels qu'ils avaient interposés contre 
le légat Nicolas de Cusa et Rodolphe, évéque d'Utrecht. Les 
doyens des huit chapitres de Liège se réunirent, le 18 février 
1452; c'étaient Jean de Monte docteur en théologie et doyen 
de Saint-Lambert, Nicolas Geister doyen de Saint- Pierre, 
Walther de Hercke doyen de Saint-Martin, Pierre de Molen- 
dino licencié en droit et doyen de Saint- Paul, Jean Raeseneer 
doyen de Sainte-Croix, Éverard Bernenholt doyen de Saint- 
Jean, Henri de Puthem doyen de Saint-Denis et Gérard 
Bisenhaye doyen de Saint-Barthélémy. Les délégués des 
chapitres d'Utrecht leur exposèrent leur demande, mais elle 
ne fut point agréée. (V. Concl. capitul) 

Le clergé des églises collégiales de Liège qui avait contesté 
au légat ses pouvoirs, so repentit de sa faute et résolut de 
lui faire sa soumission et ses excuses. Dès qu'il eut appris 
que le légat se rendrait de Louvain à Cologne, il alla au 
devant de lui à Maestricht. Il se réconcilia avec lui et ceux 
qui avaient péché contre la chasteté, s'amendèrent en sa 
présence. Hylger, l'évéque auxiliaire, reçut la permission 
d'exercer les Ordres sacrés. A la demande du légat, le Pape 
ratifia même tous ses actes antérieurs. 

Nicolas de Cusa présida, le 22 février 1452, à Cologne, le 
concile provincial qu'il y avait convoqué. Les évéques de la 
province y avaient envoyé des députés. Le légat y renouvela 
les principaux statuts sur la discipline de l'Église et la vie 
des clercs. Chaque année, l'évéque tiendra un synode diocé- 
sain ; chaque prêtre aura et étudiera l'opuscule de saint 



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256 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Thomas de articulis fidei et sacramentis; la Sainte Eucharistie 
ne sera solennellement portée en procession que dans Toc- 
tave de la Fête-Dieu , à moins que des motifs impérieux ne 
nécessitent des processions extraordinaires avec le Saint 
Sacrement ; de nouvelles congrégations religieuses ne seront 
point établies, à moins qu'elles n'adoptent une règle déjà 
approuvée par le Saint-Siège ; les Juifs porteront un signe 
distinctif extérieurement sur leurs habits, les hommes un 
cercle de couleur safran sur la poitrine et les femmes deux 
rubans ou lignes de couleur pourpre sur leur robe ; ils 
s'abstiendront de toute usure. Le légat renouvela aussi ses 
décrets sur la vie monastique et les fit afficher à la porte de 
l'église cathédrale. — Il paraît que le cardinal-légat délégua 
des pouvoirs spéciaux pour certaines affaires à Pierre 
de Molendino, doyen de Saint-Paul, car celui-ci approuva, 
au nom du légat, le règlement du béguinage de Tongres. 
(V. Harduin, t. IX, p. 1365 ; Thys, Hist. du Bég, de Tongres.) 

Pendant le carême de 1454, on vit arriver à Liège le Frère 
Mineur Genesius qui avait été chargé par le Pape d'accorder 
une indulgence à tous ceux qui donneraient une aumône 
pour le Roi de Chypre, bloqué dans son île par les Mahomé- 
tans. Dans ses prédications, il s'éleva avec force contre la 
corruption des mœurs et réprimanda vivement ceux des 
clercs qui violaient leur vœu de chasteté. Les bourgmestres 
et conseillers communaux, touchés de ses prédications, 
exclurent les adultères publics de toutes les fonctions de la 
cité ; ils obligèrent les femmes de mauvaise vie à porter 
visiblement sur leurs robes un signe qui les distinguerait des 
femmes honnêtes ; ils bannirent à perpétuité les Roffiens qui 
enlèvent des femmes pour aller les vendre en d'autres pays ; 
ils expulsèrent les usuriers et ils firent punir les blasphé- 
mateurs du pilori. (V. Adrien et Zantfliet.) 

L'évêque, de son côté, publia à Liège, le 29 mai 1464, des 
statuts pour prohiber sévèrement les mêmes excès : les 
bourgmestres et conseillers communaux n'usurperont pas la 



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sous JEAN DE HEINSBKRG. 287 

connaissance des excès qui sont de la compétence du pou- 
voir spirituel ; il est défendu de loger, d'héberger les usuriers, 
de leur louer des maisons, de les favoriser ; les concubi- 
naires se sépareront immédiatement, sinon ils seront exclus 
des Saints Sacrements, des fonctions publiques, des assem- 
blées délibérantes; les blasphémateurs seront sévèrement 
punis; on fermera et supprimera les maisons de débauche 
et dimmoralilé, ainsi que celles oii se font les jeux de hasard. 
(V. Statuîa syn. Leod, imprimé en 1800.) 

VI. 
L'instruction. 

Sous répiscopat de Jean de Heinsberg, les chanoines 
réguliers de la Congrégation de Windesheim continuèrent à 
rendre des services aux lettres par la transcription des 
livres, notamment ceux de Bethléem près de Louvain, du 
Val- Saint- Martin à Louvain, ceux de la Passion à Tongres, 
ceux de Sainte-Elisabeth ou Bons-Enfants à Liège. Ils y joi- 
gnaient aussi rétude des sciences sacrées. 

La transcription des livres et Tétude des sciences sacrées 
furent aussi une des principales occupations dans plusieurs 
autres couvents, notamment, à Saint-Trond, à Saint-Laurent 
et à Saint-Jacques à Liège, chez les Croisiers à Huy et à 
Liège, etc. 

Les Frères de la vie commune, institués par Gérard 
Groote, pour instruire la jeunesse et transcrire des livres, 
s'établirent à Bois le-Duc en 1428. Leur maison y porta le 
nom de Fralershuis. Les pauvres y recevaient Tinstruction 
gratuitement. (V. Coppens, t. II, p. 214.) 

Henri Wellens de Zichem, mattre-ès-arts et bachelier en 
théologie, établit un pensionnat ou internat, dans sa maison 
à Louvain. Désirant que son œuvre fut continuée, il institua 
les Frères de la vie commune ses héritiers (28 février 1433). 



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258 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Godefroid, recteur du couvent de Deventer, envoya deux 
Frères à Louvain pour diriger l'institut de Wellens. Gilles 
Walrami le dirigea pendant quatorze ans et y admit des 
frères et des écoliers. En 1447, il obtint de Tévêque, Jean 
de Heinsberg, la permission de convertir la maison en un 
couvent de chanoines réguliers de Windesheim. Le 20 août 
de cette année, la stricte clôture y fut irUroduite et les Frères 
émirent des vœux solennels entre les mains des prieurs de 
Liège et deTongres. L'établissement est connu dans l'histoire 
sous le nom de Val-Saint-Martin. Dans le principe, les reli- 
gieux consacraient huit heures par jour à transcrire des 
livres. (V. Molanus, t. I, p. 444 ; Anal, t. XII, p. 444.) 

Les chanoines réguliers de notre diocèse comptaient à 
cette époque un religieux bien distingué, Gilles BoucherouL 
Après avoir achevé ses premières études à Liège, sa ville 
natale, il se rendit à l'université d'Oxford où il prit le grade 
de licencié en l'un et l'autre droit. Pourvu d'une prébende 
dans l'église de Saint- Denis à Liège, il y résida quelque 
temps. Le Conseil communal de Louvain lui conféra ensuite 
une chaire de droit ; il y renonça bientôt pour embrasser la 
vie religieuse au couvent de Bethléem. Sa vie édifiante lui fit 
conférer la fonction de prieur, successivement dans les trois 
couvents de Bethléem à Louvain, des Bons-Enfants à Liège 
et de Remmerwaele. C'est dans ce dernier qu'il mourut, 
après un priorat de seize ans, vers l'an 1466. (V. Molanus, 
t. I, p. 181.) 

Un chanoine de Liège établit, vers 1424, une bibliothèque 
à l'usage du public. C'était Gilles de Vinalmont , doyen de la 
collégiale de Saint-Denis depuis 1401 et ancien officiai de 
l'évêque, Jean de Bavière. Par disposition testamentaire du 
2B avril 1424, il légua tous ses livres à l'église de Saint-Denis 
pour en former une bibliothèque qui sera à l'usage du clergé 
de cette église et du public; toutefois les livres ne pourront 
pas dtre prêtés à domicile ; ils ne pourront être consultés 
qu'à la bibliothèque même. (V. Notices, t. XI, p. 58.) 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 259 

Gilles de Vinalmont mourut peu de jours après et eut pour 
successeur dans la fonction de doyen, le chanoine Gellen de 
Sart. Ce doyen, originaire du Brabant wallon, devint, en 
1429, chancelier du duc de Brabant et d'après l'auteur des 
Brabantsche Yeesten, il avait été chancelier du prince de 
Liège II mourut, le 16 juin 1444. Son épitaphe dans l'église 
de Saint-Denis, lui donne les titres de maître- ès-arts, doyen 
de l'église Saint-Denis, chanoine de celle de Notre-Dame à 
Aix et Sacellanus du prince de Liège et du duc de Brabant 
en même temps (i). (V. Jean de Stavelot, p. 168 et 496 ; 
Brab. Yeesten, t. III, p. 662; Bormans, Becueil, p, 823; Cart. 
de Saint-Denis^ p. 140.) 

Jean Bont auquel Gellen de Sart succéda, en 1429, dans la 
fonction de chancelier du duc de Brabant, était chanoine de 
Saint-Lambert et archidiacre de Famenne. Il redevint chan- 
celier du duc avant le 9 juin 1442. Il paraît qu'il n'a point 
résidé à Liège. Il mourut à Bruxelles le 1" février 1453, à 
l'âge de soixante-douze ans. (V. Molanus, t. II, p. 695.) 

Jean de Boeslintere (Jean de Beuslin), licencié en lois, exer- 
çait la fonction d'oflHcial en 1418 et 1420. Il obtint un canoni- 
cal dans la cathédrale de Saint- Lambert en 1426. On le trouve 
encore cité, comme officiai, dans un acte du 2 avril 1433. Il 
mourut, le 13 septembre 1443. Il parait qu1l légua ses livres 
au chapitre, entre autres, un Corpus legum que son neveu 
demanda à emprunter, en 1452, pour faire ses études. Il eut 
pour successeur dans la fonction d'official, Jean de Kerckem. 
(V. DeTheux, t. II, p. 199.) 

Ce Jean de Kerckem eut lui-même pour successeur dans 
cette fonction Gislebert Overdenwecht, du diocèse d'Utrecht, 
docteur en droit canon, licencié en lois civiles et doyen 
de Saint-Pierre, à Louvain. La fonction d'official de Liège 

(0 Au lieu de sacellanus ne faut-il pas lire cnncellarius ? Dans un 
relief du comté de Homes fait, le 8 décembre 1439, figure parmi les 
membres de la salle de Curange un Henri Galen, maréchal et drossard 
du comté de Looz. Etaient-ils de la même famille î 



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260 LE UIOCÊSE DE LIÈGE 

lui fut conférée le 18 juin 1445. (V. De Theux, t. II, p. 236.) 
Il élait déjà chanoine de Saint- Lambert , à Liège, depuis 
1438. Il ne garda pas longtemps sa fonction d^official, car 
elle fut conférée à Guillaume de Rockelingen, chanoine de 
Saint-Denis, le 29 août 1452. A la même date, Eymeric Groy, 
chanoine de Saint-Martin, était chancelier du prince. (Concl. 
capit,) Adrien lui donne, aux années 1455 et 1461, les quali- 
fications de Cancellarius et Sigillifer. Groy mourut en 1464. 

Henri Goethals^ maître-ës-arts et bachelier en théologie, 
était déjà chanoine de Saint-Lambert en 1395. C'était un 
homme de talents qui rendit de grands services aux ducs de 
Brabant, Jean et Philippe, dont il était le conseiller, ainsi 
qu'au prince-évéque de Liège. En 1416 les chanoines relurent 
doyen du chapitre. On le voit à Rome, en 1426, solliciter du 
Pape la faveur que pour obtenir un canonicat dans la cathé- 
drale de Saint-Lambert, il faut être ou noble ou gradué. Il 
mourut le 14 décembre 1433 et fut enterré dans la cathédrale 
de Tournay dont il était aussi chanoine. (V. De Theux, t. II, 
p. 157.) 

Gérard Rondelli ou Rondeau, docteur en théologie, fut 
délégué au conciliabule de Pise en 1409 et au concile de 
Constance en 1414, par Tévéque de Liège, Jean de Bavière. 
Lors de l'arrivée de TEmpereur Sigismond à Liège, le 24 dé- 
cembre 1416, ce fut Rondelli qui prononça ralloculion au 
chef de TEmpire. Il prêcha la croisade contre les Hussiles, 
au mois de juin 1421, quand le cardinal de Plaisance était 
venu, dans ce but, à Liège. Le 7 janvier 1434, il fut élu doyen 
du chapitre de Saint-Lambert. Il mourut, le 22 mai 1439. 
Rondelli a écrit plusieurs opuscules qui sont restés inédits: 
1** Ulrum ingressus in religionem approbatam sit aller baplis- 
mus. (BibL semin. 6, f. 2.) 2*' Solemnis deleimwatio magislri 
Gerardi Rondelli, sur le canon de la messe. 3« Traclatus de 
extremœ infirmilalisprœparatione. (6. g. 7.) 4" Sermo deexlremo 
iudicio. (6, N. 15.) 5« Ëpislola ascelica R. P. Joanni Fabri. 
(6. /. 17.) 



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sors JRAN DE HEINSRFRG. 261 

Lambert de Stockis (de Stipite), religieux de Saint-Laurent 
à L^égc, fut envoyé par son abbé à l'université de Paris pour 
y achever ses éludes et prendre les grades académiques. Il 
y prit, en 1398, le grade de docteur en droit et obtint, peu 
de temps après, le prieuré de Bertrée. Le 23 mars 1407, il 
défendit vigoureusement la légitime autorité de Je^in de 
Bavière dans une assemblée générale du clergé que Tintrus, 
Thierry de Perwez, avait réuni au palais. Le clergé put se 
retirer au soir, mais le religieux de Saint-Laurent ne reçut 
la permission de sortir que sur la promesse jurée de 
se représenter, le lendemain, au palais. Il s'y présenta, le 
lendemain, avant le lever du mambour et ne tarda pas d'en 
sortir pour se réfugier auprès de Jean de Bavière. Cet évéque 
le délégua, en 1409, au conciliabule de Pise. On ignore quelle 
part le religieux a prise aux travaux de l'assemblée. Il en 
rapporta les actes et les déposa à la bibliothèque de son 
abbaye. Au concile de Constance (1414-1418), il représenta 
l'évéque de Liège, le duc de Brabant et le supérieur de Cluny. 
Il s'y montra très actif et fut un des membres les plus con- 
sidérés, comme nous l'avons déjà montré ci-dessus (p. 107). 
Il rapporta les actes du concile et les déposa également à la 
bibliothèque de son monastère L'année de la mort de Lam- 
bert de Slipite est inconnue. On ignore s'il a laissé d'autres 
écrits que les précités. (V. Martènr, t. IV, p. 1123 ; Jean de 
Stavelot, p. 105 et 162; Hardouin, t. VIII, p. 868; De Dynter, 
1. VI, c. 142.) 

Henricus de Piro licencié, en droit et chanoine de Saint- 
Paul à Liège, écrivit, vers 1427, une dissertation De esu et 
abstinentia camium (V. Foppens, p. .) 

Henricus de PirOy alias Brunonis, neveu du précédent, 
était professeur à l'université de Cologne et fut envoyé par 
celle-ci au concile de Constance. Il y remplit les fonctions 
de promoteur et de procureur de la nation allemande. En 
1427, il vint enseigner le droit à Louvain et deux ans après, 
il fut élu recteur de l'université. Ce fut probablement après 



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262 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

la mort de son oncle, qu'il obtint un canonicat dans la cor.é- 
giale de Saint-Paul à Liège. Il abandonna renseignement pour 
venir résider à Liège. L'évêque lui conféra la fonction de 
vicaire général qu'il exerça à l'égard des religieux de Saint- 
Laurent en 1.434. Plus tard, il renonça à ses dignités et quitta 
Liège pour embrasser la vie religieuse chez les Chartreux à 
Cologne. Ses principaux ouvrages sont : Commentarii in 
libros IV institutinnum juris civilis (inédit); Quœstiones de 
emptione reddituum (publiéen 1514) ; De executione nltimarum 
voluntalum (inédit) ; De horis canonicis (inédit) ; De esu et 
abstinentia caniium (inédit ; 6. g. 4). (V. Molanus, 1. 1, p. 470, 
B30 et 895, Foppens, 1. 1, p. 460; Paquot, t. IX, p. 59; Fisen, 
Flores, p. .) 

Jean Surlet de Lardier, seigneur de Chockier, qui était 
docteur en théologie, prit une part active à l'administration 
du diocèse. Était-ce en qualité de vicaire général? Nous ne 
saurions le dire. Chanoine de Saint-Lambert depuis 1429 et 
prévôt de Maeseyck, il mourut, le 12 mars 1446. (V. DeTheux, 
t. Il, p. 211.) 

Godefroid M^cto^ qui était chanoine de Saint-Lambert déjà 
en 1426, assista l'évéque dans la visite canonique qu'il fit de 
l'abbaye de Saint-Laurent, le 20 mars 1443. Jean deHeinsberg 
rédigea pour l'abbaye de Saint-Laurent un nouveau règlement 
que Godefroid Mecking « son chancelier saieleur, » notifia 
aux religieux, le 16 avril suivant. Mecking était-il le chance- 
lier du prince ou le vicaire général de l'évéque ou l'un et 
l'autre à la fois? Nous ne saurions le dire. Mecking mourut 
le 27 avril 1458. (V. Jean de Stavelot, p. 510 ; De Theux, 
t. II, p. 199.) 

Plus d'un chanoine légua des livres à la bibliothèque 
(librairie) de Saint -Lambert. Nous avons déjà cité Jean de 
Boeslyntre. Guillaume de Bierset qui vivait sous Jean de 
Heinsberg, légua aussi plusieurs livres à la même librairie, 
entreautres, la collection des anciennes décrétales. (V. Concl. 
capit., 30 janvier 1463.) 



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sous JEAN OE HEINSBEKG. 263 

La chartreuse de Liège et celle de Ruremonde florissaient 
sous répiscopat de Jean de Heinsberg par la piété et les 
études des religieux. Barthélémy, qui naquit à Maestricht, 
avait fait ses études à l'université de Heidelberg et y avait 
mime enseigné la théologie. Dégoûté du monde, il entra au 
couvent des Chartreux à Ruremonde et en devint le second 
prieur. Le plus célèbre de ses disciples fut Denis- le - 
Chartreux. Rarthélemy mourut, le 4 juillet 1446, à Cologne. 
Il a écrit plusieurs ouvrages ascétiques qui sont restés 
inédits, et, en outre, un ouvrage intitulé : De auctoritate 
concilii supra Papam, ad bullam Eugenii IV responsio. Ce 
tilre indique assez la doctrine erronée qui est défendue dans 
cet écrit. (V. Foppens, t. I, p. ; Fisen, Floi^es, p. 323; 
PaWîC.,t.XIX, p. 277.) 

Les prieurs qui régirent la chartreuse de Liège furent éga- 
lement des hommes d'éminentes vertus et de grand savoir. 
C'était d'abord Adrien, prieur sous Jean de Ravière ; il laissa 
plusieurs écrits de piété, entre autres : liber de remediis 
utriusque fortunée, imprimé à Cologne en 1471 ; l'éditeur dit 
que l'auteur était un grand poète et professeur de théologie. 
Gérard de Schiedam , qui fut prieur pendant huit ans et qui 
mourut en 1442, écrivit le Spéculum prœlatorum. Jacques de 
Gruytrode qui fut prieur pendant trente-deux ans , écrivit le 
Lavacrum conscientiœ et le Quinque spécula prœlatorum, sub- 
ditorum, sacerdotum, sœcularium et senum, qui furent im- 
primés tous les deux, vers la fin du siècle. L'auteur mourut 
en 1478. (V. Fisen, Flores, p. 113.) 

Edmond de Dynter naquit au village de ce nom, dans la 
mairie de Rois-le-Duc, vers l'an 1382. Ce fut probablement à 
l'université de Cologne qu'il fit ses études et qu'il prit le 
grade de maître- ès-arts. Il connaissait le latin, le français et 
l'allemanë. Depuis 1406, il fut le secrétaire des ducs de 
Rrabant, Antoine (f 1415), Jean IV (t 1427), Philippe I" 
(t 1430), Philippe II (t 1467). Épuisé par plus de quarante 
années de travaux et dégoûté de la Cour, il rentra dans la 



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264 LE DIOCÈSE DE LIÉUE 

vie privée. Comme il était veuf, à celte époque, il put rece- 
voir la toiïsure cléricale et accepter, de la main de Philippe IL 
un canonicat dans Téglise de Saint-Pierre à Louvain. Il fixa 
sa résidence à Bruxelles, et alla souvent séjourner à Corsen- 
donck, pour y satisfaire sa piété et ses goûts littéraires. Il 
mourut à Bruxelles le 17 février 1448. Ce fut à la sollicitation 
de Philippe-le-Bon qu*il composa sa chronique du Brabant. 
Il y consacra les douze dernières années de sa vie. Cette 
chronique est divisée en VI livres et commence par les Rois 
Mérovingiens. Les trois premiers sont des extraits des 
chroniques antérieures et comprennent l'histoire des Rois 
Mérovingiens, des Rois Francs et de ceux de ta race Capé- 
cienne, jusqu'en 1328. Au IV° livre, il revient sur ses pas 
pour exposer Thisloire de nos provinces et leurs rapports 
avec TEmpire depuis le XI^ siècle jusqu'à Tan 1261 ; pour 
cette partie et les deux livres suivants, il avait à sa dispo- 
sition les archives des ducs de Brabant. Son ouvrage s'arrête 
à l'an 1442. Celte chronique a été publiée par Monseigneur 
De Ram en 18S5, en 3 volumes in-4*'. De Dynler a encore 
composé : 1^ Libellus de regibus francorum ; 2° Libellus de 
impcratoribus et regibus romanis; 3° Prévis historia Brabantiœ, 
Jean naquit, le 5 juin 1388, à Stavelot et porta le nom de 
sa ville natale. Il fut reçu à l'abbaye de Saint- Laurent, h l'âge 
de quatorze ans. On ignore où il fit toutes ses éludes. Est-ce 
à Tabbaye? Est-ce dans une université? Il fut ordonné prêtre 
en 1414. C'était un fervent religieux, observateur fidèle de 
la règle. Il s'occupa, pendant toute sa vie, d'études, princi- 
palement d'études historiques. Il nous semble qu'à partir de 
l'an 1420 il a tenu un journal des faits importants qui méri- 
taient d'être consignés par écrit. Après avoir transcrit les 
quatre livres de la chronique de Jean d'Outre-Meuse qui 
s'étend jusqu'à l'an 1400, il la continua jusqu'à l'an 1447. 
Son ouvrage qui a été consulté par Chapeaville et Fisen, n'a 
été publié qu'en 1861 par M. Borgnet. Jean de Stavelot 
était un infatigable copiste et un habile dessinateur. Il 



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SOLS JKAN DE HRINSBERG. 265 

transcrivit et enlumina pour la confrérie de Sainte-Barbe, la 
Passion de sainte Barbe. Il transcrivit, en outre, un grand 
nombre d'ouvrages pour la bibliothèque du couvent, car, dit 
son continuateur, qui en mentionne vingt-cinq, il n'était 
jamais oisif; entre autres : De sancto Laurentio ; Spéculum 
humanœ salvationis; Gesta abbatum; Desando Benedicto; De 
i'stitutioîie festi Sanrtissimi Sacramnti; Chtomca; Chrouica 
abbreviata; De fun latione et processu hujus monasterii et de 
abbatibus ejus ; Liber magislri Brnnonis de Florencia en 
roman; Liber Sj/^/rac philosophi; De vita Jesu-Christi et 
Evangeliis dominv:alibus et dex prœceptis, en roman. Jean 
de Stavelot mourut, le 16 octobre 1449. 

Jean de Monte, docteur en droit, était attaché à la Cour de 
rOfficial et résidait à Liège, déjà le 8 août 1399. Plus tard, 
on le voit résider à la Cour d'Eugène IV. C'est de ce Pontife 
qu'il avait obtenu un canonicat dans la cathédrale de Saint- 
Lambert, avant 1432. Il jouissait d'une assez grande consi- 
dération auprès de lui. On ignore en quelle année il est venu 
de nouveau résider à Liège. On l'y voit en 1438. L'année sui- 
vante, il remplit à Liège les fonctions de légat du Pape pour 
engager l'église de Liège à rester fidèle à l'Église romaine. 
Ses talents , ses connaissances et ses vertus , lui firent con- 
férer la dignité de doyen par le chapitre. Il mourut à Liège, 
le 30 décembre 1486. L'auteur de son épitaphe lui attribue le 
titre de sacrœ Scripturœ doctor et les belles qualités de pru- 
dens, facunduSy largus, moderatus. (V. De Theux, t. II, p. 226.) 

L'évéque Jean de Heinsberg eut successivement plusieurs 
évéques auxiliaires. Thierry Gues^^y, religieux de l'ordre des 
Ermites de Saint- Augustin, sacré évéque de Rosse, consacra 
en 1427 un autel au béguinage de Namur et le 5 avril 1429 
un autre dans l'hôpital de Tilleur En 1433 il consacra l'église 
des religieux Augustins de Haege sous Woensel. Il mourut 
à Liège, le 16 avril 1433. Jean de Heinsberg le remplaça par 
Paul Gobdin de Bollant, prieur des Augustins à Wesel, et 
docteur en théologie de Rome. Denis Stephani, Carme de 



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266 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Tirlemont, devint évêque suffragant de Liège, le 17 octobre 
1439, sous le titre d*évêque de Rosse. Il consacra Téglise du 
couvent de Golen, le 8 novembre 1439 , Taulel des douze 
apôtres dans l'église de Saint-Martin en Fouarge à Huy, le 
18 mai 1440 et Téglise de Tabbaye de Moulin, le 17 janvier 
1444. Il mourut le 25 octobre 1458. (V. De Villiers, 1. 1, 
p. 404.) 

En 1428, les Dominicains tinrent un chapitre général à 
Cologne. Après la clôture du chapitre, plus de quatre-vingt- 
treize religieux de France s'arrêlèrent à Liège et prirent part 
à la procession du Saint Sacrement. Le lendemain , il en 
arriva encore cinquante. Un d'entre eux, nommé Raphaël, 
docteur en théologie, d'origine espagnole, prêcha plusieurs 
fois au peuple avec une grande éloquence. La foule qui se 
pressait à ses sermons, était si grande que l'église ne pou- 
vait les contenir. Il prêcha ensuite en plein air devant 
l'église de Saint-Paul et devant celle de Saint-Jean. Il réunit 
aussi plusieurs fois le clergé dans la salle capitulaire de 
Saint-Lambert et dans les réfectoires des abbayes de Saint- 
Jacques et de Saint Laurent. Sur les instances du clergé et 
du peuple, ce savant Dominicain fixa sa résidence à Liège 
et y continua ses bonnes œuvres. (V. Jean de Stavelot 
p. 240; FiSEN, p. 187.) 

Le couvent des Dominicains à Maestricht eut, en 1435, 
pour prieur, un religieux bien distingué. Chrétien d'Opitter. 
Il enseigna la théologie pendant plusieurs années. Il mou- 
rut, le 10 février 1452. Ses traités manuscrits de théologie 
furent conservés à la bibliothèque du couvent jusqu'à la 
fin du XVIII' siècle. (V. Annales, t. I. p. 170.) 

Sous l'épiscopat de Jean de Heinsberg , plusieurs cardi- 
naux furent pourvus par les Papes d'un canonicat à la 
cathédrale. 

Branda de Castellio, connu sous le nom de cardinal de 
Plaisance, était déjà chanoine de la cathédrale en 1418. Il 
vint à Liège prêcher la croisade contre les Hussites, au 



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sous JEAN OE HEINSBERG. S67 

mois de juin 1421. Il mourut, le 5 février 1443, sans avoir 
résidé à Liège. D'après Ciaconius, ce fut lui qui fonda un 
collège à Pavie dans lequel des Liégeois pouvaient être 
admis gratuitement. Celte fondation ne doit-elle pas être 
attribuée à Jean Arnulphi de Castilione ? (V. De Theux. t. IL) 

Ange ou Angèle de i4«na,cardinal de Preneste (Palestrine), 
était chanoine de Liège, déjà en 1421 ; on l'appelait ordinai- 
rement le cardinal de Laon. Il mourut, le 21 juillet 1428. 

Ardicin de la Porta reçut de Martin V un canonicat de 
Saint-Lambert et fut reçu, par le chapitre, le 12 novembre 

1427, après qu'il eut fourni les preuves de ses grades. Il 
mourut en 1434. (Concl. Capit ) 

Le cardinal Julien de CœsarinUi reçut, le 23 décembre 

1428, la prébende tombée vacante par la mort d'Ange de Anna. 
Il arriva h Liège, en qualité de légat, le 12 juin 1431, pour 
prêcher la croisade contre les Hussites. Il n'a point résidé 
à Liège. Il périt à la bataille de Varna, le 10 novembre 
1444. (V. Fisen, p. 179 ; De Theux, t. II, p. 207.) 

Nicolas Crebs, né de parents pauvres, à Cues (Cusa), sur la 
Moselle, en 1401, près de Berncastel, au diocèse de Trêves, 
fut placé aux études par le comte de Manderscheid, chez les 
Frères de la vie commune à Deventer. Il fréquenta ensuite 
avec le plus grand succès les universités d'Allemagne et 
d'Italie et se fit recevoir docteur en droit canon à Padoue, 
n'ayant encore que vingt- deux ans. Ses talents lui firent 
conférer plusieurs fonctions importantes. Déjà avant l'année 
1431, il reçut un canonicat et l'archidiaconé de Brabant dans 
l'église de Liège. Au concile de Bâle, il fut un des défenseurs 
de la doctrine que l'autorité du concile est supérieure à 
celle du Pape. Il écrivit même, sur ce sujet, un ouvrage 
intitulé, Concordia catholica, dans lequel il défend le système 
de D'Ailly et de Gerson. Dès qu'il vit les tendances schis- 
matiques de plusieurs pères du concile, il se sépara d'eux 
et se mit du côté d'Eugène IV. Ce Pontife le chargea de 
plusieurs ambassades en Allemagne et en France. Après la 



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268 LR DIOCÈSE UE LIÈGE 

mort d'Eugène IV (23 février 1447), il vint, dit-on, résider & 
Liège. Le fait est, que le jour même de la mort du Pape, il 
était à Liège présent à un acte touchant les bénéfices de la 
cathédrale. Nicolas V le rappela h Rome, en le créant car- 
dinal, en 1448. Ce Pontife le chargea aussi de différentes 
missions qu'il remplit avec le plus grand zèle. En 1451, il 
visita le diocèse de Liège en qualité de légat. Il mourut à Todi 
en Ombrie, le 11 août 1464. Nicolas de Cusa était Thomme 
le plus savant de son temps. Il connaissait les langues 
grecque, latine et hébraïque ; il était très versé dans toutes 
les sciences ecclésiastiques, ainsi que dans les sciences des 
mathématiques et de Tastronomic. Il fut un des premiers à 
soutenir que la terre tourne autour du soleil. Son principal 
ouvrage de théologie est intitulé : De docta ignorantia, qui 
est un des plus remarquables du XV«^ siècle. Vers la fin de 
sa vie, il écrivit un traité assez considérable dans lequel il 
essaie de réunir, en les groupant, toutes les découvertes 
théologiques et philosophiques qu'il avait faites pendant 
ses longs ti-avaux scientifiques ; il l'intitula : De venatione 
sapientiœ. Nieolas de Cusa fonda à Deventer, avec la somme 
de 4,800 florins d'or du Rhin, un collège ou internat pour 
vingt élèves qui fréquenteraient les écoles des Frères de la 
vie commune. Le chapitre de la cathédrale de Liège avait le 
droit d'y placer trois élèves de son école. Le collège portail 
le nom du fondateur, Collegium Cusanum. Nicolas de Cusa 
fonda aussi dans son village natal un hôpital pour trente- 
trois pauvres. (V. Ciaconius, t. II, p. 974; Fisen, Flores, 
p. 364 ; De Theux, t. II, p. 217.) 

Herman de Werch qui était docteur en droit, obtint, du 
Pontife romain, un canonicat dans la cathédrale de Saint- 
Lambert en 1412. Il vint résider à Liège en 1417 et devint 
archidiacre de Hesbaye en 1428. Werch aima de favoriser 
les études, car il fit des fondations dans ce but à Cologne 
et à Herford, ville impériale au comté de Ravensberg en 
Westphalie. (V. De Theux, t. II, p, 181.) 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 269 

Helmicus Amoris (Liebens) de Zutphania, qui devint géné- 
ral des Croisiers en 1415 et qui régit Tordre jusqu'en 1433, 
comptait aussi parmi les savants du XV« siècle. Il laissa un 
commentaire sur les Proverbes de Salomon qui est encore 
inédit : Anatome seu medullata et exaclissima explicatio para- 
boah-um seu proverbiorum Salomonis, 

Jean Van Dael {de Valle) de Beeringen, curé de Hamal, 
consacra sa vie à Tétude, ainsi qu'à Taccomplissement de ses 
fonctions pastorales. Il écrivit un Alphabeticum narratorium^ 
contenant des histoires de morale, qu'il légua avec sa riche 
bibliothèque aux chanoines réguliers de Tongres. Cet ou- 
vrage n'a jamais été imprimé. Van Dael florissait vers l'an 
1436. (V. Mantelius, Hasseletum, p. 125; Foppens, t. II, p. 742.) 

Jean de Heestert naquit à Looz au commencement du XV* 
siècle. Se sentant appelé à l'état religieux, il sollicita son 
admission dans un couvent de la Congrégation de Winder- 
heim, parce que dans cette Congrégation florissait les éludes 
et la discipline monastique. Admis au couvent de Bethléem, 
près de Louvain, il y fit sa profession en 1427. Il s'y distingua 
par son application aux études et par sa régularité. Le prieur 
de Belhléem à la juridiction duquel l'évêque de Liège avait 
soumis les religieuses de Sainte-Ursule h Louvain, nomma 
Jean de Heestert directeur de ces religieuses. Il remplit ces 
fonctions pendant douze ans et mourut de la peste en 1458. 
Ce fut, sans doute, k la demande des religieuses Ursulines 
que Jean de Heestert composa un beau poème latin en 
l'honneur des Onze mille Vierges : Rythmus in honorem XI 
millium Virginum, Pierre Impens rapporte ce poème en 
en ier dans sa chronique (encore inédite) du couvent de 
Bethléem. Arnold Raiss en donne un extrait dans la Belgica 
christiana. Pierre Impens mentionne encore un ouvrage de 
Jean de Heestert sur la liturgie : De ceremoniis divini officii 
in suo ordine. Aucun de ces ouvrages n'a été publié jusqu'ici. 
(V. Foppens, t. II, p. 655.) 

11 n'existait aucune université dans les diocèses de Liège, 



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S70 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

de Tournai, d'Ulrecht, de Therouane et de Cambrai, entre 
lesquels les états du duc de Brabant étaient répartis. 
Jean IV qui désirait avoir une université pour ses états, se 
concerta avec le Conseil communal et le clergé de la ville de 
Louvain pour procurer les locaux et la dotation nécessaires. 
Ce fut, à leur demande, que le pape Martin V, par une bulle 
du 9 décembre 1425, érigea une université à Louvain : elle 
aura seulement quatre facultés (et non celle de théologie) ; 
elle jouira des mêmes privilèges que celles de Cologne, de 
Vienne, de Leipzig, de Padoue et de Mersenbourg ; les 
professeurs, les élèves et les autres membres de l'université 
ne relèveront que de Tauloriié académique et seront exempts 
de la juridiction du duc, de celle du Conseil communal et 
de celle du clergé de la ville. On ne voit point dans les actes 
que révêque de Liège et ceux des autres diocèses soient 
intervenus dans Térection de l'université. 

Le motif pour lequel Martin V lefusa la faculté de théologie 
n'est pas connu. Était-ce à la demande des évoques pour que 
l'université ne fit aucun tort aux écoles de théologie de leurs 
diocèses? Était-ce l'appréhension qu'on n'y enseignât les 
doctrines gallicanes que les évêques assemblés en concile 
sont supérieurs au Pape, doctrines qui étaient enseignées 
dans la plupart des universités? 

Le pape Martin accorda, en outre, que les bénéficiers 
pourraient se rendre à Louvain pour y faire ou achever leurs 
études et percevoir néanmoins les fruits de leurs bénéfices 
(19 décembre 1425) ; il les dispensa également de l'obligation 
qui pourrait leur incomber, à titre de leurs bénéfices , de 
recevoir le diaconat ou la prêtrise ; la dispense est de 
sept ans, durée ordinaire des études de philosophie et de 
théologie (1425). 

Le duc Jean IV accorda aux membres de l'université 
l'exemption des droits de douane et d'octroi et tous les pri- 
vilèges des bourgeois de Louvain. 

Les privilèges accordés à l'université de Louvain donnèrent 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 271 

lieu à des conflits avec les évêques. Le 2 novembre 1428, 
une convention fut conclue à ce sujet avec Tévêque de Liège : 
les membres de l'université pourront jouir des fruits de leurs 
bénéfices, mais tout ce qui concerne les prêtres qui rem- 
plissent, en leur nom, les charges des bénéfices, suivra les 
lois ordinaires; les membres de l'université restent soumis 
à la juridiction ordinaire en ce qui concerne les grands 
crimes et les excès énormes ; pour jouir des privilèges de 
l'université, il faut y faire une résidence active pendant la 
majeure partie de Tannée. (V Placards deBrabant, 1. 1, p. 107.) 

Philippe-le-Bon, duc de Brabant, dès son avènement au 
duché, se concerta avec la ville de Louvain pour solliciter 
du Pape l'érection d'une faculté de théologie. Il envoya, à 
cet effet, à Rome, Henri de Mera, professeur et docteur en 
droit canon. Martin V accueillit la demande du duc, mais la 
mort qui l'enleva le 20 février 1431, ne lui permit pas de 
signer la concession. Son successeur Eugène IV érigea la 
faculté de théologie par un diplôme du 7 mars 1431. Le 
même Pontife confirma aussi, le 29 août suivant, l'accord 
fait entre l'université et l'évéque de Liège et, en 1443, il 
incorpora cinq bénéfices de l'église de Saint-Pierre aux cinq 
chaires de théologie. (Molanus, 1. 1, p. 800.) 

Des personnes bienfaisantes fondèrent près de l'univer- 
sité, pendant les quatre siècles de son existence, une 
quarantaine de collèges ou internats pour le logement de 
certaines catégories d'élèves ; d'autres y firent un grand 
nombre de fondations de bourses d'études. On compte 
plusieurs Liégeois parmi ces bienfaiteurs et ces fondateurs. 

Le diocèse de Liège fournit aussi un certain nombre de 
professeurs à l'université pendant la première moitié du 
XV« siècle. 

Heimeric de Campo (Van de Velde), qui naquit à Sonne 
près de Bois-le-Duc, fit ses études supérieures à l'université 
de Paris. Il passa ensuite à celle de Cologne où il enseigna 
la philosophie au collège de Saint-Laurent. Après y avoir 



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272 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

pris ses grades, il obtint une chaire de théologie. L'univer- 
sité de Cologne renvoya en 1431 au concile de Bâle. Pen- 
dant les quatre ans qu'il y resta, il combattit les tendances 
schismaliques d'une partie des évêques. A son retour, il 
présenta à Tuniversité une apologie de sa conduite. L'uni- 
versité de Louvain faiiira dans son sein en lui conférant 
une chaire de théologie en 1444. Il y enseigna avec éclat 
jusqu'en 1460, année de sa mort. Il passait pour un habile 
théologien et pour un des plus subtiles philosophes de son 
temps. On a publié de lui trois ouvrages sur la philosophie 
d'Âlbert-le-Grand contre celle des Thomistes. Tous ses 
autres écrits au nombre de vingt-neuf sont restés inédits. 
On y remarque un commentaire sur Pierre Lombard, des 
Disputatiories de controversiis fidei; De audorilate concilii seu 
apologia cur recessent à concilio. (V. Molanus, t. I, p. 471 
et 502; Paquot, t. V, p. 131.) 

Jean de Bornai, ainsi appelé de son village natal, Boumal 
au doyenné de Jodoigne, était prieur des Dominicains à 
Louvain, quand une chaire de théologie à l'université lui fut 
conférée en 1434. Il mourut en 1477. Il a laissé quelques 
commentaires sur TÉcriiure Sainte et trois ouvrages sur les 
ordres religieux, qui sont tous restés inédits. (V. Molanus, 
t. I, p. 803 ; FoppENs, t. .) 

Jean de Groesbeeck, chanoine de Sain t- Servais à Maestricht, 
fut le premier professeur de droit civil à l'université de 
Louvain en 1426. Ghapeaville l'appelle eximius. Il mourut 
avant l'an 1446. On ignore, s'il a laissé des écrits. (V. Molanus, 
1. 1, p. 529; Ghapeaville, t. III, p. 117.) 

Raoul, appelé de Beeringen, de son endroit natal, prit les 
grades de maître-ès-arts et de docteur en théologie et en 
droit canon, probablement à l'université de Cologne. En 1428 
il obtint la chaire de droit canon à l'université de Louvain. 
Il mourut dans cette ville en 1455. On a de ce docteur un 
commentaire sur le chapitre Omnis utriusquesexus, un autre 
sur les Clémentines et plusieurs opuscules théologiques, qui 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 273 

sont tous restés inédits. (V. Molanus, t. I, p. 833; Foppens, 
t. II, p. .) 

Henri Scatter qui était niaître-ès-arts, docleur en méde- 
cine de l'université de Paris et chanoine de Saint- Lambert à 
Liège depuis 1413, fut nommé professeur de médecine à 
Louvain en 1426. Le 22 mai 1439, il fut élu doyen du chapitre^ 
de Saint-Lambert, mais le 31 juillet, le Pape conféra cette 
dignité à Gilles de Tilhou. Henri Scatter, pour éviter tout 
conflit, renonça à ses droits sur le décanat. Après la mort 
de Gilles de Tilhou, le chapitre élut, une seconde fois, Henri 
Scatter à la dignité décanale (26 mai 1443). Henri résida à 
Liège, au moins depuis cette époque, et prit une part active 
à l'administration de la principauté et du diocèse. Il mourut 
en 1451. On ignore s'il a laissé des écrits. A Utrecht, il avait 
été élu doyen du concile et à Liège il avait obtenu la cure de 
Glons. (V. MoLANus, t. I, p. 860; De Theux, t. Il, p. 183.) 

Georges Bourgeois, licencié en droit, recteur de la faculté 
des arts et doyen de l'église collégiale de Saint-Jean à Liège, 
donna, en 1444, la maison qu'il possédait à Louvain aux 
Carmes, pour y ériger un collège d'études de leur ordre. 
(V. MouNus, t. I, p. 896.) 

Godetroid de Boeslintere, natif de Breischem près de 
Tirlemont, doyen du concile rural de Jodoigne, fit une 
bonne œuvre semblable. En 1449 il donna sa maison à la 
faculté des arts pour être convertie en un internat d'étu- 
diants. (V. MoLANUs, t. I, p. 896 et 634.) 

Jean Leyten de Hasselt, licencié en droit civil et doyen de 
la collégiale deHocsem, fut le premier professeur de l'éthique 
ou philosophie morale. Il fut recteur de l'université en 1428. 
On a de lui un commentaire sur l'éthique d'Aristote. Il 
mourut vers 1470. (V. Molanus, t. I, p. 470 et 894.) 

Jean de Stembier de Liège enseignait dans la faculté des 
arts déjà en l'année 1431 et en 1436 il fut recteur de l'univer- 
sité. (V. Molanus, t. I, p. 471 ; Reusens, p. 23.) 

Jean de Widoe de Herck, qui était le cinquième à la pro- 

18 



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274 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

motion générale de 1429, figure parmi les régenls de la 
faculté des arts déjà en 1431 et encore en 1448. Il fut recteur 
de l'université en 1442, et mourut le 19 septembre 1473. Il 
légua sa maison pour être convertie en pédagogie ; il peut 
être considéré comme le premier fondateur de la pédagogie 
Ju Porc. (V. MoLANus, p. 472, 695 et 634; Reusens, p. 19 et s.) 

Jean de Hasselt dit de Liège, qui fut le neuvième dans la 
promotion de 1447, fut admis, la même année, parmi les 
régents de la faculté des arts. (V. Reusens, p. 85.) 

Godefroid de Gempel, né à Desschel, chanoine de Saint- 
Jean à Bois-Ie-Duc et président de la pédagogie du Château 
qu'il avait fondée et dotée, enseigna la philosophie pendant 
plusieurs années. Il mourut le 4 avril 1457. 

VII. 

Les nouveaux couvents. 

L'évêque Jean de Heinsberg aimait de protéger les insti- 
tutions monastiques et de favoriser les nouvelles fondations. 
Sous son épiscopat, on voit se multiplier les communautés 
des Sœurs grises, des Sœurs noires, des Frères celliles pour 
les soins des malades, les communautés du Tiers-Ordre de 
Saint-François pour la vie contemplative et les ouvrages 
manuels, les instituts de la règle de Saint-Augustin, pour les 
sciences, la vie contemplative et les travaux manuels. 
L'évéque donna à la plupart de ces couvents de sages règle- 
ments et même des privilèges. Ce mouvement vers la vie 
religieuse qui se manifestait sous son épiscopat, provenait 
de la vivacité de la foi et de Tamour de la religion qui animait 
ses diocésains. Aux conciles provinciaux de Mayence en 
1451 et de Cologne en 1452, le aardinal-légal, De Cusa, 
renouvela Tancienne prohibition, de 1218 et de 1273, d*ériger 
de nouvelles congrégations religieuses et il conseilla à ceux 
qui avaient du goût pour la vie religieuse, d'entrer dans un 
ordre approuvé. 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 278 

Nous énumérons ici les nouvelles fondations qui ont été 
faites sous Tépiscopat de Jean de Heinsberg. 

Le couvent de Marienhage, sous Woensel près d'Eyndho- 
ven, fut fondé en 1419 par le seigneur du lieu, Jean de 
Schoonvorst, pour des chanoines réguliers de TOrdre de 
Saint-Augustin. L'évéque de Liège approuva la fondation, la 
même année. Les premiers religieux vinrent en partie d'un 
couvent d'Arnhem et en partie de celui de Gorsendonck. La 
communauté tut aggrégée à la congrégation de Windesheim 
en 1421. Cette congrégation comprenait un certain nombre 
de couvents de TOrdre de Saint-Augustin qui suivaient la 
même règle et qui avaient pour supérieur général le prieur 
de Windesheim près de Zwol. Le pape Martin V, par un 
diplôme du 18 mars 1420, daté de Florence, avait approuvé 
cette congrégation. L'église de Marienhage fut consacrée en 
1433 par Tévêque suffragant , Thierry. Un des grands bien- 
faiteurs du couvent fut Marlin van Erkenbroeck de Someren. 
Il était chanoine de la collégiale de Saint-Jean à Bois-le-Duc 
et secrétaire de cette ville. Il fonda aussi des bourses d'études 
au grand collège du Saint-Esprit à Louvain. Il mourut le 
7 septembre 1468 et fut enterré à Marienhage. Les chanoines 
réguliers de Marienhage s'occupèrent aussi de la transcrip- 
tion des livres. (V. Coppens, t. III, p. 186). 

Le couvent des Bons- Enfants^ à Liège. La plus ancienne 
mention de ce couvent est de Tan 1260. Ce fut en cette 
année que le pape Alexandre donna un bref de protection 
« au prieur de l'église de Sainte- Elisabeth des Bons-Enfants à 
Liège et aux religieux ses frères. » Par testament du 31 juillet 
1267, Reinier écolàtre de Tongres fit un legs aux Bons- 
Enfants à Liège. Pourquoi le couvent portait-il ce nom? 
Est-ce parce que les religieux s'adonnaient à l'instruction et 
à l'éducation des enfants ? Nous l'ignorons. L'évêque, Jean 
de Heinsberg, fit venir du couvent de Bethléem près de 
Louvain, le religieux augustin Oliverius de Campo (1424) 
pour réformer la maison des Bons-Enfants. En cette année, 



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276 LE DIOCÈSE DE LlftGE 

dit Jean de Stavelot, des chanoines réguliers furent mis aux 
Bons-Enfants à Liège, qui, depuis longtemps, avait été un 
prieuré tout désolé. Oliverius y rétablit la discipline et la 
règle de Saint-Augustin et l'incorpora à la congrégation de 
Windesheim. Ce religieux, natif de Comptich, avait été à 
Bethléem procureur, puis sous-prieur et maître des novices ; 
il y avait copié plusieurs livres, relié et enluminé d'autres. 
Il mourut à Liège, le 10 mai 1450. Il n'y a guère à douter 
que les religieux ne se soient occupés comme lui, à trans- 
crire des livres. Hugues Cranen, orfèvre à Diest, qui, après 
la mort de son épouse, était devenu frère convers k Beth- 
léem, fut attiré à Liège par l'évéque pour instruire les frères 
laïcs aux Bons-Enfants. Il fut probablement le compagnon 
d'Oliverius à Campo. (V. Zantfliet, adan., 1306; Molanus, 
t. I, p. 277 et 281 ; Notices, t. XI, p. 14 ; Ernst, p. 317; 
Jean be Stavelot, p. 214.) 

Le couvent des Chanoines réguliers, à Tongres. Il y avait 
à Tongres un hospice que le chevalier Rycaldus de Luke, 
écuycr avait établi. La chapelle en avait été consacrée en 
1406. Les bourgmestres, conseillers et bourgeois de Tongres 
désiraient qu'on y établît des religieux Auguslins. L'évéque y 
consentit en 1424, sous la condition que l'hospitalité conti- 
nuerait à y être exercée comme auparavant. A la Toussaint 
de cette année, des religieux augastins de Cortendonck qui 
étaient natifs de Tongres, s'y établirent. En 1426 ils adop- 
tèrent la stricte clôture et firent partie de la congrégation 
de Windesheim. Leur premier prieur, Jean Reys, s'occupa 
de la transcription de livres et il en composa lui-même. Il 
copia un Vitœ sanctorum en trois volumes et il composa un 
Summa sacrœ iheologiœ, ouvrage resté inédit. Ses religieux 
partagèrent ses goûts ; aussi leur bibliothèque devint-elle 
assez nombreuse et jouit d'une assez grande réputation. 
(V. Jean de Stavelot, p. 196; Foppens, t. II, p. 716 ) 

J^ Val de Sainte-Catlierine, à Hasselt. Ce couvent de reli- 
gieuses du Tiers-Ordre de Saint-François fut fondé en 1426 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 277 

par Ida Putlincx veuve, dans sa propriété op die wolfkeîis. 
Le magistrat approuva la fondation, le 14 juin 1428, et Tévéque 
de Liège, le 12 novembre 1430. Le diplôme de l'évéque se 
trouve dans le manuscrit de Vandenberg, p. 166. (Université 
de Liège.) Dix ans plus tard la stricte clôture y fut introduite 
par la sœur Aleyde Baerthuys du couvent de Saint-André, à 
Maestricht. Le Val de Sainte-Catherine envoya de ses reli- 
gieuses à Liège en 1497 et plus tard, dit-on, à Lierre, à 
Berg-op-Zoom, à Bréeet à Bilsen. (V. Mantelius, p. 157.) 

Le Couvent de Colen, à Kerniel. Le couvent de Colen fut 
fondé par Marie de Colen qui était fille d'Abraham de Colen 
et d'Ode Roefs. Devenue veuve de Jean de Mettecoven, elle 
s'était retirée au béguinage à Saint-Trond pour y vivre 
dans la piété et la pratique des bonnes œuvres. La dévotion 
qu'elle avait envers la Sainte Croix lui inspira l'idée de 
fonder un couvent de Croisiers. Elle le fonda, d'abord, dans 
la paroisse de Looz, hors la porte de Cologne, vis-à-vis 
du Borchgracht (1431). Le curé de la paroisse refusa son 
consentement à la fondation ; dès lors, les religieux aban- 
donnèrent la maison et la vendirent plus tard aux frères 
Beggards de Zepperen. Marie de Colen les établit, quelque 
temps après, dans sa propriété de Colen avec le concours 
de son proche parent Jean de Gutschoven, seigneur de 
Pologne et vicomte de Looz et de son épouse Dorothée de 
Schoenhoven. Le curé de Kerniel y consentit, le 13 août 
1438, sous certaines conditions. L'évéque approuva la fon- 
dation, le 26 août 1438, et Nicolas de Cusa légat du Saint- 
Siège, le 15 octobre 1451, La fondatrice se rendit à Rome, 
en 1460, pour y gagner le jubilé. A son retour, elle mourut 
en Lombardie, le 5 juin de cette année. (V. Hermans. t. III, 
p. 692; Histoire de Looz, t. II; Notices, 1. 1, p. 399.) 

Luciendael, à Saint-Trond. Des cbanoinesses régulières 
de Saint- Augustin s'établirent, vers 1428, dans la paroisse 
de Saint-Jean à Saint-Trond et donnèrent à leur couvent le 
Bom de Luciendael. Elles honorèrent d'un culte particulier 



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278 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

une image miraculeuse de sainte Lucie. (V. Notices, t. V, 
p. 72.) 

Steynaert, à Saint-Trond. Des religieuses sorties de Lu- 
ciendael adoptèrent la règle du Tiers-Ordre de Saint-François 
et s'établirent dans la paroisse de Saint-Gangulphe, en 1454, 
dans un endroit appelé Op ten Steynaert, L'évêque autorisa 
leur établissement ; douze religieuses devaient observer la 
clôture ; douze autres soigneraient les malades à domicile et 
toutes feraient les vœux de religion (6 août 1454). Le soin 
des malades fut plus lard abandonné aux sœurs grises, mais 
les religieuses de Sieynaerl le remplacèrent par une autre 
bonne œuvre, à savoir Tinslruction et Téducalion des filles. 
(V. Cart. S, Tiud., t. II, p. 312; Notices, t. V, p. 72.) 

Les Bogards, à Zepperen. Deux tisserands, qui faisaient 
probablement partie du Tiers- Ordre de Saint-François, 
allèrent habiter Zepperen. Ils y portaient le costume des 
Bogards et s'adonnaient à la piété. Leur bon exemple trouva 
des imitateurs. En 1425, le curé Jean de Coloma et les frères 
Jean de Dorsten et Gilles de Saint-Trond demandèrent à 
révêque de les réunir en communauté religieuse et de leur 
permettre de se construire un couvent sur un terrain de 
quatre bonniers que Jean Gorre destinait à cet effet. Par un 
diplôme du 15 février 1425, l'évêque accueillit leur demande 
et les autorisa à se réunir en communauté sous la règle du 
Tiers-Ordre de Saint-François ; ils pourront admettre des 
compagnons ou novices jusqu'au nombre de vingt, se cons- 
truire un couvent sur le terrain donné par Gorren et l'appeler 
Champ de Saint 'Jérôme\le gardien des Mineurs de Tirlemont 
sera lour visiteur ; ils fréquenteront l'église paroissiale dans 
laquelle ils recevront les Saints Sacrements, comme les 
autres paroissiens. L'établissement des Bogards prospéra. 
L'évêque l'approuva de nouveau, le 22 juin 1435 et accorda 
plusieurs privilèges aux religieux : ils pourront se construire 
un oratoire public, avoir un cimetière spécial, porter le 
costume des Bogards du diocèse d'Ulrecht et émettre les 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 279 

trois vœux de religion; ils pourront, en outre, se choisir 
pour visiteur un prélat d'un ordre approuvé, jusqu'à ce que 
leur couvent soit incorporé au chapitre général des Begards 
du diocèse d'Utrecht, lequel visiteur admettra les postulants 
à la prise d'habit et les novices à la profession ; ce visiteur 
nommera aussi leur Frère-Ministre et leur confesseur ; leur 
Frère-Ministre pourra leur administrer les Saints Sacre- 
ments du Viatique et de l'Extréme-Onction, célébrer leurs 
obsèques, sauf les droits du curé. L'incorporation au chapitre 
général des Bogards d'Utrecht n'eut point lieu, pensons- 
nous. En 1443, l'évéque de Liège érigea les maisons des 
Bogards de son diocèse en congrégation : dans chaque mai- 
son de l'ordre on élira un prêtre pour supérieur local ; 
toutes les maisons réunies éliront un supérieur général et, 
en outre, un visiteur général pris dans un autre ordre. 
Ce règlement fut approuvé par le pape Eugène IV. On voit 
dans une pièce de 1446, que le ministre général des Bogards 
du diocèse, Barthélémy Opsteghe, résidait à Zepperen ; le 
visiteur était Jacques, prieur des chanoines réguliers de 
Tongres. Il paraît que, vers l'an 1453, le pape Nicolas V 
ordonna que le supérieur général serait toujours un prêtre 
de l'ordre et qu'il serait élu à Zepperen. La fondation du 
couvent de Zepperen avait été approuvée, au mois d'octobre 
1481 , par le cardinal-légat Nicolas de Gusa , qui accorda 
même une indulgence de cent jours à ceux qui feraient une 
offrande à l'église du couvent. Les Bogards tenaient, chaque 
année, un chapitre général. Dans celui qui fut tenu en 1488 
à Hoègarden, il fut convenu que la nu-propriété des biens, 
meubles et immeubles, serait donnée à la congrégation des 
Bogards, afin d'empêcher qu'ils ne soient détournés de leur 
destination ; l'usufruit en resterait à chaque maison. Les 
Bogards de Zepperen exécutèrent cette décision, le 6 octobre 
1486. Ils étaient, en ce moment, six prêtres et seize frères 
laïques. (V. Pièces inéd.. Public, de Maestricht, t. II, p. 108 ; 
Helyot, t. VII, p. 246.) 



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280 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Les Bogards, à Bois-le-Duc, étaient dans le principe une 
réunion d'hommes pieux qui gagnaient leur vie en tissant le 
lin et la laine (1319). Ils suivaient la règle du Tiers-Ordre de 
Saint-François et en 1439, ils prirent un costume religieux. 
Il est à-conjecturer qu'ils firent partie de la congrégation de 
Zepperen. (V. Coppens, t. II, p. 213.) 

L'origine des frères CeUites n'est pas bien connue. C'était, 
dans le principe, une société de pieux laïques qui soignaient 
les malades et enterraient les morts. Ils rendaient ces ser- 
vices de charité surtout aux pauvres. Ayant été inquiétés au 
sujet de leur genre de vie et de leur costume, principale- 
ment par des inquisiteurs pontificaux et des religieux d'autres 
ordres, ils s'adressèrent au Saint-Siège et implorèrent sa 
protection. Le pape Grégoire XI, par un bref du IIII des 
nones de décembre, l'an VII de son pontificat (2 décembre 
1377), adressé aux évéques d'Allemagne, de Brabant et des 
Flandres, les prit sous sa protection et les recommanda à la 
sollicitude des évéques ; il leur ordonna de les absoudre de 
toute censure et de les faire admettre aux Saints Sacrements, 
s'ils avaient été excommuniés ou écartés des acrements. 
Il y avait, à cette époque, des femmes pieuses qui s'adon- 
naient aux mêmes bonnes œuvres que les Cellites et qui 
vivaient aussi en communauté, mais dans des maisons 
distinctes de celles des frères. Le pape Grégoire XI les 
mentionne dans son bref et étend sur elles sa protection. 
Le cardinal Ange du titre des saints Pierre et Marcellin, 
député, à cet effet, par le concile de Constance, prit aussi 
les Cellites sous sa protection et déclara non fondées les 
plaintes formulées contre eux. Des inquisiteurs de la foi et 
des religieux continuèrent néanmoins de les inquiéter et de 
leur susciter des désagréments. Le pape Eugène IV, par un 
bref du IIII des ides de mai 1431, adressé également aux 
évéques d'Allemagne, de Brabant et des Flandres, les prit 
aussi sous sa protection, parce qu'ils étaient orthodoxes, 
adonnés aux œuvres de charité et obéissants à leurs curés 



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sous JEAN DB HËINSBERG. ^81 

et à leurs évêques ; il leur permit de porter leur costume 
habituel et il les encouragea à continuer leurs bonnes 
œuvres ; il les exempta de la juridiction des inquisiteurs et 
des antres religieux, mais les maintint. sous la juridiction 
des curés el des évêques. (V. Arch. Ghisels, n<» 213.) 

Les frères étaient appelés CellUes, parce qu'ils habitaient 
des cellules et Alexiens, parce qu'ils avaient saint Alexis 
pour patron. Ce fut en 1436, à Toccasion d'une maladie 
contagieuse que des jeunes gens se réunirent à Bois-le- Duc^ 
pour soigner les malades et enterrer les morts. Leur commu- 
nauté coniinua de subsister et de rendre des services de 
charifé. Elle adopta plus lard la règle de Saint-Augustin, 
comme les autres communautés de Gellites. (V. Coppens, 
t. II, p. 228.) 

Ce fut également à l'occasion de la peste qui désola le pays 
en 1438 et 1439 que des habitants de Hasselt firent venir 
trois frères Alexiens de Diest pour soigner les malades et 
enterrer les morts. C'étaient Guillaume Zelender, Noël Van- 
dendriesch rt Guillaume Desseleers. La béguine Noels leur 
donna une maison pour s'y établir. (V. Mantelius, p. 188.) 

Les chanoinesses régulières de Mariendael, à Diest. Cette 
fondation dut son origine à Jean Rumelants de Diest et à son 
épouse Elisabeth Nys. L'évéque de Liège l'approuva, le 22 
août 1422; les religieuses suivront la règle de Saint-Augustin; 
elles réciteront l'office de la Vierge; elles s'adonneront aux 
ouvrages manuels pour gagner leur vie; elles seront sous la 
direction spirituelle du prieur de Bethléem près de Louvain 
qui leur donnera un chapelain et un confesseur; elles obser- 
veront la stricte clôture. Les premières religieuses vinrent 
du couvent de Nimègue. C'étaient Aleyde Kokens et Elisabeth 
Bernaerts. L'évéque de Liège plaça, en 1432, le couvent sous 
la direction du prieur des Augustins d'Eyndhoven. Les reli- 
gieuses ne se bornèrent pas aux ouvrages manuels propres 
aux femmes; elles transcrivirent aussi des livres, surtout 
des livres liturgiques. (V. Raymaekers, p. 377.) 



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282 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

Nicolas d'Arnhem, chapelain de Téglise Saint -Pierre, à 
Louvain, fonda dans la ville (ÏAerschot le monastère de 
Mont-Saint'Nicolas, C'étaient dans le principe des sœurs de 
la vie commune sous la direction du prieur de Saint-Martin, à 
Louvain. Leur fondateur mourut le 26 mai 1443. Plus tard, 
elles prirent la règle du Tiers-Ordre de Saint-François et en 
1453 elles devinrent des chanoinesses régulières de Saint- 
Augustin. (V. MOLANUS, t. I, p. 145.) 

Le couvent des Clarisses, à Tongres, fut fondé vers 1424. 
Tout Tordre des Clarisses reçut du pape Eugène IV (23 août 
1439) rexemption de la juridiction épiscopale. (V. Perreau, 
p. 178, Reg. du Secrétariat, n^ 1, p. 78.) 

Les chanoinesses de Sainte- Gertmdey à Bois -le -Duc. 
Pierre de Gorter, son épouse Alida Troyaerts et le frère 
de Pierre nommé Tilman, établirent des religieuses domini- 
caines à Bois-le-Duc. Après le départ de celles-ci , ils char- 
gèrent, par disposition testamentaire, Jean de Camps, 
officiai de Tévêque et Arnold Coelbaert, d'y établir des reli- 
gieuses augustines. Les exécuteurs testamentaires furent 
autorisés à le faire, par Jean de Heinsberg, le 17 décembre 
1448. Six religieuses, venues du couvent de Maeseyck, 
s'y établirent l'année suivante. Deux ans plus tard, Hilger, 
évéque suffragant de Liège, bénit leur couvent et y établit 
la stricte clôture. Jean de Heinsberg qui avait placé les 
religieuses sous la direction du prieur de Sainte-Elisabeth, 
près de Ruremonde, les soumit ensuite à la direction du 
prieur de Hage sous Woensel (22 août 1453). En 1455, le 
même évéque permit aux religieuses augustines de Sainte- 
Gertrude, de Venlo, de Ruremonde et de Maeseyck de 
se constituer en congrégation spéciale et de se choisir un 
directeur commun. Le pape Galiste III approuva cet arrange- 
ment par un bref du 7 décembre 1456. Plus tard, d'autres 
couvents de religieuses augustines entrèrent dans cette 
congrégation. (V. Coppens, t. II, p. 265.) 

Dès Tannée 1436, des filles pieuses se réunirent à Bois-le- 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 283 

Du), pour soigner les malades et les pestiférées de leur 
sexe Elles y furent appelées sœurs noires de leur costume et 
sœurs ceintes de leur manière de vivre. Comme les frères 
cellites, elles embrassèrent aussi la règle de Sainl-Auguslin. 
L'évéque de Liège approuva leur règle et leur couvent 
nommé Nazareth, le 12 novembre 1477. (V. Coppens, t. II, 
p. 271.) 

Un couvent de religieuses du Tiers- Ordre de Saint-Fran- 
çois fut fondé, en 1423, à Bois-le- Duc, par Walter Van Oekel. 
Il était situé dans la rue UiUnborg. Les religieuses ne fai- 
saient point de vœux dans le principe. L'évéque Louis de 
Bourbon les autorisa à émettre les vœux de religion et 
approuva leur communauté, le 11 juillet 1469. Il donna au 
couvent le nom de Marienborg. Les religieuses firent partie 
de la congrégation de Zepperen. (V. Coppens, t. II, p. 2S7.) 

Il y avait au XV* siècle, un second couvent de sœurs 
franciscaines du Tiers- Ordre, à Bois-le- Duc, derrière le Toi- 
brug. Il s'appelait Bloemencamp. Les religieuses portaient le 
nom de sœurs de Sainte-Élisabelh. Elles étaient cloîtrées et 
menaient une vie contemplative. Anna de Vlierden avait 
établi et doté leur couvent en 1482. (V. Coppens, t. II, 
p. 260.) 

Les chanoinesses régulières de Saint-Augustin, établies à 
Bois-le-Duc sur le Windmolenberg remontent à la première 
moitié du XV« siècle. Quatre filles pieuses s'étaient réunies 
en communauté à Vught. Leur nombre s'augmenta bientôt. 
Une section de la communauté alla s'établir à Bois-le-Duc, 
au Windmolenberg, déjà avant l'année 1454. Ce fut en cette 
année que l'évéque de Liège leur permit de se choisir un 
prêtre pour directeur et confesseur. Elles suivaient la règle 
des frères de la vie commune. En 1466 elles adoptèrent la 
règle de Saint-Augustin et émirent les trois vœux avec la 
profession religieuse du consentement de l'évéque, Louis de 
Bourbon. Cet exemple fut suivi par les religieuses de la 
communauté de Vught. La stricto clôture ne fut introduite 



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284 LE DiocÈSi!; ue liège 

que quand le couvent fut suffisamment doté. (V. Coppens, 
t. II, p. 274.) 

Il y avait à Achel des religieuses franciscaines dont le 
couvent portait le nom de Val de Sainte-Catherine. Il fut 
fondé très probablement sous Fépiscopat de Jean de Heins- 
berg. 

Des religieuses d'Achel se rendirent en 1453 à Dommelen 
pour y commencer la nouvelle communauté du Val de Sainte- 
Agnès qui venait d'être approuvée par Jean de Heinsberg 
(2 mars 1453). Ce couvent fut fondé par Théodore Bruy- 
nincx. (V. Coppens, t. III, p. 67.) 

Six filles pieuses d'Amsterdam qui suivaient la règle du 
Tiers- Ordre de Saint-François s'établirent à Waalwyck en 
1454 et y vécurent en communauté. Leur maison reçut le 
nom de Maria in Nazareth. 

Leur communauté qui était sur le point de s'éieindre, 
fut renforcée par des religieuses venues du couvent de 
Sainte- Agnès à Dordrecht. Elles adoptèrent alors la règle 
de Saint-Augustin et furent approuvées par l'évéque, Louis 
de Bourbon, en 1471. (V. Coppens, t. III, p. 269.) 

Dans la commune de Nunhem fut fondé, en 1448, un 
couvent de religieuse de l'ordre de Saint-Augustin par le 
curé Henri Sanders. Établie d'abord à Nederwetlen, la 
communauté fut transférée à Zoeterbeek dans la même 
commune. Henri Dirksen, échevin de Numhem, la dota 
généreusement et l'évéque, Jean de Heinsberg, l'approuva. 
(V. Coppens, t. III, p. 405.) 

Le couvent de Cisterciens , appelé Mariendonck sous Oud- 
heusden fut fondé en 1439. Le couvent de Heusden lui 
fournit les premiers religieux et le premier prieur, nommé 
Everard de Goch. (V. Coppens, t. IV, p. 60.) 

Dans la commune d'Oosterwyky existait anciennement un 
couvent de religieuses franciscaines du Tiers-Ordre. Il 
faisait partie de la congrégation de Zepperen. Son origine 
remontait à Tannée 1440. L'évéque, Jean de Heinsberg, 



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sous JEAN DE HEINSBBRG. S85 

Favail approuvé, le 5 août 1481. (V. Goppens, t. IV, p. 283.) 

Le couvent des Croisiers^ à Ruremonde, dut son origine 
à une société de douze hommes pieux qui avaient construit, 
en 1409, une chapelle pour y vénérer saint Corneille, pape 
et martyre et y accomplir leurs exercices de piété. Ils dési- 
rèrent bientôt que leur établissement fût converti en un 
couvent de Groisiers. Le Conseil communal, après s'être 
concerté avec les (ondaleurs et le général des Groisiers, en 
fit la demande au pape. Martin V y consenlit par un acte 
du 17 avril 1422 et chargea Jean à NovoLapide (Neustein) 
docteur en droit et doyen de Saint-Servais, à Maestricht, de 
mettre son décret à exécution. Ce qui fut fait la même année. 
Nicolas Lentgen du couvent de Venlo devint le premier 
prieur de celui de Ruremonde. (V. Hermans, t. II, p. 123 
et 168.) 

Le couvent des Groisiers, à Maestricht, date de Tan 1438. Ce 
furent des religieux venus de Namur qui commencèrent 
rétablissement. Ils avaient obtenu du chapitre de Saint- 
Servais un vaste terrain contigu à la rue de Bruxelles pour y 
construire un couvent. Leur église ne fut achevée qu'en 1471 . 
(V. Hermans, t. I, p. 109.) 

A Venraye, Godefroid Van Vorle et Sibert Henselmans 
avaient des filles qui désiraient consacrer leur vie à la piété. 
En 1422, ils achetèrent une maison dans laquelle ils les 
établirent. La communauté fut bientôt augmentée par de 
nouvelles admissions et elle offrit tant de garanties de 
stabilité que Tévêque, Jean de Heinsberg, n'hésita pas de 
l'approuver. Il leur donna le religieux Augustin , Henri 
de Wayen d'Assell, pour directeur et après la mort de 
celui-ci (1447) Albert Vandenbeesten religieux du même 
ordre. Leur monastère s'appelait Jérusalem. En 1465, les 
religieuses adoptèrent la règle de Saint-Augustin avec la 
stricte clôture. (V. Knippen-berg, p. 116.) 

A Venlo, des personnes pieuses qui suivaient dans le 
monde la règle du Tiers-Ordre de Saint-François, désiraient 



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286 LE DIOCÈSE DE LlÈGF. 

se réunir en communauté pour mener la vie religieuse. 
Quoiqu'elles vécussent du travail de leurs mains, elles purent 
faire des économies et acheter en 1410 et 1418 deux petits 
terrains pour y construire un couvent. Les construclions 
furent achevées vers 1423. Ce fut, en cette année, que ces 
personnes s'y réunirent, avec le consentement de Guillaume 
d'Eggertingen, curé de la paroisse. L'année suivante, l'évêque 
Jean de Heinsberg approuva leur communauté et leur donna 
un direct em* auquel il accorda de larges pouvoirs. Le couvent 
fut appelé Mariendael in de Oode. Il était situé hors ville, sur 
la rive droite delà Meuse. La clôture y fut introduite en 1463 
par l'évêque, Louis de Bourbon. (V. Publications, t. XVI, 
p. 427.) 

Deux personnes pieuses de Ruremonde se consacrèrent, au 
commencement du XV"" siècle, au soin des malades. Elles 
s'associèrent bientôt d'autres personnes charitables et se 
constituèrent en communauté pour le service de cette bonne 
œuvre. Leur costume leur fit donner le nom de Sœurs noires. 
Il est probable qu'elles suivaient la règle de saint François. 
En 1452 elles adoptèrent la règle de Saint-Augustin avec la 
permission de l'évêque, Jean de Heinsberg, qui les plaça 
sous la direction du prieur des Groisiers. Leur couvent fut 
appelé Gods Boomgaart, Elles continuèrent de soigner les 
malades à domicile. (V. Knippenberg, p. 119.) 

Les chanoines réguliers de Saint- Jérôme, à Ruremonde. 
Jean de Louvain, natif de Ruremonde, qui était docteur en 
droit et chanoine de la cathédrale de Cologne, fonda, comme 
nous l'avons vu, un internat pour des étudiants de sa ville 
natale près de l'université de Gologne; il fonda également 
des bourses d'études pour les jeunes étudiants de sa famille, 
en 1403. Par disposition testamentaire du 18 décembre 1438, 
il laissa sa maison appelée Lombart, avec un capital de 
quatre mille florins d'or du Rhin pour y fonder un couvent 
de chanoines réguliers de la congrégation de Windesheim 
sous le vocable de Saint-Jérôme. Le fondateur mourut à 



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sous JEAN DB HËINSBERG. 287 

Cologne le 23 du même mois et fut enterré à la Chartreuse 
de Ruremonde. Son frère, Henri, contribua à faire exécuter 
sa fondation. Des religieux venus du couvent de Zwolle s'y 
établirent en 1444. Leur premier prieur fut Gérard Smul- 
linck. (V. Public, t. IX, p. 314.) 

Le couvent de Sainte- Aldegoiide, à Huy, fut fondé, en 
1449, par Jeanne de Berlaymont, chanoinesse de Maubeuge, 
pour des chanoinesses régulières de Saint-Augustin. La 
fondatrice y embrassa la vie religieuse. (V. Notices, t. VIII, 
p. 172.) 

Dans la ville d'Oirschot, il y avait une communauté de onze 
frères du Tiers-Ordre de Saint-François qui vivaient du 
travail de leurs mains. Le 17 octobre 1452, ils s'adressèrent 
aux exécuteurs testamentaires de Jean d'Éverney, pour avoir 
une part dans sa succession. (V. Concl, capit.) 

Les Frères-Mineurs de l'Observance à Lichtenberch, près 
de Maestrieht. Ce couvent fut fondé vers 1452 par l'évéque 
Jean de Heinsberg. (V. Chronijky p. 203.) 

De couvent des CaiméliteSy à Dinant. Il y avait ancienne- 
ment à Dinant un petit hôpital. La béguine Anne Busselle, 
fonda vers l'année 1242 un béguinage près de cet hôpital. Il 
se trouvait, en dehors des murs de la ville, dans la paroisse 
de Saint-Georges et avait sa chapelle particulière. Plus tard 
l'hôpital fut incorporé au béguinage. L'établissement porta 
depuis les noms de petit hôpital des Béguines, et le bégui- 
nage de Saint-Jean-l'Évangéliste est de Marie-Magdeleine. 
Vers Tannée 1445, l'évéque remplaça les béguines par des 
carmélites, avec le consentement des parties intéressées. 
L'abbé de Leffe qui était le mambour du petit hôpital et qui 
avait le droit de patronage sur l'église paroissiale, refusa 
d'abord son consentement à cette transformation, mais il 
finit par s'entendre avec les carmélites et le pape Pie II 
confirma leur accord et l'établissement par un acte du 
4 janvier 1458. (V. Cart. de Dinant, t. I, p. 323; t. II, p. 63.) 

Le couvent des Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-François, 



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288 LE DlOClfCSE DE UÈGË 

à Peer, fui fondé vers Fan 1438 et celui de Brée probable- 
ment vers la même époque. Toutefois on n*a point de détails 
sur Torigine de ces deux couvents. 

Marie, fille de Jean, seigneur de Perg-op-Zoom, fonda un 
couvent de douze religieuses à Hildemisse, près de Berg-op- 
Zoom en 1422. Le couvent porta le nom d'Emaus. Le village 
et le couvent disparurent sous les eaux en 1850 et 1570. Les 
religieuses qui avaient abandonné leur couvent à l'approche 
du danger, s'établirent, en 1451, au couvent de Sainte- 
Margueriie, à Berg-op-Zoom. (V. Kruger, De Schelde, t. I, 
p. 52.) 

Gerlrude, veuve de CoUard Dupont, fonda à Namur, non 
loin des Frères-Mineurs , un béguinage pour sept demoi- 
selles pauvres du Tiers-Ordre de Saint-François. Son tes- 
tament est daté du 19 novembre 1398. L'évéque, Jean de 
Heinsberg, approuva la fondation du béguinage, le 7 mai 
1427, et autorisa son évéque suflfragant à en consacrer la 
chapelle. Les descendants de la fondatrice donnèrent, le 
3 mai 1463, les bâtiments aux religieux de Bonneffe pour 
leur servir de refuge et les béguines furent transférées au 
béguinage Hors-Postil. (V. Bormans, p. 34; Miroeus, t. II, 
p. 1256.) 

VIII. 
Les anciens Couvents. 

IJabbaye de Florennes. Cette abbaye fut réduite en cen- 
dres en 1408. L'évéque, Jean de Bavière, la recommanda 
à Renier, abbé de Saint- Jacques, à Liège, et le pria de 
présider à sa reconstruction. Cet abbé y consacra tous 
ses soins jusqu'en 1421. Il revint alors à Liège et envoya 
le sous-prieur, Jean Hotton, à Florennes, pour y continuer 
son œuvre et diriger la communauté. Ce nouvel abbé n'y 
resta qu'un an et demi et céda sa fonction à Charles Crahay, 
religieux de l'abbaye de Saint-Jacques. Crahay fit refleurir 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 289 

la régularité monastique et les études a Florennes, et régit 
la communauté jusque vers 1449. (V. Fisen, Flores, p. 861 ; 
HUt. Leod. p. 184.) 

Vabbaye de Saint-Jacques, à Liège, continua de fleurir 
par la piété de ses religieux, sous la prélature de Rutger de 
Bloemendael (1436-1471). Deux de ses religieux, Jean de 
Tongres et Mathieu de Lirabourg, furent envoyés à Gem- 
blouœ, en 1439, à la demande du duc Philippe, pour y 
rétablir la régularité monastique et les études qui s'y étaient 
affaiblies par la négligence de Fabbé Jean de Walhain. Cet 
abbé fut destitué par le duc qui le remplaça par Arnold 
de Glimes bachelier en théologie et prévôt de Mecrsen. 
Comme ce double acte du duc était illégitime, les reli- 
gieux n'agréèrent ni le nouvel abbé ni les deux reUgieux 
de Saint-Jacques. La force armée qu*y envoya le duc pour 
rétablir Tordre, était un remède pire que le mal. L'abbé 
Jean de Walhain, avancé en âge, mourut en 1440. Une 
élection régulière lui donna pour successeur Louis d'Oignies 
de Sombrefle. Sous la prélalure de cet abbé, la discipline 
se rétablit avec les études, grâce à son zèle et à son bon 
exemple. Cet abbé mourut en 1457. (V. Fisen, Flores, p. 
285; Hist. Leod., p. 205). 

Uabbaye de Saint-Trond. Après la mort de Robert de 
Ryckel, Tévêque se rendit à Saint-Trond, accompagné 
d'Arnould de Buck, vicaire général, de Jean de Boeslintere 
officiai, de Gilles de Vinalmont doyen de Saint- Denis, de 
Henri Moy doyen de Sainte-Croix, de Jean d'Attenhoven 
et Jean d'Évernay (i), avocats de la Cour de Liège, et de 
Guillaume seigneur de Bueren. Les religieux profès, au 
nombre de dix-huit, réunis, le 2 septembre 1420, confièrent 
rélection d'un abbé à l'évêque. Jean de Heinsberg choisit 

(i) Ce Jean d*Évernay éiaii chanoine de Denis. Il mourut le !24aoûi 
1453. Dans son épitaphe» il est qualifié de eximius vir, de famosus m 
Ugibus liceniiatm. 

49 



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â90 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

le lendemain Jean de Beesde, qui fut agréé par tous les 
religieux. L*acte de nomination dit qu*il était providus^ 
discretus^ liUerarum scientidj vita et mortbus meiito corn- 
mendatus. D*après les Gesta abbatum, écrits par Moringus, 
les religieux demandèrent au Pape, sous la prélature de 
Beesde, que leur abbaye fût convertie en un chapitre de 
chanoines, mais ils retirèrent leur demande, dès qu'ils 
eurent appris que ce changement ne pourrait être accordé 
qu'à leurs successeurs. Zantfliet qui fixe le fait à l'année 

1435, raconte que la bulle de sécularisation , préparée par 
le Pape, fut annulée à la prière des religieux fervents qui 
voulaient conserver Tabbaye à son ancienne destination. 
Beesde mourut le 3 janvier 1443. Son successeur Henri 
de Coninxhem, élu par les religieux, fut confirmé par le 
Pape, le 24 juin 1443. (V. Notices, t. V, p. 138; Cart. 
S. Trud., t. II, p. 232 ; Zantfliet, an. ad., 1435.) 

Labbaye de Saint-Laurent. Henri délie Cheraux reçu à 
l'abbaye en 1400, à l'âge de quinze ans, à la suite des 
premières prières ou de la joyeuse entrée de Jean de 
Bavière, y fit probablement ses premières études et les 
acheva à une université. Il était un modèle de régularité ; 
après la mort de l'abbé Henri Adae (5 septembre 1434), le 
vicaire général, Brunon , le recommanda aux suffrages des 
religieux. Il ftit élu par acclamation. Quoique son élection 
fût confirmée par le concile de Bâle, il s'abstint de tout acte 
d'administration jusqu'à ce qu'elle fût aussi confirmée par 
le pape Eugène IV. L'évêque de Liège le sacra, le 11 juillet 

1436. Le nouvel abbé s'efforça de supprimer entièrement 
l'usage de la viande et le peculium, mais il n'y réussit pas 
plus que son prédécesseur, quoiqu'il fût secondé par l'évêque 
qui fit trois fois la visite canonique du couvent, savoir, en 
1443, 1444 et 1452. L'abbé mourut, le 28 février 1459. 
Pendant le XIV« et le XV* siècle, les religieux de Saint- 
Laurent transcrivirent un bon nombre de livres de philo- 
sophie, de théologie et d'histoire ; ils les décoraient parfois 



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sous JEAN DB HEINSBERG. 291 

de beaux dessins. On en conserve encore des spécimens à 
ia bibliothèque royale de Bruxelles et à celle de l'univer- 
sité de Liège. UHistoria monasUrii sancti Laurentii, dont 
Marlène a édité le texte (t. IV, p. 1035-H64), a eu plusieurs 
auteurs. La première partie, depuis l'origine de Tabbaye 
jusqu'à l'an 1435, paraît avoir été rédigé sous la prélature 
de Henri Adae et de celle de Henri délie Cheraux ; le reli- 
gieux qui a rédigé cette partie de l'histoire avait à sa dispo- 
sition les ouvrages de Rupert, de Reinier, les archives de la 
maison, ainsi que les chroniques générales du pays. Les 
parties suivantes jusqu'à l'an 1586 ont été écrites succes- 
sivement par différents religieux. (V. Notices, t. XL) 

L hôpital de Saint- Jacques , à Liège. Dfs bourgeois de 
Liège, qui avaient fait le pèlerinage de Saint -Jacques à 
Compostelle en Galice, résolurent de fonder à Liège un 
hôpital pour héberger les pèlerins. Ils achetèrent « la mai- 
son délie bressine qu'on appelait la maison de Tapleit deleis 
pont d'Avroy pour faire un hôpital. » Anseal le boulanger 
avec sa femme donna deux de ses maisons qui joignaient la 
précédente. Les autres bienfaiteurs furent Pirard de Saint- 
Omer et sa femme, Jean Dorey, Pirard le roige de Dinant, 
Rogier de Richelle et plusieurs autres (1427). L'abbé de 
Saint-Laurent et l'évéque consentirent à ce qu*on construisit 
une chapelle pour l'hôpital. Les membres de la confrérie de 
saint Jacques nommeraient les administrateurs de l'hôpital 
et ceux-ci désigneraient, chaque année, un prêtre pour y 
dire la Sainte Messe. L'évéque ajouta la condition que les 
administrateurs rendraient, chaque année, compte à l'abbé 
de Saint- Laurent des recettes et des dépenses (11 janvier 
1429). L'évéque suflfragant Denis, de l'ordre des Carmes , 
consacra la chapelle en l'honneur de la sainte Vierge et de 
saint Jacques, le 2 mai 1437. Cet hôpital était situé dans la 
paroisse de Sainte- Véronique. (V. Notices, t. XI, p. 140. 

Les abbayes de Jardinet et de Nizelles. Jean Enstachius 
qui naquit à Mons en 1414 embrassa la vie religieuse aux 



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292 LE UlOCÊSt: UE LIÈGE 

Écoliers à Mons. Sa ferveur et son désir d'une plus grande 
perfection lui firent solliciter la permission de passer à 
Tabbaye de Moulins où Jean Gevia avait introduit des Cister- 
ciens d'une grande piété (1414-1420). La première ferveur 
s*y était maintenue et attirait bien des novices. Jean Eus- 
tachius reçut de son supérieur la permission sollicitée. 
Admis à Moulins, il y fut un modèle de régularité et de 
vertus. L'abbé d'Aine, qui se proposait de réformer Tabbaye 
de Jardinet, près de Walcourl, jeta les yeux sur Eustachius 
et lui confia cette mission. Il n*y avait que trois religieuses 
à Jardinet, toutes les trois avancées en âge. Eustachius les 
établit dans d'autres couvents de leur ordre et les remplaça 
par des religieux cisterciens (1441). Cette nouvelle com- 
munauté de Cisterciens vécut, pendant sept années, dans 
la plus grande pauvreté. L'abbé lui-même se livra à des 
ouvrages manuels de jardinage et d'agriculture pour la sub- 
sistance des religieux et donna l'exemple de l'humilité en 
remplissant les plus bas offices de la maison. Leurs grands 
bienfaiteurs furent Charles Crahay abbé de Florennes, le 
duc Philippe -le -Bon et son épouse Elisabeth. La même 
année qu'Ëustachius établissait des Cisterciens à Jardinet 
(1441), Christine Fi*ankenberg, abbesse de Nivelles, fonda 
un couvent de Cisterciens à Nizelles (sous Op-Hain). Les 
abbés d'Aine et de Cambron, délégués par la congrégation 
générale, confièrent la nouvelle communauté à la direction 
d'Eustache. Celui-ci lui consacra ses soins pendant six ans, 
avec un plein succès , tout en continuant de diriger la com- 
munauté de Jardinet. Son supérieur général, l'abbé de Clair- 
vaux, le chargea, quelque temps après, de faire refleurir 
la discipline monastique et la piété dans les abbayts de 
religieuses cisterciennes d'Oliva , de Beaupré et de Marche- 
les-Dames. 11 y réussit également, mais non sans quelques 
difficultés. Après avoir régi l'abbaye de Jardinet pendant 
trente-neuf ans , il résigna la fonction d'abbé et passa la 
dernière année de sa vie dans la retraite et la prière. Il 



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SOLS JKAN DE HKINSHERG. 293 

mourut en 1481, à Tàge de soixante-huit ans. (V. Fisen, 
Flores, p. 421.) 

Vabbaye de Stavelot. Jean de Geuzaine, qui fut élu abbé 
en 1417, était un religieux fervent et soigneux; mais les 
dignités d'abbé et de prince le rendirent orgueillieux et 
l'orgueil lui fit négliger ses devoirs et dissiper les revenus 
de Tabbaye. Il aimait la société des grands seigneurs et 
suivait leur train de vie. Les religieux s'en plaignirent au 
Pape, Martin V, qui fit faire une visite canonique de Tabbaye 
par Barthold d'Ockier, abbé de Saint-Hubert. Ce moyen ne 
fut pas efficace. L'abbé Jean de Geuzaine assista en , à 
un chapitre général de TOrdre de Saint- Benoît, à Trêves. Ce 
chapitre, auquel se trouvaient neuf abbés du diocèse de 
Liège, porta de sages règlements, mais Jean de Geuzaine 
ne les introduisit point dans son abbaye. Cet abbé mourut, 
en 1438, laissant la discipline en décadence et les biens 
dissipés. Les religieux, qui désiraient tous que la discipline 
fût remise en vigueur et les biens récupérés, jetèrent les 
yeux sur un chanoine de Notre-Dame à Aix, Henri de 
Mérode, homme de grande vertu et de grande science. Le 
nouvel élu se rendit à Saint-Jacques, à Liège, pour y faire 
son noviciat et se former à la vie monastique ; il y fit sa 
profession religieuse et y fut consacré abbé de Stavelot 
en présence du comte de Salm seigneur de Houfalize, de 
Henri de Gronsvelt seigneur de Rinsbourg et de plusieurs 
autres parents (1439). En se rendant ensuite à Stavelot, il 
prit avec lui quelques fervents religieuîC de Saint-Jacques. 
La régularité et la discipline y furent bientôt rétablies avec 
les études. Le prince-abbé se concerta avec les trois États 
de la principauté pour rétablir Tordre et la sécurité dans 
le pays (1489). Les trois États étaient composés des deux 
prieurs de Stavelot et de Malmédy, des chefs des seigne- 
ries, des maïeurs des Cours, de deux échevins des Cours 
de Malmédy et de Stavelot, des bourgmestres de ces deux 
villes et des délégués des autres communes du pays. Ils 



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294 LE DIOCÈSE DE UÉGE 

intervenaient pour fixer les impôts et les contributions. 
Le prince avait « le droit de feu et de chasse, le son de 
la cloche, l'oiseau en Tair et le poisson sur le gravier. » 
L'abbé Henri de Mérode mourut en 1460. (V. De Noue, 
p. 308 et 355.) 

V ordre des Croisiers, Helmicus Amoris (Liebens) de 
Zutphania, prieur de Namur, fut élu général de Tordre en 
1415. C'était un très digne prélat. 11 tint chaque année un 
chapitre général à Huy et visita la plupart des maisons de 
son ordre. La piété et les études s'y conservèrent. Ce fut à 
la demande du général et des prieurs que le pape Eugène IV 
confirma et expliqua la règle touchant la visite de couvents, 
la confession, la discipline et le jeûne (3 mars 1432). Bien 
des religieux continuèrent à transcrire des livres dont on 
conserve encore des exemplaires à la bibliothèque de l'uni- 
versité de Liège et à celle du séminaire. Le général lui- 
même composa un ouvrage sur les proverbes de Salomon. 
Il résigna ses fonctions, le 12 mai 1433, pour passer le reste 
de sa vie dans la solitude. Dans les couvents des Croisiers, 
on admettait des laïques, sous le nom de frères donnés, pour 
y passer toute leur vie, sans toutefois émettre la profession 
religieuse proprement dite. Le règlement de vie dressé pour 
ces frères fut soumis à l'approbation du Pape. Eugène IV 
confia ce soin h Jean de Heinsberg, évéque de Liège (24 mars 
1432). Notre évéque l'approuva, le 21 mai 1433. Helmicus 
Amoris mourut en 1441. Son successeur Henri de Nimègue 
était également un très digne prélat. Il avait été curé de 
Saint-Martin, h Liège, avant son entrée en religion. Son zèle 
et son bon exemple maintinrent l'ordre dans un état floris- 
sant. Il tint chaque année un chapitre général Ce fut sous 
sa prélature que le régime des frères donnés se développa. 
Henri de Nimègue fit faire à Tournay une nouvelle châsse 
pour y mettre les reliques de sainte Odile et de ses com- 
pagnes. Elles y furent mises, le 10 novembre 1443, et portées 
solennellement en procession. L'évéque de Liège présida à 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 295 

ia cérémonie (i). Le générai mourut, ie 3 décembre 1451. 
(V. Hermans, t. I, p. 98 et 107.) 

Uabbaye de Rolduc. Sous la prélature de Jean de Vors- 
tlieim (1436-1469), l'abbaye de Rolduc eut à souffrir dans 
ses biens temporels, de la part de Guillaume d*ÂrkenteeI 
avoué ou bailli. Un accommodement ou une transaction fut 
conclu en 1443 par la médiation de Jean, seigneur de Heins- 
berg, Loewenberg, Diest et Sichen. Ce Jean de Heinsberg y 
jouissait d'une grande influence, car il avait le quartier de 
Rolduc en engagère pour une somme d'argent qu'il avait 
prêtée au duc de Brabant. La petite ville de Limbourg était 
desservie, à cette époque, dans ses intérêts spirituels, par 
un religieux de Rolduc et reconnaissait l'église de Galoppe 
pour église mère. Elle désirait qu'une prévôté fût érigée à 
Limbourg et que les religieux de cette prévôté chantassent 
l'office divin dans l'église. L'abbé de Rolduc y consentit, le 
16 janvier 1460. L'évêque Louis de Bourbon érigea la pré- 
vôté et y incorpora les cures de Galoppe et de Bilsiein. Le 
pape Paul III approuva ce nouvel établissement par un bref 
du 31 octobre 1464. L'abbé mourut, le 17 mars 1469. (Ann. 
Rod., p. 96 et 100.) 

L'abbaye de Villers. Le supérieur Gilles de Louvain (1424- 
1433) était peu lettré, mais de mœurs douces et simples. 
Ennemi des grandes dépenses, il laissa, à sa mort, son abbaye 
dans une assez grande prospérité. Son successeur Gérard de 
Louvain ne suivit point son exemple. 

Il aimait de faire des reconstructions et des embellisse- 
ments et y dépensa de grandes sommes d'argent. La régu- 
larité monastique déclina aussi sous sa prélature. Les 
religieux mécontents s'en plaignirent au supérieur général. 
L'abbé, pour prévenir sa destitution, résigna ses fonctions, 



(0 Cette châsse fut confisquée par les Français en 1796, mais les 
reliques furent sauvées par le religieux Haywegben de Looz. (V. 
Notices, 1. 1, p. 390.) 



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296 LE DIOCÈSE bE LIÈGE 

en 1446, laissant Tabbaye obérée de dettes. Wallher d*Assche 
qui lui succéda, était d'une grande douceur et d'une grande 
régularité pour le spirituel, mais il n'était point un actif 
administrateur du temporel. Ayant été député à Herckenrodc 
pour examiner les accusations d'une religieuse contre une 
autre, il trouva que l'accusatrice avait calomnié une consœur 
et il la punit, comme elle l'avait mérité. Les frères de cette 
malheureuse résolurent de la venger. Ils jetèrent l'abbé de 
Villers du Pont dans la rivière, près de Herckenrode. L'abbé 
y eut péri, si son compagnon ne l'en avait pas retiré.Walther 
d'Assche mourut au mois de janvier 1489. (V. Vos, p. 177.) 

Vabbaye de Neumoustier. Jacques de Walèves (1422- 
1434) ; Henri le Normand (1434-1449). 

L'abbaye cTAIne. L'abbé Godefroid d'Orechia (1418-1437) 
reconstruisit plusieurs dépendances de son monastère et 
son successeur Gobert de Ham (1437-1438) contribua à 
rétablir la ferveur primitive dans le couvent de Jardinet. 

U abbaye d'Averboden, Daniel Laeckman (t 18 août 1441) 
Jean Baldewjns (1441-1458). Ce dernier abbé fut conseiller 
privé de Philippe duc de Bourgogne qui le chargea d'une 
mission prèsd u pape Eugène IV. 

Vabbaye de Saint-Hubert, Thierry de Corswarem (1422- 
1435); Eustache de Nettines (1435-1444); Nicolas de Vervoz 
(1444-1468). Ce fut sous ce dernier abbé que le Roi de 
France, par dévotion envers saint Hubert, fit à l'abbaye, un 
don de trois cents écus d'or. 

Vabbaye de Flâne. Jean de Bodeur (cité en 143^2); Gérard 
de Hosden (cité en 1454). 

Vabbaye de Neumoustier. Jacques deWalève (cité en 1434); 
Henri le Normand (cité en 1449). 

Vabbaye de Saint- Gilles. Guillaume d'Anthinnes (t 1436); 
Gérard de Canistrata ou Chinstrée (t 1460). 

Vabbaye de Malonne. Jean de Hansinne (1408-1451). 

Couvent du Val-des- Écoliers. Jean de Paris (cité en 1416 et 
1427); Henri délie Weige (cité en 1429 et 1439); Guillaume de 



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sous JKAN DE HEINSBERG. 297 

Liewe (cité en 1440 et 1484) ; Guillaume Cuper (cité en 1482). 

L'abbaye du Val-Saint- Lambert. Tilman de Melin (f 1448) ; 
Gilles de Termoigne (t 1461). 

Uabbaye de Robeitmont, Ida; Élise de Cronwez (citée en 
1428; 1 1440); Élise de Lonchin (cilée en 1481). 

L'abbaye de Terbeeck. BeatrixVanderborch (citée en 1444). 

Uabbaye de Herckenrode. Aleyde de Ryckel (1414-1436) ; 
Elisabeth de Kerckem il436-1444); Beatrix de Reckhoven 
abdiqua avant 1481 ; Catherine de Schoenbeeck (citée en 
1481), mourut en 1488. 

Uabbaye du Val -Notre- Dame. Helwide de Forvie fille 
d'Arnold de Forvie, écuyer (cité en 1430); Aleyde de 
Seraing, fille de Louis de Donglebert, écuyer, seigneur de 
Seraing (t 1483). 

Uabbaye du Val- Benoît Sophie de Fléron (28 octobre 
1430); Elisabeth de Chockier (t 7 février 1481). 

Uabbaye de Vivegnis. Oda Lanlin (f 13 septembre 1439), 
Jeanne de Bombaye (t 27 avril 1441) ; Jeanne de Comenaille 
(citée en 1448). 

Le couvent de Beaurepart. Arnold de Warnant (t 28 avril 
1424) ; Nicolas de Bierset (t 3 mai 1430) ; Guillaume de Herck 
(t n février 1436) ; Helin de Warnant (t 28 avril 1480) ; Jean 
Drommaire (t 24 janvier 1482). 

• Uabbaye de Le/fe, h Dinant. Nicolas Damanon (cité en 
1429) ; Jean de Gorin (f 1460). 

IX. 
L'église cathédrale et les collégiales. 

L'église cathédrale et les collégiales étaient depuis long- 
temps exemptes de la juridiction épiscopale avec tout le 
personnel qui y était attaché. Malgré cette exemption, Gilles 
de Gliseur, chanoine de Huy, fut emprisonné dans la tour 
de rOfficial, par ordre de Tévéque, Le chapitre de Huy y vit 



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298 LE DIOGKSE DE LIÈGE 

une violation de son exemption et pria Tévêque de faire 
remettre le prisonnier en liberté, pour être jugé et puni, s'il 
y avait lieu, par ses supérieurs. Comme l'évéque ne le fit 
point, le chapitre cessa les offices divins et en vertu d*une 
ancienne convention, tous les autres chapitres cessèrent 
également les offices divins, le premier jour de l'A vent 1422. 
Cette cessation des offices dura quinze jours, pendant les- 
quels le prisonnier fut remis en liberté. (V. Jean de Stavelot, 
p. 195.) 

Un fait du même genre eut lieu en 1429. A la demande du 
chapitre de Saint-Barlhélemy , les bourgmestres de Liège 
avaient fait arrêter Jean de Mérode, clerc, à l'entrée du 
chœur et à Theure des offices de la cathédrale, à la fin de 
décembre 1429 et l'avaient incarcéré dans la prison de la 
ville. L'évoque fit citer les bourgmestres et le chapitre de 
Saint-Barthélémy devant lui, du chef de violation des immu- 
nités ecclésiastiques, pour le 27 janvier 1430. Aucun n'ayant 
comparu ce jour, il ordonna que le prisonnier lût transféré 
de la ferme des bourgmestres dans la prison épiscopale, 
sous peine d'excommunication. Le chapitre de Saint-Barthé- 
lémy lui fit remarquer qu'il était exempt de la juridiction 
épiscopale ; dès lors Jean de Heinsberg annula ses lettres 
du 27 janvier, le 6 février 1430. (V. Cart. du clerg. second.) 

Des faits du même genre eurent encore lieu en 1437. 
L'archidiacre de Brabant avait puni quelques choraux de 
l'église Saint-Pierre à Louvain de leurs méfaits. Le chapitre 
de Saint-Pierre y vit une usurpation de ses droits. Comme 
l'archidiacre ne voulait point céder, le chapitre cessa de 
célébrer les offices divins et son exemple fut suivi par les 
autres églises collégiales. Le duc de Brabant contraignit, le 
septième jour, les chanoines de Saint-Pierre à reprendre 
leurs offices ; les autres les reprirent le 13 mai. La mort de 
l'archidiacre mit fin au conflit. (V. Jean de Stavelot, p. 382; 
Zantfliet, ad. an., 1437.) 

Le chapitre de Saint-Lambert aimait de protéger les études 



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sous JEAN DE HEINSBERG/ 299 

el il désirait posséder des hommes de talents dans son sein. 
Le concordat que le pape Martin V conclut, en 1418, pour 
cinq ans, avec la nation allemande, lui fut particulièrement 
agréable sous ce rapport. Ce traité dit, en effet, que la 
sixième partie des canonicats dans les églises cathédrales 
seront conférés de préférence aux gradués en théologie ou 
en droit, aux maîtres en médecine qui auront étudié, en 
outre, pendant deux ans la théologie ou le droit, aux maîtres* 
ès-arts qui auront étudié, en outre, pendant cinq ans la 
théologie ou le droit. Après les cinq ans pour lesquels ce 
concordai avait été conclu, le chapitre de Saint-Lambert 
s'adressa au Saint-Siège pour obtenir un privilège qui lui 
en assurât les avantages : u 11 est déjà arrivé dans les temps 
passés, dit-il, que des clercs issus de la classe inférieure 
et peu instruits ont obtenu du Saint-Siège ou de Tévéque 
des prébendes qu'ils permutaient plus tard avec d'autres 
clercs qui avaient peu d'aptitudes et peu de mérites, au 
grave préjudice de l'église de Liège qui a besoin d'hommes 
influents, soit par leur origine et leur famille , soit par leur 
talents et leurs connaissances. » Martin V lui accorda, par 
un bref du 3 avril 1426, le privilège que dorénavant pour 
obtenir un eanonical dans la cathédrale de Saint-Lambert, 
il faudra être soit docteur en théologie, soit docteur en 
médecine, soit licencié en l'un et l'autre droit , soit bache- 
lier formé en théologie, soit noble de père et de mère. Le 
pape Eugène IV ajouta à ces faveurs, par un bref du 7 avril 
1432, que les chanoines tréfonciers pourraient posséder 
plusieurs bénéfices, à l'exception des canonicats des cathé- 
drales. (V. Notices, t. III, p. 163.) 

Les doyens que le chapitre de Saint-Lambert a eus , sous 
l'épiscopat de Jean de Heinsberg , étaient tous des hommes 
distingués. C'étaient Henri de Goelhals (1416-1433), Gérard 
Rondelli (1434-1439), Gilles de Tilhou (1439-1443), Henri 
Scatter (1443 à 1451), Jean Dumont (1481-1486), qui étaient 
tous licenciés ou docteurs en théologie ou en droit. 



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300 LE DIOCÈSB DE LIÈGE 

Il y eot encore plusieurs autres chanoines gradués ; Jean 
Trocon licencié en décrets (1428), Anselme Fabri de Breda 
(1430), Nicolas de Baest (1426), Léon de Baest (1427), Jordan 
de Baest (1435), licenciés en droit. Henri Backel de Diest, 
docteur en théologie (1481), Michel Anglici, maître en théo- 
logie (1481), Henri Harlkese, de Montenacken, docteur en 
médecine (1482), Nicolas Lamberli de Valkenisse, docteur 
en médecine (1486). 

La statue de la Vierge qui se trouvait dans les cloîtres de 
Saint-Lambert à Touest, était l'objet d'une grande vénéra- 
tion. Il s'y fit, de 1481 à 1484, plusieurs miracles par Tinter- 
cession de la Mère de Dieu. 

Le 4 août 1439, Wauthier de Herck fut élu doyen de Saint- 
Martin par voie du Saint-Esprit. 

V église collégiale de Saint-Barthélémy. Jean d'Ora (1434), 
Gilles de Bysenhaye (c. 1446). 

Véglise collégiale de Sainte-Croix, Jean Rusenere (c. 1446). 

L'église collégiale de Saint- Denis. Henri de PulheàH (c. 
1446). 

Uéghse collégiale de Saint- Pierre, à Namur J. de Cham- 
palle (1439); Henri de Ponte (1439). 

Le 29 juillet 1439, Jean Brassart, chanoine de Saint-Jean 
qui était maître- chantre de la chapelle de l'Empereur, revint 
à Liège. 

L'église collégiale de Saisit - Servais , à Maestricht. Les 
doyens de Sainte-Marie aux degrés à Cologne, de Saint-Denis 
à Liège et de Saint-Pierre à Utrecht, avaient été nommés 
conservateurs et juges des privilèges du chapitre de Saint- 
Servais à Maestricht, le l*" août 1401, par le pontife romain 
Boniface IX, sans doute à la demande du chapitre. Le 
concile de Bâle, pour gagner le chapitre de Saint-Servais à 
sa cause contre Eugène IV, confirma et étendit le pouvoir 
de ses conservateurs par un diplôme du 16 mars 1437. Cet 
acte du concile ne fut pas considéré comme valable. On 
s'adressa à Eugène IV qui, par une bulle du 30 septembre 



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sous JEAN DR HRINSBERG. 301 

1438, décida que le personnel de TégUse de Saint-Servais 
pourra avoir recours aux conservateurs, dès que quelqu'un 
sera lésé dans sa personne ou dans ses biens. Un conflit, 
en effet, avait surgi ou était sur le point de surgir entre 
la ville et le chapitre. 

Les chanoines de Salnt-Servais, ayant demandé la dtrae 
des agneaux à certains bourgeois de Maestricht, essuyèrent 
des refus. Le magisirat de la ville protégea les bourgeois 
et fit même des menaces aux chanoines, s'ils continuaient 
à exiger cette dîme. Munis d'une sauvegarde du duc de 
Brabant et du prince de Liège, les chanoines quittèrent 
tous Maestricht, sauf un malade, et arrivèrent à Liège, le 
32 décembre 1440; ils se plaignirent vivement à Tévêque 
et au chapitre. Ils restèrent dans la cité, de sorte que, le 
13 mai 1441, la procession de Saint-Servais ne se fitpoint à 
Maestricht. Pendant ce mois, les chanoines exposèrent de 
nouveau leurs griefs aux églises secondaires touchant la 
dîme des agneaux, les menaces du magistrat, leur droit de 
péage sur le pont et leurs droits sur un moulin à dréche. 
La confraternité entre les églises fut renouvelée et des 
promesses de secours furent données aux chanoines de 
Saint-Servais. La cité de Liège dont l'assistance avait été 
invoquée par la ville de Maestricht, conseilla, le 28 mai, de 
terminer l'affaire à l'amiable. Le prince-évêque, accompagné 
des députés des églises et des deux bourgmestres de Liège, 
se rendit à Maestricht, le 1" juin. Ils ne purent obtenir que 
les droits des chanoines de Saint-Servais sur les dîmes, 
leur moulin à dréche et le péage du pont fussent consignés 
dans une pièce authentique. Après bien des délibérations 
avec l'èvêque et les églises secondaires, les chanoines de 
Saint-Servais décrétèrent la cessation des offices divins dans 
leur église et l'èvêque les fit cesser dans l'église paroissiale 
de Saint-Jean. La procession du Saint-Sacrement, en con- 
séquence, n'eut point lieu. 

Le 23 juin, l'èvêque fit encore cesser les offices divins 



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302 LE DIOCÉSK DE LIÈGE 

aux Joncs, aux Prêcheurs, aux Auguslins et aux Mineurs; le 
messager Hankien qui avait porté ces ordres à Maestricht, 
faillit être pris par la foule qui s'était attroupée devant 
l'église des Mineurs. Le duc de Brabant, qui protégeait les 
chanoines de Saint- Servais, ordonna même d'arrêter les 
Maestrichtois dans ses États et de saisir leurs biens. A 
la demande du prince-évêque, le duc suspendit ses ordres 
pour quinze jours et les chanoines de Saint-Servais levèrent 
aussi pour quinze jours la prohibition de célébrer les offices 
divins. Comme le conflit ne fut point terminé pendant la 
quinzaine, la cessation des offices recommença le 3 août, 
mais non pas dans les églises des ordres mendiants. La 
cité de Liège s'intéressa à la ville de Maestricht et désirait 
que la paix y fut rétablie. Les deux partis envoyèrent des 
députés à Bruxelles, où, en présence du duc, un accord 
devait être conclu par la médiation du comte de Mœurs, le 
20 août. L'accord n'y fut point fait , parce que les députés 
de Maestricht n'avaient pas les pouvoirs suffisants. Le duc 
de Brabant et le prince de Liège, mécontents des Maestrich- 
tois, leur défendirent de faire les élections communales en 
1441. Toutefois, pour prévenir de plus grands maux, ils le 
leur permirent à la fin de septembre. Les huit commis- 
saires élurent les huit jurés ou conseillers et ceux-ci élurent 
les deux bourgmestres le 1" octobre. Godenoul d'Odeur qui 
avait été bourgmestre jusqu'à ce jour, passait pour être le 
fauteur de l'opposition faite aux chanoines de Saint-Servais ; 
il fut arrêté dans les champs par le châtelain de Fauque- 
mont et enfermé dans sa forteresse. L'administration élue, 
le 1«' octobre 1441, se montra moins raide et moins exi- 
geante. On était tombé d'accord sur les conditions de la paix 
et le 20 décembre les deux Souverains devaient la confirmer 
à Bruxelles. Les députés que la ville de Maestricht y envoya, 
n'ayant pas les pouvoirs nécessaires, ne purent la signer. 
L'affaire fut remise à quinzaine et ne fut terminée qu'au 
mois de juin 1442. La ville députa, le 5 juin, à Bruxelles, 



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sous JEAN DE HEINSBERG 303 

Arnold de Wange bourgmestre, Thierry Lamboy et Gérard 
Cluls échevins, Godefroid Tobbé conseiller, etc. Les cha- 
noines y députèrent trois de leurs confrères Jean de Groes- 
becke docteur en lois, Pierre Nepolis et Nicolas de Dyck. 
Les deux Souverains prononcèrent leur jugement, le 9 juin: 
ils enverront, décident- ils, des commissaires pour enquérir 
si leurs droits de Souverains n*ont pas été violés et si les 
Maestrichtois n'ont pas trop étendu leurs privilèges; ces 
commissaires rétabliront les droits des Souverains comme 
ceux de la ville ; il sera défendu aux bourgeois de molester 
les chanoines de Saint- Servais et leurs domestiques, par 
paroles ou par action, dans leurs personnes ou leurs biens 
et vice-versa ni les chanoines, ni leurs serviteurs ne moles- 
teront les bourgeois, et s'ils le font, le chapitre les en 
punira ; l'interdit cessera ; les fautes commises de part et 
d'autre seront pardonnées ; les prisonniers remis en liberté 
et les biens confisqués restitués ; la ville payera au duc dans 
le terme de quatre ans, six mille florins et autant au prince 
de Liège; les chanoines pourront porter devant le juge 
compétent leur droit sur la dîme des agneaux, même 
devant l'OfBcial à Liège ; ils pourront poursuivre devant la 
Cour des écbevins compétente ceux des bourgeois soumis 
à la banalité du moulin de Saint-Servais qui ont violé cette 
banalité ; les chanoines percevront leur péage sur le pont, 
savoir, un denier d'argent de chaque chariot et en pro- 
portion de chaque charrette , etc. ; les peines prononcées 
par l'autorité communale contre trois serviteurs des cha- 
noines seront révoquées ; l'autorité communale respectera 
les privilèges des chanoines; les bourgeois et les ehanoines 
vivront en paix ensemble. Les chanoines rentrèrent à Maes- 
tricht, le IS juin 1442, et le peuple se rendit au-devant 
d'eux. (V. Jean de Stavelot, p. 446, 449, 451, 459 et 486; 
Cart. de Saint-Servais,) 

Tous les sept ans , au mois de juillet , le clergé de l'église 
de Saint-Servais, exposait pendant quinze jours les reliques 



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304 LE niOGÊSE OE LIÈGE 

à la vénération des pèlerins, en méoie temps que rostenlion 
des reliques avait lieu à Aix. G*était un privilège dont jouis- 
sait réglise de Saint-Servais. En 1440, le clergé de l'église 
de Notre-Dame exposa également ses reliques, au son de la 
grande cloche, aux pèlerins, même en dehors de l'église. Il 
en résulta un conflit qui fut porté devant le Saint-Siège, 
mais qui se termina par une transaction en 1448. Le privi- 
lège de l'église de Saint-Servais fut respecté. (V. Willemsen, 
p. 30 ; Franquinet, p. 215.) 

Uéglise collégiale de Fosses. A l'approche de la guerre de 
1430 avec le duc de Bourgogne, les chanoines transpor- 
tèrent les reliques de saint Foillien à Nivelles pour les y 
mettre en sécurité. Après la guerre, ils les rapportèrent 
solennellement à leur église ; pendant le voyage, les por- 
teurs, ayant demandé de l'eau à boire à une femme, essuyè- 
rent d'elle un refus inhumain; mais aussitôt son puits se 
tarit, en punition de son refus. (V. Fjsen, p. 196.) 

Il y eut un désaccord entre les chanoines du chapitre 
touchant les reliques de saint Foillien, mais dont l'objet 
précis n'est pas bien connu. Le clergé secondaire intervint 
et envoya des délégués pour (aire une enquête (mai 1441). 
Le bon accord fut rétabli au mois de mai 1444, par la sen- 
tence arbitrale que porta le clergé et à laquelle tous se 
soumirent. (V. Jean de Stavelot, p. 480 et 533.) 

Léglise collégiale de Sainte- Gertrude, à Berg-op-Zoom. Il 
y avait dans celte église plusieurs bénéfices simples à la 
collation du seigneur de Berg et à celle de l'abbesse de 
Nivelles. Jean I" de Glimes, seigneur de Berg, désirant 
convertir ces bénéfices en canonicats et l'église en collégiale, 
s'adressa dans ce but au pape Martin V. Ce Pontife donna, à 
cet effet, les pouvoirs nécessaires à l'évêque de Gambray en 
1428, mais rien ne fut exécuté, on ignore pour quels motifs. 
Jean II de Glimes, fils de Jean P^ augmenta la dotation des 
canonicats par l'incorporation de la cure de Hildernisse au 
chapitre et par d'autres biens et il obtint le consentement du 



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sous JEAN DE HBINSBERG. 305 

curé et celui de Tabbesse de Nivelles qui avait le droit de 
patronage. Dès lors, le pape Eugène lY, par une bulle du 
35 juin 1443 érigea le chapitre composé de huit chanoines 
et d'un doyen; deux canonicats seront conférés par Tabbesse 
de Nivelles et six par le seigneur de Berg ; le doyen sera 
élu par le chapitre. Plus tard quelques nouveaux canonicats 
furent fondés dans la même église. 

Le premier doyen du chapitre paraît avoir été Jacques Van 
den Rhyne, docteur en théologie, en 1453, qui mourut en 
1460. (V. Kruger, t. III, p. 108.) 

Église collégiale de Saint -Odenrode. Arnold de Hérode 
-1451 ; Nicaise de Puteo, bachelier en droit 1451- 

Èglise collégiale de Saint-Pierre au château de Namur. 
Henri de Ponte 1439-1453; Godefroid de Hailhou 1453. 

Église collégiale de Notre-Dame^ à Namur. Mali 1453. 

Église collégiale de Munsterbilsen. Cécile Vandenbroeck 
(citée en 1451). 

Église collégiale de Thorn. Jeanne de Heinsberg-Looz 
(t 1454). 

X. 

Pèlerinage à Jérusalem en 1444. 

Les pèlerinages à Jérusalen, faits dans un esprit de dévo- 
tion et de pénitence, étaient fréquents au XY^ siècle. Walther 
de Moumale, chanoine de Saint-Lambert, fit le voyage de 
Jérusalem vers Tan 1419, avec ses neveux Thierry de Mou- 
male et Thierry d'Elderen, chevaliers. A leur retour, ils 
furent arrêtés sur les bords du Rhin par le marquis de Baden 
qui, en sa qualité de parent de Tévéque Jean de Walenrode, 
réclamait une créance du pays de Liège. (V. Zantfliet à Tan 
1419 ; Jean de Stavelot, p. 447.) 

Le 10 mars 1441 , revinrent de Jérusalem sept chevaliers 
de notre pays. Damoiseau de Hamal, Raes de Waroux, 
damoiseau de Gorswarem , Godefroid seigneur de Hollogne- 

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306 LE DIOCÈSE DE LIÈGE 

sur-Geer , Jean Delthour , Guillaume de Ualée et François 
des Changes, tous sept armés nouveaux chevaliers du Saint- 
Sépulcre. 

Déjà en 1441 ou 1442, Jean de Heinsberg avait voulu 
aussi faire un pèlerinage aux Lieux Saints, mais il avait 
différé Texécution de son projet, à la prière des trois États 
qui considéraient sa présence comme indispensable au 
pays. Le 31 janvier 1444, il partit assez subitement, après 
en avoir conféré avec le chapitre; il craignait, en effet, d'être 
de nouveau retenu au pays par les prières des États et des 
métiers. Le lendemain, il écrivit une lettre aux bourgmestres 
et aux métiers de la cité pour les prier de maintenir la 
concorde et la paix. On fut bien triste du départ du prince, 
parce qu'on craignait que le duc de Bourgogne ne profitât 
de son absence pour commettre des usurpations sur le pays 
de Liège. Le prince avait prévu ce danger et il avait prié le 
duc de respecter sa principauté (V. Jean deStavelot, p. 526 
et 542.) 

Avant son départ, il avait constitué son neveu Gérard, 
comte de Blankenheira et Raes, seigneur de Waroux, mam- 
bours du pays, et Guillaume de Gavre, seigneur de Liede- 
kerke, archidiacre de Gampine, avec le doyen Henri Scatert, 
administrateurs du diocèse. 

Plusieurs nobles accompagnèrent le prince-évéque, entre 
autres le seigneur de Hamal, avec Guillaume son fils, Guil- 
laume d'Ordenge, Guillaume fils de Raes de Waroux, Gode- 
froid de Corswarem, Gérard de Seraing, le pannetier héré- 
ditaire du prince, Jean del Vaulx, Jean d'Odeur, Guillaume 
de Malle, Guillaume de Brusse, seigneur de Berlo, Jean-Gilles 
de Laille, Jean de Geyle, seigneur de Harzée-deGodenoel, 
Jean seigneur de Ryckel. 

Arrivé à Osselin le 10 février, il écrivit de cette ville au 
clergé que son voyage était heureux et qu'il était en bonne 
santé avec sa suite; il remercia le clergé des Messes spéciales 
qu'il chantait pour lui et il recommanda à tous de maintenir 



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sous JEAN DE HR1NSBEKG. 307 

la paix et la concorde el de s*abstenir de loute nouveauté. 
Ayant appris en route que plusieurs seigneurs des Flandres 
et d'autres comtés se trouvaient à Venise et y avaient fait 
appareiller une galère pour les transporter en Palestine, 
Jean de Heinsberg résolut de faire le voyage avec eux et se 
pressa d'arriver à Venise. Il différa jusqu'à son retour la 
visite à faire au Saint-Père à Rome. Il fut parfaitement 
accueilli par les autorités de Venise « en grande fête et 
honneur. » Elles lui proposèrent même d'équiper deux 
galères pour le convoyer. Le 17 mars, le prince écrivit de 
Venise au comte de Mœurs qu'il se portait bien avec toute sa 
suite et qu'il espérait que sa galère serait prête pour le 
24 avril. Il s'embarqua avec cinquante- deux gentilshommes 
de son pays, le 20 avril. Le prévôt de Liège, fils de Simon 
de Lalaing et un seigneur de Nassau prirent place sur la 
même galère. On craignait le Sultan de Babylone dont 
les vaisseaux sillonnaient la mer, quoiqu'il eût donné un 
sauf-conduit aux pèlerins. Ceux-ci restèrent onze semaines 
sur mer et furent bien malades. Ils ne purent aborder en 
Palestine, à cause de la flotte du Sultan qui eût capturé la 
galère. Le Sultan, en effet, d'après le récit de Jean de 
Stavelot, avait appris que le prince de Liège était duc de 
Bouillon et successeur de Godefiroid , premier Roi de Jéru- 
salem. Après être resté quelque temps dans l'tle de Candie, le 
prince résolut de revenir au pays de Liège, sans tarder. Le 
jour qu'il devait arriver (31 août), plus de mille bourgeois à 
cheval allèrent à sa rencontre à la porte de Saint-Léonard ; 
les archers et les arbalétriers, au nombre de deux-cent cin- 
quante, l'attendaient, rangés sur deux files. Les trente-deux 
métiers étaient échelonnés de la porte Saint-Léonard jus- 
qu'aux dégrés du Marché ; ils tenaient tous des torches 
de cire, allumées, et avaient préparé le vin d'honneur à 
présenter au prince- évéque. Celui des Drapiers qui se tenait 
devant Saint-Jean-Baptiste jusque devant Saint-Georges, 
avait orné les maisons de verdure et de draperies rouges et 



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308 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

vertes. Le Marché était également orné de draperies et de 
pennonceaux. Le prince-évéque entra dans la cité par la 
porte Saint-Léonard et fut reçu aux acclamations de la 
foule ; il accepta gaiment le vin d'honneur que chaque mé- 
tier lui présentait et en but ; lorsqu'il était arrivé devant 
réglise de Saint-Georges , quatre blanches colombes s'élan- 
cèrent d'une couronne « de jallof rênes ». Jamais, dit Jean de 
Stavelot, les Liégeois ne firent à leurs princes une si ma- 
gnifique et si cordiale réception. Dans la soirée, le prince- 
évêque, accompagné de chevaliers et d'écuyers, fit à pied le 
tour de la ville et visita le Pont-des -Arches qu'on recons- 
truisait. Les gens des métiers lui firent cortège avec leurs 
torches. Rentré au palais, il leur donna à boire « à grande 
profusion. » Le lendemain (l*-^ septembre), une Messe solen- 
nelle en action de grâces fut chantée à la cathédrale, après 
laquelle Tévêque réunit tout le clergé au vieux chœur; il y 
reçut ses vœux et ses félicitations ; il le remercia des prières 
qu'il avait dites pour lui; il fit ensuite le récit de son pèleri- 
nage. Dans i'après-dtner de ce jour, les bourgmestres et les 
métiers offrirent au prince « deux bœufs aux cornes dorées 
et deux charretées de vin. » Henri Grégoire, châtelain de 
Franchimont et des habitants de ce district amenèrent tout 
vivants « un noir verar et un chevreuil, ornés de branches 
d'arbres ; » dans une cour clôturée du palais, ils lancèrent 
des chiens à la poursuite de ces animaux , comme font les 
chasseurs au bois, « en cornant et en criant, » ce qui 
amusa beaucoup le prince et le peuple qui y assistait. Le 2 
septembre, le prince-évéque fit un pèlerinage à Notre-Dame 
de Hal, en acquit d'un vœu. 

Jean de Stavelot mentionne encore que Thierry seigneur 
de Momalle et de Braive, qui mourut le 14 mars 144S, « avait 
été plusieurs fois pour l'amour de Dieu en pèlerinage à 
Jérusalem. » 

En 14S0, trois seigneurs de nos contrées firent également 
un pèlerinage à Jérusalem avec une suite nombreuse. 



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SOIS JEAN DE HEINSHERG. 309 

Celaient Jean, duc de Clèves, Jacques, seigneur de Homes, 
et Thierry de Batenbourg. Jean de Clèves avait dans sa suite 
Jean d'Alpon, Goswin Ketteler, Jean de Loe, Mathieu d*Eyll, 
Helmich Bentinck, Bernard de Beecke, huissier, et Henri, 
précepteur de Tordre de Saint-Antoine. Arrivé à Bruxelles, 
le duc de Clèves reçut dans sa société, pour faire le même 
pèlerinage, Frédéric de Cosselar, seigneur de Wittem, maré- 
chal héréditaire et vicomte du duché de Limbourg. Les 
pèlerins prirent leur route par le Hainaut, la Champagne, la 
Bourgogne et la Savoie. Ils gravirent le mont Saint-Bernard 
et traversèrent la Lombardie. A Venise, ils trouvèrent 
d'autres pèlerins de nos contrées qui se joignirent à eux, les 
frères Godard et Otton de Wylack (duché de Clèves), Jacques 
seigneur de Hornes, Thierry de Bronckhorst, seigneur de 
Gronsfelt et de Batenbourg, Antoine d*Eger, chevalier, 
Guillaume de Ylodorp, avoué de Ruremonde, Guillaume de 
Ghoor, Adrien de Herlaer et Jean de Hemert. Us s'embar- 
quèrent tous à Venise, le 29 mai, et après une traversée d'un 
mois, ils abordèrent à Jaffa. Leur séjour à Jérusalem dura 
une quinzaine de jours pendant lesquels ils satisfirent leur 
dévotion en visitant tous les lieux saints. Le seigneur Arnoul 
de Crequi, en Picardie, qui se trouvait à Jérusalem en ce 
moment, arma Jean de Clèves, chevalier du Saint-Sépulcre, 
avec l'épée de celui-ci et en lui donnant l'accolade. Jean de 
Clèves, à son tour, arma ses compagnons chevaliers du Saint- 
Sépulcre. A leur retour, ils visitèrent l'île de Chypre où le 
Roi, Jean de Lusignan, les accueillit avec bonté et ensuite 
l'île de Rhodes ob ils reçurent l'hospitalité des chevaliers de 
Saint-Jean. Dans l'île de Candie, ils visitèrent l'église des 
Frères Mineurs où était enterré le père de Jean d'Alpen. Ce 
seigneur, qui avait accompagné Jean de Heinsberg, était 
mort dans cette île. Les pèlerins y firent célébrer par 
révéque auxiliaire une Messe pour le repos de son âme. 
Arrivés au port d'Ancône, les seigneurs de Hornes et de 
Gronsfelt prirent congé du duc de Clèves pour se rendre à 



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310 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Rome et y gagner le jubilé de Tannée sainte. Jean de Clëves 
continua son voyage vers Venise. Débarqué dans cette ville, 
il entreprit bientôt aussi le voyage de Rome. Il tomba 
malade à Frioul et ne put continuer sa route qu*au bout de 
trois semaines. Arrivé à Rome, il y rencontra ses beaux- 
frères Arnoul, duc de Gueldre, et Henri, comte de Schwar- 
zenberg, qui étaient aussi en voyage pour la terre sainte. Il 
célébra la fête de Noël à Rome et en partit quelques jours 
après. Il passa par Florence, le Piémont, le mont Saint- 
Bernard, la Bourgogne et la Champagne. Il fit à Bruxelles 
une visite à son oncle, le duc de Bourgogne, et fut de retour 
à Clèves, le 1" avril 1461. Quant au seigneur de Homes, 
avec ses quatre compagnons, il avait quitté la ville de Rome 
beaucoup plus tôt et était arrivé à Bruxelles, dès le l*"^ no- 
vembre et à Hornes dès le 20 décembre 1450. Peu de temps 
après son retour, il reçut de TEmpereur Frédéric IV le titre 
de comte du Saint Empire. Ce pèlerinage à Jérusalem fut 
cfaanié par un poète du temps en flamand. Sa pièce de poésie 
intitulée : De drie lantsheeren , se trouve imprimée dans le 
recueil : Jan Roulans liedekensboek des jaers 1544. (V. PublU 
cations, t. IX, p. 206, t. XIV, p. 196.) 

XI. 

Résigrnation du siège épiscopal, 1455. 

Philippe-le-Bon, duc de Brabant, désirait qu'un membre 
de sa famille, Louis de Bourbon, fils de sa sœur, succédât 
un jour à Jean de Heinsberg sur le siège épiscopal de Liège ; 
mais tel n'était point le désir du prince-évéque, comme les 
faits le prouvent à l'évidence. 

Ce fut sur les instances du duc que l'évéque avait promis 
de conférer à Louis de Bourbon la première prébende de 
Saint-Lambert qui viendrait à vaquer. Une prébende tomba 
vacante en 1452. L'évéque la conféra immédiatement à 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 311 

Amel de Streel, fils d'Euslache, qui en prit possession sans 
tarder. Les procureurs de Louis de Bourbon qui arrivèrent 
trop tard, furent môme insultés par le peuple et chassés 
jusqu'au Pont-dlle. Le duc en fut mécontent, mais Tévéque 
le calma en lui renouvelant sa promesse. 

Le 24 avril 1454 mourut Guillaume de Liedekercke, archi- 
diacre de Campine. L'évéque, écoutant les recommandations 
de sa sœur Jacoba de Heinsberg, abbesse de Thorn, conféra 
le canonicat vacant au fils du comte de Salm. Il dut de 
nouveau calmer le duc de Brabant par de belles paroles. 

Le 17 mars 1485 mourut Adolphe Diepenhold, prince- 
évéque d'Utrecht. Le duc de Brabant recommanda son 
propre fils illégitime David, évéque de Therouane ; le duc de 
Gueldre protégea un membre de la famille de Bavière, et le 
prince de Liège Gislebert de Brederode, qui était chanoine 
de la cathédrale de Saint-Lambert. Le 5 avril, la majorité 
du chapitre élut ce dernier. Le duc de Brabant mit, dès lors, 
tout en œuvre pour faire conférer le siège à son fils. Il enga- 
gea, par la promesse de riches prébendes, Gislebert à 
renoncer à ses droits, et il pria le Pape avec instances de 
conférer le siège. à David de Bourgogne. Le prince-évéque 
de Liège ne craignit point de s'opposer aux désirs du duc 
et d'engager Brederode à ne pas renoncer à ses droits. Le 
duc triompha et en 1456 son fils devint évêque d'Utrecht. 

(V. FiSEN.) 

Ce fut encore la même année (1455) que le prince se pro- 
posa de se rendre près du Roi de France pour renouveler 
l'ancienne alliance du pays avec lui. Il n'y a guère à douter 
que ce ne fût aussi pour obtenir sa protection contre le duc 
de Brabant. 

Le prince avait vu, pendant plusieurs années, son autorité 
souveraine et judiciaire usurpée par les villes ; pour main- 
tenir la paix, il n'avait souvent fait que remplir l'office de 
médiateur. En 1455, quelques agents du prince poursuivaient 
un meunier près de Maestricht ; l'accusé, en se sauvant, se 



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312 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

noya dans la Meuse. Comme il faisait partie du métier des 
meuniers à Liège, ceux-ci s'assemblèrent au palais et 
demandèrent au prince de faire punir ses agents comme des 
homicides. Jean de Heinsberg tâcha de les calmer et finit, 
dans un moment d'impatience, par leur dire : « Criez tant 
que vous voulez et faites tout ce que vous voulez ; vous êtes 
arrivés au plus haut point. » Le peuple ne comprit point ces 
paroles de découragement. 

Quelques jours après, le prince alla voir sa sœur Jacoba 
au couvent de Béthanie à Malines, où elle était entrée depuis 
peu. De là, il se rendit, à la fin d'octobre 1455, avec le duc 
de Brabant, à La Haye, où avait été mandé le comte de 
Blankenheim, neveu du prince. Quatre semaines plus tard, 
ils arrivèrent à Breda où Jean de Heinsberg donna, le 22 
novembre, une procuration irrévocable à des députés pour 
aller à Rome résigner son siège épiscopal en faveur de Louis 
de Bourbon ; il s'obligea même par serment et sous peine 
de perdre tous ses biens, à ne jamais révoquer le mandat. 
Le lendemain, il partit de Breda et se rendit à Diest, où 
il pleura amèrement la faute qu'il venait de commettre. Peu 
de jours après son retour à Liège, se répandit le bruit qu'il 
avait renoncé à son siège épiscopal. On en fut consterné. 
Le clergé, les nobles et le peuple accoururent pour lui de- 
mander ce qui en était et pour lui promettre de l'assister 
contre tous. Il leur répondit qu'il n'avait été l'objet d'aucune 
violence, qu'il était encore évêque de Liège, que tout irait 
bien et qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. On s'en inquiéta 
vivement. Dès qu'on eut appris l'exacte vérité, l'attachement 
qu'on avait toujours eu pour lui, se changea en aversion. 
Son neveu, Gérard de Heinsberg, soupçonné de lui avoir 
conseillé de résigner le siège épiscopal en faveur de Louis 
de Bourbon, sentit le besoin de se disculper. Dans une 
lettre qu'il écrivit aux bonnes villes, le 5 avril 1456, il nia 
d'avoir donné un tel conseil à son oncle. (Cart. de Dinant^ 
t. II, p. 48.) 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 313 

Dès leur arrivée à Rome, les députés présentèrent la rési- 
gnation de Jean de Heinsberg au pape Calixte III. Le Pontife 
hésita longtemps. Il ne pouvait se résoudre à conférer un 
siège épiscopal à un jeune homme de dix-huit ans. Grâce à 
rinfluence du duc de Brabant et à celle du Roi d*Aragon qui 
avaient promis d'organiser une croisade pour reprendre la 
ville de Constantinople aux Turcs, il accepta la résignation 
et conféra le siège épiscopal à Louis de Bourbon (30 mars 
1456). Dès que le chapitre en fut informé, il se réunit et 
prit l'administration en mains, le vendredi après l'octave de 
l'Ascension (14 mai). Il nomma Herman d'Ëlderen chancelier, 
Walter de Corswarem avec Arnold Wit vicaires généraux et il 
établit aussi un nouvel Ofïicial. Jean de Heinsberg accourut 
à Liège et se rendit solennellement à la salle du chapitre, 
accompagné de ses hommes féodaux et précédé du maieur 
(22 mai 1456). Il prétendit qu'il était encore administrateur 
du diocèse et de la principauté et il reprocha aux chanoines 
leur prétendue ingratitude. L'écolàtre lui répondit que son 
droit d'administrer avait été subordonné par le Pape à une 
condition dépendante de la volonté du chapitre qui n'y con- 
sentait point. Jean de Heinsberg voyant qu'il avait perdu toute 
autorité et toute influence, sortit, dès le lendemain, de la cité 
et se rendit à La Haye où se trouvait encore le duc de Brabant, 
retenu par l'affaire du siège épiscopal d'Utrecht. Le duc ne 
lui fit point rendre Tadministration. Jean de Heinsberg se 
fixa à Diest où il mourut d'une pleurésie, le 19 octobre 1459, 
en présence de sa sœur Jacoba, accourue de Maliues, à la 
nouvelle de sa maladie. Il fut enterré dans l'église collégiale 
de Heinsberg où sa tombe existe encore. 

La résignation que Jean de Heinsberg fit de son siège 
épiscopal est enveloppée de mystères qui n'ont pas encore 
été éclaircis jusqu'ici. Zantfiiet avoue ignorer s'il a abdiqué 
par coaction ou spontanément. Le prince alléguait, dit-il, le 
découragement qu'il éprouvait, à cause de l'insubordination 
des villes. 



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314 LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

Quel jugement iaut-il porter sur le prince Jean de Heins- 
berg? 

Il est indubitable qu'il était bon administrateur, modéré, 
conciliant, ami de la paix et bon diplomate. Par le règlement 
communal de la cité de 14â4, il l'a préservée des guerres 
civiles. Par son habileté diplomatique, il a conservé, depuis 
1431, la paix avec le puissant duc de Brabanteta aplani 
toutes les difficultés. Par son esprit de modération et de 
conciliation, il a souvent négocié la paix entre ses sujets. Il 
était réellement aimé et respecté de tous. 

Quant à l'administration du diocèse, il est resté fidèle à la 
cause légitime d'Eugène IV contre le conciliabule de Bàle ; 
il a même été délégué pour ramener l'Allemagne à l'obé- 
dience de ce Pontife. Il était si estimé, que l'administration 
provisoire du diocèse de Trêves lui fut confiée. Il a célébré 
un synode en 1445 pour remettre les anciens statuts en 
vigueur. On ne peut toutefois méconnaître qu'il a manqué à 
ses devoirs, en ne secondant pas le légat du Saint-Siège en 
1451. Les actes de son administration et la protection qu'il 
a accordée aux institutions religieuses, prouvent qu'il a 
déployé un véritable zèle pour le bien spirituel de son 
diocèse. 

Sa vie privée toutefois n'est pas à Tabri de reproches. 
Plus d'une fois, il a violé son vœu de chasteté. Il suivait le 
grand train des princes de son temps et prenait part à 
leurs divertissements. Il fréquentait les Cours et assistait 
aux tournois. 

Comment a-t-il été apprécié par ses contemporains ? 

L'évéque Jean de Heinsberg, dit Jean de Stavelot, était un 
prince très sage, parlant très bien ; il était très gracieux 
dans ses paroles et ses actions. Quand on commettait une 
faute à son égard, il n'était ni emporté, ni empressé à 
prendre vengeance ou à se rendre justice, mais il savait 
attendre ; ce fut mainte fois un grand profit pour sa bourse ; 
car, sauf son honneur, il n'y a eu depuis plus de cent ans 



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sous JEAN DE HEINSBERG. 315 

d'évéque en ce pays qui fiit si gracieux et si Iiabile à extor- 
quer de Tor et de l'argent h ses bonnes gens et h ses sujets. 
L'historien raconte ensuite que Jean de Heinsberg commit 
plusieurs fautes contre la chasteté. Quand, après plusieurs 
semaines, il reprit la plume pour continuer son ouvrage : 
a Pardonnez-moi, dit-il, ce que j'ai écrit ici, car l'angoisse 
de la maladie que j'avais quand je l'ai écrit, me le fit dire. » 
(P. 575.) 

Le continuateur de Jean de Stavelot appelle Jean de Heins- 
berg princeps sapiens et ingeniosus ; il lui reproche cependant 
de ne pas avoir toujours mené à bonne fin le bien qu'il avait 
commencé. (P. 602 ) 

Zantfliet rappelle princeps praecellens (p. 460) et il ajoute 
que Jean de Heinsberg a gouverné l'église de Liège pru- 
(tenter et magnifiée pendant trente-six ans. (P. 488.) 

Jean Peeckx de Looz dit qu'il passait pour un autre 
Salomon. 

Adrien d'Oudenbosch s'abstient de toute critique, comme 
de tout éloge, de Jean de Heinsberg. 

Henri de Merica blâme sa vie privée. (V. De Ram, p. 158.) 

Thierry Pauli cite, en passant, un fait de sa vie privée qui 
est à son désavantage. (V. De Ram, p. â08.) 

L'auteur de la grande chronique belge qui était un reli- 
gieux Augustin de Neuss, dit à l'année 1452 qu'il prend pour 
l'année de résignation de Jean de Heinsberg, qui, ut est noto- 
rium, incontinenter et sœculariter vixerat, 

Petrus Dorlandus, chartreux de Zeelhem (1507), raconte 
que Denis-le-Chartreux réprimanda le prince-évéque de ce 
qu'il assistait aux fêtes et aux tournois et il ajoute que Denis 
vit son âme en enfer pour avoir péché contre la chasteté. 
(V. Chronicon, 1. VII, cap. XVI.) 

Adrien d'Oudenbosch donne à l'année 1459, un autre 
récit : peu après la mort de Jean de Heinsberg, dit-il, on 
raconta à Liège que son âme au purgatoire avait apparu à 
quelqu'un et lui avait dit que si cent pèlerins, portant une 



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316 LÀ PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE 

cuirasse de fer sur la chair nue, faisaient le pèlerinage à 
Rome, elle serait beaucoup soulagée; à Liège et à Huy on 
offrit cent florins à ceux qui voudraient faire ce pèlerinage ; 
soixante personnes se présentèrent ; mais bientôt on n*en 
entendit plus parler. (P. 1239.) 

Théodoric Loers, chartreux de Cologne, qui écrivit et 
publia la vie de Denis-le-Chartreux en 1532, développa le 
récit de Pierre Dorlandus et lui donna une forme plus ani- 
mée et plus dramatique. Ces deux écrivains parlent d*après 
les traditions de leur ordre, car on ne trouve rien des faits 
précités dans les écrits de Denis. (V. Chapeaville, t. III, 
p. 186; Ad. Sanct. XII, mart.) 

La tradition sur laquelle se fondent Pierre Dorlandus et 
Théodoric Loers vaut-elle plus que le bruit public rapporté 
par Adrien d*Oudenbosch ? Ni Tune, ni Tautre ne sont une 
véritable preuve historique. 

D*après Pierre Dorlandus et Théodoric Loers, le prince 
Jean de Heinsberg aurait donné un tournoi à Ruremonde 
qui était du duché de Gueldre; à cette occasion, il aurait fait 
une visite à Denis-le-Chartreux et il aurait reçu de lui de 
sévères avertissements; ce qui n*est pas très probable. S*il 
avait voulu donner un tournoi, il l'aurait donné dans sa 
principauté. Puis on peut conjecturer qu*à Tépoque de ce 
prétendu tournoi, Denis-le-Chartreux ne jouissait pas encore 
de cette haute réputation de sainteté et de science , capable 
de lui amener la visite du prince, Jean de Heinsberg; car il 
n'était entré chez les Chartreux qu'en 1423, à l'âge de vingt 
et un ans. Il est encore à remarquer que ni 2^ntfliet, ni Jean 
de Stavelot, ni Adrien d'Oudenbosch ne parlent de ce pré- 
tendu tournoi, ni de ces prétendues réprimandes de Denis. 



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LA 

PRINCIPAUTÉ SOUS LOUIS DE BOURBON 

1456-1482. 



EMPEREUR : ROIS DE FRANGE : 

Frédéric ffl , 144(H493. Charles Vn, 1464 ; 

Louis XI, 1461-1483. 

DUCS DE BRABANT '. ' 

Philippe-Ie-Bon, 143(H467; 
Charles-Ie-Téméraire, 1467-1477; 
Marie, 1477-1493. 

I. 

InauguFation de Louis de Bourbon. 

Louis naquit, en 1438, de Charles de Bourbon et d'Agnès 
de Bourgogne sœur du duc de Brabant. A Tâge de sept ans» 
il fut placé à la Cour de ce dernier. Ce fut à l'université de 
Louvain qu'il commença ses études. Dès qu'il eut reçu la 
tonsure, son oncle lui procura la prévôté de Saint-Donat à 
Bruges et une autre à Lille. Louis étudiait paisiblement à 
Louvain, quand il apprit du duc que le pape Calixte III 
venait de lui conférer (30 mars 1456) le si^e épiscopal de 
Liège, après avoir accepté la résignation de Jean de Heins- 
berg. 



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318 LA PRINCIPAUTÉ 

Des députés furent envoyés à Liège pour notifier au cha- 
pitre la nomination de Louis de Bourbon, et pour prendre 
possession du siège épiscopal en son nom. C'étaient Jean 
de Lisura, docteur en droit et recteur de l'université, Jean 
de Gronsvelt docteur eu droit, Jean Ricoul licencié en droit, 
les trois conseillers du duc de Brabant : Jean évéque d'Arras, 
Jean d'Enghien seigneur d'Astergats et Nicolas Clopper 
licencié en décrets et le secrétaire du duc, Jean Scoep. Le 
S6 juin 1456, le chapitre mit le délégué, Jean de Lisura, en 
possession du siège épiscopal, mais il lui fit jurer au nom de 
son mandant qu'il observerait les articles suivants : le nouvel 
évéque-prince maintiendra la juridiction de Tévéque, celle 
de rOflicial et celle du tribunal de la paix sur les terres du 
duc de Brabant; il établira un vicaire général, un ofHcial et 
un chancelier dans l'église de Liège ; il se fera ordonner 
prêtre, dès qu'il aura atteint l'âge de vingt-cinq ans ; il ne 
déclarera la guerre, il ne fera la paix, il ne conclura d'al- 
liance qu'avec le consentement des trois États ; il entre- 
tiendra les forteresses ; il contraindra les vassaux à faire 
le relief de leurs fiefs ; il ne vendra point les fonctions de 
la Cour de l'Official ; il ne conférera les fonctions publiques 
qu'à des citoyens instruits et honnêtes : il destituera les 
incapables ; il ne grèvera point le pays de pensions. Le 
délégué jufa tous ces articles, sauf le dernier. D'après Zant- 
fliet et Jean de Los, tout le monde accueillit avec bonheur 
la nomination de Louis de Bourbon au siège épiscopal , tant 
à cause de sa noblesse que de sa puissante parenté ; un de 
ses frères, en effet, était archevêque de Lyon, un autre avait 
épousé la fille du Roi de France ; sa sœur Catherine épousa 
en 1463 le duc de Gueldre, une autre sœur appelée Jeanne, 
épousa Jean de Châlons, prince d'Orange; une troisième 
épousa Charles-le-Téméraire ; Philippe duc de Brabant était 
leur oncle. Pendant que les délégués de l'évêque étaient 
encore à Liège, on agita la question de créer un mambour 
pour le gouvernement de la principauté. Les Hutois le 



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50US LOUIS DE BOURBON (4456-1382). 319 

demandaient formellement. Les Liégeois consultèrent le 
chapitre qui leur répondit que ce droit lui appartenait exclu- 
sivement. Mécontents de cette réponse , les Liégeois con- 
sultèrent la Cour des échevins qui déclara que la création 
d'un mambour appartenait aux trois États. Comme les trois 
États n'étaient pas réunis en ce moment et que Louis de 
Bourbon était d'intention de se faire inaugurer dans quelques 
jours, aucun mambour ne fut nommé. 

Louis de Bourbon se rendit de Louvain à Curange où les 
nobles du comté de Looz le rejoignirent. De là il se rendit à 
Maestricht oh se trouvait Jean de Heinsberg avec une foule 
de nobles du pays de Liège. Cette nombreuse noblesse, sauf 
Jean de Heinsberg qui resta à Maestricht, accompagna Louis 
de Bourbon à Liège. L'entrée solennelle eut lieu le 13 juillet 
14B6. Le prince-évéque en costume rouge avait à sa droite 
l'évéque de Cambray et à sa gauche celui d'Arras. Il était 
suivi du comte de Meurs, de Jacques comte de Hornes, de 
Jean comte de Berghes, d'Antoine son frère, d'Anselme de 
Hamal alias Elderen, de Guillaume d'Alfteren, seigneur de 
Hamal, de Raes de Waroux, d'Arnold de Corswarem, sei- 
gneur de Niel, maître d'hôtel du prince, d'Eustache de 
Streel, de François des Cambges, de Guillaume d'Ordange 
seigneur de Werm, d'Adam de Gudegoven son beau-père, 
d'Eustache Chabot maïeur et de plus quinze cents autres 
nobles; mais parmi eux, il n'y avait aucun Bourbon de 
France ; le duc de Brabant et son fils étaient retenus en 
Hollande par les affaires d'Utrecht et de Deventer; ce qui fit 
murmurer les Liégeois. (V. De Bam, p. 417.) 

Louis de Bourbon, arrivé aux degrés de Saint-Lambert au 
marché, descendit de cheval (qui appartenait ensuite de droit 
au chanoine-chantre) et monta à la chapelle de Saint-Michel. 
Il y ôta son vêtement de dessus (qui appartenait ensuite aux 
claustriers) et se revêtit d'une soutane, d'un surplis et d'un 
camail. De la chapelle, il se rendit à la porte de la cathédrale 
où Tattendait le doyen avec tout le clergé. Après lui avoir 



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320 LA PRINCIPAUTÉ 

présenté de l'eau bénite et donné un Christ à baiser, le doyen 
le conduisit au maître-autel où il prêta le serinent que ses délé- 
gués avaient déjà prêté. Le chanoine-chantre le mit ensuite en 
possession de la slalle au chœur et le doyen le conduisit sous 
la grande tour près de la trésorerie où le prince tira la corde 
pour sonner la grande cloche. Ces cérémonies terminées, de 
somptueux banquets réunirent les convives au palais. Dans 
Tenceinte ouverte du palais étaient dressées de nombreuses 
tables où le peuple était régalé. Le vin découlait toute la jour- 
née de deux sirènes placées l'une devant le palais et l'autre 
derrière. La soutane que le prince-évéque avait mise, ce jour, 
était pour les sous-trésoriers et les sous-costes (i). 

Quand les fêtes de l'inauguration furent passées, )e prince 
se rendit dans les bonnes villes de la principauté pour s'y 
faire inaugurer et confirmer leurs privilèges, notamment à 
Huy, à Dinant (3), h Maestiicht, à Tongres, à Looz, à Hasselt, 
à Saint-Trond et de là il retourna à Louvain (s). 

Il avait confirmé Herman d'Elderen dans les fonctions de 
chancelier et Eustache Chabot dans cellesdegrand-maieur(4). 

W Ordo cœremoniarum, p. 44. 

{i) L'inauguralion du prince eut lieu à DinaDt, enlre le 47 et le 26 
juillet 4456; à Téglise collégiale de Notre-Dame, il prêta le serment de 
protéger i*église avec ses biens et de respecter ses privilèges. A Thêtel 
de ville, il promit, sous serment, de garder et faire garder Thonneur, 
les franchises, les statuts, les usages, les libertés que la ville avait 
reçus de ses prédécesseurs et du chapitre, ainsi que les droitures do 
Tavoué de la ville, de mener et faire mener tous, grands et petits, par 
la loi du pays. (V. Cart, de Dinant, t. II. p. 57.) 

(3) 11 ne fit sa joyeuse entrée à Maeseyck que le i4 mars 4457 et y 
reçut le relief des fiefs à nom domo de plusieurs vassaux, notamment 
de Jacques, comte de Homes. 

(4) Herman d'Elderen eut pour successeur dans cette fonction, en 
4480, son propre frère Godenoul d'Elderen. 

Eustache Chabot eut pour successeurs Gilles de Huy, Jacques de 
Morialmé (4468). Dans un acte du prince du ^"i décembre 4466 (4465), 
figure un Herman de Glens avec la qualification de chancelier. 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 321 

Louis de Bourbon irayant pas d'argent, cherchait à en 
emprunter. Ses agents s'adressèrent aux abbayes, mais sans 
succès. Celle de Saint-Laurent prêta la somme de deux cents 
florins (3 septembre 1456). Le 23 octobre, le prince-évéque 
revint k Liège et demanda au clergé secondaire un don de 
Joyeuse Entrée. Le clergé y consentit et ordonna de lever 
un blafard (un demi-sous) sur chaque muid d'épeautre de 
revenus, dans ce but. Le prince-^véque, de son côté, confirma 
les privilèges du clergé secondaire, le 21 octobre 1456, ainsi 
que les statuts portés en sa faveur par Adolphe de Lamarck 
et Jean de Heinsberg. (V. Adrien, p. 1231 ; De Ram, p. 420.) 

IL 

Les commencements de l'opposition et la paix 
des Mineurs. 

Les populations urbaines étaient travaillées par l'esprit 
d'indépendance et d'opposition. Elles étendaient , outre 
mesure, leurs franchises et privilèges et usurpaient les 
pouvoirs du prince et même ceux des trois États. L'ex- 
prince, Jean de Heinsberg , avait dû les ménager beaucoup 
pour éviter les guerres civiles. Il était à prévoir que son 
successeur , n'ayant ni sa prudence politique , ni son 
influence, ni son prestige, ite parviendrait pas à préserver 
la principauté du fléau de la guerre civile. 

La cité de Liège surtout était animée de cet esprit d'in- 
dépendance et d'usurpation. Dès le mois d'août 1456, elle 
s'appropria certains revenus qui revenaient de droit au 
prince, en autorisant l'établissement de banquiers ; quoi- 
qu'elle sût qu'ayant besoin d'argent, il s'adressait à des 
Lombards (banquiers-préteurs). Elle défendit la sortie du 
grain de la principauté, ce qui était une usurpation de pou- 
voir. Elle défendit aux brasseurs du village de Saint- Pierre, 
près de Maestricht, de brasser de la bière forte sans son 

SI 



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322 LA PRINCIPAUTÉ 

autorisation, pour priver le prince des droits d'accise qui 
lui en revenaient ; ce qui était une usurpation de pouvoir et 
une injustice. Elle donna au village de Theux les privilèges 
de ville et y dressa un péron, ce qui était une nouvelle 
usurpation de pouvoir. Elle mit Jean de Hornes, seigneur de 
Ressenicb, surnommé de Wilde à cause de ses sauvageries, 
dans la possession de la seigneurie de Bouchout au comté 
de Looz, moyennant une somme de mille florins de Rhin, 
quoique la contestation touchant cette seigneurie, fief de 
réglise, fut pendante devant la Cour féodale de Curange, ce 
qui était une usurpation sur le pouvoir judiciaire. Pendant 
TAvent de 1466, elle ordonna de faire cesser Tenquéte que 
les officiers du prince faisaient touchant Thomicide commis 
par les hommes du comte de Berlo sur un habitant de 
Meeffe, sous le prétexte que le prévenu était bourgeois de 
Liège, ce qui était encore une usurpation sur le pouvoir 
judiciaire. Elle écrivit aussi à la ville de Huy de mettre 
en liberté Jacques de Morialmé et ses domestiques, détenus 
en prison, comme accusés d*homicide, sous le prétexte que 
Jacques était bourgeois citain de Liège, ce qui était égale- 
ment une usurpation sur le pouvoir judiciaire (1458). 

Deux jeunes gens de Waremme furent condamnés à mort 
par la Cour de justice et exécutés d*une manière cruelle par 
Guillaume d'Ordange, bailli de Hesbaye, pour fautes commises 
contre le prince. Ceux qui faisaient de Topposition au prince 
atténuaient ces fautes et les réduisaient à quelques propos 
divrognes; ils disaient, en outre, que la Cour de justice 
n'était pas intervenue, pour rendre le prince d'autant plus 
odieux (4). 

(i) Il est iDdubitable, à nos yeux, que c*est la Cour de justice qui a 
condamné les accusés, quoiqu'Âdriao dise l^ignorer. Le seul reproche 
qu*on puisse faire au prince, c*est de ne pas avoir fait grâce aux con- 
damnés et peut-être d'avoir ordonné les poursuites au maïeur. Il est 
encore à remarquer que ni Zanlfliel, ni Jean de Los ne parlent du fait. 
A't-il fait grand bfuit? A-t il eu une grande importance? 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 3S3 

Louis de Bourbon fit frapper des pièces de cuivre appelées 
blafards valant six deniers, tandis que les blafards frappés 
sous son prédécesseur ne valaient que quatre deniers ; ce 
fait le fit accuser d*injuslice et de cupidité. Dans les tran- 
sactions on ne reçut ses blafards que pour quatre deniers; il 
en fut de même des pièces en argent et en or qu*il fit frap- 
per (i) ; les Liégeois refusaient de les accepter à leur valeur 
légale. Les bourgmestres de Liège, Jean de Streel et surtout 
Gérard Goswin dit Beine, banquier, favorisaient cet esprit 
d'indépendance et d'usurpation. (V. Adrien, p. 1231.) 

Louis de Bourbon avait besoin de prudents conseillers. 
Aussi, peu de temps avant le Carême de 1487, on vit arriver 
à Liège Gérard de Heinsberg comte de Blankenheim, pour 
l'assister dans le gouvernement de la principauté et l'évéque 
de Soissons pour l'assister dans celui du diocèse. Ces con- 
seillers lui furent donnés, probablement par le duc de Bra- 
bant. Au mois de mai 1487, des discordes éclatèrent entre 
différentes villes. La cité tenait des Maestrichtois en prison, 
parce que la ville de Maestricht avait arrêté l'exécuteur d'un 
mandement du tribunal des XXIL Des discordes du même 
genre eurent lieu entre les villes de Liège et d'Aix. Bau- 
douin, seigneur de Fontaine, ne voulut point se soumettre 
au jugement du tribunal des XXIL La cité, pour l'y con- 
traindre, appela les bourgeois aux armes et leur proposa 
d'aller démolir son château-fort, quoique cette ailaire ne 

(i) Chaque prince faisait frapper de nouvelles monnaies à son effigie, 
à répoque de son avènement. De ce temps, comme de nos jours, la 
valeur légale de la monnaie dépassait la valeur intrinsèque du métal ; 
cet excès de valeur était d*un vingtième ; la moitié de ce vingtième était 
pour le prince et l'autre moitié pour le monnayeur. La livre valait 
vingt sous et le sou douze deniers. Sur chaque livre nouvellement 
frappée, le prince avait six deniers et le monnayeur six deniers. Comme 
il n'existait point, à cette époque, de convention monétaire entre les 
souverains des différents pays, chaque prince devait souvent déter- 
miner la valeur des monnaies étrangères dans soi pays. C'est ce que 
Louis de Bourbon et ses successeurs ont fait bien souvent. 



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324 LA PRINCIPAUTÉ 

la regardât pas et qu'une déclaration de guerre fût de la 
compétence des trois États. Elle renonça à son projet, dès 
qu'elle eut appris que le duc de Brabant préparait une 
vigoureuse résistance. Des conférences qui eurent lieu 
entre les trois villes, à Maestricht et à Curange, sous la 
médiation du prince, terminèrent ces conflits. Les élections 
du âS juillet 1457 portèrent aux fonctions de bourgmestres 
Fastré-Baré de Surlet et Gérard ToUet. Le prince crut le 
moment favorable pour terminer le conflit avec la cité par 
un traité. Des conférences eurent lieu à Maestricht, puis à 
Saint-Trond entre les députés. On tomba d'accord sur un 
projet de paix. Les bourgmestres, les conseillers et les 
métiers furent convoqués au palais pour agréer le projet. 
Le bourgmestre Baré-Surlet ne put parvenir à l'expliquer, 
tant étaient grandes les clameurs d'une quarantaine d'oppo- 
sants qui faisaient entendre des cris de railleries, touchant 
les louables usages et coutumes, reconnus dans le projet de 
traité. Le prince n'ayant pu faire agréer le projet, se pro- 
posa de le remplacer par une déclaration de la haute Cour 
de justice. Après s'être concerté avec le chapitre, il proposa, 
en conséquence, à la Cour des échevins, dix-huit points dans 
lesquels il pensait que la cité faisait des usurpations sur les 
pouvoirs du souverain. La Cour prit son temps pour étudier 
la matière et préparer ses réponses. Quelque temps après, 
le prince se rendit à Maestricht. Les bourgeois, amis de la 
paix et de la concorde, craignaient avec l'aisôn que ce conflit 
de pouvoirs n'amenât des troubles civils. Ils prièrent les cha- 
noines de la cathédrale qui partageaient tous leurs craintes, 
de ménager un accommodement. Plusieurs chanoines et 
les deux bourgmestres se rendirent à Maestricht près du 
prince et lui parlèrent le langage de la concorde ; ils l'invi- 
tèrent, en même temps, à venir à Liège célébrer les fêtes de 
rÉpiphanie (14S8). Louis de Bourbon qui désirait réellement 
la concorde, se rendit à Liège où il fut bien accueilli. 
(V. Adiuen, p. 1232.) 



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sous LOUIS UK BOURBON (ii56-448â). 32o 

La Cour des échevins à laquelle le prince avait domandé 
un record sur dix-huit points, remplit d'abord les formalités 
d'usage ; elle en avertit la cité et la pria d'envoyer des 
délégués au jour où la déclaration serait donnée. Les bourg- 
mestres firent la réserve des privilèges, des franchises, des 
paix et du dernier règlement. Cette réserve fut d'autant plus 
facilement admise que la Cour avait résolu de baser ses 
réponses sur les textes positifs des traités de paix. Jean 
Faber, mambour du prince, déclara de son côté, que la 
réserve faite par les bourgmestres ne pourrait préjudicier 
aux droits légitimes du prince. Le 9 janvier 1488, la cour 
donna sa déclaration, après avoir fait observer que c'est aux 
trois États à interpréter les lois et les traités d'une manière 
authentique : primo la cité peut-elle constituer lombards et 
usuriers, les autoriser à prêter de l'argent; peut-elle les 
destituer et les remplacer par d'autres? La Cour répond 
qu'il n'y a rien sur ce sujet dans les traités de paix. — La 
promulgation des décisions des trois États, par exemple, 
touchant l'exportation des grains du pays, des brasseries, 
doit-elle se foire en présence et au nom des bourgmestres 
et du Conseil de la cité? La Cour répond que cette condition 
n'est point requise par les paix ; il n'y a que les bannisse- 
ments des bourgeois et la publication de la franche foire qui 
se fassent aussi de la part des bourgmestres et du Conseil. — 
Appartient-il à la cité d'ôter des fiefs, des biens censaux, des 
biens allodiaux à ceux qui en sont en possession et de les 
donner à d'autres (affaire de la seigneurie de Bouchout)? La 
Cour répond, en reproduisant les textes de la paix de Fexhe, 
de celle des XXII et de celle de XVI ou de Tongres, que 
toutes les contestations touchant les biens sont exclusive- 
ment de la compétence des tribunaux. — Les bourgmestres 
et le Conseil de la cité peuvent- ils empêcher qu'une plainte 
criminelle soit faite à la cour des échevins et y produise ses 
effets (aflTairc de l'homicide commis à Berlo)? La Cour répond 
que, d'après la Nouvelle Loi ou paix de Waroux, les plaintes 



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326 LA PRINCIPAUTÉ 

criminelles doivent être adressées à la Cour des échevins 
el que le plaignant ne peut être tenu qu*à délivrer une copie 
de sa plainte à celui qui en est l'objet. — Les bourgeois de 
Liège peuvent-ils sonner la cloche du ban, appeler sous les 
armes et déployer la bannière au marché (affaire de Bau- 
douin, seigneur de Fontaine)? La Cour répond que, d'après 
la lettre de saint Jacques, on ne peut sans la permission des 
bourgmestres, ni sonner la cloche du ban, ni appeler sous les 
armes, ni déployer bannière ; l'enquête contre le bourgeois 
coupable se fera par le maïeur et les échevins qui s'asso- 
cieront les deux bourgmestres, sept conseillers des grands 
et sept des petiis ; elle répond, en outre, que, d'après la paix 
des XVI, ni la cité, ni les bonnes villes ne peuvent faire la 
guerre à un seigneur du pays, ou à un seigneur voisin, sans 
le consentement des trois États, sauf le cas d'invasion subite 
et inattendue. — La cité peut-elle faire délivrer de la prison 
un bourgeois afibrain qui est détenu dans la prison d'une 
autre commune pour être jugé, par la Cour compétente, des 
crimes et délits y commis (affiiire de Jacques de Morialmé) ? 
La Cour répond que la cité ne le peut pas, d'après la paix des 
XVI et la modération de la paix des XVI. — La cité qui a un 
pouvoir judiciaire sur ses bourgeois en matière de dettes de 
commerce, de marchandises, etc., peut-elle l'exercer sur un 
bourgeois qui ne réside pas dans la cité ? La Cour répond 
que la résidence est requise. — Les bourgmestres de Liège 
ont-ils le pouvoir de contraindre les fonctionnaires du prince 
à mettre saisie-arrêt ou à prendre un contregage, en dehors 
de la cité? La Cour répond que pour fermage non payé et loyer de 
maison non payé, on peut panner, jusqu'à ce que le payement 
se fesse. — Les bourgmestres et le Conseil ont-ils le pouvoir 
de se mêler des églises, des bénéfices et de leurs revenus? La 
cour répond que non. — Les bourgmestres et le Conseil peu- 
vent-ils faire des enquêtes hors la franchise de Liège, sans le 
consentement du seigneur ou de ses officiers, et peuvent-ils 
prendre gens et justiciers? La Cour répond que, d'après la paix 



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sous LOUIS DE BOUUBON (1456-1482). 327 

de Fexhe et celle des XVI, ils ne le peuvent pas. — Les bour- 
geois, soit afTorains, soit natifs de Liège, qui ne résident pas 
à Liège, sont-ils justiciables de la Cour de l'endroit où ils 
résident? La Cour répond que d'après la paix de Wihogne et 
celle des XVI, ils en sont justiciables. — Les bourgmestres de 
Liège peuvent-ils ordonner aux officiers des Cours de justice 
du pays, soit de faire des enquêtes, soit de s'en abstenir, en 
matière de justice ? La Cour répond qu'ils n'ont pas ce pou- 
voir.— Les bourgmestres et le Conseil ont-ils le droit de pro- 
hiber et d'empécber les enquêtes ordonnées par le tribunal 
de la Paix et celui de l'Anneau du palais? La Cour répond 
qu'ils n'ont pas ce droit. — Les fonctionnaires de la cité sont- 
ils obligés de jurer à leur réception qu'ils n'ont rien promis, 
ni rien donné pour obtenir la fonction? La Cour répond qu'ils 
y sont tenus. —Les fonctionnaires de la cité peuvent-ils, pour 
l'accomplissement de leurs fonctions, exiger ou recevoir des 
parties, salaires et cadeaux ? La Cour répond qu'ils ne le 
peuvent pas. — La cité peut-elle donner franchises et 
libertés à d'autres villes (affaire de Theux) ? La Cour répond 
qu'elle ne le peut pas. — Les XXII commissaires de la cité 
peuvent-ils donner des ordres au grand maïeur dans les cas 
non prévus au règlement de la cité ? La Cour répond qu'ils 
ne le peuvent pas.— Les métiers réunis et chaque métier en 
particulier peuvent-ils faire statuts préjudiciables aux fran- 
chises de la cité, aux droits du souverain, à ceux des sujets? 
La Cour répond qu'ils ne le peuvent pas. — La Cour donna 
cette déclaration, en présence du prince, des chanoines, des 
bourgmestres et des conseillers de la cité. On voit par cette 
pièce que les bourgmestres et le Conseil de la cité commet- 
taient une foule d'usurpations sur les attributions légitimes 
du souverain et sur celles des Cours de justice. (V. De Ram, 
p. 440.) 

Après avoir reçu cette déclaration de la Cour, le prince 
resta à Liège jusqu'aux carnavals. Il se rendit alors à 
Saint-Trond pour assister au tournoi qui s'y donnait. Il 



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328 LA PRINCIPAUTÉ 

célébra les (êtes de Pâques (14S8) i Huy. Ce fut dans cette 
ville qu*il prit de nouveaux conseillers ou ministres et 
renvoya ceux qui lui avaient été recommandés par Jean de 
Heinsberg. Les noiiveaux étaient trois prélocuteurs ou 
avocats distingués de Liège, Guillaume de Bellefroid qui 
devint plus tard échevin, Tilman Waldoreal échevin et 
et ancien bourgmestre et Jean Faber de MefTe. L'occasion de 
ce changement paraît avoir été la rétention en prison à Huy 
de Jacques de Morialmé auquel Jean de Heinsberg, Eymeric 
Groy et Alexandre Bérard s'intéressaient. Le duc de Bra- 
bant qui désirait rétablir la concorde entre Louis de Bour- 
bon et Jean de Heinsberg, les invita tous les deux à Bruges 
aux fêtes de la Pentecôte. L'ex-prince y plaida encore la 
cause de Jacques de Morialmé auquel il avait donné des 
lettres de remission du crime dont il était accusé. (V. Adrien, 
p. 1234.) 

Le Conseil communal de Liège, mécontent du record 
donné le 9 janvier 1458, demanda, à son tour, un record sur 
ses franchises et privilèges. Jean Faber, mambour du prince 
et du chapitre, ne s'y opposa point, mais il demanda que ce 
record fût fondé sur les traités de paix. 

La Cour des échevins donna, le 9 juin 1488, sa décla- 
ration sur les dix-neuf points qui lui avaient été proposés 
par Guillaume Deschamps délégué du Conseil. I^s demandes 
du Conseil et les réponses de la Cour montrent à toute 
évidence que les excès et les usurpations de pouvoirs 
avaient été commis par la cité et non par le prince. Avant 
la paix de Tongres, les bourgmestres et conseillers de la 
cité ne siégeaient-ils pas avec les échevins pour faire et 
ordonner enquête et juger ensemble? La Cour répond qu'elle 
n'en sait rien et qu'elle n'en a aucune pièce. 

La cité, souverain chef des bourgmestres, conseillers et 
trente-deux métiers, n'est-elle pas un des trois juges du 
pays? La Cour répond par l'article premier de la paix de 
Tongres ; les causes qui concernent les héritages, les lesta- 



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sous LOUIS DE BOURBON (U56-4482) 329 

ments, les convenances de mariage, les biens ecclésias- 
tiques, sont de la compétence exclusive des tribunaux 
ordinaires , c'est-à-dire, soit de la Cour des échevins, soit 
de celle de rOfïicial; les causes qui concernent le règle- 
ment de la cité, les dettes de commerce et les marchandises 
pourront être plaidées, au choix des parties , soit devant les 
bourgmestres, soit devant les tribunaux ordinaires, sauf les 
clercs, les veuves, les filles non marchandes qui doivent 
être renvoyés devant leurs juges naturels. 

La sentence portée par un de ces trois juges peut-elle 
élre réformée par un des deux autres? La Cour répond que 
la sentence portée légitimement par un des trois juges, dans 
les matières de sa compélence, doit être respectée par les 
deux autres. 

Ceux qui violent les franchises de la cité doiveni-ils être 
punis? par qui et comment? La Cour répond par la décision 
du 10 novembre 1437: ceux qui commettront « séditions, 
trahisons, commettement en la cité ou aux champs pour 
dominer la cité » seront atteints et punis, outre la punition 
de la loi du pays, d*une amende de cinquante marcs de fin 
or, mais sauf la souveraineté du prince, la loi du pays, les 
libertés de l'église, celles de la cité et les paix. 

Quand le prince fait frapper monnaie, comment et à quel 
prix doit-il le faire? Quelle peine y a-t-il contre les contre- 
venants? La Cour répond que la monnaie doit-élre faite 
d'après les anciens règlements, que le prince a le droit de 
battre monnaie et que sur chaque marc, il aura six deniers 
et l'ouvrier monnayeur six deniers; toute nouvelle monnaie 
sera examinée et évaluée et sa valeur sera publiée le jour 
de Saint-Gilles. 

Les bourgeois de Liège doivent-ils le service militaire ? 
Peuvent-ils ôlre arrêtés soit au pays de Liège, soit au comté 
de Looz, sans un jugement préalable des échevins? Doivent- 
ils dans ces pays « tonlieu et maletote? » La Cour répond qu'en 
vertu de la concession de l'Empereur Philippe II, les bour- 



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330 LA PRINCIPAUTÉ 

geois de Liège ne doivent « ni taille, ni escot, ni oste, ni 
chevalcbie ; » ils ne doivent oste et chevalchie (infanterie 
et cavalerie), que, quand le prince avec ses vassaux ne peut 
pas chasser l'ennemi du pays et qu'il a déjà lutté pendant 
quinze jours ; les bourgeois qui veulent être jugés par la 
Cour des échevins ne peuvent être attraits devant une plus 
haute justice; ils ne peuvent être arrêtés sans un jugement 
préalable des échevins. 

Les États ont-ils accordé au prince de nouveaux pouvoirs 
qui ne sont pas dans la paix? La Cour répond qu'elle n'en 
sait rien. 

A quelles gens le prince peut-il conférer les fonctions 
publiques? La Cour répond par les paix que îe prince ne 
peut nommer commandants des forteresses que des gens 
du pays, riches et fidèles et qu'il ne peut confier les autres 
fonctions qu'à des gens du pays qui soient capables, sages 
et honnêtes (i). 

La Cour donna ce record en présence de Walther de Cors- 
warem, archidiacre d'Ardenne et vicaire général, de Jean de 
Stembert docteur en droit , chanoine et officiai , des bourg- 
mestres, des conseillers et d'un grand nombre de bourgeois. 
Les échevins qui composaient la Cour étaient Libert Textor, 
bailli de la Cour de Jupille, Jean de Coir, seigneur de Ra- 
mioul, Gérard de Seraing, seigneur de Fraipont, pannetier 
héréditaire du prince, Jean Damesart , Jacquemin de Lon- 
chin, Jean délie Falloise, Jacques de Morialmé, seigneur de 
Landely, bailli de Thuin, Thiry de Bastogne écuyer, seigneur 
de Werines , Jean de Souci, bailli de Condroz, Jean Persant 
de Warnant, Alexandre Bérard , secrétaire du prince, Amel 
de Velroux, ancien bourgmestre, et Tilman Waldoreal, ancien 
bourgmestre. (V. De Ram, p. 460.) 

(1) Nous avons omis quelques demandes et réponses qui coDcernent 
le tarif de la Cour des échevins, le serment des échevins, le serment 
des avocats, oelui du prince-évôque , le règlement à suivre par les 
procureurs. 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-1482). 331 

Ce fut, sans doute, dans la séance où fut donnée cette 
déclaration que Téchevin Waldoreal fit observer aux bourg- 
mestres et conseillers qu'ils étendaient trop loin les libertés 
et les privilèges de la cité et que tout mal pouvait devenir 
licite sous prétexte de liberté. Les bourgmestres, conseillers 
et métiers, mécontents, décidèrent que dorénavant ceux qui 
seraient élus bourgmestres, jureraient de ne jamais accepter 
une fonction du prince. Le 25 juillet 1488, les trente-deux 
électeurs choisirent Gilles de Metz et Mathias Haweals ; le 
premier était absent et le second refusa d'accepter préférant 
payer l'amende de vingt florins , peine de son refus ; les 
trente-deux électeurs allaient choisir Henri maître de l'hôtel 
du Soleil, quand celui-ci, informé de leur projet, se sauva 
hors ville; enfin furent élus Henri de Rouvreur et Jean 
Heylman qui acceptèrent sous la réserve qu'ils ne seraient 
liés par leur serment que pour le temps que durerait le 
règlement qui l'impose. Les autres fonctionnaires de la cité 
prêtèrent le même serment. (V. Adrien et Zantfliet ) 

Le prince qui se tenait à Huy, était vivement mécontent 
de cette injure. Suivant les conseils que lui donnaient Belle- 
froid et Faber, il évoqua le grand-maïeur à Huy et lui ôta 
la verge, symbole de son autorité. La Cour des échevins ne 
pouvait, dès lors, rendre la justice, car elle ne pouvait la 
rendre qu'à la semonce du maïeur. Les bourgmestres se 
rendirent à Huy et prièrent le prince de venir à Liège et 
d'y rouvrir la Cour de justice. Le prince s'y refusa. Les 
bourgmestres écrivirent alors au duc de Brabant pour le 
prier d'intervenir. Le duc envoya l'amman de Bruxelles à 
Liège où l'envoyé fut bien reçu. Une conférence entre les 
délégués des partis eut lieu à Saint-Trond et à la suite de ces 
conférences le duc écrivit au prince pour l'engager à se 
rendre à Liège ; les trois États, ajoutait-il, régleraient les 
différents. Le 19 octobre 1488, Louis de Bourbon arriva à 
Liège et le lendemain il assista à la réunion des métiers au 
palais où il voulait faire lire Tenquête faite sur Jacques de 



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332 LA PRINCIPAUTÉ 

Morialmé (i). Deux nouveaux chevaliers, Tun du Saint- 
Sépulcre, l'autre du Roi de France, Gilles de Huy et Jean 
Leruyt, prièrent le prince d'y renoncer et offrirent leur 
médiation; ce qui fut agréé. Leur médiation ne fut point 
efficace. (V. Adrien.) 

L'année suivante (1489), le prince se rendit de nouveau à 
Huy. Il y convoqua les trois Étals, afin qu'ils fussent à l'abri 
de toute influence et il soumit à leur décision ses différents 
avec la cité. Les bourgmestres, Conseil et métiers qui 
avaient refusé de se soumettre à la déclaration de la Cour 
des échevins, refusèrent également l'arbitrage des trois 
Étals ; ils ne voulurent pas même envoyer des députés à 
Huy sous le prétexte que les États ne pouvaient être réunis 
qu'à Liège. Toutefois, sur les instances du chapitre, ils y 
envoyèrent des députés, non pour prendre part aux délibé- 

(i) Un homicide ayant été commis sur les limites du bailliage de 
Thuin, la Cour des échevins de Liège ordonna une enquête générale. 
Celte enquête fui faite par la Cour des échevins du lieu et elle révéla 
que Jacques de Morialmé, bailli de Thuin ot échevin de Liège, était un 
des auleurs du crime avec ses domestiques. Dès ^ors le prince qui avait 
« le droit de feu et de chasse » contre les homicides, fit arrêter Jacques 
de Morialmé à Huy (1458). Il Ty garda en prison, malgré les réclama- 
tions de la cité et les prières de Texprince Jean de Heinsberg et même 
malgré Hnlercession du duc de Brabanl. Vers la fin de Tannée 1459, 
plusieurs métiers s'adressèrent à la Cour des échevins pour avoir une 
déclaration de fait et de droit. La Cour déclara, le 30 décembre, qu'elle 
avait ordonné une enquête à la demande du prince, que celte enquête 
avait été faite par la loi seule, c'esl-à-dire, la Cour de justice du lieu, 
sans la franchise, c'est-à-dire, sans les bourgmestres et conseillers 
communaux de Liège et que Jacques de Morialmé arrêlè à Huy èlait 
un bourgeois citain de Liège; quant au droit, elle déclara que « l'en- 
quêle générale ne devait point prèjudicier à Jacques de Morialmé , ni 
servir sur lui, étant bourgeois citain de Liège. » (V. Scboonbroodt, 
Misceltanées, p. 89 ) Ce' te dèclaratioa ne nous paraît guère concorder 
avec celles du 9 janvier et du 9 juin i458. Jacques de Morialmé mourut 
avant le i6 mars i480, car, à cette date, on trouve citée sa veuve Mar- 
guerite de Heinsberg. (Cart. de Saint-Martin, p. 182.) 



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SeUS LOUIS DE BOURBON (1456M482). 333 

rations, mais pour écouter et être informés. Alexandre 
Bérard, Fancien secrétaire du prince qui était tombé en 
disgrâce, était un des députés. Les anciens serviteurs et 
amis de Jean de Heinsberg, tombés également en disgrâce, 
s'étaient aussi rangés du côté de la cité. Le prince exposa 
ses griefs. Les trois États instituèrent une commission 
pour les examiner et proposer un accommodement. Un projet 
de concorde fut rédigé et agréé par les trois États La cité 
refusa d'agréer cinq articles du projet, parce qu'elle les 
considérait comme contraires à ses privilèges. Le prince 
réunit de nouveau les trois Étals pour leur communiquer la 
réponse de la cité. Alexandre Bérard avec les bourgmestres 
prit devant les États la défense des privilèges de la cité, 
mais le prince auquel les États renvoyèrent pour s'expliquer, 
ne voulut ni le voir, ni l'entendre. Les cinq points, rejetés par 
la cité, furent de nouveau agréés par TÉtat primaire et l'État 
noble et mis en garde de loi par quatre éclievins. Quant au 
Tiers-Étal , les villes wallonnes se prononcèrent pour le 
prince et les villes flamandes pour la cité. Après la clôture 
de la session, les chanoines du chapitre et plusieurs nobles 
craignaient d'être maltraités par le parti de l'opposition pour 
les suffrages qu'ils avaient émis. Leurs craintes étaient 
fondées, car on demanda à Liège une enquête contre eux. 
Les bourgmestres et conseillers parvinrent à calmer les 
plus ardents. Le duc de Brabant, interposant ses bons ofiBces, 
envoya le juge de Besançon et un autre homme distingué à 
Liège pour concorder les partis. Les délégués firent chanter 
une Messe spéciale pour la paix et examinèrent les points 
différentiels, puis ils retournèrent près du duc. 

Le 28 juillet 1489 furent élus bourgmestres, Gilles de 
Huy et Mathias Haweal. Comme la Cour de justice était 
encore fermée, les bourgmestres et les conseillers ren- 
daient la justice, excepta lege placitomm et homicidarum^ dit 
Adrien. Ils eurent cependant de la peine à empêcher les 
métiers de voler une enquête contre les adhérents du prince. 



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334 LA PRINCIPAUTÉ 

Ils envoyèrent Gilles de Metz près du prince à Huy pour 
lui demander de rouvrir la Cour de justice à Liège. Sur le 
refus du prince, renvoyé fit la menace que le Conseil com- 
munal élirait des échevins qui , avec Tavoué, rendraient la 
justice, afin que les crimes et délits ne restent pas impunis. 
Vers le 9 octobre 1459, arrivèrent à Liège les députés du 
duc de Brabant, Tévéque de Soissons, le juge de Besançon, 
De Nassau, seigneur de Breda, le grand bailli de Namur et 
plusieurs autres. Pendant quinze jours, ils conférèrent au 
palais avec les bourgmestres, les conseillers , les chanoines 
et les abbés pour rétablir la concorde. Enfin il fut décidé 
qu'on élirait un arbitre qui prononcerait souverainement 
sur les points différentiels. Les bourgmestres, les conseil- 
lers et les métiers choisirent le Roi de France pour arbitre, 
parce qu'ils avaient grande confiance dans sa protection 
contre la maison de Bourgogne. Ils Ten informèrent immé- 
diatement par un messager et lui annoncèrent l'envoi pro- 
chain de députés. Gilles de Metz, envoyé à Huy, obtint 
sans difficultés le consentement du prince au choix fait par 
la cité. Le chapitre de Saint-Lambert ne consentit au choix 
qu'après plusieurs jours d'hésitation et que sous quelques 
réserves qui ne sont pas connues. On peut conjecturer qu'il 
réserva ses droits et ceux du prince tels qu'ils sont garantis 
par les traités de paix. Le duc de Brabant auquel Gilles 
de Metz fut également envoyé, conseilla de nommer des 
arbitres parmi les gens du pays; il n'aimait pas, en efTet, la 
famille royale de France et il désirait exercer une certaine 
influence sur les arbitres. Le Conseil du duc fut agréé par 
les deux partis. Les arbitres furent nommés, après que le 
prince en eut exclu une quinzaine de citoyens et la cité 
de Liège autant. Dès lors le prince rendit au maieur sa 
verge et rouvrit la cour des échevins, le 17 janvier 1460. 
(V. Adrien, p. 1237.) 

Les arbitres élus de part et d'autre étaient d'honnêtes 
gens. Ils devaient se réunir aux Mineurs. Avant qu'ils ne 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-148â). 335 

se réunissent, la cité envoya ses deux bourgmestres avec 
Jean Leruyt et Gilles de Metz au Roi de France. Ce souve- 
rain les accueillit bien et les combla de présents. Il accorda 
au pays de Liège Texemption des droits de douane pendant 
neuf ans et la liberté de commerce et il prit les habitants 
sous sa sauvegarde. Il concéda aussi que, quand un Liégeois 
meurt en France, ses héritiers puissent recueillir sa succes- 
sion (17 avril 1460). Les députés furent de retour au com- 
mencement du mois de mai. La cité, assurée de la protection 
de Charles, désirait moins que jamais que ses conflits fussent 
terminés par rarbitrage. Le 25 juillet, elle choisit Jean 
Leruyt (4) et Gilles de Metz pour bourgmestres. Le prince, 
de son côté, vit ses premiers conseillers enlevés par la 
mort, Tilman Waldoreal qui mourut à Liège, Guillaume 
Bellefroid qui mourut à Maestricht, Jean Faber qui mourut 
à Huy. Baudouin de HoUogne, qui remplaçait Alexandre 
Berard dans ses fonctions, après son retour d'un triple 
pèlerinage de la Terre Sainte, de Saint-Jacques et de Rome, 
auquel il avait été condamné par la eilé pour violation de 
franchise, abandonna le parti du prince et adhéra à celui de 
la cité. 

Louis de Bourbon qui avait Tapprobation de la Cour des 
échevins, celle des États primaire et noble et même celle 
des bonnes villes wallonnes, désirait que les arbitres se 
réunissent aux Mineurs. Ils s'y réunirent et y conclurent la 
paix dite la paix des Mineurs. Le prince, dès lors, rentra à 



(\) Ce Jean Leruyt était chevalier de la Boverio et avoué de la cité de 
Liège. Il fut mis en possession do Tavouerie, le 9 octobre 4460. 

Dans un acte du 10 septembre 1423. un Bertrand Délie Boverie figure 
avec les qualifications d*écuyer et d'avoué de Liège. (V. Schoonbroodt; 
Cart. du Vol., n« 1013.) 

Des pièces du 2 octobre 1437 et de 1440 mentionnant Jean Délie 
Boverie bailli du Condroz, seigneur de Viane et avoué de Liège. Cet 
avoué mourut en 1460 et eut pour successeur dans l'avouerie son frère 
Jean Délie Boverie. (V. Notices, t. Xll, p. 147.) 



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*336 LA PRINCIPAUTÉ 

Liège, le 17 septembre 1460, aux applaudissements de la 
foule. Il y eut même des réjouissanoes publiques en son 
honneur La paix des Mineurs ne fut point exécutée par la 
cité. Au mois de novembre de cette année (1460), celle-ci 
commit encore des usurpations sur le pouvoir judiciaire. Le 
métier des fèbvres ayant appris que Baudouin de Fontaine 
s*était rendu à Maestricbt pour assister à une conférence 
entre le prince et le Conseil de Brabant, alla le surprendre 
et Tarréta à son retour, dans la ville de Tongres. Avec 
le concours des autres métiers appelés à Tongres, il le con- 
duisit à Liège et Ty retint captif pendant trois mois, jusqu'à 
ce qu'il eut payé les sommes promises. Le métier des orfèvres 
et un autre se conduisirent de la même manière à l'égard de 
Guillaume II de Sombreffe, seigneur de Reckheim. Des bour- 
geois de Maestricbt qui avaient réclamé certaines sommes de 
ce seigneur devant la Cour d'appel d'Aix, avaient cédé leurs 
droits aux deux métiers de Liège. Ceux-ci, au lieu de suivre 
les voies judiciaires, allèrent piller le château du seigneur 
à Reckheim et le contraignirent par ce moyen à terminer 
l'affaire avec eux par un contrat. Ayant obtenu un sauf- 
conduit, le seigneur se rendit à Liège pour passer le contrat; 
malgré ce sauf-conduit, quelques gens des deux métiers lui 
enlevèrent ses chevaux pendant la nuit. (V. Adrien 1240, 
1242, 1244; De Ram, p. 484; Zantfliet, p. 499.) 

m. 

Les procureurs et les fUstigreants 1458-1466. 

Les Cours spirituelles au diocèse de Liège étaient celle de 
rOftîcial et les huit Cours des archidiacres. Près de ces 
Cours il y avait des procureurs qui, en matière correction- 
nelle et criminelle, remplissaient les fonctions desprocureurs 
et des juges d*instruction de nos jours. En matière civile, 
ces procureurs remplissaient la plupart des fonctions des 



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SOl}S LOUIS DE BOURBON (l456-i48â). 337 

avoués et des avocats de nos jours. Les procureurs qui 
agissaient d'offices, ont été, dans tous les temps, Tobjet des 
plaintes de ceux qu'ils poursuivaient et qui devaient payer 
les frais des poursuites. Pour calmer ces plaintes ou y 
satisfaire, bien des statuts ont été portés, le 38 septembre 
1337, le 7 octobre 1337, le 9 juillet 1343 par Adolphe 
de Lamarck, le 28 août 1403 par la paix de Tongres, le 
3 avril 140S par Jean de Bavière, le 4 juin 1446 par Jean 
de Heinsberg. En 1458, la cité demanda à la Cour des 
écbevins, parmi les dix-neuf points qu'elle lui proposa, 
ce comment les procureurs se doivent user selon lois , paix 
faites et franchises. » La Cour y répondit, le 9 juin, par 
treize articles de la paix de Tongres de 1403 : la Cour 
de l'Official ne pourra avoir que quinze procureurs, et 
chacune des autres Cours qu'un seul ; ils jureront que, sans 
cause ou raison, ils n'appelleront en justice ou ne travaille- 
ront aucun sujet du pays ou du diocèse ; avant de citer 
quelqu'un du chef d'excès commis, ils consigneront ces excès 
dans le registre du juge ordinaire, afin que celui-ci en soit 
informé d'avance ; nul procureur d'office ne pourra envoyer 
citation sur excès, à moins que cette citation ne fasse men- 
tion expresse des excès commis ; les causes seront termi- 
nées par le juge le jour pour lequel le prévenu est cité ; les 
procureurs d'office, comme les autres procureurs, se conten- 
teront du salaire déterminé soit par les règlements, soit par 
le juge ordinaire, etc. 

Dès Tannée 1458, des plaintes s'élevèrent au comté de Looz 
contre les procureurs fiscaux qui étaient accusés d'extorquer 
continuellement de l'argent soit aux prévenus, soit à leurs 
clients. Ces plaintes se renouvelèrent chaque année. Ni 
l'official, Jean de Stembert, chanoine de la cathédrale, ni le 
vicaire général, Walter de Corswarem, également chanoine 
de la cathédrale et archidiacre d'Ardenne, ni les trois États, 
ni le prince-évéque n'y firent droit, soit parce qu'ils ne les 
croyaient pas fondées, soit parce que d'autres affaires les 



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338 LA PRINCIPAUTÉ 

préoccupaient. Les plaignants auraient pu s'adresser aussi 
au tribunal des XXII, car les délits de concussion et d'extor- 
sion, commis par des fonctionnaires, étaient de la compétence 
de ce tribunal. Ils préférèrent employer des moyens révo- 
lutionnaires. Le 11 mars 1461, les plaignants se soulevèrent 
et attirèrent un bon nombre de personnes dans leur parti. 
Ils prirent pour signe de ralliement qu'ils portèrent sur les 
chapeaux et les manches, ainsi que sur les bannières, un 
homme sauvage avec une massue à la main droite. Ils en 
reçurent le nom de knuppelslagers, fustigeants. C'étaient, 
pour la plupart, des jeunes gens, entre l'âge de dix-huit à 
vingt -huit ans, appartenant à la basse classe, viles personœ, 
dit Adrien, valde déformes, ad modum Hunnorum. Ils com- 
mencèrent leurs actes de sauvagerie à Hasselt ; ils y enva- 
hirent la maison du procureur fiscal et la mirent au pillage. 
Ses papiers et dossiers de procès furent brûlés au marché et 
les objets mobiliers partagés entre eux. Des scènes du même 
genre eurent lieu à Looz, à Saint-Trond, à Tongres, et dans 
tout le comté de Looz» A Bommershoven, ils pillèrent la 
maison d'un prêtre appelé Hellin qu'ils jetèrent ensuite dans 
un fossé. Un procureur fiscal, nommé Heyart, à Maeseyck, 
se réfugia dans sa maison entourée de larges fossés remplis 
d'eau ; les fustigeants en firent le siège et s'en emparèrent ; 
après l'avoir pillée, ils la démolirent et ne donnèrent la liberté 
au procureur que moyennant une somme d'argent. A Zeelhem, 
ils entrèrent au couvent des Chartreux , sous le prétexte d'y 
chercher des procureurs fiscaux ; après y avoir bien mangé 
et bien bu, ils en sortirent et ouvrirent les écluses des viviers 
pour faire périr les poissons. A Tongres, ils pillèrent égale- 
ment la maison du procureur fiscal et brûlèrent ses papiers. 
Ils y tournèrent ensuile la Cour de l'OfiBcial en ridicule ; un 
d'entre eux fut nommé officiai et d'autres procureurs ; ils 
singèrent les procédures de l'officialité en citant des accusés 
et en les acquittant. Ces scènes se passèrent dans l'église de 
Saint-Nicolas. (V. Adrien, p. 1236 et 1241.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-1482). 339 

Les fustigeants envahirent aussi plusieurs églises et y 
saisirent tous les papiers et registres qu'ils brûlèrent ensuite 
sur la place publique. Ils contraignirent également les curés 
à administrer les Saints Sacrements à des excommuniés 
notoires et à déclarer publiquement absous de Texcommu- 
nication ceux qui ne Tétaient pas encore; ils les empêchèrent, 
en outre, par la menace de mort, de publier les excommuni- 
cations et d'exécuter les mandats de la Cour de TOfficial. 

A la nouvelle des excès des fustigeants, le chapitre de 
Saint-Lambert pria le prince de revenir à Liège et il convo- 
qua, en même temps, les bourgmestres et les conseillers de 
la cité. La réunion eut lieu dans la salle capitulaire. Des 
députés du comté de Looz exposèrent que, depuis plusieurs 
années, des plaintes avaient été adressées aux supérieurs 
contre les procureurs et que, comme on n'y avait pas fait 
droit, les procureurs étaient devenus plus exigeants qu'au- 
paravant. Il fut décidé que le prince ordonnerait de faire 
une enquête sur les faits reprochés aux procureurs. Le 
prince envoya des délégués à Tongres ; ils y furent mal reçus 
et empêchés par les fustigeants de faire une enquête. Infor- 
més que le même sort les attendait dans les autres villes 
flamandes, ils revinrent à Liège, sans avoir fait d'enquête. 
Cette conduite violente des fustigeants prouve contre eux et 
elle constitue une forte présomption en faveur des procu- 
reurs. Les bourgmestres de Liège firent aussi une enquête 
dans les villes et les villages flamands pendant quinze jours. 
Cette enquête était-elle légitime ? Le prince y avait- il con- 
senti ? Il y a lieu d'en douter. Le chapitre n'y avait certaine- 
ment pas consenti. Les enquêteurs furent de retour à Liège 
le jeudi de la Semaine Sainte. Après leur départ du comté de 
Looz, les dix villes flamandes, Tongres, Saint-Trond, Hasselt, 
Looz, Bilsen, Maeseyck, Herck, Beeringen, Brée et Stockem 
se confédérèrent entre elles et firent une alliance avec Raes 
de Rivière, fils de Charles de Rivière, seigneur de Ueers, 
contre les procureurs. L'acte est du 12 avril 1461. Cette 



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340 LA PRINCIPAUTÉ 

confédération et cette alliance avaient été, sans aucun doute, 
concertées avec les bourgmestres de Liège qui doivent leur 
avoir promis la protection de la cité. Le but, avoué dans 
Tactc, était de protéger les petits bourgeois et les pauvres 
contre les injustices des procureurs. Raes de Heers s'y 
engagea en vertu de son serment de chevalier, &it k saint 
George, de protéger les veuves, les orphelins et les pauvres. 
(V. RoBYNs, n« 32.) Le but avoué était-il le but réelî Ne 
pouvait on pas traduire devant les tribunaux ordinaires les 
procureurs coupables d'injustices î Le but réel n'était-il pas 
de faire de l'opposition au prince et de conquérir une indé- 
pendance absolue de son autorité ? Ce Raes de Heers, qui 
était à la tête de la confédération, avait volé plus de quinze 
mille florins à son père ; il lui avait fait la guerre pendant 
deux ans et l'avait même assiégé dans son château de Heers ; 
il n'avait obtenu le pardon de son père que par la médiation 
du prince, et voilà, ajoute Adrien, qu'il se met à faire la 
guerre à son père spirituel et son souverain. (Y. Adrien, 
p. 1244.) 

Les députés des dix villes flamandes se rendirent à Liège 
avec Raes de Heers, pour demander que l'enquête fût publiée. 
Les bourgmestres, les conseillers communaux et lesécbevins 
ayant été convoqués, Jean Leruyt et Gilles de Metz lurent le 
procès-verbal de l'enquête. Il en résultait que , de 1456 à 
1461, les procureurs avaient extorqué plus de cent mille 
florins de Rhin, au comté de Looz et dans les villes de 
Tongres et de Saint-Trond. C'était une somme énorme pour 
l'époque, somme qui équivaudrait aujourd'hui à trois ou 
quatre millions. L'énormité même de la somme qui avait été 
extorquée aux petits et aux pauvres, comme disent les his- 
toriens et l'acte même de la confédération, rend la chose 
improbable. L'enquête ne mérite aucune confiance, dit 
l'évêque dans l'acte du 29 octobre 1461 ; des témoins ecclé- 
siastiques et laïques ont été contraints par des voies obliques 
et prohibées, à déposer d'après les désirs des enquêteurs. 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-4482). 341 

Les bourgmestres, les conseillers et les échevins se réunirent 
chaque jour pour délibérer sur Taffaire et punir les coupables. 
Cette affaire était-elle de leur compétence ? Les chanoines 
qui pensaient qu'elle ne l'était pas, prièrent le prince d'in- 
tervenir pour prévenir de plus grands maux. Le prince se 
rendit près d'eux et se plaignit de ce qu'ils usurpaient son 
pouvoir. Les bourgmestres lui parlèrent si bien, raconte 
Adrien, que le prince retourna près d'eux le lendemain et 
siégea avec eux dans l'affaire. Le troisième jour, il fit même 
citer devant les bourgmestres, les conseillers et les échevins, 
le chancelier Herman d'Elderen, l'ofiBcial Jean de Stembert, 
le vicaire général Walter de Gerswarem, et tous les membres 
des cours spirituelles. Ils comparurent, par contrainte, de- 
vant cette juridiction incompétente, parce que le prince le 
voulait ainsi ; ils déposèrent sous la foi du serment et leurs 
dépositions Turent écrites par le greffier d'un tribunal civil. 
Les bourgmestres, conseillers et échevins prononcèrent leurs 
jugements,du 26 avril au 4 mai, contre vingt-deux procureurs 
et autres agents , tant de la partie flamande que de la partie 
wallonne (dans laquelle on avait aussi foit une enquête), sans 
avoir ni cité, ni entendu les accusés. Ils les condamnèrent ii 
une amende à payer dans les quarante jours ; ils les privèrent 
de leurs fonctions et les rendirent inhabiles à toute autre. 
Les deux tiers des amendes étaient pour le prince et un tiers 
pour la ville où ils résidaient. Louis Fabri, officiai forain, à 
Tongres, fut condamné à neuf cents florins, Daniel Vander- 
meyen, procureur fiscal, à trois cents, Jean de Junci, pro- 
cureur fiscal, à trois cents, Hubert Back, procureur fiscal et 
collecteur, à deux mille, Jacques Gorren, articulateur, à huit 
cents, Jean Gloestenen, la trois cents, Jean de Hoesden, pro- 
cureur fiscal, à quatre cents, Henri Trekels, officiai forain à 
Looz, à deux cents, Nicolas Sonck, collecteur, à trois cents, 
Daniel de Zeelandia, collecteur, à trois cents, Jean de Eyck, 
procureur fiscal, à six cents, Walter de Reyaert, officiai 
forain à Eyck, à six cents, Bartholomé Scavartz, officiai 



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342 LA PBINCIPAUTÉ 

forain à Herck, à deux cents, Henri Rotarii, officiai forain 
à Beeringen, à cinq cents, Lambert Scavartz, officiai forain 
à Hasselt, à deux cents, Jean Godevoels, officiai forain à 
Bilsen, à deux cents, Godefroid Princen, procureur des 
causes à la Cour de TOfficial, à quatre cents, Pierre de Was- 
senberch, procureur de la Cour, à deux cents, Godefroid 
Fabri, collecteur de l'archidiacre d'Ardenne, à cinq cents, 
Adam de Palude, collecteur et procureur, à cent vingt et 
Gillis Collis, procureur fiscal, à trois voyages. (V. de Ram, 
p. 802). 

Le prince demanda ensuite que les échevins, bourgmestres 
et conseillers publiassent Tenquête faite contre le chance- 
lier, Tofficial, le vicaire général et les clercs des cours archi- 
diaconales et leur appliquassent les peines encourues. Ils 
s'y refusèrent, parce que ces clercs étaient exempts de leur 
juridiction ; toutefois ils proposèrent de lui remettre par 
écrit les peines que chacun avait méritées. Quand ces écrits 
étaient rédigés, Jean de Heylman les prit et les jeta au feu ; 
ce que le bourgmestre Jean Leruyt approuva. Les échevins 
en furent mécontents. 

Comme les condamnés ne payaient point les amendes, 
une saisie-arrêt fut mise sur leurs biens. Ils appelèrent 
immédiatement de la condamnation qui les frappait et 
demandèrent des réparations pour les torts qu'ils avaient 
soufferts. 

La plupart des accusés n'étaient pas des bourgeois de 
Liège, ni surtout des bourgeois résidants à Liège. Les 
bourgmestres et les conseillers communaux de Liège n'avaient 
pas, dès lors, le droit d'intervenir dans leur aflTaire. Le 
prince a-t-il siégé librement avec les bourgmestres, les 
conseillers et les échevins ou bien a-t-il été circonvenu? 
a-t-il été contraint? A cette époque, il avait repris pour 
conseillers les anciens amis de Jean de Heinsberg, grâce à 
l'influence de l'évéque de Soissons ; c'étaient Eimeric Groy, 
chanoine de Saint-Martin, Alexandre Bérard, échevin, 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456H482). 343 

Jacques de Morialmé et son frère Robert de Morialmé. Tous 
les échevins avaient-ils pris part à la condamnation, ou 
seulement quelques-uns ? Il est certain que les échevins (on 
ignore en quel nombre) y sont intervenus et il est très pro- 
pable que le prince n'a été l'objet d'aucune coaction. 

Le prince, mieux renseigné et surtout mieux conseillé, 
retint Herman d'Elderen, Walter de Corswarem et Jean de 
Stembert dans leurs fonctions. Il rejeta le projet de r^le- 
ment sur les procureurs que lui présenta Raes de Heers, 
projet rédigé à Cologne. Il cita même au tribunal de 
l'Anneau du palais, un grand nombre d'habitants du comté 
de Looz et des villes de Tongres et de Saint-Trond, pour 
excès commis contre les procureurs et pour la confédération 
formée contre eux. Cette citation déplut si fort à plusieurs 
Liégeois qu'ils se seraient révoltés, s'ils avaient eu un chef. 
Le lendemain, il y eut une réunion générale de la cité dans 
l'enceinte du palais. Jean Rigaldi exalta Raes de Heers et ses 
adhérents ; il attaqua quelques conseillers du prince et il 
demanda aux trente-deux métiers de casser l'appel interjeté 
par les condamnés. Le prince qui était présent, répondit : 
«Respectez mes pouvoirs, comme je respecte les vôtres et ne 
vous mêlez pas de mes conseillers ; je ne les renverrai pas 
pour vous faire plaisir. » Toutefois, à la demande de la cité, 
il suspendit l'appel pour six semaines. (V. Adrien, p. 134S , 
1246). 

On reçut, en ce moment, à Liège la nouvelle de la mort de 
Charles VII, Roi de France, décédé le 22 juillet 1461. Son 
fils atné et successeur résidait, depuis quelque temps, à 
Bruxelles, près du duc de Brabant, parce qu'il était tombé 
dans la disgrâce de son père. Louis de Bourbon se rendit à 
Bruxelles, dans l'intention d'accompagner le duc de Brabant 
qui allait escorter le nouveau Roi, Louis XI, à Paris. L'ab- 
sence du prince ne pouvait être que préjudiciable aux inté- 
rêts publics. Le 25 juillet 1461, les élections communales 
portèrent ses plus grands adversaires au pouvoir ; Gérard 



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344 LA PRINCIPAUTÉ 

Goswin dit le banquier, el Guillaume Dechamps dit de la Vio- 
lette furent élus bourgmestres. L'astucieux Louis XI qui 
connaissait Tétat des choses à Liège et qui ne voyait qu'avec 
jalousie Tinfluence de la maison de Bourgogne sur la princi- 
pauté, conçut le désir de faire solliciter sa protection par les 
Liégeois, afin de pouvoir un jour intervenir dans leurs 
affaires. Il feignit d*étre mécontent d*eux et les accusa d*avoir 
voulu, à répoque de sa disgrâce, le livrer entre les mains de 
son père ; il envoya même des troupes sur les frontières de 
la principauté. Les Liégeois furent renseignés sur ces senti- 
ments du Roi par le capitaine de ces troupes, par leur prince 
et par le chevalier Antoine de Berghes. Le chapitre, les 
nobles et le magistrat se concertèrent pour envoyer une 
ambassade à Paris, comme le leur avait aussi conseillé le 
prince. L'ambassade partit le 8 septembre. Elle était compo- 
sée de Jean de Seraing, doyen du chapitre et de Gonrard de 
Horion chanoine, de Gonrard avoué de Liers et de Jean de 
Seraing, membres de TËtat noble, qui avaient pris avec eux 
Alexandre Bérard, du bourgmestre Guillaume de la Violette, 
de Gilles de Metz, de Gilles de Huy et de Jean Leruyt. 
Arrivés à Paris, ils ne tardèrent pas d'apprendre de Gilbot 
messager du prince, qu'ils étaient menacés de la colère du 
Roi. Louis XI, qui les avait fait mander, leur reprocha 
d'avoir voulu, par trahison, le livrer à son père, de ne lui 
avoir fait aucune visite pendant son séjour dans le Brabant 
et d'avoir cultivé l'amitié de son père. Alexandre Bérard 
porta la parole en leur nom et prit la défense des Liégeois. 
Le Roi fit semblant d'agréer leur justification et il arma 
chevaliers Gonrard avoué de Liers et Jean de Seraing ; les 
nobles et les bourgmestres prièrent ensuite le Roi de daigner 
prendre le pays de Liège sous sa protection ; les chanoines 
s'abstinrent de lui faire cette demande, alléguant qu'ils n'y 
étaient pas autorisés; le prince refusa aussi d'y consentir. 
Le Roi prit le pays sous sa protection et fit régaler les 
députés, sauf les deux chanoines. Le prince qui n'avait pas 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1 48â). 345 

négligé de soigner les intérêts de sa principauté à Paris, 
reprocha aux députés de Liège d*usurper continuellement 
ses pouvoirs. 

Louis de Bourbon retourna à Bruxelles et prit avec lui 
Alexandre Bérard, Henri Grégorii et quelques autres. Les 
députés retournèrent à Liège où ils arrivèrent le 4 octobre. 
L'État primaire refusa d'approuver le fait que les députés 
avaient mis le pays sous la protection du Roi; les deux 
autres États Tapprouvèrent. 

Louis de Bourbon , après avoir pris l'avis de ses conseil- 
lers, envoya Eymeric Groy cbanoine-chantre de Saint-Martin 
et ancien chancelier et vicaire général de Jean de Heinsberg, 
à Liège, pour s'informer près du clergé, s'il observerait l'in- 
terdit dans le cas qu'il fût jeté sur la cité et les villes 
flamandes. Les principaux membres du clergé le promirent. 
Dès lors la sentence d'interdit fut rédigée à Louvain où rési- 
dait l'évéque. Elle est datée, de cette ville, du 29 octobre 1461. 
L'évéque expose dans cette pièce les excès des fustigeants, la 
confédération des villes flamandes contre les procureurs, 
l'opposition faite à ses délégués chargés de faire une enquête, 
la nullité et la profonde partialité de l'enquête faite par les 
bourgmestres de Liège, et la nullité des condamnations pro- 
noncées par les bourgmestres et conseillers de Liège contre 
les vingt-deux procureurs; les bourgmestres et conseillers de 
Liège, ajoute-t-il, ont, en outre, persécuté le curé de Saint- 
Michel pour avoir exécuté un mandat de la Cour de l'Ofifi- 
cial; ils ont maltraité et arrêté un autre clerc dans l'église 
même de Saint-Lambert pour un fait du même genre et ils 
l'ont contraint à manger le papier sur lequel le mandat était 
écrit; l'évéque condamne tous les excès commis et il annuUe 
toutes les usurpations sur ses pouvoirs et sur ceux des Cours 
de justice ; il ordonne aux coupables de réparer tout et de 
satisfaire dans les dix-huit jours, sous les peines de suspen- 
sion et d'excommunication pour les personnes, et d'interdit 
pour la cité et les dix villes flamandes; la sentence sera 



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346 LA PRINCIPAUTÉ 

affichée à la porte des églises partout où la chose sera 
possible ; le duc de Brabant est prié de prêter son concours 
à Texéculion de cette sentence. — Il est à remarquer que 
révéque, en parlant des condamnations prononcées contre 
les procureurs, ne mentionne ni sa propre intervention, ni 
celle des échevins; il les attribue uniquement aux bourg- 
mestres et conseillers communaux de Liège. Il est cependant 
certain qu'il y est intervenu avec des échevins. 

Le chanoine Eymeric Groy pulîlia la sentence, le 1**' no- 
vembre 1461, à Maestricht et dans d'autres endroits. Sur 
les instances des bourgmestres et d'autres, le clergé envoya 
quelques députés à l'évêque pour le prier de révoquer ou du 
moins de suspendre les censures. Les députés n'étant pas de 
retour, le 18 novembre, terme fatal, l'interdit commença, ce 
jour, à être observé à Liège. Quatre jours après, ils revinrent 
avec la nouvelle que la sentence était suspendue pour trente 
jours. La cité et les villes flamandes appelèrent entretemps 
ou peut-être avaient déjà appelé à l'Official de Cologne. (V. 
Adrien, p. 1250 ; De Ram, p. 484.) 

Les chanoines de la cathédrale et la plupart des honnêtes 
bourgeois désiraient qu'un traité vînt rétablir la paix et 
garantir les droits du prince et ceux des Cours de justice. 
Sur leurs instances, une nouvelle députation fut envoyée à 
Bruxelles. C'étaient Jean de Seraing doyen et Hubert Broi- 
gnet chanoine de Saint-Lambert, Nicolas Gheister doyen de 
Saint- Pierre, Eustache de Atrio chanoine de Saint-Pierre, 
Arnold de Baese doyen de Saint-Paul , les bourgmestres de 
Liège et quelques nobles, ils partirent de Liège, le 13 
décembre 1461. Les instructions données par le clergé à 
ses députés portaient : l'interdit a été porté sans le consen- 
tement du chapitre; il sera l'occasion de grands maux ; les 
innocents en pâtiront comme les coupables ; bien des 
usurpations sur les pouvoirs du prince-évêque et bien 
des excès ont été commis ; il convient de punir les cou- 
pables par les voies ordinaires de la justice ; les condamna- 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i48i). 347 

tions contre les procureurs ont été prononcées par les 
éclievins, les bourgmestres et les conseillers de la cité en la 
présence et avec l'approbation du prince-évéque, mais 
sans Tassentiment du chapitre et du clergé ; les coupables 
ont appelé à TOfficial de Cologne ; tout le clergé défendra 
les pouvoirs légitimes du prince- évéque et ses propres 
immunités, sans léser les droits des bourgeois ; le prince- 
évéque sera prié de revenir à Liège où Ton s'efforcera de 
sauvegarder ses pouvoirs et de réparer les torts commis ; 
s'il le refuse, il sera prié de suspendre l'interdit jusqu'à ce 
qu'on ait épuisé tous les moyens de pacification ; s'il s'élève 
contre les coupables, les députés ecclésiastiques laisseront 
les députés laïques faire la réplique ; les députés ecclésias- 
tiques pourront, à part et en secret, exposer au prince 
l'irritation du peuple et le danger qu'il ne persécute le 
clergé et ne s'empare de ses biens. 

Les députés convinrent, avec le prince, sur certains 
points, qui devaient être préalablement agréés ; après quoi, 
une conférence se réunirait à Maestricht, le 20 janvier 
1462, pour rétablir la paix. Les députés furent de retour à 
Liège, le 22 décembre. Ils étaient accompagnés de quelques 
conseillers du prince auxquels ils avaient promis pleine 
sécurité. Les conseillers communaux et les métiers réunis 
au palais rejetèrent ces points préliminaires, mais ils con- 
sentirent à la conférence. Informés que l'Offlcial de Cologne 
avait accueilli leur appel et suspendu l'interdil, le 19 dé- 
cembre, ils se montrèrent encore plus hardis. Ils mena- 
cèrent même de tuer les conseillers envoyés par le prince 
à Liège; ceux-ci furent obligés de se cacher et ce ne fut que, 
grâce à un déguisement, qu'ils parvinrent à se sauver de 
la cité. Les métiers exigèrent qu'une enquête fut faite par 
loi et franchise contre leurs ennemis. L'enquête eut lieu. 
Comme le maïeur de la Cour des échevins refusait d'agir et 
de semoncer les échevins, la cité déclara que son avoué 
pouvait la défendre et remplir les fonctions de grand 



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348 LA PRINCIPAUTÉ 

maïeur. Ce fut donc à la demande de Jean Leruyt, avoué de la 
cité que, le 8 janvier 1462, cinq personnes furent bannies de 
la cité, et de sa banlieue pour avoir agi contre ses fran- 
chises. C'étaient Alexandre Bérard (i) et son épouse, Gilbot, 
Jacques Gorre et Juncis. Le 14 du même mois, fut également 
banni par loi et franchise Henri Grégorii, châtelain de 
Franchimont. Le peuple courut à la maison d'Alexandre 
Bérard, située Outre-Meuse et la démolit après l'avoir 
pillée. Les bourgmestres furent impuissants à prévenir ou 
à empêcher ces excès. (Y. Adrien , p. 1250; De Ram, p. 
492 et 498.) 

Les chanoines de la cathédrale, désireux de rétablir la 
paix, parvinrent par leurs instances à réunir un congrès à 
Maestricht. De la part du duc de Brabant, il y eut son fils 
bâtard Antoine avec deux chevaliers, de la part du prince- 
évéque, Antoine Haneron, Raymond de Marliano et Henri 
van Zoemeren tous les trois professeurs à l'université de 
Louvain'; de la part du clergé régulier les abbés de Saint- 
Laurent et de Saint-Jacques et Jean Soreth provincial des 
Carmes ; de la pari du clergé séculier, les doyens des cha- 
pitres avec deux chanoines de Saint-Lambert, de la part de 
la cité, les deux bourgmestres en fonctions, six anciens 
bourgmestres et deux délégués de chaque métier. Raes de 
Heers y avait amené les trois docteurs en droit de Cologne 
qui avaient soutenu l'appel devant l'Official, Burchard de 
Lippe, Pierre d'Alcmaer et Guillaume Valentini. Ces trois 
docteurs de Cologne soutinrent que l'interdit était nul; 
mais Raymond de Marliano n'eut pas de peine à leur prouver 
qu'il était valable et que les avocats de l'évêque avaient bien 



0) La faute reprochée à Alexandre Bérard était que, quoiqu*élant 
échevin de la Cour, il avait sollicité et accepté la fonolion de conseiller 
du chapitre et reçu, de ce chef, un habit ou costume (tabardum) que 
le chapitre avait coutume de donner chaque année à ses conseillers. 
(V. Adrien, p. 1244 et 1251.) 



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sous LOUIS DÉ BOURBON (l4K6-i48J). 349 

fait d'appeler au Saint-Siège de la décision de TOfficial de 
Cologne. Les députés du duc proposèrent de rétablir les 
choses dans Tétat où elles se trouvaient le 33 décembre et 
de rappeler par conséquent ceux qui avaient été bannis les 
8 et 14 janvier. Les délégués de la cité s*y opposèrent en 
alléguant leurs privilèges et franchises. Les députés du 
clergé et surtout Jean Soreth parlèrent en faveur de la con- 
corde et de la paix. Enfin Antoine-le-bâtard proposa que 
chaque parti mettrait ses demandes par écrit pour être 
examinées dans un nouveau congrès et notifierait dans les 
vingt jours à Tautre, s'il consentait à un congrès; dans ce 
cas l'interdit resterait suspendu, encore quinze jours après 
ce nouveau congrès. La proposition fut acceptée. (V. Adrien, 
p. 1263.) 

Le nouveau congrès se réunit à Maestricht, le 34 mars 
1463. Le prince-évéque s'y rendit avec son frère l'arche- 
vêque de Lyon, Guillaume de Fillatre évéque de Tournai, 
révéque de Soissons, le comte de Blankenheim et plusieurs 
nobles. La cité de Liège y envoya les deux bourgmestres en 
fonctions, dix anciens bourgmestres et quelques membres 
des métiers. Les délégués du clergé avec Jean Soreth furent 
les médiateurs entre les deux partis. Le prince-évéque pro- 
posa d'accepter la paix des Mineurs conclue en 1460 par les 
arbitres des deux partis ; il demanda une indemnité de cent 
mille florins pour les pertes qu'il avait subies et les frais 
qu'il avait faits ; et il exigea , en outre , que les cinq 
bannis fussent rappelés, pour être soumis à un nouveau 
jugement de la Cour. On tomba d'abord sur la paix des 
Mineurs, sauf trois ou quatre articles. Quant à l'indemnité, 
elle devait être demandée aux trois États ; la rentrée des ban- 
nis devait être demandée aux métiers. L'évêque de Tournay, 
à la demande des bourgmestres, se rendit à Liège et y fit 
la procession le dimanche des Rameaux ; il parla aux trois 
Ëtats réunis, le mercredi suivant, d'une manière qui leur 
fut très agréable ; le jeudi, il adressa la parole aux métiers 



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350 LA PRINCIPAUTÉ 

réunis au palais, mais les adversaires de la paix amenés par 
Jean Rigaldi firent un tel vacarme que personne ne put 
rien comprendre ; Jean Soretli qui parla après Tévéque de 
Tournay, ne fut pas mieux écouté, surtout quand il parla 
des bannis à rappeler. Le Vendredi-Sainl, les métiers réunis 
par les bourgmestres, consentirent à voler une indemnité 
au prince-évéque , mais ils refusèrent de rappeler les 
bannis. L'évéque àe Tournai les engagea à envoyer, le mardi 
suivant, des députés à Maestricht pour s'entendre avec leur 
prince. Les meilleurs bourgeois se rendirent à Maestricht 
avec les députés, dans Tespoir d'y conclure la paix et de 
ramener le prince à Liège. Les députés liégeois ne voulu- 
rent ni approuver toute la paix des Mineurs, ni consentir à 
la rentrée des proscrits ; ils se bornèrent à promettre qu'ils 
voteraient une certaine indemnité au prince. Louis de 
Bourbon, malgré leur refus, leur laissa encore le temps de 
la réflexion. Il leur répondit qu'il convoquerait les trois 
États, et, après que ceux-ci lui auraient voté une indemnité, 
un troisième congrès aurait lieu & Liège même, le 31 mai, 
pour se concerter sur ses deux autres demandes. Il partit 
ensuite pour Bruxelles. 

L'évéque de Tournay réunit le clergé, le jeudi après la 
Pentecôte et lui demanda un don pour le prince-évéque. Le 
clergé lui promit un don, dès que la paix des Mineurs serait 
promulguée, que l'évéque serait de retour à Liège et que les 
torts causés à la juridiction ecclésiastique seraient réparés. 
De l'église de Saint-Pierre, il se rendit au palais où les 
métiers étaient réunis ; il leur fit la même demande sans 
parler des bannis. La moitié des métiers se montra bien 
disposée, mais les autres exigèrent que le prince-évêque 
rentrât d'abord à Liège. L'évéque voulait encore leur parler, 
mais sa voix fut couverte par le bruit des opposants. A la 
réunion du lendemain, tous exigèrent la rentrée préalable 
du prince, afin qu'il n'aille point, disaient-ils, plaider contre 
nous avec notre argent. (V. Adrien, p. 1285.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (l456-i482). 3S1 

Les bourgmestres et les conseillers communaux désiraient 
que Louis de Bourbon revînt à Liège. Etait-ce pour le 
soustraire à Tiniluenee du duc de Brabant? était-ce pour le 
circonvenir à Liège et l'amener à leurs sentiments ? Quoi- 
qu'il en soit, ils prièrent le duc d'engager le prince à se 
rendre à Liège et ils insistèrent dans le même but près du 
chapitre, en lui faisant même des menaces. 

Louis de Bourbon se rendit à Huy à la demande du duc 
et du chapitre. Les bourgmestres et quelques chanoines 
allèrent l'y trouver pour se concerter avec lui. Le 4 juillet 
1462, il rentra avec eux à Liège. Les trois États y furent 
immédiatement convoqués ; la paix des Mineurs fut lon- 
guement examinée et discutée en présence de l'évêque de 
Tournay, de Raymond de Marliano et de plusieurs docteurs 
en droit ; chaque article de cette paix fut discuté ; et 
après que tous furent tombés d'accord, ils décidèrent, de 
concert avec le prince, que la paix des Mineurs serait pro- 
mulguée et qu'il ne serait plus fait mention des bannis. Le 
jour que la paix devait être promulguée, le prince fit deman- 
der que la promulgation fût différée de trois jours ; on 
venait, en eflfet, d'apprendre que le Pape avait approuvé 
l'interdit et dans les trois jours, il devait y avoir de nouvelles 
élections communales. Le 2S juillet Fastré-Bareit de Surlet 
et Hellin de Boisée furent élus bourgmestres, et un nouveau 
Conseil communal fut choisi le même jour. Le prince, suivant 
de nouveaux conseils , se retira à Maestricht. Ce fut de cette 
ville que, le premier dimanche de septembre, il révoqua 
par lettres tout ce qu'il avait concédé touchant la paix des 
Mineurs et demanda le rappel des bannis. 

Le 10 septembre, l'acte par lequel le pape Pie II confirme 
l'interdit, fut répandu à Liège. Cet acte est daté du 1" mai 
1462. Le Pontife charge l'évêque d'Utrecht, l'évêque de 
Cambrai et l'abbé du monastère de Saint -André à Gram- 
mont de faire observer l'interdit et d'excommunier les 
coupables, si, dans les dix-huit jours, ils n'ont pas donné 



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3S2 LA PRINCIPAUTÉ 

satisraction. Le Pontife énumère, en abrégé, la plupart des 
faits qui se sont passés au pays de Liège, et, entre autres, 
qu'un jour i'évôque avec ses conseillers et ses serviteurs fut 
retenu, comme prisonnier, les portes fermées à clef, par 
les opposants qui le menaçaient de faire usage de leurs 
armes contre lui ; qu'un autre jour, il fut empêché par la 
violence de siéger au tribunal de TAnneau du palais; que la 
cité acquitta et protégea des bourgeois, môme des bourg- 
mestres et conseillers, condamnés par la Cour des échevins 
pour avoir énormément lésé Téglise de Liège et ses droits; 
et enfin que les conseillers que le prince avait envoyés à 
Liège, le ii décembre 1461, pour conférer avec la cité, 
faillirent être assassinés par les bourgeois. 

Les chanoines des églises collégiales conférèrent plusieurs 
fois sur Tobservation de Tinterdit. Deux docteurs en droit, 
de Cologne, appelés à Liège par des conseillers commu- 
naux, émirent Ta vis qu'il n'y avait pas d'obligation d'obser- 
ver l'interdit, mais leur avis ne fut guère partagé par le 
clergé. Le 14 septembre 1462, le prince-évêque transféra la 
Cour des échevins à Saint- Pierre, près de Maestricht (4), et 
il établit à Maestricht même la Cour de l'Official, les Cours 
archidiaconales et le vicariat général; il y manda également 
l'évêque suffragant. Le 19 septembre, les bourgmestres, 
conseillers et métiers appelèrent du Pape mal informé au 
Pape mieux informé et envoyèrent des députés à Rome 
pour soutenir leur appel ; ils envoyèrent également des 
députés tant au duc de Brabant qu'au Roi de France pour 
implorer leur protection. Le clergé commença à observer 
l'interdit, le 28 septembre ; la suspension des offices reli- 
gieux fit une forte impression sur le public; les bourg- 
mestres, pour atténuer cette impression, engagèrent le 
clergé séculier et le clergé régulier à célébrer les offices 

(i) Les échevins restèrent à Liège, mais ils cessèrent de rendre la 
justice. 



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sous LOUIS DE BOURBON (l456-148!ll). 353 

divins. Les Dominicains et les Mineurs le firent, après avoir 
reçu des proniesses de garanties ; ils célébrèrent même la 
sainte Messe sur la place publique, propter terrorem civium^ 
dit Jean de Los. 

Le jour de la Toussaint, Tévéque écrivit aux chapitres de 
Liège et les pria de le rejoindre à Maestricht et d'y célébrer 
leurs offices. Les chanoines se réunirent à Saint-Pierre, le 
4 novembre et décidèrent de ne pas se rendre à Maestricht ; 
ils en informèrent l'évéque par une dépulation. Leurs rai- 
sons n*ayant point été admises, ils appelèrent des ordres de 
révêque au Saint-Siège. Leur départ de Liège les eut exposés 
à bien des maux. D'ailleurs, ajoutaient-ils, ils étaient exempts 
de la juridiction épiscopale. Dès lors intervint Raes , abbé 
de Saint-André, à Grammont. En sa qualité de délégué du 
Saint-Siège, il ordonna, le 7 décembre 1462, aux chanoines 
d'abandonner les villes interdites, sous peine d'excommu- 
nication. Les chanoines lui répondirent qu'ils ne pouvaient 
le faire sans voir leurs maisons envahies et pillées et leurs 
personnes molestées; ils continueraient, ajoutaient-ils, à 
travailler au rétablissement de la paix. (V. Cart. du clergé 
second., p. 54.) 

Le Roi de France, dont les Liégeois avaient invoqué la 
protection, envoya un président de Parlement avec quelques 
conseillers à Liège o(i ils arrivèrent le 10 décembre 1463. 
Ils furent accueillis avec une grande joie par la cité. Par 
leur médiation, un nouveau congrès devait se réunir à Maes- 
tricht, dans la première quinzaine du mois de janvier 1463. 
Le duc de Brabant y envoya l'amman de Bruxelles et le juge 
de Bezanson ; les chanoines et les bourgmestres s'y rendirent 
en bon nombre; le prince-évêque y était avec ses conseil- 
lers. L'ambassadeur de France présida le congrès et les 
chanoines remplirent le rôle de médiateurs. On tomba 
d'accord sur un grand nombre de points ; quant aux autres 
points, il fut convenu qu'ils seraient soumis à un arbitrage. 
La cité de Liège y acquiesça. Louis de Bourbon partit pour 

S3 



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354 LA PRINCIPAUTÉ 

Bruxelles, prenant Tambassadeur de France avec lui, sans 
doule, pour consulter le duc de Brabant. Quinze jours après, 
Tambassadeur de France revint à Liège et présenta à la cité 
les propositions du prince-évéque. Ces propositions furent 
rejeiées. La cité combla Tambassadeur de présents ; elle lui 
donna des vases d'argent du poids de quarante-trois marcs 
et à sa suite un nouveau costume avec cinquante florins. 
L'ambassadeur partit le dimanche de reminiscere (6 mars). On 
peut conjecturer que Tinfluence que cet ambassadeur a exer- 
cée à Liège, a été favorable plutôt à la cité qu'au prince-évéque. 
La politique astucieuse de Louis XI légitime cette conjecture. 
Déjà avant le départ de l'ambassadeur français, les bourg- 
mestres avaient insisté près du chapitre pour qu'il convoquât 
les trois États. Ils espéraient que la cause de la cité serait 
appuyée par eux. Comme le droit de les convoquer apparte- 
nait au prince, le chapitre lui en demanda la permission, 
mais il essuya un refus. Il les convoqua néanmoins, sans 
doute, sous l'influence de la contrainte. Le prince, de son 
côté, prohiba aux nobles de se rendre à la réunion et aux 
villes d'y envoyer des délégués. Malgré cette prohibition, 
les trois États se réunirent, le 23 février 1463. Les 
bourgmestres de Liège leur demandèrent, si la réponse 
que la cité avait faite aux propositions du prince, était rai- 
sonnable et suffisante et si , en cas d'invasion d'une armée 
étrangère, on pouvait compter sur leurs concours. Les 
États, après une délibération de trois jours, répondirent 
que la réponse de la cité était raisonnable et suffisante, 
mais qu'ils allaient envoyer encore une députation au prince 
pour rétablir la paix ; ils répondirent à la seconde demande 
qu'ils assisteraient la cité en cas d'injuste invasion, mais ils 
l'exhortaient à suivre les voies de la justice et à maintenir le 
bon ordre. Le prince répondit à la députation que les États 
lui envoyèrent : « Vous m'avez abandonné; vous faites votre 
volonté et moi je fais ce que je puis ; je crois cependant que 
je resterai le souverain du pays. » (V. Adrien, p. 1258.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 358 

Ce fut à l'époque de cette journée des États, que Raes, 
abbé de Saint-André à Grammont, un des exécuteurs de la bulle 
d'interdit, ordonna aux chanoines de Liège, de Tongres, de 
Saint-Trond, de Looe et de Cortessem d'abandonner ces 
lieux interdits (26 février 1463). Son but était probablement 
de les soustraire à l'influence des bourgmestres de ces villes. 
Les chanoines refusèrent de le faire et ils appelèrent au 
Saint-Siège. Ils observaient cependant tous Tinterdit. (V. 
Cart. du clergé second., p. 53.) 

Les députés des villes interdites qui soutenaient leur 
appel à Rome, promirent au Saint-Siège que des moyens de 
concorde et de réparation seraient pris pour rétablir la paix. 
Dès lors, le pape Pie II leur promit, de son côté, (21 janvier 
1463), d'envoyer UB légat à Liège qui présiderait un Congrès 
de paix et qui lèverait l'interdit, dès que la paix serait 
conclue ; mais entretemps les adversaires du prince devaient 
s'abstenir de toute guerre et de toute voie de fait contre lui. 
Pierre Ferrici qui se trouvait au diocèse de Mayence, reçut 
ordre (1«' février 1463) de passer à Liège, en qualité de légat 
du Saint-Siège. Il arriva k Aix, le 31 mars de cette année 
et prit son logement chez les chanoinesses régulières. Il y 
convoqua le prinee-évéque et les bourgmestres des onze 
villes interdites. Les Liégeois demandaient que l'interdit fût 
d'abord levé et qu'ensuite on négocierait la paix. Les délégués 
du prinee-évéque répondirent qu'il fallait d'abord lui donner 
satisfaction. Les Liégeois répliquèrent qu'ils donneraient 
caution de se conformer à la décision juridique qui inter- 
viendrait. Le légat ne parvint point à les mettre d'accord. Il 
annula toutefois l'ordre donné par Raes de Saint-André 
d'abandonner les villes interdites (9 avril). Jean Herpel qui 
avait soutenu l'appel à Rome et obtenu le bref de Pie II du 
21 janvier, encouragea les bourgmestres dans leur opposition 
et il rédigea à Aix même un acte d'appel contre le légat qui 
refusait de lever l'interdit. Cet acte d'appel fut signé par 
quelques docteurs de Cologne. A Liège, Topposition conduite 



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356 LA PRINCIPAUTÉ 

par Raes de Heers voulut contraiHdre le clergé à adhérer à 
rappel et à reprendre les offices divins, mais elle éprouva 
une forle résistance. Elle aggrava ensuite la position des 
cioq qui avaient été bannis de la cité, en prohibant aux villes 
interdites de leur prêter la moindre assistance, sous la peine 
du talion. Le 8 mai, les bourgmestres, conseillers et métiers 
réunis au palais, demandèrent qu*un détenu captif fût exé- 
cuté. Le maïeur, Gilles de Huy, n'aimant pas de le faire, 
demanda un délai pour en conférer avec le prince, quoique 
ce captif eût été un des adversaires du prince. Les motifs de 
sa détention et la manière dont il avait été condamné à mort, 
ne sont pas bien connus. Les métiers impatients ordon- 
nèrent à Tavoué de la cité, Jean Leruyt, de le faire décapiter. 
L'avoué le fit ; mais ce ne fut qu'au troisième coup que le 
bourreau parvint à trancher la tète au condamné. Le peuple 
parlait, en même temps, d'élire un mambour de la princi- 
pauté. (V. Adrien, p. 1158 ; De Ram, p. 512.) 

Le grand maïeur qui s'était rendu chez le prince, lui 
exposa l'état des esprits et des choses à Liège. Louis de 
Bourbon consentit à ce que le légat levât provisoirement 
l'interdit, après que les villes auraient donné caution suffi- 
sante de se soumettre à la décision qui interviendrait. Il y 
eut bien des conférences au sujet de cette caution. La ville 
de Tongres et celles du comté de Looz la refusèrent d'abord, 
mais elles finirent par la donner aussi par lettres scellées, 
sur les instances de Raes de Heers. Les lettres scellées 
furent remises, à Àix, au légat qui fit savoir à la cité que 
l'interdit serait levé, dès que la libre juridiction du prince 
évêque serait proclamée à Liège. Le 30 mai, lundi de la Pen- 
tecôte, le grand maïeur publia donc à Liège que le prince- 
évêque pourrait exercer librement sa juridiction et que ceux 
qui empêcheraient cet exercice, encourraient les censures 
ecclésiastiques et les peines comminées dans la caution. 
A cinq heures du soir, l'interdit fut levé. On entonna aussitôt 
le Te Deum dans toutes les églises et on sonna toutes les clo- 



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sous LOUIS UE BOURBON (1456-448^). 387 

cbes jusqu'à minuit. La Cour de justice qui avait été fermée, 
le 13 septembre 1462, pour cause de cessation des oflBces 
divins et de Tinterdit, fut rouverte le 30 mai 1463. Quelques 
mécontents obstinés murmuraient de cette proclamation de 
la juridiction du prince-évôque et y voyaient un danger 
pour les franchises de la cité. Pour faire cesser ces mur- 
mures, les bourgmestres firent annoncer qu'en consentant à 
cette proclamation, on ne s'était engagé à rien qui fût con- 
traire aux franchises. Les Dominicains et les Mineurs qui 
n'avaient pas observé l'interdit, avaient encouru les censures 
et de ce chef on ne voulait pas les admettre à la procession 
du Saint Sacrement, ni aux autres réunions religieuses du 
clergé. Ils s'adressèrent au légat qui leur répondit qu'il 
n'avait pas le pouvoir de les absoudre des censures (<). Le 
dimanche après la fête du Saint Sacrement, (12 juin) le prince- 
évéque se rendit à Liège ; il n'y eut que ses adhérents con- 
duits par le grand maieur qui se rendirent à sa rencontre. Le 
lendemain (13 juin) il se rendit au chapitre, où il trouva les 
bourgmestres et les conseillers de la cité avec les chanoines ; 
il dit aux premiers : vous faites toutes vos volontés et vous 
étendez vos franchises aussi loin que vos volontés ; moi, je 
tiens à conserver mes pouvoirs légitimes et de là les conflits 
entre nous ; il est indispensable qu'un supérieur à nous tous 
décide. Pour soutenir l'opposition et le procès contre le 
prince, la cité et les villes flamandes avaient feit de grandes 

(i) Les Dominicains et les Mineurs envoyèrent des députés à Rome, 
aux frais de la cilé,pour se faire absoudre des censures. Ceux-ci furent 
de retour à Liège au commencement du mois de décembre 1463, por- 
teurs d*un bref à l'adresse du doyen. Le Pape chargea le doyen de les 
absoudre et de leur imposer une pénitence. Ils se rendirent en corps 
à la cathédrale où le doyen leur donna Tabsolution. Il leur imposa la 
pénitence de s'abstenir des ofiices divins, jusqu^au dimanche suivant, 
de chanter ce jour, à la cathédrale, une Messse solennelle suivie d*une 
procession par la cité, et de jeûner deux fois par semaine, depuis 
Pâques jusqu'à la Pentecôte, au pain et à Teau. (V. Adr^ibn, p. 126i ; 
Jean de Los, p. 19.) 



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368 LA PRINCIPAUTÉ 

dépenses; pour conlinuer à les soutenir, elles voulaient éta- 
blir une contribution personnelle d'après le revenu présumé. 
L'établissement de cette contribution suscita des murmures 
parmi tous les bourgeois. Le légat Ferrici intervint égale- 
ment pour prohiber tout acte ou tout changement pendant 
la litispendance. Les deux partis, en effet, avaient soumis 
leurs différends à la décision du Saint-Siège et s'étaient 
engagés à s'abstenir de tout changement ou de toute nou- 
veauté. Le duc de Brabant avertit également la cité que, si 
au lieu de suivre la voie du droit, elle se permettait des 
voies de fait, il ne manquerait point d'intervenir en faveur 
de son neveu. (V. Adrien, p. 1259 ; Jean de Los, p. 17.) 

Le 3S juillet 1463, le parti de l'opposition triompha aux 
élections communales. Raes de Heers et Jean Heylman furent 
élus bourgmestres. Ces chefs de la commune voulurent 
entraîner le clergé dans leur opposition et leur procès contre 
le prince-évéque auquel ils reprochaient de n'avoir pas en- 
core reçu les Ordres sacrés. Le chapitre cédant à leurs 
importunités envoya, à Maestrichl, le chanoine- chantre, 
Walter de Beaurieu, avec deux autres au prince-évéque 
pour le prier de revenir résider dans la cité et de recevoir 
les Ordres sacrés (2 septembre). Il leur répondit qu'il n'y 
avait de sécurité à Liège pour aucun de ses conseillers, 
qu'il n'avait pas encore l'âge de vingt- cinq ans requis 
pour le sacerdoce et que, d'ailleurs, le Pape lui avait permis 
de différer la réception des Ordres sacrés jusqu'à l'âge 
de trente ans. A cette époque, il résidait tantôt à Huy, 
tantôt à Maestricht, tantôt à Curange. Les bourgmestres 
désiraient beaucoup avoir le prince â Liège, pour le domi- 
ner. Ils contraignirent, une seconde fois, le chapitre à lui 
envoyer de nouveau Walter de Beaurieu avec Jean de Quercu 
pour lui ordonner de revenir à Liège. Le prince-évéque 
répondit aux députés qu'il était le supérieur et non le sujet 
du chapitre et il les engagea à défendre avec lui la cause 
de l'église de Liège. (V. Adrien, p. 1260.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (U56-i48!2). 359 

Les actes des adversaires montrèrent assez qu'il n'y avait 
pas de sécurité à Liège. La prohibition portée par le Nonce 
de changer ou innover quoi que ce soit, avant la décision du 
Pape, fut déclarée nulle. Pour se procurer l'argent néces- 
saire dans leur opposition et leur procès contre le prince, ils 
s'adressèrent au clergé et ils proposèrent même de séquestrer 
les revenus de la mense épiscopale sous le prétexte que, 
n'ayant pas reçu les Ordres sacrés, le prince ne pouvait plus 
être considéré comme prince-évêque légitime. Les trois 
États que le chapitre fut contraint de convoquer, envoyèrent 
aussi des députés au prince; celui-ci leur donna une réponse 
tellement catégorique qu'il ne fut plus question des revenus 
de la mense épiscopale. D'ailleurs cet envoi de députés 
n'était qu'un acte de complaisance sans portée; l'État pri- 
maire et l'État noble étaient pour la cause du prince, ainsi 
que les villes wallonnes de l'État-Tiers, sauf la cité. L'oppo- 
sition prit alors un autre moyen ; elle demanda aux receveurs 
des biens confisqués des Datins un compte exact de leur 
gestion; elle y trouva naturellement des inexactitudes et les 
condamna tous à de fortes amendes. Au commencement du 
mois d'octobre 1463, la cité bannit encore de son sein 
Jacques de Morialmez avec trois de ses serviteurs et 
Grégoire Grégorii fils de Guillaume, receveur de la mense 
épiscopale à Franchimont. Les motifs de leur banisse ment 
ne peuvent être autres que leur attachement à la cause du 
prince. 

Raes de Heers qui était à la tête de l'opposition à Liège, 
faisait encore une guerre privée à Jean de Hamal. Dans cette 
guerre privée , il y eut bien des blessés et des tués, de part 
et d'autre. Ce même Raes de Heers, prévoyant que l'oj^po- 
sition perdrait sa cause à Rome, cherchait des alliés. ]1 
parvint à faire conclure un traité d'alliance entre Robert de 
Bavière, Electeur de Cologne, son frère le comte palatin et 
le duc de Berg d'un côté et la cité et les dix villes flamandes 
de l'autre ; comme celles-ci hésitaient à sceller le traité 



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360 LA PniNCIPAUTÉ 

d'alliance, il sut les y contraindre. Le texle de ce traité 
d'allianœ, qui est du 1" novembre 1463, n'a janiais été 
publié (i). (V Jean de Los, p. 14 ; Adrien, p. 1262.) 

La domination de Raes de Heers finit par déplaire à la 
plus grande partie de la bourgeoisie qui désirait la paix. Ces 
bourgeois conduits par Baré-Surlet parvinrent, en 1464, à 
faire agréer le projet que les trente -deux électeurs des 
bourgmestres se concerteraient avec le prince-évéque pour 
nommer de part et d'autre des arbitres qui jureraient de 
terminer le conflit d'après les traités de paix et à l'arbitrage 
desquels tous se soumettraient. Les députés des villes 
wallonnes et les nobles réunis à Huy agréèrent également ce 
projet et envoyèrent, dans ce but, une députation au prince. 
Louis de Bourbon reçut les députés de Liège comme ceux 
des nobles et des villes wallonnes avec une grande bienveil- 
lance, mais il n'agréa pointée projet ; la cité jusqu'ici n'avait 
jamais voulu accepter les sentences d'arbitres prononcées 
contre elle; l'affaire était déférée à la décision du Saint-Siège 
par les deux partis ; il valait mieux attendre sa décision ; 
dès que cette décision serait donnée et acceptée, il se mon- 
trerait bon prince envers tous. 

Dès que cette réponse fut connue à Liège, Raes de Heers 
porta l'opposition à continuer le procès contre le prince- 
évéque. Pour en supporter les frais, chaque métier de Liège 
fournit une somme de cinquante florins et l'on fit une collecte 
dans les dix villes flamandes. Si cette somme ne suffisait 
point, le reste serait pris sur les biens des absents et des 
bannis. (V. Adrien, p. 1262.) 

Au mois de mai 1464, des cavaliers francs -pillards arrê- 
tèrent un bourgeois de Maestricht et deux bourgeois de 
Hasselt dans leurs maisons et les conduisirent captifs au fort 
de Reydt près de Gladbach, propriété de Jean Van Arendael, 



(1) L'original se trouve au dépôt des archives à Dusscldorf. (V. BulL 
de la Corn, Roy. d*Hist., série IV, t. IX, p. Î88.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i48â). 361 

seigneur de Wel. Ils ne leur promirent la liberté que contre 
une forte rançon. Les bourgeois de Maestricht et de Hasselt 
réclamèrent fortement. La cité de Liège intervint aussi et 
fit des menaces. Les francs -pillards effrayés remirent les 
prisonniers en liberté, sans rançon. Cette affaire n'aurait pas 
eu d'autre suite, si Jean Van Arendael n'avait été, par sa 
sœur, l'oncle de Baré-Surlet, le chef du parti de la paix. 
Raes de Heers voulut se venger de celui-ci en faisant démo- 
lir le fort de son oncle. Il fit réunir les trois États , pour 
décréter une expédition militaire contre le fort de Reydt. 
Les milices urbaines de Liège et des villes flamandes par- 
tirent le 26 juin. Elles passèrent la Meuse à Maeseyck, le 
2 juillet et arrivèrent bientôt devant Reydt. Elles s'empa- 
rèrent, non sans peines, de l'enceinte extérieure. Deux 
soldats du fort firent alors demander un sauf-conduit pour 
se rendre près de Jean d'Arendael. Les bourgmestres de la 
cité le leur promirent, puis ils se cachèrent pour ne pas le 
leur donner. Dès qu'ils se présentèrent, on les conduisit à la 
recherche des bourgmestres et on leur fit accroire, entre- 
temps, que la garnison venait de rendre le fort; ils consen- 
tirent, dès lors, à s'éloigner. Le lendemain, les soldats du 
fort ne les voyant pas revenir , se rendirent aux assiégeants 
sous la condition d'avoir la vie sauve. Les Liégeois pillèrent 
la forteresse, sans que les soldats des villes flamandes y 
eussent leur part. Les milices urbaines de Huy et de Dinant 
arrivèrent trop tard, parce que, disaient-elles, on leur avait 
annoncé que la paix était faite. Elles s'en excusèrent, à leur 
retour, en présence du peuple réuni au palais (i). Ni le 
prince, ni les États primaire et noble n'avaient Consenti 
à cette expédition. (V. Adrien, p. 1263.) 

(i) Le récit fait par Tauteur de la chronique des pays d'Oulre-Meuse 
offre quelques variantes : Hennecken Loerre, qui convoitait la fortune 
d*un richard d'Alken, près de Hasselt, se concerta avec Jtan d'Aren- 
dael et ses soldats , pour Tenlever, le conduire à Reydt et ne le rendre 
à la liberté que moyennant une forte rançon. Loerre, assisté de sept 



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362 LA PRINCIPAUTÉ 

Le 25 juillet 1464, Guillaume de Berlo, chevalier, et 
Mathias Haweal furent élus bourgmestres. Guillaume de 
Berlo, seigneur de Breust et de Houtain, Jean de Homes, 
seigneur de Kessenich, et Raes de Heers, élaieni, pour ainsi 
dire, les seuls nobles qui eussent embrassé le parti de la 
cité et des villes flamandes. 

Le légat, Ferrici, qui avait quitté Aix pour le diocèse de 
Trêves, au mois d'octobre 1463, attendait, avec impatience, 
les copies des documents de la cité qu'il avait demandées à 
Tabbé de Saint-Jacques. C'est dans cette abbaye, en effet, 
que se trouvait le coffre aux archives de la cité. En 1464, 
le légat revint à Aix et y manda Tabbé de Saint- Jacques. Il 
lui ordonna, sous peine de censures, de lui donner les copies 
qu'il lui avait demandées. L'abbé les lui fournit. Le légat, de 
retour à Trêves, y cita les deux partis pour le 10 septembre 
1464. La cité y députa Pierre d'Alcmaer et le prince Jean 
Bouchout de Malines. Le légat jugea que la cité et les villes 
flamandes, au lieu de laisser en suspens les points litigieux, 
s'étaient attribués les pouvoirs contestés et en avaient fait 
usage (attentata) ; il rétablit, en conséquence, l'interdit dont 
elles avaient été fi'appées; il déclara excommuniés les bourg- 
mestres, les conseillers communaux, les chefs des métiers, 
les échevins et autres bourgeois, et nominativement Libert 
Textor, Baudouin de Hollogne, chevalier, Amel de Velroux, 
Jean de Preudhomme, Godefroid de Froidmont, Jean Dame- 
sart, Jean de Falloise, Jean Persandi, tous les huit échevins 
de la Cour de Liège, Jean Cuperman, prêtre, Raes de Heers, 
Fastrard Baré-Surlet, Jean Heylœan, anciens bourgmestres 
de Liège, Jean de Riga, Guillaume Hollen, Martin Polle- 
mans, Jean Denis, boulanger, Jacques Huberti, boulanger, 

soldats, enleva le richard avec son fils et le conduisit à Reydt. Les 
soldats qui défendaient le fort de Reydl, se laissèrent corrompre par 
les Liégeois et leur livrèrent le fort. Henneken Loerre, arrêté, fut 
pendu à un cerisier et brûlé. Le richard d'Alken et son fils furent 
délivrés et reconduits au pays. (P. 204.) 



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sous LOUIS DB BOURBON (Uô6-i48â). 363 

Jean de Monte, meunier, Jean Turlilaigne, cordonnier, Jean 
de Capelle, cordonnier; il déclara encourues les amendes 
comminées dans Tacte de caution signé par la cité et les 
villes flamandes, amendes de trente mille et de cent mille 
florins. Le légat énumère, comme motifs de son jugement, 
les faits historiques que nous avons exposés et il y ajoute 
les faits suivants : Tarrestation et la condamnation de 
Judocus Fabri, courrier du légat; l'interception des man- 
dats du légat par Jean Heylman, un des bourgmestres et 
Fastrard Baré-Surlet; la condamnation par les bourgmestres 
et conseillers de Liège, des habitants du quartier de Mon- 
tenacken ; les violences exercées par les Saintronnaires 
contre le maïeur de Brustem ; les cruautés de Martin Poel- 
mans et de ses complices sur le sacristain de Brustem et 
Reinier Melders auxquels ils avaient arraché les yeux ; les 
enquêtes civiles faites par les bourgmestres de Hasselt 
contre Gérard Vronckar, religieux Augustin ; l'arrestation 
de Pierre Ackerman et d'autres clercs ; les injures faites 
au général des Carmes. (V. Foulon, t. II, p. 65.) 

Dès que les députés furent de retour à Liège, le clergé 
primaire et secondaire se réunit, le 8 octobre 1464, et 
décida d'appeler au Saint-Siège du rétablissement de l'in- 
terdit. La décision fut signée par vingt chanoines de la 
Cathédrale. On envoya, à Rome, pour soutenir l'appel, 
Arnold deHamal ou d'Elderen, chanoine-chantre de Saint- 
Lambert, Nicolas Gheister, doyen de Saint- Pierre, Jean de 
Streel, doyen de Saint-Martin, Baudouin de Hollogne, cheva- 
lier , Renard de Rouveroi et Rigald, secrétaire de la cité. 
(V. ScHoONBRooDT, n<* 1043.) 

Le duc de Brabant qui favorisait la cause de son neveu, le 
prince de Liège, était très mécontent de Raes de Heers, le 
chef de l'opposition. Au mois de mai 1464, il mit les arrêts 
sur les biens qu'il possédait au duché de Brabant, entre 
autres, sur la seigneurie de Lintre, sous un futil prétexte. 
Il mit aussi les arrêts sur les biens que les églises collé- 



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364 LA PRINCIPAUTÉ 

giales possédaient dans son duché, parce qu'elles ne soute- 
naient pas assez fermement la cause de leur prince-évéque. 
Quand le nonce eut rétabli Tinterdit sur la cité et les dix 
villes flamandes (septembre 1464) et qu'il en eut déclaré les 
habitants excommuniés, le duc ne voulait plus les souffrir 
dans ses états II fit arrêter et jeter en prison vingt-deux 
bourgeois de Hasselt qui s'étaient rendus à la foire d'Anvers 
et il allait faire arrêter les Liégeois au moment où ils s'en- 
fuirent. Une députation lui fut envoyée pour demander la 
mise en liberté des prisonniers, ce qu'il accorda sans peines. 
(V. Adrien, p. 1263 et 1265.) 

La cité envoya aussi une députation, Guillaume de Berlo et 
Gilles de Metz, au Roi de France, pour implorer sa protec- 
tion. II la leur proinit, mais il les engagea, en même temps, 
à prendre patience jusqu'à la mort du duc de Brabant. 

La Cour des échevins de Liège était de nouveau fermée, 
parce que huit d'entre eux étaient nominativement excom- 
muniés et que le grand maieur avait reçu défense du prince 
de leur demander justice. L'avoué de la cité, Jean Leruyt, 
convoqua les métiers au palais et leur proposa de remplir 
lui-même les fonctions de grand maïeur. Les échevins s'y 
opposèrent en disant qu'ils ne pouvaient rendre la justice 
qu'à la semonce du grand maïeur. Le 5 janvier 1465, les 
trois États, réunis pour délibérer sur la question, conseil- 
lèrent d'envoyer des députés au prince, à Maestricht, pour 
s'entendre avec lui. Le grand maïeur s'y rendit et quelques 
jours après, Mathias Haweal et Guillaume de la Violette l'y 
rejoignirent. Le prince leur répondit que la Cour de justice 
resterait fermée à Liège jusqu'au rétablissement de la paix 
et que, provisoirement , il nommerait d'honnêtes gens pour 
rendre la justice soit à Saint- Pierre près de Maestricht, soit 
àHuy, soit autre part. 

Cette réponse n'était pas de nature à satisfaire l'opposition. 
Raes de Heers qui était du métier des fèbvres, le porta à 
se fermer contre tous, c'est-à-dire, à ne plus rien fournir, 



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sous LOUIS DE BOURBON (i4S6-148â). 36S 

ni vendre à personne (22 janvier 1465). Trois jours après, 
les métiers réunis au palais donnèrent à Tavoué Jean Leruyt, 
les pouvoirs de grand maïeur et les échevins consentirent 
à rendre la justice à sa semonce, dès qu'ils auraient reçu 
des lettres de garantie des métiers, lettres qui leur furent 
données. Cette nouvelle illégalité ou inconstitutionnalité fit 
réfléchir le parti modéré de la bourgeoisie. Les commis- 
saires des vinàves et les conseillers communaux réunis, le 
28 janvier, prièrent le chapitre d'inviter le prince à revenir. 
Les chanoines Henri de Puthem et Hubert Broignet qui furent 
envoyés à Maestricht dans ce but, ne réussirent point dans 
leur mission. Le chapitre sollicité d'embrasser la cause 
de la cité, se borna à répondre qu'il se tenait à la paix de 
Fexhe et à la constitution du pays. Le parti dominant qui 
était décidé à ne pas respecter la constitution du pays, se 
concerta sur le projet de confisquer les revenus de la mense 
épiscopale et de nommer un mambour du pays. Les métiers 
réunis au palais demandèrent que les trois États fussent 
consultés sur ce projet. Quand les États furent réunis, les 
chanoines de Saint -Lambert répondirent qu'il n'y avait 
pas lieu d'élire un mambour et qu'il fallait attendre le retour 
des députés envoyés à Rome ; les nobles partagèrent les 
sentiments des chanoines ; plusieurs membres du Tiers- 
États furent du même avis. Le peuple mécontent voulut 
fermer les portes de la cité pour empêcher les chanoines, 
les nobles et plusieurs députés du Tiers-État de sortir de la 
cité et pour les contraindre à consentir au projet de créer un 
mambour. Les bourgmestres parvinrent à le calmer en lui 
promettant que le lendemain chacun dirait publiquement 
son avis. La plupart des nobles se retirèrent à leur cam- 
pagne pendant la nuit. Le lendemain, le comte de Buren 
et les trois fils de Jean de Lamarck consentirent au projet, 
mais Jean de Lamarck qui connaissait le choix déjà fait, 
ne voulut pas y consentir. Ce jour même, la cité reçut 
une lettre de Charles-le-Téméraire, fils de Philippe duc de 



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366 LA PRINCIPAUTÉ 

Brabant, par laquelle il proposait d'ouvrir des conférences 
pour rétablir la paix. Charles était en ce moment, en 
France, à la tête de la Ligue du bien public contre le Roi 
Louis XI, et ne pouvait guère intervenir dans les affaires 
liégeoises. Les chefs de la cité le savaient et n'eurent, dès 
lors, aucun égard à sa proposition. Le dimanche de Lœtare 
(25 mars), la ciié et les députés de quelques villes flamandes 
adoptèrent le projet d'élire un mambour et de lui attribuer 
les revenus de la mense épiscopale. Raes de Heers qui avait 
été à Cologne pour se concerter avec un candidat, proposa 
Marc de Baden. La majorité applaudit au choix ; plusieurs 
cependant en murmurèrent, parce qu'ils eussent préféré 
Éverard de Lamarck. Raes de Heers fit ensuite lire la for- 
mule du serment que le mambour prêterait à son inaugu- 
ration. Marc de Baden était frère de Charles, marquis de 
Baden, de Jacques de Baden, archevêque de Trêves, et de 
Georges de Baden, évêque de Metz. Pour prévenir toute 
opposition par la terreur, Raes de Heers fit prohiber, sous 
peine de bannissement et de mort, d'entraver le nouvel ordre 
de choses. (V. Adrien p. 1226; Jean be Los, p. 22). 

Louis de Bourbon se rendit de Maestricht à Bruxelles 
près du vieux duc, pour lui demander conseil. Les Hutois, 
fidèles à sa cause, Tinvitèrent à venir près d'eux en lui pro- 
mettant de le défendre. Le prince-évêque arriva à Huy le 
mercredi de la Semaine Sainte (10 avril). Son suffragant y 
consacra les Saintes Huiles le lendemain et le Samedi Saint 
il y conféra les Ordres sacrés. 

Le Jeudi Saint arrivèrent les députés qui avaient été en- 
voyés à Rome. Ils étaient chargés d'une bulle du Pape 
datée du S mars 1465. Un exemplaire de cette bulle était 
adressé au prince-évêque, un autre au clergé et un troi- 
sième aux nobles et à la cité. Le texte de cette bulle n'a pas 
été publié jusqu'ici, mais nous savons par Adrien que le 
Pape engageait les trois États à nommer des arbitres, que 
ces arbitres auraient quatre mois pour conférer ^ur la paix 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i482). 367 

et que pendant ces mois Finterdit resterait suspendu. Le 
prince- évêque auquel ces propositions étaient agréables, 
envoya le lendemain, Vendredi-Saint, les deux bourgmestres 
de Huy à Liège, pour appuyer les propositions du Pape. Les 
députés, revenus de Rome, firent un rapport de leurs négo- 
ciations au chapitre de Saint-Lambert et au Conseil com- 
munal. Ils demandèrent aussi que les trente-deux métiers 
fussent réunis au palais pour leur faire un exposé détaillé 
du succès de leur mission. Les bourgmestres refusèrent de 
réunir les métiers; ils craignaient, en effet, que les propo- 
sitions du Pape ne fussent agréées. Les instances que 
firent les bourgmestres de Huy dans le même but, furent 
également infructueuses. 

Le Jeudi Saint arriva aussi à Liège, Fastrard Baré-Surlet 
qui avait été envoyé à Metz pour se concerter avec Marc 
de Baden sur son entrée solennelle à Liège et sur son inau- 
guration. Il avait trouvé les quatre frères Baden, réunis à 
Metz. Il avait été convenu entre eux que rentrée solennelle 
du mambour aurait lieu le dimanche de Pâques closes. 

Le mercredi après Pâques, la cité reçut une lettre du Roi 
de France qui la priait de choisir le comte de Nevers pour 
mambour du pays. Ce Souverain désirait avoir au pays de 
Liège un allié contre Charles-le-Téméraire. Les chefs de la 
cité envoyèrent un député au Roi pour lui donner les expli- 
cations nécessaires et implorer sa protection. 

Deux jours après, les bourgmestres et conseillers de la 
cité prièrent le chapitre d'adhérer au mambour, de le rece- 
voir et de Tadmeilre au serment. Le chapitre, fidèle à ses 
devoirs, le refusa en attendant les décisions du Saint-Siège. 
Le prince qui résidait à Huy, y convoqua tous ses vassaux 
pour les engager à lui rester fidèles et les empêcher d'as- 
sister à inauguration de Marc de Baden. La cité leur 
donna aussitôt des ordres contraires, sous les plus sévères 
menaces, mais elle ne se vit obéie que par ceux qui avaient 
leurs biens dans la commune. 



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368 LA PRINCIPAUTÉ 

Le dimanche, 21 avril 1468, Marc de Baden arriva à Visé. 
Plusieurs Liégeois allèrent l'y trouver, notamment Raes de 
Heers, Jean Leruyt, Jean de Seraing, Eustache de Slreel, 
Louis de Seal, le seigncir de Vogelsanck et plusieurs nobles 
du comté de Looz. Le lendemain, dans Taprès-dtner, Marc 
de Baden fit son entrée à Liège entre son frère le marquis 
de Baden et deux autres comtes et suivi d'un cortège assez 
nombreux. Les bourgeois armés faisaient la haie depuis la 
porte de Saint-Léonard jusqu'à l'église de Saint-Lambert. 
A la porte de cette église , sept cents homicides se jetèrent 
aux pieds du mambour pour lui demander grâce ou rémis- 
sion de leurs crimes, ce qu'il leur promit. Il fut introduit à 
l'église, non par le clergé, mais par les chefs de la cité, 
Guillaume de Berlo, chevalier, seigneur de Brust, Berlo et 
Houtain et Mathieu Haweal. Aucune cloche ne fut sonnée. 
Arrivé au pied de l'autel, Marc de Baden prêta le serment 
suivant: je n'ai rien donné, ni promis pour obtenir la 
fonction de mambour ; je serai le protecteur de mes adhé- 
rents; je respecterai les franchises, libertés et privilèges 
tels que les échevins les gardent; je m'abstiendrai d'aliéner 
ou de grever aucune partie du territoire ou d'emprunter de 
l'argent sur les fonctions publiques; je ferai jurer aux promus 
à une fonction qu'ils n'ont rien donné, ni promis pour l'ob- 
tenir et qu'ils rempliront bien leurs devoirs ; je solliciterai 
du Pape le siège épiscopal de Liège et quand je l'aurai 
obtenu, je me ferai ordonner dans le courant de l'année ; 
je ne fermerai jamais la Cour de justice, et si je le faisais, 
l'avoué de Liège aurait de droit la fonction de maïeur et le 
pouvoir de faire rendre la justice par les échevins ; je 
nommerai les fonctionnaires d'après les lois du pays ; je 
respecterai et ferai respecter les lois du pays ; je jugerai à 
Liège avec les vassaux de l'église ; je ne réunirai les trois 
États qu'à Liège. — Marc de Baden se rendit ensuite au palais 
pour en prendre possession. (V. Schoonbroodt, Miscell., p 30. 

Le soir, il y eut, en son honneur, revue militaire et pro- 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i48â). 369 

menade aux flambeaux. Le lendemain, mardi, il eut à dtner 
les échevins restés à Liège, savoir, les huit excommuniés 
qui mirent aussi en garde de loi, à la demande de Tavoué Jean 
délie Boverie, le serment qu'il avait prêté. Le mercredi, il 
invita à dîner les chanoines de Saint-Lambert, mais ils n'ac- 
ceptèrent pas tous. Ce même jour, il se présenta au peuple 
assemblé au palais et y renouvela son serment ; il demanda 
en même temps aux Liégeois de lui être fidèles et d'en prendre 
l'engagement par écrit. Ils le firent immédiatement et lui pro- 
mirent un traité d'alliance de la cité et du pays avec le mar- 
quis de Baden. Quant aux homicides auxquels il avait promis 
grâce, ils devaient prouver dans les quinze jours qu'ils avaient 
satisfait la partie lésée et qu'ils n'étaient ni des bannis, ni 
des voleurs, ni des larrons ; ils payeraient en outre, un 
droit de chancellerie d'un florin de Rhin pour leurs lettres 
de rémission. Le dimanche, 28 avril, Raes de Heers con- 
duisit le mambour à la Cathédrale à la grand'messe et lui 
fit occuper la place de l'évêque, sans le consentement des 
chanoines ; plusieurs de ceux-ci sortirent même du chœur 
et les autres ne voulurent pas aller prendre la paix de lui. 
Ce jour, Marc de Baden, nomma Fastrard Baré-Surlet grand 
maïeur et ils conféra les fonctions de sous-maïeur, de bailli 
d'Amercœur et d'Avroy à des adhérents. Le jeudi suivant, 
quand les métiers étaient réunis au palais, les bourgmestres, 
les conseillers communaux et les gouverneurs des métiers 
lui prêtèrent le serment de fidélité et de dévouement jusqu'à la 
mort et lui en remirent les lettres scellées de trente-six sceaux. 
Il importait au mambour de se faire reconnaître par toutes 
les bonnes villes. Le 4 mai, il partit de Liège pour Dinant (i). 

(i) Dès le 28 avril, Marc de Baden avait prié la ville de Dinant de fixer 
le jour auquel elle le recevrait pour son inauguration. La bourgeoisie 
et le métier des batteurs répondirent qu'ils attendraient la décision du 
Pape, avant de le recevoir. Les neuf bons métiers répondirent « quMIs 
voulaient le recevoir, comme il appartiendra, joyeusement. » (Cart, 
de Dinant, t. II, p. 87.) 



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370 LA PRINCIPAUTÉ 

Comme il craignait d*élre altaqué par les adhérents du 
prince, il se fit accompagner de son frère le marquis, de 
Raes de Heers, des bourgmestres de la cilé et d'un grand 
nombre d'écuyers. Il y fut reconnu et bien reçu par les 
autorités de la ville, ainsi que par celles des villes de Thuin 
et de Couvin qui s'y étaient rendues. Après son retour à 
Liège, une alliance fut solennellement conclue au palais, 
le dimanche, 13 mai, entre le marquis de Baden et le pays 
de Liège ; le marquis jura, sur le Missel, fidélité et protec- 
tion aux Liégeois ; puis les chefs lui jurèrent de la même 
manière fidélité et dévouement, notamment les bourgmestres, 
les nobles présents, les échevins, les commissaires, etc. 
Dans la même réunion, il fut aussi décidé que tous feraient 
le même serment, dans les trois jours, sous peine d'être 
punis comme traîtres à la patrie et que personne ne pourrait 
transporter ses biens- meubles hors la cité ou le pays ; les 
villages près du Brabant, Montenacken et les autres seraient 
entourés de fossés et de fascines et garnis de troupes; le 
clergé serait prié d'adhérer au mambour et de provoquer la 
destitution de Louis de Bourbon. 

Le surlendemain^ 14 mai, le mambour accompagné d'une 
centaine de cavaliers partit de Liège pour se faire inaugurer 
dans les villes de Tongres, de Looz, de Saint -Trond, de 
Hasselt et de Maeseyck. Il y fut très bien reçu. 

A son retour, à Liège, il y trouva les huit députés des 
quatre chefs- villes du Brabant, Bruxelles, Louvain, Anvers 
et Bois-le-Duc, qui y étaient arrivés, le 16 mai. Reçus en 
audience, le lundi avant l'Ascension, les députés exposèrent 
que ces villes ne voulaient point intervenir dans le conflit 
qui existait entre Louis de Bourbon et une partie de ses 
sujets et que, s'il surgissait un conflit entre le Brabant et le 
pays de Liège, elles désiraient que ce conflit fût terminé dans 
une conférence. Ces villes prévoyaient que le Roi de France 
pousserait le pays de Liège à faire la guerre au Brabant; 
Leurs propositions ne pouvaient être rejetées. Il n'y a guère 



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sous LOUIS DR BOURBON (4456-148^). 371 

à douter non plus que leur démarche n'ait été inspirée par 
le duc Philippe et son fils Charles. Le mambour et ses 
conseillers demandèrent que Tarrét mis sur les biens du 
clergé et sur «eux de Raes de Heers fût levé et qu'une satis- 
faction fût accordée aux bourgeois de Hasselt qui avaient 
été arrêtés à Anvers. Les députés des villes répondirent 
qu'ils en référeraient à leurs supérieurs et que, dans une 
dizaine de jours, ils en informeraient les Liégeois. La cité fut, 
en effet, informée qu'il convenait de traiter ces affaires dans 
une conférence. (V. Adrien, p. 1271.) 

Le clergé de Liège se trouva dans une position bien 
di£Bcile. D'un côté, il voulait rester fidèle au Pape et au 
prince-évéque et d'un autre côté, il se voyait par là même 
exposé à la persécution. L'opposion lui demanda de se 
prononcer pour le mambour et d'adhérer à sa cause. Les 
chanoines de Saint-Lambert réunis, le 17 mai 1465, avec 
plusieurs autres, répondirent, par écrit, que, sauf leur 
honneur, leur serment, leur fidélité au Saint Siège, ils étaient 
portés pour la cité et qu'ils enverraient un député à Rome 
pour prier le Pape de prolonger le terme de quatre mois pour 
lequel l'interdit était suspendu. Cette réponse ne satisfit 
point les chefs de la cité Le chapitre fut sommé de se 
prononcer formellement pour Marc de Baden et contre Louis 
de Bourbon. Charh^s marquis de Baden, Raes de Heers et 
les autres chefs, après avoir intimidé les chanoines par des 
menaces, les firent réunir de nouveau et ils se rendirent au 
milieu d'eux dans la salle capitulaire. Là ils demandèrent au 
doyen, s'il se déclarait pour eux ; ce dignitaire effrayé finit 
par répondre que oui; tous Içs autres chanoines suivirent 
son exemple. Leur déclaration fut mise par écrit et signée 
par tous. Dès que les chefs de la cité se furent retirés, les 
chanoines firent constater par un notaire et prouver par des 
témoins les menaces de mort qui leur avaient été faites et la 
contrainte qu'ils avaient subie. (V. De Ram, p. 617.) 

Les laïques qui refusaient de reconnaître le mambour 



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372 LA PRINCIPAUTÉ 

furent bannis, notamment Jean de Valle, Gilles de Huy 
et bien d'autres on renouvela aussi la peine de bannisse- 
ment prononcée contre Alexandre Bérard, Henri Grégoire, 
Jacques de Morialmé. 

Le grand maïeur nommé par Louis de Bourbon ne prési- 
dait plus la Cour de justice, dont huit échevins étaient 
excommuniés. La justice, par conséquent, ne se rendait 
plus. Marc de Baden convoqua les trois États pour le jeudi 
après la Pentecôte, afin d'y pourvoir. Il n'y eût que peu de 
nobles qui y comparurent. La ville de Huy protesta. L'État 
primaire subissait la contrainte. Le marquis de Baden pré- 
tendait qu'il pouvait faire rendre la justice dans la Basse- 
Allemagne. La décision prise dans la Journée est inconnue. 
Fastrard Baré-Surlet, qui avait été nommé grand maleur par 
le mambour, prêta le serment au chapitre, le 11 juin 1468; 
dès lors il en remplit les fonctions ; et les échevins qui 
avaient abandonné la cause du prince, rendaient la justice 
à sa demande. (V. Adrien, p. 1273.) 

Le Roi de France qui avait vu se former contre lui la Ligue 
du bien public, sous la présidence de Charles-le-Téméraire, 
était intéressé à soutenir à Liège l'opposition au prince- 
évéque et à la pousser à la guerre contre le duc de Brabant ; 
il empêcherait, de la sorte, croyait-il, Charles-le-Témé 
raire de se mêler activement des affaires de la Ligue. Déjà, 
au mois de juin 1464, il avait envoyé, dans ce but , à Liège, 
Louis-Tristan l'Hermite, son grand-prévôt ; vers les fêtes de 
Pâques de 1465, il avait écrit aux Liégeois de prendre le 
comte de Nevers pour mambour ; quelque temps après, il les 
informa qu'il allait leur envoyer un ambassadeur. Le mam- 
bour et la aité envoyèrent des députés pour lui faire cortège 
et le protéger depuis Mouson jusqu'à Liège. Ce fut le jour 
de l'Ascension (23 mai), que l'ambassadeur, Louis de Laval, 
comte de Châtillon avec trois conseillers fit son entrée dans 
la cité. Les huit députés ;des chefs-villes du Brabant en 
étaient à peine sortis (si toutefois ils en étaient déjà sortis). 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-4482). 373 

De GhâtilloQ fut choyé et fêté par le mambour et les chefs 
de ropposition. Il leur proposa de conclure une alliance 
offensive et défensive avec le Roi de France et d'envahir les 
terres du duc de Brabant pour les dévaster, dès que celui-ci 
aurait commencé les hostilités contre le Roi. Ce projet 
d'alliance ne fut pas approuvé par tous. Guillaume de Berlo, 
un des bourgmestres, s'y opposa vivement avec plusieurs 
autres. La ville de Dinant ci^aignait qu'un Iraité d'alliance 
avec la France ne fût très préjudiciable à son commerce 
d'objets de cuivre avec l'Angleterre, commerce qui était 
très important. Elle demanda, en conséquence, le 14 juin 
1468, que, si un traité se faisait, l'Angleterre y fût comprise, 
ce qui n'était guère possible, car il y avait des hostilités 
entre le Roi de France et celui d'Angleterre. (V. Cart, de 
Dinant, i. II. p. 99.) 

Enfin à la demande de Baré-Surlet, qui approuvait le 
projet, les trente-deux métiers furent convoqués au palais 
pour voter sur l'alliance projetée. La votalion eut lieu, mais 
le dépouillement des sufiTrages qui aurait dû se faire au 
palais, se fit à l'hôtel de ville par le mambour et ses adhé- 
rents qui avaient prohibé sévèrement aux gouverneurs des 
métiers de ne rien révéler des votes émis dans les mé- 
tiers. D'aprbs la proclamation f!aite par les inléressés, la 
majorité des métiers avait voté pour l'alliance française. 
Le traité qui porte la date du 17 juin 1465, renferme les 
dispositions suivantes : les deux parties s'aideront contre les 
ducs de Bourgogne et les ducs de Bourbon ; le Roi payera 
incontinent deux cents lances, à trois hommes et à trois 
chevaux pour chaque lance, au taux de quinze livres tournois 
par mois ; les chefs de la cité nommeront le capitaine 
de cette troupe ; le Roi priera le Pape de conférer le siège 
épiscopal de Liège à Marc de Baden ; le pays de Liège 
conservera son indépendance et ses privilèges ; les Liégeois 
ne pourront faire la paix avec les ducs de Bourgogne et de 
Bourbon qu'avec le consentement du Roi et le roi ne fera la 



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374 LA PRINCIPAUTÉ 

paix avec ces ducs qu'en y comprenant les Liégeois ; les 
troupes liégeoises ne pourront être conduites au delà de 
trente lieues de la cité; le Roi fournira la poudre nécessaire 
à Tartillerie et enverra deux bons maîtres pour lirer des 
canons ; quand les troupes du Roi entreront dans le Hainaut, 
celles de Liège entreront dans le Brabant. (V. Gachard, 
Collect.y t. II, p. 197.) 

L'ambassadeur français resta à Liège, jusqu'au 23 juin. 
Ce jour, des Liégeois l'escortèrent jusqu'à Dinant et, de là, 
jusqu'à Mouson pour assurer la sécurité de son voyage. 
Renard de Rouveroi l'accompagna jusqu'à Paris pour en 
rapporter la confirmation royale du traité. Louis XI le 
confirma au mois de juillet et envoya Pierre Jodii, à Liège, 
avec Renard de Rouveroi. (V. Adrien, p. 1263 et 1273.) 

D'après la Constitution du pays, que Marc de Baden avait 
promis par serment d'observer (22 avril), un ti^ité d'alliance 
ne pouvait être conclu que par les trois États. Celui qui 
venait d'être conclu avec la France, n'avait pas même été 
voté librement par la cité. 

Le marquis de Baden partit pour l'Allemagne, afin d'y 
recruter des cavaliers. Le mambour, se considérant comme 
le souverain légitime du pays, ordonna, le 26 juin, à tous les 
vassaux de relever leurs fiefs de lui, comme d^un nouveau 
seigneur, are et manu, et d'en payer les droits. Il perçut aussi 
les revenus de la mense épiscopale. Ses agents commen- 
cèrent à mettre les arrêts sur les biens des émigrés, ainsi 
que sur les biens de ceux qui refusaient le serment de 
fidélité. 

Le clergé qui avait fait demander au Pape une prorogation 
de la suspense de l'interdit, se trouvait dans une grande 
perplexité. Le 6 juillet, en effet, allait expirer la suspense de 
l'interdit. Il prit la résolution d'observer l'interdit, s'il était 
rétabli, malgré la persécution qu'il aurait à souffrir. Suivant 
les conseils de Hugues Benefacti, chanoine de Metz et 
chapelain du mambour, ils implorèrent la protection de 



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sous LOUIS DE BOURBON (l456-i482). 375 

celui-ci contre le peuple. Marc de Baden se montra bien- 
veillant, mais il n*en fut pas de même de Baré-Surlet, de 
Raes de Heers et des autres chefs. Le mercredi, 4 juillet, au 
soir, arriva le député, envoyé à Rome, avec la nouvelle que 
rinterdit recommencerait le samedi, 6 juillet. Dès ce moment, 
commença Témigration des chanoines. Le vendredi, après 
les vêpres, les chanoines se réunirent de nouveau et déci- 
dèrent d'observer l'interdit. Eustache Gheyster, doyen de 
Saint-Pierre, arrêté ce jour par les factieux au couvent des 
Bons-Enfents, fut conduit au palais où les métiers se trou- 
vaient réunis. Il répondit à une question insidieuse de Raes 
de Heers que la bulle d'interdit avait été rédigée, non par le 
Pape, mais par un de ses secrétaires sur ses ordres; dès 
lors, tous se mirent à crier que la bulle n'était pas du Pape, 
que l'interdit était nul et qu'il ne fallait pas l'observer. Les 
maisons des chanoines émigrés furent aussitôt envahies et 
pillées. Des gardes furent placées aux portes de la cité, 
ainsi qu'aux portes des couvents et des maisons des cha- 
noines, pour empêcher l'émigration et pour veiller à ce que 
le lendemain matin on reprit les offices divins. Le samedi au 
matin, trois chanoines fugitifs furent arrêtés et jetés dans la 
tour de l'Official. Les chanoines et les religieux, se voyant 
gravement menacés, continuèrent les offices divins, après 
avoir protesté, par écrit, qu'ils ne le faisaient que sous 
l'action de la contrainte. Dès que l'ordre fut un peu rétabli, 
les bourgmestres ordonnèrent aux bourgeois de porter au 
palais, les biens-meubles, qu'ils avaient pris dans les mai- 
sons pillées. Une très faible partie y fut vendue au profit du 
mambour et de la cité. 

La fidélité de la ville de Huy, à la cause de Louis de 
Bourbon, commença à chanceler. Le métier des Vignerons 
et un autre se prononcèrent pour Marc de Baden et avec 
le secours de plusieurs habitants d'Araay, ils occupèrent et 
fortifièrent la route qui conduit de la forteresse à Namur. 
Louis de Bourbon , voyant sa sécurité menacée, se concerta 



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376 LA PRINCIPAUTÉ 

avec ses conseillers. Il fut convenu que, le 18 juillet, au soir, 
on se sauverait de la ville par les voies les moins dange- 
reuses et qu'on se réunirait à Andennes. Le projet fut 
exécuté. 

Le prince se rendit d'Andennes h Namur et de là à Bru- 
xelles, où le duc Philippe-le-Bon lui promit du secours. 
Les Liégeois qui avaient été appelés au secours de ces deux 
métiers à Huy, s*y rendirent au nombre de six cents, con- 
duits par Raes de Heers et Baré-Surlet. Toutefois les chefs 
et les chevaliers entrèrent seuls en ville. Les maisons des 
émigrés y furent envahies et pillées, comme à Liège. Les 
Hutois firent, dès lors, acte d'adhésion à Marc de Baden. 

Les bourgmestres et les conseillers communaux de Liège, 
usurpant les pouvoirs du prince-évéque, nommèrent, le cha- 
noine Alard de Bueren vicaire général et officiai. Comme 
c'était un jeune homme, sans talents et sans connaissances, 
ils lui donnèrent pour aides Jean Herpel (i) et un doyen de 
Coblentz. Les chefs de l'opposition ne reculèrent pas même 
devant un faux ; usurpant les pouvoirs et le nom des trois 
États, ils rédigèrent, au nom de ces derniers, une supplique 
par laquelle ils prient le Pape de priver Louis de Bourbon 
du siège épiscopal et de le conférer à Marc de Baden. Ils y 
articulent vingt griefs contre Louis de Bourbon. Les prin- 
cipaux de ces griefs sont, dit Adrien (p. 1277) : il n'a pas 
encore reçu les Ordres sacrés ; il n'a pas réprimé les procu- 
reurs qui épuisaient le pays ; il a siégé avec des laïques pour 
les condamner, puis, après avoir reçu d'eux une somme 
d'argent, il les a rétablis dans leurs fonctions ; il a fermé la 
Cour de justice, et il refuse de la rouvrir, quoiqu'il en ait été 
prié plusieurs fois ; il refuse de rentrer dans la cité, quoiqu'il 
en ait été prié par le chapitre. Dans cette pièce, les trois États 
déclarent qu'ils ne reconnaîtront plus Louis de Bourbon 
et qu'ils adhèrent en toutes choses à Marc de Baden. Cette 

(0 Herpel abandonna Liège, le 3 août, pour retourner à Cologne. 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-4482). 377 

supplique mensongère fut transmise au Roi de France « 
qui y ajouta une lettre de recommandation et renvoya à 
Rome par Hugues Beneracti. 

Cette supplique était-elle une réponse au monitoire du 
Pape Paul II ou bien le monitoire était-il une réponse à la 
supplique ? Nous l'ignorons. Mais le fait est que le Pape 
Paul II donna, avant le 31 juillet 1465, un monitoire à Marc 
de Baden par lequel il condamne ses usurpations et lui 
ordonne de s'en désister ; par la même pièce il cite l'intrus 
à comparaître devant lui à Rome; il engage, en même temps, 
tous les diocésains et sujets à rester fidèles à leur prince- 
évéque légitime, Louis de Bourbon. 

Philippe-le-Bon qui raconte ces faits dans son ordonnance 
du 31 juillet 1S6S, ordonna ce jour à ceux de ses sujets qui 
étaient du diocèse de Liège, de reconnaître Louis de Bour- 
bon pour leur évoque légitime, de s'adresser à lui seul pour 
les affaires religieuses et de lui payer les droits ordinaires 
de chancellerie. (V. Bull, de la Comm. roy. d'Hist. s. II, 
t. XII, p. 387.) 

Louis de Bourbon, par un acte du 13 août 1465, daté de 
Louvain, transféra le chapitre de Saint-Lambert et tous les 
autres chapitres établis dans les villes, à Louvain. Dans 
cette pièce, il expose brièvement les faits de persécution et 
de violence; il déplore que les chanoines restés à Liège, 
aient adhéré à la supplique de postulation pour Marc de 
Baden et il ordonne au clergé paroissial de ne rien faire en 
feveur de la rébellion. (V. De Ram, p. 522.) 

Charles, marquis de Baden, revint à Liège, le 1*' août 
1465, avec quatre cents soldats, cavaliers et piétons, une 
serpentine et d'autres instruments de guerre. Pour faire 
face à ces préparatifs militaires, le clergé fut contraint par 
Marc de Baden à lui accorder un subside. L'envoyé fran- 
çais, Pierre Jodii qui arriva à Liège, le 7 août, apporta, 
disait-on, les sommes promises par son Souverain. 

En France, la guerre était commencée entre Louis XI et 



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378 LA PRINCIPAUTÉ 

la Ligue du bien public. Une grande bataille s'était livrée, le 
16 juillet 1465, à Monllhery, près de Versailles. Les troupes 
confédérées restèrent maîtresses du champ de bataille, mais 
elles ne purent empêcher le Roi de regagner Paris. Des 
nouvelles inexactes en arrivèrent à Liège , le 4 août ; on 
disait que Charles-le-Téméraire avait perdu la bataille, qu'il 
était gravement blessé à la gorge. Ces nouvelles donnèrent 
du courage aux Liégeois. Dès le 16 août, Baré-Surlet alla 
occuper le château de Fallais qui appartenait à Charles et y 
plaça une garnison d'allemands. Raes de Heers qui désirait 
avoir ce château, le demanda à la cité et l'obtint. Les Hutois 
reconnurent Marc de Baden, après qu'il eut confirmé leurs 
privilèges, et surtout les droits qu'ils ont sur la forteresse. 

Philippe-le-Bon, duc de Brabant, informé des préparatifs 
que faisaient les Liégeois, se mit en mesure de défendre 
ses États contre eux. Il manda près de lui, avec leurs 
troupes, ses parents et ses vassaux, les ducs de Clèves et de 
Gueidre et les comtes de Nassau et de Bornes. Le 19 août, 
Marc de Baden voulut barrer le passage au duc de Clèves (4), 
mais il arriva trop tard, le duc était déjà au Brabant. 

Le 26 août, les troupes du Hainaut et de Namur, au 
nombre de trois à quatre mille, se présentèrent devant 
Dinant, dans le dessein de s'en emparer par stratagème, 
mais elles n'y réussirent point. 

Les bourgmestres élus, le 28 juillet, Jean de Seraing et 
Jean Leruyt, chevaliers, conseillaient de se tenir sur la 
défensive et de ne pas commencer les hostilités. Leur avis ne 
prévalut point. Les plus ardents, conduits par Raes de Heers 
et Baré-Surict, soutenaient qu'il ne fallait pas laisser au duc 
de Brabant le temps de lever des troupes, mais ils étaient 
divisés entre eux sur le point de savoir s'il fallait envahir le 

(i) Par un acte du 10 septembre 149i» Jean duc de Clèves, comte de 
Lamapck, avait promis daider Charles-le-Témérairo, son cousin ger- 
main, contre tous. (V. Bull, de la Corn, roy* d'Hist., s. IIÏ; t. VUÏ, 
p. 273.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i482). 379 

duché de Brabant ou le duché de Limbourg. Les Vignerons 
partirent, le 29 août, de Liège, pour envahir le duché de 
Limbourg, malgré les efforts que firent Marc de Baden, 
Raes de Heers et les conseillers communaux pour les rete- 
nir, car on n*avait pas encore envoyé des lettres de défi 
ou une déclaration de guerre [au duc Philippe. Le 30 août, 
les Drapiers allèrent rejoindre les Vignerons et ils furent 
bientôt suivis des autres métiers. Ce jour, on envoya un 
héraut d*armes à Bruxelles pour déclarer la guerre ; on 
n'allégua d'autre motif que la guerre faite au Roi de France 
dont le pays de Liège était l'allié. Le vieux duc répondit 
que ce défi devait être porté à son fils, qui seul faisait 
partie de la Ligue et que jusqu'ici aucun tort n'avait été causé 
au pays de Liège. 

Les Liégeois, conduits par Raes de Heers et Baré-Surlet, 
pillèrent la ville de Hervé avec l'église où quelques-uns 
d'entre eux commirent d'horribles sacrilèges sur la sainte 
Eucharistie. La ville fut ensuite livrée aux flammes. Un 
comte allemand indigné de ces sacrilèges et de ces actes de 
dévastation en fit des reproches à Baré-Surlet et à Raes de 
Heers et le lendemain, il retourna en Allemagne avec ses 
cent trente soldats. Marc et Charles de Baden, également 
indignés des mêmes scènes, refusèrent de rappeler le comte 
à leur service. Le comté de Daelhem fut également dévasté 
et ravagé par les Liégeois, le 31 août. La ville de Dalhem 
fut brûlée avec le château. Il n'en resta que les murs des 
remparts avec la porte de pierre. Les Liégeois se rendirent 
ensuite au pays de Fauquemont où ils assiégèrent la forte- 
resse et la ville. Marc et Charles de Baden avaient compris, 
surtout par le monitoire du Pape, que jamais ils n'obtien- 
draient' légitimement le diocèse, ni la principauté de Liège 
et ils voyaient de leurs yeux qu'ils ne jouissaient d'aucune 
autorité. Dans la nuit du 4 septembre, ils quittèrent le siège 
de Fauquemont avec leurs soldats et retournèrent en Alle- 
magne. Les Liégeois, consternés de leur départ, furent saisis 



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380 LA PRINCIPAUTÉ 

d'une frayeur panique ; ils abandonnèrent leurs quatre 
vieilles bombardes (i) et tout leur matériel devant Fauque- 
mont et retournèrent précipitamment à Liège où ils arri- 
vèrent le lendemain. Tous les biens-meubles que les Baden 
avaient laissés à Liège, furent mis sous le séquestre. 

Le duc Philippe-le-Bon , par voie de représailles, fit dé- 
vaster la principaulé de Liège ; ses généraux De Froidmont 
et De Longchamp, sortant de la ville de Namur, se dirigèrent 
vers Huy en pillant et incendiant tout sur leur passage ; ils 
brûlèrent, entre autres, le prieuré de Saint-Séverin à Meeffe 
avec le village (7 septembre 1466); trois jours après, ils 
assiégèrent la ville de Ciney sans pouvoir s'en emparer ; à 
l'approche des Dinantais, ils s'en éloignèrent. 

Les Hutois allèrent ravager et incendier les villages du 
comté de Namur, situés sur les rives de la Meuse. 

La garnison de Tirlemont, commandée par le duc de 
Clèves, dévasta tous les villages jusqu'à Montenacken ; celle 
de Léau tous les villages des environs de Saint-Trond jusqu'à 
Houpertingen ; celle de Jodoigne, les villages de Trogne et de 
Blehen ; celle deHalen, tous les villages jusqu'à Herck-la-Ville 
et celle de Limbourg, les villages du pays de Franchimont. 

Louis de Bourbon qui s'était rendu à Maestricht par Lou- 
vain, Tongerloo, Turnhout et Weerdt y trouva sept cents 
cavaliers que commandaient Éverard de Lamarck, le sei- 
gneur de Pietershem et celui de SombrefTe ; ces cavaliers 
incendièrent le village de Saint-Pierre et plusieurs autres 
sur les rives du Geer jusqu'à Tongres et sur la rive gauche 
de la Meuse jusqu'à Maeseyck et Stockem ; ils assiégèrent 
aussi le château de Gellik et y perdirent un des leurs, 
Gilles de Huy; ils refoulèrent également des soldats de 
Maeseyck qui se rendaient à Hasselt pour y renforcer la 
garnison. (V. Chronyk, p. 23.) 

(i) A cette époque, les Flamands appelaient encore les canons don- 
derbuijsen. Cette dénomination existait déjà en 1365. 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-4482). 381 

Les populations rurales du pays qui n*avaient guère pris 
de part à l'opposition contre le prince, ni à l'invasion du 
Brabant, eurent le plus à souffrir. Elles se réfugièrent avec 
leurs objets précieux et leurs bestiaux (quand c'était pos- 
sibles) dans les villes fortifiées. 

Les Liégeois qui se tenaient dans le village fortifié de 
Montenacken, portèrent la dévastation dans les villages 
brabançons du voisinage, Avernas, Hannut, Thisnes, Hallet, 
Wamont, Racour, Braives, Villers-le-Bouillet ; ils assié- 
gèrent Landen-la-Ville, mais abandonnèrent bientôt le siège 
à l'approche de Philippe, bâtard du Brabant ; ils épargnèrent 
Landen-Sainte-Gertrude par respect pour cette sainte. Les 
Saintronnaires portèrent le ravage dans les domaines des 
nobles restés fidèles à Louis-de-Bourbon, des seigneurs de 
Duras, d'Ordange, de Homes. Les Hasseltois ravagèrent le 
village de Beets, mais ils furent, comme les Saintronnaires, 
refoulés par le comte de Nassau. 

Les Hutois qui regrettaient d'avoir abandonné Louis de 
Bourbon pour reconnaître Marc de Baden et s'allier avec la 
cité, désiraient réconcilier les deux partis et se portaient 
comme médiateurs. Des députés de Huy se rendirent deux 
fois à Liège pour faire négocier une trêve entre les Braban- 
çons et les Liégeois, mais ils ne furent point écoutés. Ils se 
rendirent également à Bruxelles près de Louis de Bourbon ; 
celui-ci consentit à une trêve sous la condition que la forte- 
resse de Huy avec la tour voisine lui serait remise. Cette 
affaire n'eut pas d'autre suite en ce moment. 

Les Liégeois qui attribuaient leurs revers aux sacrilèges 
commis à Hervé, refusèrent de prendre de nouveau les 
armes pour aller combattre les Brabançons, avant qu'on 
n'eût punis les auteurs des sacrilèges. Deux coupables furent 
condamnés à mort et pendus pour avoir volé et brisé le 
Saint Ciboire. D'autres déposèrent dans l'église de Saint- 
Deuis à Liège, les livres liturgiques, les calices, les orne- 
ments, les statues qu'ils avaient volés. Raes de Heers qui 



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382 LA PRINCIPAUTÉ 

insislait pour que les Liégeois allassent dévaster le Brabant, 
ne parvint pas à les entraîner. Gérard le changeur (campsor) 
leur conseilla d'aller s'emparer de la forteresse de Limbourg. 
Son avis prévalut. Les Liégeois partirent pour le duché du 
Limbourg (30 septembre) et dévastèrent bien des villages 
de ce duché. Pendant qu'ils faisaient le siège de la forteresse, 
ils apprirent que les Hutois avaient fait une trêve de quinze 
jours avec les Namurois, qu'ils avaient tenu leur foire franche 
avec la permission de Louis de Bourbon et que les députés 
des bonnes villes étaient à Liège demandant qu'on négociât 
une trêve. Ces nouvelles ne leur flrent point lever le siège. 

Les cavaliers brabançons, de leur côté, commandés par 
Nassau, Horneset Gaesbeeck, au nombre de dix-huit cents 
brûlèrent le village de Surice avec Téglise et assiégèrent 
la tour où plusieurs habitants s'étaient réfugiés. Ils s'en 
emparèrent facilement et allèrent ensuite assiéger le château 
de Revogne ( 10 octobre). 

Les Dinantais, de leur côté, incendièrent, le 4 octobre, 
l'abbaye de Moulins près d'Yvoir et les villages d'Anthée, de 
Grange et de Senenne. Les bourgeois de Ciney, commandés 
par Guillaume de Momalle, dévastèrent le village de Ham- 
sur-Lesse, ainsi que les villages du ban de Leignon. (V. 
CarL de Dînant, t. II, p. 140 et 141.) 

Plusieurs localités refusèrent de prendre part à la guerre 
contre le prince de Liège et le duc de Brabant ; elles pré- 
férèrent garder la neutralité, pour n'élre molestées par 
personne; c'étaient, entre autres, tout le duché de Bouillon, 
les seigneuries de Hierge, Florine, Vierve, Sautour qui appar- 
tenaient au sire de Corswarem; les seigneuries et les places 
fortes de Louis de Lamarck, les bonnes villes de Thuin, 
Fosses, Couvin, les communes des rivages de la Sambre. 
(V. Cart. de Dinant, t. II, p. 140 et 143.) 

Les cavaliers brabançons revenus en Hesbaye, en dévas- 
tèrent les villages situés sur les confins du comté de Looz. 
Les Liégeois qui étaient à Montenacken au nombre de quatre 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-1482). 383 

mille, allèrent leur barrer le chemin par lequel ils devaient 
revenir et s'y fortifièrent. Les Brabançons, simulant une 
fuite honteuse, les tirèrent hors de leurs retranchements et 
se laissèrent poursuivre jusqu'en rase campagne aux Tombes 
entre Montenacken et Fresin. Là, ils se retournèrent contre 
les Liégeois et en firent un grand carnage ; près de deux 
mille restèrent sur le champ d% bataille (19 octobre). Le 
lendemain les cavaliers brabançons entrèrent dans Monte- 
nacken qu'ils trouvèrent abandonné des Liégeois. Ils y 
pillèrent et incendièrent les maisons avec l'église. La nou- 
velle de cette sanglante défaite ne tarda pas d'arriver à 
Liège. Elle y répandit la consternation. On rappela immé- 
diatement les troupes qui assiégeaient la forteresse de Lim- 
bourg. Ces troupes, frappées d'une frayeur panique, levèrent 
précipitamment le siège, en abandonnant leurs canons (31 
octobre). Frédéric de.Wittem, commandant de la forteresse, 
se mit à leur poursuite et ravagea, à son tour, plusieurs 
villages du pays de Liège. 

Les chefs de l'opposition à Liège qui s'étaient fiés aux 
promesses de Louis XI, avaient envoyé, depuis plusieurs 
semaines, Jean Heylman en France pour implorer la pro- 
tection du Roi, La ville de Dinant qui était encore plus 
inquiète que celle de Liège, avait envoyé, peu de jours après 
(24 septembre), trois députés, Gilles Dawaigne, Wautier 
Darwient et Jean de Gerin, près du duc Charles principale- 
ment pour présenter ses excuses de ce que quelques Dinan- 
tais avaient tenu des propos injurieux contre lui. Au mois 
de septembre, en efTet, des Bouvignois avaient tenus aux 
Dinantais, des propos injurieux au Roi de France; des 
Dinantais, par voie de représailles, avaient tenu aux Bouvi- 
gnois des propos injurieux h Charles en criant : larrons, 
venez au service de Monsieur Charles, bâtard de Jean de 
Heinsberg, le voici mort ; ils avaient montré, en même temps, 
un mannequin portant les armoiries du duc et pendu à une 
perche et ils avaient sonné une clochette de vacher. Les 



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384 LA PRINCIPAUTÉ 

députés devaient assurer que la ville de Dinant blâmait ces 
propos et qu'elle en punirait les auteurs. Leurs instructions 
mentionnaient, en outre, que la duchesse, mère de Charles- 
le-Téméraire, avait conçu, à cause de ces injures, une telle 
haine contre la ville de Dinant qu'elle avait juré de « la faire 
ruiner en mettant toutes personnes à Tépée. » (V. Gachard, 
l. II, p. 221.) 

Le député Heylman était de retour à Liège, le 28 octobre 
et y apporta la nouvelle que Charles-le-Téméraire avait 
obtenu la paix d'après ses désirs. Trois jours après, arriva 
un député de Louis XI, nommé de Saint-Camelle, qui 
annonça aux Liégeois qu'ils étaient compris dans la paix 
faite à Conflans, le 5 octobre. Le texte du traité de paix ne 
fut point communiqué aux Liégeois. Jean Heylman avait 
même laissé à Paris Jean Collar, pour en solliciter une copie 
authentique et la rapporter à Liège. Il avait eu, ajoutait-il, 
un sauf-conduit de Charles pour revenir au pays. 

Les députés des bonnes villes convoqués immédiatement, 
se réunirent, le 2 novembre 1465. Heylman et les trois Di- 
nantais leur exposèrent ce qu'ils avaient fait à Paris et les 
peines qu'ils s'étaient données. Il fut décidé à l'unanimité 
que la paix de Conflans dans laquelle, disait-on, le pays 
était compris, était agréée et serait respectée, mais sous la 
condition que tous y fussent compris. On donna immédia- 
tement des ordres pour faire cesser les hostilités sur tous 
les points du pays. Les Dinantais commencèrent, dès le 6 
novembre , des poursuites judiciaires contre ceux qui 
avaient injurié le duc Charles ; il y eut, à ce sujet, une 
espèce d'émeute; la prison fut envahie et un coupable arrêté 
fut mis en liberté. Mieux renseignés et devenus plus calmes, 
les métiers aidèrent même le magistrat à poursuivre tous 
les coupables qui étaient au nombre d'une dizaine. 

Les comtes, Vincent de Meurs et Jacques de Homes, 
furent envoyés à Bruxelles, dès le 3 novembre, pour obtenir 
une trêve du duc. Philippe-le-Bon leur répondit que les 



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sous LOUIS DE BOURBON (i 456-1482). 38S 

Liégeois devaient, avant tout, se soumettre au Pape et à 
leur prince-évéque Louis de Bourbon et s*engager ensuite à 
payer une indemnité des dommages qu*ils avaient causés. Les 
deux comtes revinrent à Liège avec cette réponse du duc. Ce 
fut peut-être, en ce moment, que les Liégeois apprirent qu*ils 
n'étaient pas compris dans la paix de Gonflans, qu'ils avaient 
été abandonnés à leur triste sort par Louis XI et qu'ils 
avaient été indignement trompés par lui, encore à la date 
du 12 novembre. Les métiers de la cité réunis de nouveau 
acceptèrent les conditions imposées par le duc et ils en 
donnèrent une déclaration authentique, le 12 novembre, aux 
comtes de Meurs et de Hornes (Gachard II, 238) ; ils pro- 
mirent aussi au clergé de ne plus Fempécher d*observer 
l'interdit, ce qui leur avait été demandé, dès le 1" novembre. 
L'interdit fut de nouveau observé, à partir du 12 de ce mois. 
Le duc Philippe-le-Bon accorda aux Liégeois une trêve de 
dix jours au moment où ses troupes venaient d'occuper 
Berlo. Les Liégeois qui s'étaient rendus jusqu'à Waremme 
pour les expulser, revinrent à la cité, dès qu'ils reçurent la 
nouvelle de la trêve accordée. D'autres revinrent également 
d'Emael où Raes de Heers les avait conduits pour repousser 
les attaques de la garnison de Maestricht. Le 23 novembre, 
les députés Liégeois, chargés de négocier la paix, partirent 
pour Bruxelles ; c'étaient les comtes de Meurs et de Hornes, 
Jean de Seraing, Gilles de Metz, Mathias Haweals et Gérard 
de Seraing, le pannetier héréditaire du prince. Ils étaient 
accompagnés de trois députés de Tongres, Arnold Hessels, 
Henri de Seraing et Renechon de Lowaige. 

Pendant que ces députés négociaient à Bruxelles avec le 
duc, le clergé envoya Jean de Seraing, doyen de la cathé- 
drale, avec Jean de Quercu, chanoine, Eustache de Atrio et 
Éverard Vervenholt, doyens de Saint-Pierre et de Saint- 
Jean, à Maestricht, pour y négocier sa réconciliation avec 
Louis de Bourbon. Le prince-évéque refusa de donner une 
audience aux délégués; il leur fit reprocher par ses conseil* 

â4 



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386 LA PRIP^CIPAUTÉ 

lers que les chanoines en restant à Liège, en demandant 
constamment des délais au Saint-Siège et en n*observant 
pas l'inierdit, avaient indirectement favorisé le parti de 
l'opposition. Les conseillers du prince-évéque reçurent 
leurs suppliques qui furent envoyées au duc de Bourgogne, 
car sans son consentement, le prince-évéque ne voulait 
rien régler. Les négociations ultérieures auraient lieu à 
Huy. 

Les députés, de retour de Bruxelles, rendirent compte aux 
Liégeois de Tétat des négociations. La cité de Liège donna 
de nouveau, le 9 décembre, pleins pouvoirs à ses députés, et 
leur adjoignit Jean Heylman ; la ville de Saint-Trond députa, 
le 8 décembre, avec pleins pouvoirs, Chrétien deBlocquerien, 
Philippe Copy, Henri Zeelichs et Jean Geerst ; la ville de 
Looz députa, le 10 décembre, Jean Cleynewerts et Jean van 
Heystert, et celle de Hasselt députa, Arnould EIsracke et 
Georges Schilders, le même jour. Ils retournèrent ensuite à 
Bruxelles. 

La ville de Huy avait envoyé une dépulation à Maestricht 
pour y négocier avec Louis de Bourbon. Gomme elle avait 
longtemps défendu sa cause et qu'elle était moins coupable 
que les autres bonnes villes, un accord verbal fut facilement 
conclu, sauf approbation du duc Philippe, qui ne fit aucune 
difficulté de l'accorder (12 décembre 1468). En vertu de cet 
accord, la ville de Huy fera amende honorable au duc et au 
prince-évéque; elle obéira au Pape; elle reconnaîtra Louis 
de Bourbon pour son prince-évéque et réparera les torts lui 
causés ; elle lui remettra la forteresse ; elle le servira et 
défendra sa cause. Les députés qui avaient négocié cet 
accord, étaient Jean Hustin d*Outremont, bourgmestre, 
Conrard de Boubaix, chevalier, avoué de Huy et de Liers, 
Guy de Berlaymont, dit Floyon, Jean de Chockier, écuyers, 
Gilles PoUarde, Hubert de Roheilhers, Remy Dufey et Lam- 
bert Hennekin. 

Les députés de la cité et\les autres bonnes villes, envoyés 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-448i). 387 

au duc, firent un iraité avec lui, à Bruxelles, le 16 décembre, 
et un second avec son fils Charles, à Tirlemont, le 19 décem- 
bre. Dans le premier traité se trouvaient les trois condi- 
tions que la cité livrerait dix hommes au duc, à son choix, 
avec la faculté de disposer de leur vie et de leurs biens, que 
les Liégeois et les autres coupables seraient privés des fiefs 
qu*ils possédaient dans les États du duc et que les traités de 
1408 et 1431 seraient exécutés dans toutes leurs parties. Le 
35 et le !26 décembre, ces conditions furent lues avec les 
autres au peuple réuni au palais. Il y eut de vives discus- 
sions. Les partisans de la double paix ne parvinrent point à 
la faire adopter. Entreiemps le duc Charles éiait arrivé à 
Saini-Trond, dès le 20 décembre, à la tête d*une forte armée. 
Pour obtenir la suppression des trois articles précités, les 
députés Libert Textor et Jean Leruyt, allèrent trouver le duc 
Charles. Ils lui proposèrent, dans ce but, d'augmenter de 
quarante mille florins indemnité promise à son père et de 
la même somme celle qui lui était promise. La proposition 
fut agréée. Les députés Liégeois revinrent avec un héraut 
de Charles à Liège. Celui-ci faillit être assassiné par le 
peuple, si Raes de Heers, Baré-Surlet et les deux députés 
ne lui avaient sauvé la vie. Dès que les trente-deux métiers 
apprirent que les trois articles étaient supprimés et rem- 
placés par une somme d'argent, ils approuvèrent les deux 
traités de paix (13 janvier 1466), quoiqu'ils eussent demandé, 
le 27 décembre, que les Dinantais y fussent compris ; ils 
avaient même écrit à ceux-ci, le 2 janvier 1466, que jamais 
ils ne consentiraient à une paix dans laquelle ils ne seraient 
point compris. Les deux traités furent approuvés, malgré 
l'opposition de Baré-Surlet, de Raes de Heers et de Jean de 
Bornes, surnommé le Sauvage, que les Tongrois venaient 
même de choisir pour leur capitaine. Charles-le- Téméraire, 
pour hâter la conclusion définitive des traités, avait quitté 
Saiût-Trond, dès le 4 janvier, avec son armée pour se diri- 
ger vers Liège. Les seigneurs de Ravenslein et de Perwez, 



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388 LA PRINGIPAUlK 

avec un corps de troupes, s^arrétèrent à Looz (i). Le duc 
Charles, avec le reste de Farmée, se trouva près de Gelin- 
den, le 15 janvier, à Petit- Jamine le 22 et à Vechtmael le 23 
de ce mois. Il était campé en ce village, quand les Liégeois 
lui apportèrent le traité scellé par la cité ; ils lui promirent, 
en même temps, qu'ils lui remettraient, le 29 janvier, à 
Saint-Trond, Tapprobation donnée par les bonnes villes. 
Charles ratifia les traités en son nom et en celui de son 
père, à Vechtmael, « en son ost,» le 24 janvier, et ce jour, 
il leva son camp pour retourner à Saint-Trond. La cité et 
les bonnes villes étaient peinées de ce que la ville de Dinant 
n'était pas comprise dans le traité. C'était là une des causes 
du retard qu'elles avaient mis à le sceller. Le traité qui porte 
la date du 22 décembre, mentionne la cité et les bonnes 
villes comme partie contractante, Liège, Fosses, Thuin, 
Couvin, Tongres, Saint-Trond, Looz, Hasselt, Herck, Mae- 
seyck, Brée, Bilsen, Beeringen et Stockem. La ville de Di- 
nant en était exclue et celle de Huy avait déjà fait sa paix 
spéciale. 

Les principales dispositions des deux traités sont : les 
bourgmestres, les échevins, les gouverneurs des métiers 
avec dix personnes de chaque métier, dix chanoines de 
Saint-Lambert , quatre membres de chaque couvent ou 
église collégiale de la cité, dix nobles vassaux de l'église 
feront amende honorable au duc, tète nue et à genoux ; les 
bourgmestres, les échevins et les conseillers des autres villes 

(1) J.e seigneur d« Ravenstein eut plusieurs escarmouches avec la 
milice rurale établie à Welien. Le i6 janvier» cette milice sortit de 
Wellea et s'avança jusqu*à Oetsloven sous Berlingen pour attaquer les 
Bourguignons. Il s'y engagea un vif combat dans lequel un noble Bour- 
guignon avec dix soldats fut tué. LesWeUenoisy perdirent cent cin- 
quante des leurs. Les troupes du seigneur de Ravenstein allèrent en- 
suite assiéger le châleau-fort de Heers; elles s*en emparèrent et Tin- 
cendièrent, après Tavoir pillé. Ce château appartenait à Raes de Heers. 
Le duc de Bourgogne fitbâiirune chapelle à Oetsloven en souvenir 
des soldats qui y avaient perdu la vie. (V. Jean db Los, p. 32.) 



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sous LOUIS DB BOURBON (i456H48â). 389 

le feront également ; ils feront aussi amende honorable au 
fils du duc ; ils payeront la somme de six mille florins pour 
bâtir et doter une chapelle expiatoire ; les cours de justice 
des états du duc qui demandaient la recharge et ressortis- 
saient en appel à la Cour de Liège, n*y seront plus soumises: 
les sujets du duc ne pourront plus être cités au tribunal de 
TÂnneau du palais ; le pays de Liège ne pourra plus, ni faire la 
guerre, ni faire des alliances sans la permission du duc et de 
ses successeurs ; il renoncera aux alliances faites contre le duc; 
le pays de Liège aura pour gardien et avoué le duc de Brabant 
et lui payera, de ce chef, une rente annuelle de deux mille 
florins ; la cité, les bonnes villes et leurs adhérents payeront 
une indemnité de guerre de trois cent quarante mille flo- 
rins, payable en quatre ans, à la saint Jean et à la Nativité 
de chaque année ; le pays de Liège laissera au duc un libre 
passage par la Meuse; ni les villes de Thuin, de Fosses et 
de Couvin, ni aucune autre dans FEntre-Sambre-Meuse, ne 
pourront être fortifiées ; le pays de Liège reconnaîtra Louis 
de Bourbon pour sonprince-èvéque et lui fera amende hono- 
rable et profitable ; la cité, les bonnes villes et leurs adhé- 
rents payeront au fils du duc une indemnité de cent 
nouante mille florins pour dommages causés à Fallais et 
à Montaigle, payables aussi en quatre ans. 

Les ecclésiastiques, les nobles et les sujets qui étaient 
restés fidèles à Louis de Bourbon et n*avaient pris aucune part 
à la guerre contre le duc, n'étaient pas obligés par ces traités 
de contribuer aux indemnités de la guerre. L'évéque et le 
chapitre, voyant que la paix de Saint-Trond dérogeait aux 
droits de Tèglise de Liège, firent la réserve de Fapprobation 
du Saint-Siège, quant aux articles qui renfermaient ces 
dérogations. Toutefois ils n*osaient et ne pouvaient guère 
s'opposer ouvertement à ces articles (V. Onufrius.) 

La paix du clergé avec le prince-évêque fut négociée à 
Huy par les quatre délégués cités plus haut avec Herman 
d'Elderen, chancelier, et Robert de Morialmè, conseiller du 



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390 LA PRINCIPAUTÉ 

prince. Par le trailé qui porte la date du 28 décembre 1465, 
le clergé promet obéissance au Pape; il reconnaît Louis de 
Bourbon pour son prince-évéque légitime; il observera ses 
interdits; il lui restituera, ainsi qu'à ses serviteurs, tout ce 
qui leur appartient; il lui demande pardon de lui avoir 
manqué, et surtout d'avoir postulé, par lettres, Marc de 
Baden pour évéque, quoique sous Tinfluence de la crainte; 
une somme de dix mille florins lui sera payée par les ecclé- 
siastiques qui ont appelé de Tinterdit de Pierre Ferrici, par 
ceux qui ont adhéré à cet appel et par ceux qui sont restés 
dans la cité, et les bonnes villes après la réception de Marc 
de Baden; ceux qui ont manqué au prince-évéque par 
d'autres actes pourront être punis par lui. Le 9 janvier 
4466, le clergé secondaire approuva cet acte de soumission, 
il était représenté par Hubert Broignet , vice-doyen , Henri 
Borman, doyen de Saint-Marlin ; Arnold de Baest, doyen de 
Saint-Paul ; Gheymar de Nyssem, doyen de Sainte-Croix; 
Henri de Wihogne, doyen de Saint-Pierre; Jean Buckinck, 
doyen de Saint-Jean; Antoine Andreae Brose, vice-doyen de 
Saint-Denis. Le jour suivant, Louis de Bourbon qui était à 
Saint-Trond approuva également la paix et pardonna à son 
clergé; il lui promit aussi de solliciter du duc la restitution 
de ses biens et la faculté de se retirer dans ses Etats, en cas 
de besoin. Ce fut, sans doute à la demande du prince- 
évéque que le duc Philippe ordonna, le 45 février 1466, à 
tous ses fonctionnaires de lever les arrêts rais sur les biens 
des églises de Liège. 

Le duc Philippe, après avoir fait proclamer la paix dans 
tous ses Etats, demanda qu'elle fût proclamée dans la même 
forme à Liège. Il envoya, dans ce but, le héraut Charrolois à 
Liège et il fixa au dimanche 46 février, l'amende honorable qui 
lui serait faite à Bruxelles. Le héraut, arrivé à Liège, le 5 fé- 
vrier 4466, y fut bien accueilli. Les trois demandes du duc 
furent proposées, le lendemain, au trente-deux métiers réunis 
qui acceptèrent la paix à l'unanimité. Le 7 février, Jean Délie 



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sous LOUIS DB BOUKUON (U56H482). 391 

Boverie informa le héraut que les Liégeois demandaient un 
délai pour Famende honorable à faire à Bruxelles, et un 
autre délai pour la proclamation de la paix, parce « qu*ils 
eussent volontiers vu que la ville de Dinant y eût été com- 
prise; «quant au troisième article, « ils voudraient volontiers 
que la paix de Mc^' de Liège fût faite, afin que paix se pût géné- 
ralement crier et publier de toutes parts. » Jean Délie Boverie 
partirait pour Bruxelles, afin de solliciter du duc les délais 
demandés (Gachard II, 330-3S5). 

La faction qui dominait à Liège, n*aimait point de procla- 
mer la paix et de Texécuter. Elle reprochait à ceux qui 
ravalent négociée, d'avoir consenti, dans le projet, à livrer 
dix hommes au duc et d'avoir sacrifié, dans les traités, les 
franchises du pays. Craignant pour leur propre vie, les 
négociateurs émigrèrent à temps, sauf deux, Gilles de Metz 
et un autre qui furent arrêtés par ordre de Baré-Surlet 
(20 janvier 4466). Ce bourgmestre, ne voulant pas être juge 
et partie à la fois, transmit ses fonctions à Jean Rossius, le 
plus grand adversaire de Gilles de Metz. Le grand maïeur 
qui avait émigré, ne pouvait et n'aurait point voulu convo- 
quer la Cour de justice. Celte Cour elle-même était fermée 
par un décret du prince, les échevins restés fidèles ayant 
émigré et les autres ayant été interdits et excommuniés. Les 
chefs de la faction révolutionnaire constituèrent eux-mêmes 
une Cour de justice ; ils donnèrent les fonctions de grand 
maïeur à Jean Leruyt, dit Délie Boverie, avoué de la cité, et 
nommèrent échevins Gérard de Bierset, Jean Germeal, 
Stassin Pivion et Conrard Drappier. Les bourgmestres, 
quatorze conseillers communaux et ces nouveaux échevins 
avec l'avoué, après avoir fait les enquêtes, jugèrent les 
quatre négociateurs appréhensibles et ils condamnèrent à 
mort Gilles de Metz et un autre ("27 février) (i). Leur exécu- 

(i) Le jugement porté le pénultième du mois de février 1466» 
renferme des détails intéressants : Les échevins de la Cour n*y avaient 



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392 LA PRINCIPAUTÉ 

tion eut lieu, le 1^" mars, au Marché. L'unique crime qu'on 
leur reprochait, était les négociations de la paix. L'avoué 
et même le bourreau eurent compassion d'eux , car leur 
innocence était manifeste. Les dix hommes qu'ils avaient 
consenti à livrer au duc, ne pouvaient être autres que les 
chefs du parti ; ceux-ci désiraient s'en venger. Leur ven- 
geance accomplie, ils firent proclamer, le même jour, la 
paix. 

Le prince, Louis de Bourbon, convoqua, dès lors, les trois 
Etats à Huy où il se trouvait depuis quelque temps. Il se 
proposait de rétablir les affaires avec leur concours. Le 
Tiers-Etat n'y comparut point. La cité alléguait qu'une 
Journée des Etats ne pouvait être tenue qu'à Liège ; les 
Hasseltois disaient qu'ils ne pouvaient se rendre à Huy, à 
cause des couleuvriniers qui infestaient les routes. En effet, 
les révolutionnaires-brigands, appelés couleuvriniers de 

voulu prendre aucune part, parce qu'il n'y en avait plus huit à Liège; les 
chanoines de la cathédrale avaient également refusé d*y prendre part, 
parce qu'ils étaient sous Tinterdit. — Le 23 novembre 1465« la cilé a 
donné une commission générale aux quatre députés, mais c'était par 
confiance dans le serment qu'ils lui avaient prêté. — Le 8 décembre 
suivant, la cité a renouvelé leurs pleins pouvoirs avec les réserves de 
n'exclure aucune bonne ville de la paix, de ne livrer aucune personne 
au duc pour en disposer à sa volonté et de ne pas enfreindre les paix 
du pays. — Le 16 décembre les quatre députés ont signé un traité de 
paix à Bruxelles avec serment de l'exécuter; le % décembre ils ont lu 
ce traité au peuple à Liège; le ^ décembre, Gilles de Metz a déclaré 
au peuple que s'il avait été à Wigimont, quand ce traité fut fait, il ne 
l'aurait point signé; le 16 février 1466, Gilles de Metz a répété encore 
au peuple que, s'il avait été à Liège ou à Wigimont, il ne l'aurait point 
fait, que le traité a été signe un vendredi, quand le sauf-conduit des 
députés était expiré depuis le mardi précédent; il craignait, ajoutait-il, 
d'être arrêté et emprisonné dans une forteresse, comme l'avaient été 
le damoiseau de Montjoie, celui de Bollaod et d'autres. — Le sauf- 
conduit donné aux députés liégeois, ne valant que du 9 au 15 dé- 
cembre 1465, a été prorogé par le duc jusqu'au 24 décembre, -* Le 
19 février 1405, l'Empereur Sigismond a confirmé tous les privilèges 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i48â). 393 

leur arme et compagnons de la tente verte, de la couleur de 
leur costume, se tenaient en bon nombre à Wellen; il y en 
avait, en outre, dans toutes les parties du comté de Looz et 
du pays de Liège. Ils persécutaient tous ceux qui se pronon- 
çaient pour la paix et le prince-évêque et ils pillaient les 
maisons des émigrés; ils empêchèrent que la paix ne fût 
proclamée à Tongres, à Bilsen, à Maeseyck et dans d'autres 
villes. Le 44 mars, ils envahirent la ville de Looz et y brû- 
lèrent six à huit maisons situées au Marché. Les soldats que 
le prince envoya pour chasser les couleuvriniers de Wellen 
furent vaincus par eux et dispersés. 

Les chefs du parti révolutionnaire se concertèrent à 
Liège pour renouer l'alliance entre les bonnes villes. Un acte 
qui porte la date du 23 mars 1466, mais qui probablement 
ne fut approuvé que plus tard, nous fait connaître le but de 



des Liégeois, et le 26 mars 1447, il a annulé les sentences portées en 
1408 par les vainqueurs d'Olhée — Le 27 janvier 1461, Jean le Couve- 
reur de Dinant a dit publiquement à Dinant que dans les négociations 
qui avaient lieu en ce moment k Huy, les négociateurs de la cité avaient 
été abandonnés à la volonté du prince, ce qui était proToquer une 
sédition; à la même occasion Jean de Foys, bourgmestre de Dinant, 
a tenu des propos injurieux à la cité de Liège en disant que si elle 
réussissait, ce serait un malheur pour Dinant; Gilles de Metz et Mathieu 
de Haweal ont été présents à Tenquôte faite contre ces deux Dinantais. 
— Les bourgmestres, conseillers et métiers déclarent lee quatre négo- 
ciateurs parjures et violateurs des privilèges du pays et de la paix de 
Fexhe, ayant consenti à livrer au duc dix personnes pour en disposer 
à sa volonté. — Gilles de Metz a été arrêté en sa maison, le 20 février 
1466, par les bourgmestres et détenu à l'hôtel de ville, parce que le 26 
et le 28 décembre, il avait publiquement reconnu ses fautes ; par cette 
arrestation on n'a point violé le principe que pauvre homme en sa 
maison roi est^ — (V. Pavillard, E., n^ 306, p. 303; De Ram., p. 559.) 

En vertu de la Constitution du pays, Gilles de Metz ne pouvait être 
arrêté qu*à la suite d'un jugement porté par loi et franchise, c'est-à- 
dire, par la Cour de justice, assistée des deux bourgmestres et de 
quatorze conseillers communaux, et il ne pouvait être condamné que 
par la cour de justice seule. Rien de tout cela ne fut observé. 



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394 LA PRINCIPAUTÉ 

cette alliance : les droits du prince-évêque et des églises, 
ainsi que ceux de la cité et des bonnes villes, sont réservés ; 
mais Talliance se fait contre tous ceux qui, avant, pendant et 
après la guerre, se sont joints au prince-évêque et au duc de 
Brabant pour faire la guerre aux bonnes villes en violation de 
leur serment; elle se fait également contre les négociateurs 
qui ont consenti aux premiers projets de paix, au grand pré- 
judice de leurs co-bourgeois et des bonnes villes. L'alliance 
comprend les bonnes villes de Liège, Dinant, Tongres, Thuin, 
Couvin, Hasselt, Herck, Maeseyck, Brée, Bilsen, Beeringen 
et Stockem. Les villes de Huy et de Looz n'y sont pas men- 
tionnées. (V. De Ram., p. 568; Pavillard E. n« 306, p. 304.) 

A répoque où celle alliance fut conclue, le prince-évêque 
recevait à Huy la sentence arbitrale du Pape. Les deux 
partis, comme nous l'avons vu, avaient choisi le Pape pour 
arbitre et s'étaient engagés sous la peine d'une forte amende 
à se soumettre à sa décision. Paul II, après avoir rempli 
toutes les formalités judiciaires et avoir longtemps attendu 
en vain les procureurs des bonnes villes, donna sa déci- 
sion arbitrale, le 23 décembre 1465; il décide que Louis de 
Bourbon est l'évêque légitime du diocèse et le souverain 
légitime de la principauté ; il condamne les attentats commis 
contre sa double autorité et il condamne, en outre, les villes 
coupables à une amende de cinquante mille florins d'or qui 
serviront à faire la guerre aux Turcs; toutefois il ne déroge 
ni à la Constitution du pays, ni à ses lois, ni aux droits légi- 
times d'un chacun. (V. De Ram, p. 542.) 

La nouvelle de la décision du Saint-Siège ne tarda pas de 
se répandre à Liège. L'opposition en fut très mécontente; 
elle parla même de créer un nouveau mambour, mais Raes 
de Heers ne voulut pas y consentir; il proposa de faire 
insérer dans l'alliance des villes un décret de persécution 
contre ceux qui avaient abandonné le parti depuis la mam- 
bournie des Baden ; ce qui fut exécuté au retour de ceux qui 
avaient fait amende honorable à Bruxelles. 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456H482). 398 

Sur les instances réitérées du duc de Brabant, des dépu- 
tés furent désignés pour se rendre à Bruxelles et y faire 
amende honorable : c'étaient Rutger, abbé de Saint-Jacques, 
Hubert Broignet, vice-doyen de Saint- Lambert, Judocus 
de Lamarck , archidiacre d'Ardenne , Eustache de Atrio, 
doyen de Saint-Pierre, Arnold de Baest, doyen de Saint- 
Pâul, et Daniel pour le clergé de Liège, Daniel 

chanoine-chantre, de Tongres, Jean de Voerda, 
chanoine de Looz, pour le clergé externe; Jean Leruyl dit 
Délie Boverie et Henri Rossius, bourgmestres de Liège, et six 
membres de chaque métier de la cité. Le 4 mai 1466, ils 
firent amende honorable au duc à Bruxelles, d'après le traité 
de paix du Î2 décembre précédent; le vice-doyen ajouta que 
le clergé avait toujours improuvé les troubles et la guerre, 
et il pria le duc d'aider à rétablir la paix au pays de Liège et 
à réconcilier les Dinantais avec son fils Charles. Le duc les 
remercia de cet acte de soumission, en se réservant ses 
droits touchant ceux qui n'avaient pas comparu. De retour 
à Liège, le 8 mai, les députés firent réunir le peuple au 
palais pour lui rendre compte de ce qu'ils avaient fait à 
Bruxelles, mais ils furent contraints d'adhérer d'abord à 
l'acte d'alliance qui avait été remanié pendant leur absence. 
On prohiba ensuite à tout bourgeois de sortir de la cité 
avant d'avoir adhéré à cet acte (12 mai). 

La fièvre révolutionnaire s'empara aussi des enfants de 
dix à quinze ans. Ils se firent des bannières avec les armoi- 
ries de Marc de Baden et parcoururent les rues en criant 
vive Baden.lls insultèrent les adhérents de Louis de Bourbon 
et causèrent toute sorte d'avanies au clergé avec la conni- 
vence des autorités. 

Le 31 mai, l'avocat de Graves, beau -frère de Jean Heyl- 
man, étant retourné à sa maison, à Huy, y fut arrêté par des 
Liégeois que la faction y avait envoyés et fut conduit à 
Liège. Les bourgmestres et quatorze conseillers commu- 
naux le condamnèrent à mort et le firent exécuter au 



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396 LA PKINCIPAUTÉ 

Marché. Son unique crime était son attachement au 
prince. 

La bourgeoisie de Saint-Trond était divisée en deux 
partis; les uns étaient contre le prince, les autres pour lui. 
Les premiers chassèrent les adhérents du prince de la ville 
et appelèrent Raesde Heers et Baré-Surlet à leur secours. 
Les maisons des émigrés furent pillées. L'acte d'alliance 
entre les villes fut ensuite juré par tous les adversaires du 
prince. A Huy, au contraire, où résidait le prince, ses adver- 
saires reçurent ordre de sortir de la ville dans les trois 
jours. 

Dans la première quinzaine du mois de juin 1466, les 
Maestrichtois et les Fauquemontois commirent des ravages 
dans la Gampine liégeoise. Les habitants de Maeseyck, de 
Neeroeteren et d'autres communes accoururent pour les re- 
pousser, mais ils essuyèrent une grande défaite; trente-sept 
d'entre eux furent tués et soixante-six faits prisonniers. 
{Chronyk van Maestricht p. 6.) 

Louis de Bourbon s'était vivement plaint au Pape de ce 
que son pouvoir spirituel et temporel avait été usurpé par 
Marc de Baden du 22 avril au 4 septembre 1465. Le Pape 
délégua, sans doute, des juges pour juger ces actes d'intru- 
sion et punir le coupable. Une réunion eut lieu à ce sujet, 
à Cologne, pendant les fêtes de la Pentecôte 1466. La cité y 
envoya Renard de Rouveroi avec un député de chaque 
métier; les villes du comté de Looz y envoyèrent également 
des députés. Les députés des villes lossaines prièrent Marc 
de Baden de revenir à Liège, en lui promettant toute assis- 
tance. Il leur répondit que, si une telle invitation lui était 
faite par la cité, il y aurait lieu d'y réfléchir. Les députés de 
retour, le jour du Saint-Sacrement, en firent part aux mé- 
tiers réunis au palais. Vingt huit métiers lui députèrent de 
nouveau Renard de Rouveroi pour l'inviter à revenir à Liège. 
Marc de Baden ne refusa point ; mais, avant d'accepter, il 
voulut en conférer avec ses frères. Après avoir conféré avec 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-4489). 397 

eux, il envoya à Liège Jean Ingodsnamen qui y arriva, le 
10 juillet 1466. Les aulorilés et les enfants allèrent à sa ren- 
contre jusqu'à la Chartreuse et lui firent escorte en criant 
vive Baden, Â toutes les fenêtres, sur tous tes édifices, on 
plaça aussitôt ses armoiries. Celles de Louis de Bourbon dis- 
parurent immédiatement. Les enfants recommencèrent leurs 
insolences contre les adhérents du prince-évéque, surtout 
contre les chanoines. Le député de Marc de Baden resta 
quinze jours à Liège et traita avec Tautorité communale. On 
n*a point de détails sur ces négociations. On peut conjec- 
turer que Raes de Heers, Baré-Surlet, Jean de Bornes et 
d*autres ne voulaient plus de Marc de Baden et que celui-ci 
mit à son acceptation des conditions qui leur déplaisaient. 
On peut conjecturer, en outre, qu'il n'avait d'autre but que 
de recouvrer ses biens meubles confisqués. 

Les couleuvriniers se livraient partout à des actes de 
brigandages, au comté de Looz et en Hesbaye, contre les 
adhérents du prince-évéque. Plusieurs se rendirent même 
à Dinant pour y guerroyer contre les sujets du duc de Bra- 
bant. Bien des villages des comtés de Namur et de Hainaut 
furent dévastés par eux ; l'abbaye de Moulins fut incendiée. 

IV 
Destruetion de Dinant et exécution de la paix 1466. 

Les Dinantais avaient désiré vivement être compris dans 
la paix du 23 décembre 1465. Ils avaient promis de châtier 
sévèrement ceux qui avaient tenu des propos injurieux 
contre la famille du duc de Brabant ; ils avaient sollicité la 
médiation des abbés de Saint-Hubert, de Florenne et d'Âlne, 
du père Carme, directeur des Carmélites à Dinant, de Louis 
de Lamarck, seigneur de Rochefort, Âgimont, Neufchâteau 
et haut avoué de Dinant, de Jean de Luxembourg, seigneur 
de Haubourdin, et de Louis XI, Roi de France ; ils avaient 



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398 LA PRINCIPAUTÉ 

écrits dans les termes les plus soumis et les plus humbles 
à Louis de Bourbon (18 novembre 1465), et à Charles-le- 
Téméraire. Malgré les prières de ces médiateurs, Charles- 
le-Téméraire avait refusé de les comprendre dans la paix 
générale. 

La première rumeur en parvint à Dinant, le 19 décembre 
1465. Le peuple indigné courut à la prison et délivra les 
coupables détenus. Le magistrat craignant que ce Tait n'em- 
pirât la situation, fit immédiatement resaisir et reconduire 
les coupables à la prison. Le 12 janvier 1466, il apprit avec 
certitude que la ville de Dinant n'était pas comprise dans la 
paix. On en fut dans la désolation II s'agissait, dès lors, de 
négocier une paix spéciale. Charles-le-Téméraire y con- 
sentit, mais il imposa des conditions très dures et très diffi- 
ciles à accomplir (février 1466). Les Dinantais qui ne purent 
s'y résigner, continuèrent les négociations auxquelles ils 
associèrent Jean Délie Boverie et d'autres Liégeois. Ils 
obtinrent, le 22 mars, une trêve de quarante jours, car les 
hostilités n'avaient pas cessé entièrement entre eux et les 
Bouvignois. Charles-le-Téméraire ne fit aucune concession 
sur les points très dures et très difficiles et les députés 
Dinantais n'avaient pas les pouvoirs nécessaires pour y 
consentir. La bourgeoisie et le métier de la batterie étaient 
disposés à y consentir, car Charles faisait déjà des prépa- 
ratifs pour détruire la ville, mais le troisième membre de 
l'administration, savoir, les neuf autres métiers refusèrent 
d'y consentir et de donner pleins pouvoirs aux députés 
(23 avril 1466) (i). Bien des couleuvriniers qui s'étaient 
rendus à Dinant, encouragèrent cette opposition des neuf 
métiers. Les Liégeois avaient également promis des secours 
aux Dinantais. Les choses trop dures et trop difficiles que 
demandait Charles, étaient, sans doute, qu'on lui livrât un 
certain nombre d'hommes qu'il désignerait, avec la faculté 

(i) V. Gachard, t. II, p. 241 et 369. 



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sous LOUIS DE BOURBON (l456-i482). 399 

de disposer de leurs biens et de leur vie, qu*on démolît toutes 
les fortifications, qu'il fût Tavoué de la ville et qu'on lui 
payât une forte somme d'argent. Les élections qui se firent 
à Liège, le 26 juillet 1466, étaient aussi de nature à encou- 
rager les Dinantais, car Renard Rouveroi et Guillaume 
Baré-Surlet furent nommés bourgmestres. Il n'y a point à 
douter qu'ils n'aient promis des secours aux Dinantais. 

Les hostilités, entretemps, ne discontinuèrent point. Le 
duc Charles, à la tète d'une forte armée, arriva devant 
Dinant, le 18 août 1466. Les Dinantais firent une vigoureuse 
sortie, mais furent facilement refoulés. Les faubourgs furent 
occupés les jours suivants. Le duc Charles fit alors proposer 
aux Dinantais de se rendre. Ils le refusèrent avec imperti- 
nence, croyant leur ville imprenable et comptant sur l'armée 
Liégeoise qui devait arriver. A Liège, en effet, les trente- 
deux métiers décidèrent, le 20 et le 24 août, de prendre les 
armes ; le clergé secondaire, au défaut du clergé primaire 
qui était à Huy, délivrerait l'étendard de Saint- Lambert; 
l'avoué de la Hesbaye, Louis de Lamarck, le porterait dans 
l'armée. Le clergé secondaire refusa de délivrer l'étendard ; 
l'avoué de la Hesbaye prétexta une maladie et son fils Guil- 
laume refusa de se charger de ses fonctions. Les chefs de 
la commune étaient retenus par la crainte d'une nouvelle 
guerre et par la certitude qu'on serait vaincu par le duc 
Charles, de sorte que rien ne fut exécuté. Les couleuvriniers 
et les autres Liégeois qui se trouvaient à Dinant, au lieu de 
vendre chère leur vie, la sauvèrent en prenant la fuite par 
la Meuse. Dès lors les Dinantais découragés prièrent Guy 
de Brimeu, Antoine le bâtard et le maréchal de Bourgogne 
d'intercéder pour eux près de Charles, afin qu'il les reçût eu 
grâce, ce qu'ils leur promirent. Le 25 août, entre les cinq et 
six heures du soir, « les habitants de la ville de Dinant firent 
obéissance et se rendirent à la volonté du duc; ils baillièrent 
les clefs de la ville et firent le serment entre les mains des 
commis du duc. » Les généraux en prirent immédiatement 



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400 LA t>RlNCIPAUTl^ 

possession; ils avaient bombardé la ville pendant toute une 
semaine, le duc Charles de l'abbaye de Leflfe et du couvent 
des Mineurs, Antoine le bâtard» du haut de la montagne 
voisine, le maréchal de Bourgogne d*un troisième côté. Les 
Dinantais qui avaient tenu des propos injurieux contre le 
duc et ceux qui étaient les auteurs de la nouvelle guerre, 
furent arrêtés. Après un simulacre de jugement, les trois 
plus coupables furent pendus à des arbres et les autres 
furent noyés dans la Meuse. Leur nombre ne fut pas consi- 
dérable. Le maître bombardier, Pierre Lievestyenne, fut 
pendu au sommet du rocher. D'après les usages de la guerre 
et les droits des soldats, toute ville qui avait refusé de se 
rendre et qui était prise d'assaut, pouvait être pillée pendant 
trois jours par les soldats qui l'avaient prise. Dinant subit ce 
triste sort. Les soldats de Charles la pillèrent immédiate- 
ment. Le lendemain, elle fut livrée aux flammes par des 
soldats qui n'avaient pas attendu les ordres du duc. Les 
édifices religieux eux-mêmes furent détruits par l'incendie. 
Le duc PhiUppe, qui s'était fait porter en litière à Bouvigne, 
vit de ses yeux les horreurs du bombardement et de l'in- 
cendie de la ville. Les pans de murs et les débris que l'in- 
cendie n'avait point détruits, furent démolis par les soldats ; 
il en fut de même des tours, portes, fortifications et ponts 
que le gouvernement fit abattre et niveler; les ruines elles- 
mêmes furent fouillées par ses ordres pour y recueillir les 
métaux et les objets mobiliers. (V. Gachard, t. II, p. 373, à 
402. (i) 

A Liège, les trente -deux métiers étaient de nouveau 
réunis, le 25 août, pour prendre les armes et aller au 

(i) Après la destruction de leur ville, les Dinantais se dispersèrent 
et allèrent s*établir à Liège, à Huy, à Namur, à Middelbourg et dans 
d'autres villes où ils continuèrent leur industrie de battre le cuivre. 
Charles-le-Téméraire voulant que leur ville restât détruite, ne leur 
permit point de s'y rétablir, n confisqua même tous les biens qu'ils 
possédaient dans ses Etats. La ville de Dinant faisait partie de la hanse 



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sous LOUIS DE BOURBON (i4»6-l48î). 401 

secours des Dinantais; mais rien n'éiait préparé, ni réglé, 
parce que les chefs de la cité ne voulaient pas recommencer 
la guerre. Le soir de ce jour, se répandit la nouvelle que la 
ville de Dinant élait prise et incendiée. Le peuple indigné 
criait à la trahison ; il chercha partout les bourgmestres et 
les autres chefs, Raes de Heers, Jean Leruyl, Baré-Surlet, 
Guillaume Dechamps de la Violette, pour les tuer. Ils avaient 
tous pris la fuite, sauf ce dernier qui fut assassiné. Le len- 
demain, 36 août, Garin, un des bourgmestres de Dinant, 
arrivé pendant la nuit à Liège, parla au peuple et lui fit 
comprendre qu*il lui eut été impossible de sauver Dinant, 
tant les forces du duc de Brabani éiaienl formidables. Le 
peuple se calma ; la réflexion lui fit comprendre que le meil- 
leur parti à suivre était d'enlreienir la paix faite avec le duc 
et de lui payer les sommes qu*on lui devait. Regrettant la 
mort de Guillaume Dechamps, il fil arrêter les trois coupa- 
bles. Deux furent exécutés et le troisième obtint grâce, sur 
les supplications de sa fiancée. 

Les Liégeois résolurent d'envoyer le comle de Meurs et 
Jean Leruyt au duc pour négocier l'exécution de la paix et 
lui firent demander un sauf-conduit pour eux Charles dépuia 
un héraut d'armes à Liéo:e pour leur reprocher de ne pas 
avoir exécuté la paix et pour se plaindre des excès que com- 
mettaient chaque jour les compagnons de la Tente- Verte ; 
un sauf-conduit, ajoulait-il, n'était pas nécessaire pour les 
délégués de la cité. Â la tête de son armée, il entra dans la 
principauté et s'avança vers la cité. Arrivé le 3 septembre 
près de SaiiU-Trond, il fit demander au magistrat de cette 

teutonique qui jouissait de grands privilèges commerciaux en Angle- 
terre. A la demande du prince de Liège, la hanse teutonique déclara 
que les Dinantais établis à Huy continueraient encore pendant vingt 
ans à faire partie de Tassociation (4 avril 1471). Le Roi d'Angleterre 
déclara aussi que les Dinantais établis à Middelbourg, continueraient a 
jouir en Angleterre de leurs privilèges. (Février 1471.) (Car^ de Dinant^ 
t. n, p. 300 et 305.) 



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403 LA PRINCIPAUTÉ 

ville de lui en remettre les clefs ; le comte de Saint-Pôl était 
déjà en ce moment à Gingelom avec un autre corps d*armée. 
Les Liégeois, à cette nouvelle, sentirent se rallumer en eux 
rardeurguerrière;ils prirent les armes et se rendirent jusqu'à 
Othée et Russon pour y attendre les renforts du comté de 
Looz, renforts qui n'arrivèrent point. Renard de Rouveroi 
qui avait été envoyé au duc, revint, ce jour, avec la nouvelle 
que le duc consentait à ce que le premier payement se fit le 
l*"" octobre, mais qu'on devait lui donner cinquante otages à 
désigner par le prince-évéque; à ces conditions, il respecte- 
rail la paix. Renard de Rouveroi se rendit au camp des Lié- 
geois pour leur donner cette nouvelle. D'Olhée et de Russon 
les Liégeois s'étaient dirigés vers Waremme, oii ils se trou- 
vèrent bientôt en présence de l'armée du duc. Loin de lui 
livrer bataille, ils acceptèrent les conditions offertes par le 
duc et lui en donnèrent les lettres signées du 10 septembre 
4466. Charles campait en ce moment à Oleye. Les Liégeois 
devaient Tournir cinquante otages, trente-deux de la cité et 
six de chacune des villes de ToBgres, Saint-Trond et Hasselt, 
à désigner par le prince-évéque ; après le payement du pre- 
mier terme, ils devaient en fournir cinquante autres jusqu'au 
payement du second terme et ainsi successivement ; les dom- 
mages faits aux pays du duc par les Liégeois depuis la paix 
du 22 décembre 4465, devaient également être réparés (i). 

(i) D'après le récit d'Onufrius, la paix d'Oleye comprenait, en outre, 
la condition proposée par les Liégeois que les seize ou vingt bourgeois 
bannis par la cité ne pussent jamais y rentrer. Ces bannis étaient les 
conseillers du prince et ses plus dévoués serviteurs. D'après le 
même auteur, les ducs Philippe et Charles insistèrent près de Louis 
de Bourbon pour qu'il acceptât cette condition et qu'il rentrât à Liège, 
sans ses conseillers et ses serviteurs bannis. Le prince s'y refusa, 
ajoute-t-il, avec obstination. 

Ce récit d'Onufrius ne concorde, ni avec les faits, ni avec le caractère 
des ducs. Aussi n'est-il fait aucune mention des bannis, ni dans la lettre 
de Charles du 10 septembre, ni dans les trois actes de la cité du 
12 septembre 1466, publiés par Gachard, t. U, p. 399 à 414. 



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sous LOUIS DE BOURfiON (i456-148S). 403 

Le duc Charles envoya, ce jour, h Liège, Guy de Brimeu, 
seigneur de Humbrecourt, Guillaume de Clugny, conseiller 
et maître des requêtes et Simon Délie Kevreit, secrétaire du 
duc, avec une suite de cinquante cavaliers, pour prendre, 
en son nom, possession de Favouerie du pays et de la cité, 
avec sa dotation d'une rente de deux mille florins. La cité 
les en mit en possession, le 13 septembre, et h leur demande 
elle chargea, en même temps, Renard de Rouveroi et Jean 
Délie Boverie de se rendre à Louvain pour négocier Texécii- 
tion de la paix, la levée de l'interdit et la réouverture de la 
Cour de justice. De Liège, les députés du duc se rendirent 
à Huy près du prince-évéque. 

Pendant que Charles-le-Téméraire imposait le traité 
d'Oleye, son père, le duc Philippe, imposait ses conditions 
à la ville de Thuin (15 septembre) : celte ville démolira ses 
fortifications; elle comblera les fossés; elle lui payera une 
indemnité de douze mille florins en quatre termes; elle 
livrera quatre otages jusqu'à l'entier payement et elle lui 
fera amende honorable. (V. Gachard, II, p. 399 et 420.) 

Les cinquante otages choisis se rendirent à Louvain et y 
restèrent jusqu'au payement du premier terme. Pour se 
procurer l'argent nécessaire, on leva une contribution sur 
le revenu présumé des habitants du pays. Le clergé refusa 
de se soumettre à cette contribution, parce que, loin d'avoir 
pris part à la guerre, il avait tout fait pour l'empêcher et il 
avait vu ses revenus confisqués et ses biens dévastés. Le 
3 octobre 1466, le premier terme fut payé à Louvain, moins 
la part imposée au clergé. 

Renard de Rouveroi et Jean Délie Boverie, envoyés à 
Louvain, y négocièrent avec les délégués des ducs, père et 
fils. Ceux-ci demandaient que Louis de Bourbon fût reconnu 
comme prince-évêque, qu'il pût percevoir tous ses revenus, 
que ses adhérents pussent rentrer dans la possession de 
leurs biens, que la Cour de justice fût rétablie à Liège et 
que les derniers proscrits par la cité pussent soumettre 



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404 LA PRINCIPAUTÉ 

leur cause à Tappréciatioa de la Cour. Les deux envoyés, de 
retour à Liège, le 24 septembre, en firent part au Conseil 
communal et aux métiers. Les négociations se continuèrent 
ensuite à Bruxelles où se rendit également Louis de Bourbon 
avec ses adhérents, les bourgmestres de Huy et Jean Car- 
pentier de Dinant, ainsi que Faslré Baré-Surlet avec quel- 
ques Liégeois. Ce dernier, de retour à Liège, le 4 novembre, 
annonça au peuple réuni qu'il fallait encore payer ce qui 
manquait au premier terme, que le lendemain allaient arriver 
huit échevins et un personnage qui remplirait la fonction 
de maïeur. 

Ce personnage était Guy de Brimeu qui, en qualité de 
délégué du duc, venait remplir les fonctions d^avoué de la 
cité. Il communiqua au peuple réuni au palais, la liste des 
cinquante otages qui devaient se rendre au Brabant, pour 
permettre aux autres de revenir. Cette liste comprenait 
Raes de Heers. Guillaume de Berlo, avec cinq autres cheva- 
liers, Georges Delvaux, Gérard Copdoer avec les autres capi- 
taines, en un mot, tous les chefs de l'opposition. Eloigner 
ces chefs de la cité, c'était faciliter le rétablissement de la 
paix et le retour du prince. Ils alléguèrent tous des prétextes 
pour ne pas se constituer otages. Guy de Brimeu, pour cal- 
mer leurs inquiétudes, leur promit qu'ils reviendraient avec 
le prince-évéque. Sur cette promesse, Raes de Heers pro- 
posa de rappeler Louis de Bourbon et de lui envoyer une 
dépulation dans ce but. Une députation lui fut envoyée; mais 
le prince lui répondit qu'en ce moment il ne pouvait se 
rendre à Liège à cause d'une épidémie qui y régnait ; il con- 
voquerait les trois États à Huy, ce qui lui était d'autant plus 
facile que les chanoines et les nobles s'y trouvaient déjà. 
Renard de Rouveroi lui répondit, que la cité n'enverrait 
point de députés à Huy. Le prince répliqua : je fais des 
concessions; vous n'en voulez point faire; vous renouvelez 
au contraire l'alliance des villes. La convocation des États à 
Huy eut lieu. Les Liégeois, après bien des discussions, y 



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sous LOUIS DE BOURBON (i4$6H48i). 40S 

envoyèrent des dépulés, malgré Topposition de Raes de 
Heers, non à la réunion des États, mais à des conférences. 
Ces députés étaient Baré-Surlet, Renard de Rouveroi, Jean 
de Streel, Rutger de Bloemendaei, abbé de Saint-Jacques, 
Raynald de Momale, abbé du Val-Sainl- Lambert, avec le 
prieur des Chartreux. 

Le prince ouvrit la Journée en proposant une amnistie 
générale de sa part et une amnistie générale de la part 
de la cité et des bonnes villes. Raymond de Marlieu déve- 
loppa cette proposition. Judocus de Lamarck Tapprouva au 
nom de TÉtat primaire et Jean de Seraing au nom de TÉtat 
noble. Les députés Liégeois refusèrent de s'expliquer en 
présence des traîtres, disaient-ils, qui entouraient le prince. 
Ces traîtres étaient ceux qui avaient été proscrits par la cité 
pour leur fidélité à leur Souverain. Jean Heylman voulut leur 
répliquer, mais le prince Tarréta. Les députés Liégeois, loin 
de se rendre, allaient se retirer, lorsque le prince les rappela 
et leur dit : « J'accorde une amnistie générale, pourquoi n'en 
voulez-vous pas accorder ? » Baré-Surlet répondit : « Nous 
ferons facilement la paix avec vous, prince, mais nous n'en 
voulons pas faire avec les traîtres. » Après le dîner, le prince 
persista dans l'idée que tous ceux qui lui étaient restés 
fidèles, rentreraient avec lui à Liège. Les prélats prièrent le 
prince d'accorder une audience privée aux Liégeois et ils 
lui firent remarquer que ces prétendus traîtres n'étaient 
qu'au nombre de huit. Les prélats prièrent aussi les Liégeois 
de se montrer modérés et condescendants. Dans l'audience 
privée qui leur fut accordée, les Liégeois demandèrent 
que ces proscrits qui étaient, disaient-ils, la cause de tout 
le mal, ne fussent pas compris dans l'amnistie et que le 
rétablissement de la paix ne fût pas compromis pour eux. 
Le prince répliqua que la paix n'était pas compromise par 
lui qui voulait une amnistie générale, mais par ceux qui 
voulaient en exclure un certain nombre ; si ces proscrits 
sont la cause de tout le mal, continua-t-il, ils s'en repentent ; 



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406 LA PRINCIPAUTÉ 

suivez leur exemple, repentez-vous du mal que vous avez 
fait, et faisons une paix générale. Les députés Liégeois ne 
firent aucune concession. 

De retour à Liège, ils rendirent compte de leur conduite. 
Les chefs de l'opposition reprochèrent au prince de ne vou- 
loir renoncer, ni à la sentence arbitrale prononcée par le 
Pape, ni à l'arbitrage du duc ; ils ajoutèrent que l'alliance 
des villes était compromise, si les proscrits revenaient. Il 
fut décidé d'envoyer Baré-Surlet près du duc pour le prier 
de confirmer les franchises de la cité et d'accorder un nou- 
veau délai de payement. L'alliance entre les villes fut, en 
même temps, renouvelée. On veilla aussi à ce que rien ne 
fût exporté de la cité. 

Baré-Surlet, de retour à Liège, exposa le 21 décembre 
1466, les demandes du duc : le payement du premier terme 
doit être complété; le prince-évéque doit avoir la jouissance 
de ses biens et le libre exercice de son pouvoir ; les députés 
que la cité lui enverra encore, doivent être munis de pleins 
pouvoirs. Baré ajouta que ses compagnons avaient promis 
quatre mille florins aux conseillers du duc, somme qu'il fau- 
drait encore payer. Raes de Heers parla beaucoup contre ces 
demandes du duc. Quand on lui eut montré le texte de la 
paix d'Oleye qui n'avait jamais été lu au peuple, il répliqua 
qu'il l'avait perdu de souvenir. La décision fut différée 
jusqu'après les fêtes. Le 3 janvier 1467, trois chevaliers par- 
tirent de Liège pour aller négocier avec le duc dans les 
Flandres. C'étaient Baré-Surlet, Jean Leruyt et Renard de 
Rouveroi. 

Les chefs de l'opposition ne voulaient point faire la paix 
avec Louis de Bourbon, ni souffrir qu'il rentrât à Liège, 
parce qu'ils craignaient que la masse du peuple ne se pro- 
nonçât un jour contre eux. Ils étaient, en outre, encouragés 
par Louis XI, Roi de France, qui leur faisait des pro- 
messes. 



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sous LOUIS DR BOURBON (1486-4482). 407 

V. 
Nouvelle guerre contre le duc de Brabant 1467. 

Les chefs de ropposilion à Liège se montrèrent très hos- 
tiles, contre tous les amis du prince-évéque et de la paix. 
Le 6 janvier 1467, ils lurent la lettre d'alliance du 18 avril 
1433 contre les Datins, et les décrets de bannissement por- 
tés contre Alexandre Bérard, Jacques Goire, Juncis, Jean 
de Seraing, Gérard de Seraing, le pannetier, Mathias Haweals 
Jean Heylmans qui se trouvaient tous près du prince à Huy. 
Ces quatre derniers avaient même été représentés pendus, 
les pieds en Tair, sur un tableau exposé au Marché. Le 
peuple ratifia de nouveau cette alliance et ces décrets. Les 
chefs firent même faire des enquêtes à Saint-Trond contre 
les adhérents du prince. Six des meilleurs bourgeois avec 
un frère CoUard furent arrêtés et conduits à Liège. La 
terreur qu'inspiraient les chefs, fit taire les adhérents du 
prince. Ceux-ci cherchaient à ruiner le crédit dont jouissait 
Raes de Heers. Le 18 janvier 1467, on trouva à la salle du 
Conseil communal une lettre anonyme dans laquelle l'auteur 
traitait Raes de Heers de chevalier couard, sans patriotisme, 
disposé à mettre le feu à la cité et à prendre ensuite la fuite 
vers le château de Montfort, si la cité venait à être assiégée 
par ses ennemis et en danger d'être prise. Cette lettre fut 
lue au Conseil, en présence de Raes de Heers. Celui-ci indi- 
gné ou feignant de Têtre, proposa de quitter la cité, si on 
n'avait plus confiance en lui. Le Conseil le pria de rester 
et ordonna de faire une enquête contre l'auteur de la 
lettre. 

Les députés envoyés au duc de Brabant furent de retour 
k Liège, le 1®' février. Ils rapportèrent que le duc exigeait le 
payement des termes échus et ils ajoutèrent que le duc était 
informé de tout ce qui se passait à Liège, et même de 
l'envoi de députés au Roi de France. Pour se procurer l'ar- 



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408 LA PRINCIPAUTÉ 

gent nécessaire, les chefs proposèrent un moyen peu hon- 
nête : on ferait une enquête contre ceux qui, au mois de 
décembre 1465, avaient consenti à livrer dix hommes au 
duc, ainsi que contre ceux qui, k Oleye, avaient demandé 
qu'on fît la paix (8 septembre 1466) ; on les condamnerait à 
prêter à la cité des sommes d'argent proportionnées à leur 
fortune. La proposition fut agréée et l'enquête eut lieu. Les 
amis de la paix furent condamnés à prêter : Jean de Bierset, 
onze mille florins; Guillaume de Loncin, onze mille; Jean 
Vilhare et Renard, onze mille; Pierre Tonnar, onze mille; le 
mattre de l'Étoile, onze mille; GofRn, marchand, quinze 
cents ; Pierre de Kemexhe, mille ; d'autres trois cents ; 
d'autres deux cents. Ces sommes devaient être payées, dans 
l'habitation de Raes de Heers, entre les mains de son chape- 
lain, car Raes de Heers habitait, en ce moment, la maison du 
chanoine Godefroid de Hannut, aux cloîtres de Saint-Pierre, 
n'osant pas habiter sa propre maison. Pendant ces enquêtes 
et ces condamnations, une seconde lettre anonyme fut 
déposée au Conseil communal, lettre dans laquelle l'auteur 
engageait le Conseil à faire des enquêtes contre ceux qui 
empêchaient le rétablissement de la paix, d'après la sentence 
arbitrale du Pape, ainsi que contre ceux qui avaient déclaré 
la guerre au duc de Brabant, sans le consentement des trois 
États. 

Les partisans de la paix devinrent chaque jour plus nom- 
breux. Raes de Heers, pour les contenir par la terreur, s'en- 
toura de gens armés, capables de tous les excès ; ils portaient 
un costume rouge et ils étaient armés de cannes plombées; 
Raes les réunit souvent au chapitre de Saint-Pierre et forma 
avec eux un conseil secret; ses principaux capitaines étaient 
Gérard Délie Coupe-Dorée et Collar Délie Porte. Baré-Surlet 
et les bourgmestres entrèrent dans celte société secrèle et 
y firent admettre un membre de chaque métier, choisi par 
Raes de Heers. Ils se donnèrent le titre de vrais Liégeois, 
Celait le régime de la terreur. Les portes de la ville furent 



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sous LOUIS DE BOURBON (i 456-1489). 409 

bien gardées pour empêcher toute fuite des notables et toute 
exportation d'objets précieux. Des exécutions capitales 
eurent lieu au mois de mars à Liège ; un ancien bourg- 
mestre de Thuin, détenu en prison depuis TAvent, fut 
exécuté pour avoir répété la fausse nouvelle que la ville de 
Saint-Trond avait été détruite comme celle de Dinant ; un 
autre, dont on ne connaît ni le nom, ni les motifs de son 
arrestation, fut également mis à mort. A Tongres, le maître 
d*hôtel du Clou fut exécuté et écartelé pour avoir reçu une 
lettre d'un chanoine de Tongres, émigré à Louvain. 

Les chefs, comptant sur le secours du Roi de France, 
accueillirent très bien son député, Louis Raquier, évéque de 
Troyes, et le retinrent dix- huit jours à Liège (du 8 au 
26 mars). Il n'y a guère à douter qu'il ne se soit concerté 
avec eux (4). En public, cependant, il recommanda la paix 
et la réconciliation avec le prince-évéque. Il était peut-être 
encore à Liège, quand y revinrent les députés envoyés près 
du duc de Brabanl pour lui porter les sommes que les amis 
de la paix avaient été contraints de prêter à la cité. Ils firent 
observer que les villes flamandes n'avaient pas payé leur 
quote-part et que le duc en était mécontent; toutefois, ajou- 
taient-ils, le duc a consenti à de nouvelles conférences qui 
auraient lieu le dimanche après Pâques. Il s'y rendirent de 
nouveau, sans tarder. Louis de Bourbon assista à ces confé- 
rences pour conclure la paix et opérer sa réconciliation 
avec ses sujets, mais rien ne fut décidé, parce que les députés 
Liégeois n'avaient pas les pouvoirs nécessaires. Le prince 
retourna à Huy et les députés revinrent à Liège (22 avril 
1467). 

Les ducs Philippe et Charles, convaincus de plus en plus 

(i) Le 24 mars 1467, les métiers réunis au palais avaient décidé de 
faire des enquêtes. Le 25 avril suivant, les bourgmestres, jurés et 
métiers nommèrent les enquêteurs, savoir, un de chaque métier. 
L'enquête devait surtout avoir lieu contre quatre personnes qui ne 
sont point nommées dans l'acte. (V. Pavillard, n*> 482, fol. 723.) 



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410 LA PRINCIPAUTÉ 

que les chefs de l'opposition à Liège ne voulaient point de ré- 
conciliation avec le prince-évéque, eurent recours au Saint- 
Siège. Ils envoyèrent à Rome Jacques Rondolf d*Ostende, 
provincial des Augustins dans les Flandres, et ils le char- 
gèrent de prier Paul II de confirmer de son autorité aposto- 
lique la paix de Saint-Trond (22 décembre 1465), et celle 
d'Oleye (10 septembre 1466), et d'envoyer un légat à Liège 
pour y rétablir la concorde entre le prince et ses sujets. Ce 
légat, ajoute Onufrius, devrait vaincre Tobstinalion de Louis 
de Bourbon en le faisant consentir à la levée de Tinlerdit et au 
bannissement prononcé par la cité contre ses conseillers et 
ses plus fidèles serviteurs. Nous doutons fort que ce dernier 
point se soit trouvé dans les instructions, données par les 
ducs à leur député. Après la mort du duc Philippe (15 juin 
1467), son fils Charles envoya Guillaume Pilastre, évêque de 
Tournay, à Rome, pour y solliciter de promptes décisions. 
Le Pape fit examiner les demandes du duc par une commis- 
sion de cardinaux. Celle-ci lui conseilla d'annuler plutôt les 
paix de Saint-Trond et d'Oleye dans les parties qui dérogent 
aux droits de l'église de Liège. Paul II, pour ne pas blesser 
le duc, s'abstint d'improuver ces paix; mais il résolut d'en- 
voyer un légat au pays de Liège et de le charger de rétablir 
la concorde entre le prince et ses sujets, de lever l'interdit, 
d'absoudre des censures clercs et laïques, de rétablir un 
chacun dans ses honneurs, dignités et biens, de punir par 
les censures ceux qui s'opposeraient au rétablissement de la 
concorde, et d'engager le duc à ne pas violer les droits de 
l'église. Onufrius de Sainte-Croix, évêque de Tricarico, fut 
chargé de cette légation, le 28 août 1467, mais son départ 
fut différé à cause de la guerre qui venait d'être reprise au 
pays de Liège. (V. Onufrius, p. 14 et 15.) 

Pendant la semaine de Pâques, 1467, les bourgeois de 
Liège avaient réunis leurs curés au chapitre de Saint- 
Lambert et les avaient priés de rappeler tous les chanoines 
qui avaient émigré. Ils avaient oflTert à ceux-ci un sauf- 



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sous LOUIS DE BOURBON (l 459 1482). 411 

conduit pour dix jours et leur avaienl promis pleine sécurité 
dans la cilé. Et pour garantir celte sécurité, ils avaient fait 
sortir de la cité tous les homicides, les aubains et les bannis. 
L'évéque, de son côté, avait transféré les chapitres à Huy et 
y avaient appelé les chanoines, notamment, le 8 juillet, le 
23 décembre 1466, le 31 janvier 1467; il les y appela encore 
une fois au mois de mai. Les chanoines voyant le danger 
auquel ils s'exposaient, ainsi que leurs églises, résolurent 
de rester à Liège et ils envoyèrent un député à Rome, Jean 
Fabri, chanoine de Saint-Denis, pour exposer leur conduite 
au Pape. 

Les couleuvriniers ne cessaient, entretemps, leurs bri- 
gandages en Hesbaye et au comté de Looz. Ils pillèrent les 
maisons des adhérents du prince émigrés et poussèrent 
leurs excursions jusque près de Huy où ils tuèrent des 
domestiques de Jean Heyiman. Les Hasseltois indignés de 
leurs excès, arrêtèrent deux de leurs chefs et les firent 
décapiter. Ils fermèrent même les portes de leur ville 
devant Raes de Heers qui était accouru de Liège pour les 
défendre. 

A Liège, un vigneron fut jeté à la Meuse pour avoir 
souhaité le retour des émigrés, un autre fut décapité pour 
avoir parlé en faveur de Louis de Bourbon ; un troisième 
fut exécuté pour avoir murmuré contre Raes de Heers. 
Gomme ces exécutions se faisaient au Marché et y attiraient 
beaucoup de curieux, on y dressa un échafaud carré pour 
donner ces exécutions en spectacle au public. On se montra 
surtout cruel envers Jean Carpentier, ancien bourgmestre 
de Dinant. Arrêté dans son château de Hafsem, au comté de 
Namur, par douze émissaires Liégeois, il fut conduit le Jeudi 
Saint, à Liège, où les chefs, en le recevant, singèrent par 
dérision, rentrée solennelle du duc Charles à Dinant. La 
nuit suivante, il fut mis à la torture en prison ; pendant 
ces tourments, il déclara qu*il avait été à la première paix 
du mois de décembre 1468, et il ajouta que les Liégeois 



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412 f.A PRINCIPALTÉ 

avaient exeité les Dinantais à rejeter la paix offerle par le 
duc et qu*ainsi ils avaient été cause de la destruction de la 
ville. Le prince de Liège et le duc de Brabant intercédèrent 
en faveur de Jean Garpenlier. Ce fut un motif, aux yeux de 
Raes de Heers, pour le tenir en prison. La capture parut 
même si importante qu'on donna cent couronnes à chacun 
de ceux qui l'avaient effectuée. Jean Carpentier fut remis à 
une si cruelle torture, que sa tête en était noircie et ses 
côtes brûlées. Le H du mois d'août, il fut condamné à être 
décapité et écarlelé, pour avoir été à la première paix et y 
avoir consenti à ce que dix hommes fussent livrés au duc, 
ainsi que pour avoir dit que les Dinantais n'auraient pas dû 
aider les Liégeois. Cette condamnation eut lieu à la demande 
du peuple, surtout des Dinantais qui étaient en grand 
nombre à Liège. L'exécution se fit, le même jour. Pendant 
la captivité de Jean Carpentier, Raes de Heers préten- 
dant que le château -fort de Hafsem avait appartenu à son 
grand père, avait envoyé des soldats pour s'en mettre en 
possession. Ces soldats s'en étaient mis en possession, mais 
ils se virent aussitôt assiégés par les gens du pays. Les 
Liégeois qui se rendaient à leurs secours, arrivèrent trop 
tard; la forteresse avait déjà été livrée. Ils se vengèrent sur 
quelques-uns de ces soldats en les pendant, puis ils allèrent 
s'emparer d'un fort à Emptinnes qu'ils pillèrent. Le maïeur 
avec trois habitants fut pendu par eux et quatre autres 
furent conduits prisonniers à Liège. 

Les Hutois qui se montraient fidèles à leur prince-évéque, 
craignirent d'être attaqué par les Liégeois; ils prièrent, en 
conséquence, les habitants du voisinage de venir les aider à 
se défendre. Les Liégeois, dès qu'ils l'eurent appris, le pro- 
hibèrent à ces derniers. Malgré cette prohibition, plusieurs 
se rendirent à Huy, mais ils virent leurs maisons pillées en 
leur absence. Le duc Char)es-le-Téméraire qui avait succédé 
à son père Philippe, le 18 juin 1467, pria les Liégeois de ne 
pas inquiéter les Hulois, et d'attendre l'arrivée de son am- 



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sous LOUIS DE BOURBON (1486-4482). 413 

bassadeur. Les chefs qui étaient disposés à recommencer la 
guerre, tentèrent la fidélité des Hutois ; ils les engagèrent à 
reconnaître la cité de Liège pour leur mère et leur offrirent 
le pardon, s'ils chassaient les traîtres de leurs murs. Les 
Hutois écrivirent à chaque métier de Liège qu'ils étaient les 
fils de notre mère la Sainte Eglise et ils prièrent les Liégeois 
de bien observer la paix. La conduite de Raes de Heers et 
celle de son conseil secret excitèrent plus d'un murmure. 
11 parvint cependant à se justifier devant les députés des 
bonnes villes et à faire taire les mécontents. 

Le 28 juillet 1467, Baré-Surlet fut réélu bourgmestre pour 
la cinquième fois avec Henri SoUo. Le lendemain, les métiers 
furent réunis au palais pour recevoir les plaintes des couleu- 
vriniers. S'étant rendus en nombre au Marché à Hasselt 
pour demander compte de l'exécution de deux d'entre eux, 
ils avaient été vivement repoussés et mis en fuite par les 
bourgeois et quinze avaient été bannis du comté de Looz. 
Les bourgmestres de Hasselt prirent la défense de leurs co- 
bourgeois contre Raes de Heers qui ressentait encore l'in- 
jure qui lui avait été faite. Le bourgmestre Baré fit remettre 
cette affaire à un autre temps. Baré et Sollo demandèrent, 
en même temps, la dissolution du conseil secret qui se réu- 
nissait à Saint-Pierre. Raes de Heers affirma qu'il ne s'y 
traitait jamais rien de préjudiciable au bien public et que 
les bourgmestres et les conseillers communaux pouvaient y 
assister pours'en convaincre, mais qu'il était indispensable 
que le secret fut gardé, même sous peine de mort. 

L'ambassadeur du duc de Brabant, appelé Jean Scoop, 
était arrivé depuis quelques jours à Liège, accompagné de 
cinq cavaliers. Deux autres ambassadeurs, Simon de Lalaing 
et Antoine Haneron s'étaient rendus à Huy près du prince- 
évéque. La mission de Scoop consistait à faire exécuter la 
paix, à percevoir les sommes des termes échus et à faire 
établir des impôts dans ce but. Dans la disposition où se 
trouvaient les esprits, Scoop ne pouvait réussir dans sa 



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414 LA PRINCIPAUTÉ 

mission. Pendant qu*il était à Liège, on reçut plusieurs fois 
la nouvelle que le Roi de France allait envoyer des secours 
aux Liégeois ; on annonçait déjà la prochaine arrivée de la 
cavalerie. 

Les Namurois et les Hutois, croyant que les hostilités 
avaient déjà commencé, allèrent brûler les portes de la ville 
de Ciney. Les Liégeois indignés arrêtèrent immédiatement 
Tambassadeur brabançon, mais, après y avoir réfléchi, ils le 
remirent en liberté et le firent reconduire en Brabant ; ils 
se bornèrent à faire demander au duc, si c*était par ses ordres 
que les portes de Ciney avaient été brûlées (6 août 1467). Le 
duc leur répondit qu'il y aurait des conférences à Diest ou 
à Louvain, et il se plaignit de ce que la cité avait sollicité le 
secours des villes du Brabant et des Flandres. 

l^a guerre devenait inévitable. Les Liégeois avaient à 
leur tète Raes de Heers, Fastrard Baré-Surlet , Vincent de 
Buren, Hubert de Surlet, Jean de Bornes, seigneur de Kes- 
senich, surnommé le Sauvage, Guillaume de Lamarck et 
Eustache de Streel. La plupart des autres nobles tenaient le 
parti du prince- évéque. Ceux des Liégeois qui avaient émigré 
et se tenaient près du prince, à Huy, étaient particulière- 
ment Tobjet de la haine des révolutionnaires. C'étaient Jean 
de Seraing, Baudouin de Hollogne, Gérard de Seraing, le 
pannetier héréditaire du prince; Jean Heylman, Henri Petit- 
bon, Rossius d'Avroy, Gérard le banquier, Mathieu Haweals, 
Gérard Tollet, Jean Trina, Jean Proidhomme et Hubert Dellc 
Vaulx. Le 2â août, ils furent représentés sur un tableau, 
exposé à la Violette, pendus les jambes en Tair, sauf Gérard 
le banquier qui était représenté pendu la corde au cou, 
comme un voleur. 

Le Roi de France chargea Têvéque de Langres et le comte 
de Dammartin de se rendre à Liège. Les députés s'arrêtèrent 
à Soissons et ils écrivirent, le 26 juillet, au Liégeois de leur 
envoyer des délégués avec lesquels ils pourraient conférer, 
soit à Mézières, soii à Mouzon. Les maîtres et conseillers 



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sous LOUIS DE BOURBON (i4iS6-i48â). 415 

de la cité répondirent, le !•' août, qu'ils ne pouvaient pas le 
faire; il n'y a, disent-ils, qu'un très petit nombre de nobles 
qui aient embrassé le parti de la cité ; ils la gouvernent en 
ce moment et leur présence ici est indispensable; d'ailleurs 
fussent-ils même envoyés vers vous, ils ne pourraient rien 
conclure sans le consentement des métiers; nous vous 
prions, en conséquence, de venir le plus tôt possible à 
Liège exécuter la commission dont le Roi vous a chargé. Le 
10 août, les maîtres et conseillers leur écrivirent une 
seconde fois dans le même sens, croyant que leur lettre du 
1^' août n'était pas parvenue à son adresse, parce qu'elle 
n*était pas mentionnée dans une lettre des députés français 
du S août. L'évéque de Langres et le comte de Dammartin ne 
se rendirent point à Liège, probablement parce qu'il n'y 
avait aucune sécurité pour eux. Le 19 août, les maîtres et 
conseillers écrivirent directement au Roi pour implorer son 
secours ; ils accusent Louis de Rourbon de poursuivre la 
destruction du pays; c'est de son su et consentement, 
disent-ils, que la ville de Ciney a été incendiée; hier, 
18 août, un grand nombre de gens d'armes du duc entrèrent 
en ces pays à pied et à cheval ; ils blessèrent et occirent 
plusieurs de nos gens ; mais nos gens se sont si bien dé- 
fendus qu'ils sont restés maîtres du champ de combat, quoi 
qu'ils fussent bien inférieurs en nombre. Les maîtres et 
conseillers prient le Roi de les aider de toutes manières 
nécessaires et de leur envoyer ambassadeurs qui fassent réel 
accomplissement de leur charge. (V, BulL de la Corn. roy. 
d'hist. Ser. II, t. VIII., p. 99.) 

Le fait d'armes du 18 août, dont ils parlent dans leur lettre, 
n'est autre que celui des Visétois. 

Ce furent, en effet, les Visétois qui commencèrent les 
hostilités. Le 18 août, ils envahirent le village de Rerneau 
et le pillèrent. Les Limbourgeois prirent aussitôt les armes 
pour se défendre. Dès que les Liégeois en furent informés, 
ils sortirent en masse, sous la conduite de Raes de Heers, 



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416 LA PRINCIPAUTÉ 

pour repousser les Limbourgeois. Ceux-ci se retirèrent et 
quelques-uns d'entre eux se sauvèrent dans l'église et la 
tour de Bombaye avec les habitants de ce village. Pendant 
que les Liégeois faisaient le siège de la tour, les Dinantais 
qui se trouvaient parmi eux, y mirent le feu. Les assiégés 
descendirent les femmes et les enfants avec des cordes, puis 
ils sautèrent eux-mêmes à terre. Les Liégeois pendirent ou 
massacrèrent ceux qui leur tombaient entre les mains, au 
nombre de treize ou quatorze, puis ils pillèrent le vil- 
lage. 

Les Hutois, voyant les hostilités commencées, sortirent 
avec six cents cavaliers et envahirent le village de Haneflfe ; 
ils en tuèrent plusieurs habitants et même, disait-on à Liège, 
quelques enfants qui gardaient les moulons ou les vaches. 
La nouvelle en parvint immédiatement à Liège. Le peuple 
cria aux armes ; il demanda qu'on allât s'emparer de la ville 
de Huy et il entraîna les bourgmestres qui hésitaient ; car 
ceux-ci eussent préféré que celte affaire eût été préalable- 
ment l'objet de mûres délibérations. La ville de Huy était 
bien fortifiée. Le duc Charles y avait envoyé des troupes 
commandées par les seigneurs de Boussu et d'Emery. Le 
monl Arbone (Nierbone sur la rive gauche de la Meuse) était 
gardé et fortifié par ces dernières. Le 8 septembre, il y eut 
des escarmouches devant ce mont. Les milices tongroises 
arrivèrent à Haneffe , le 8 septembre ; celles de Saint-Trond 
arrivèrent peu de temps après, avec leur grand canon. Le 
comté de Looz, qui avait également désiré que cette affaire 
eût été délibérée dans une réunion générale du Tiers-Ëtat, 
n'envoya ses milices que le 15 septembre. Ce fut ce jour 
que les Liégeois reçurent la lettre par laquelle le duc 
Charles les menaça de la guerre, s'ils ne se reliraient dans 
les quatre jours. Ayant reçu, en même temps, des lettres du 
Roi de France qui leur promettait des secours, ils conti- 
nuèrent le siège. Les Lossains restèrent devant le mont 
Nierbone et les Liégeois se placèrent sur la rive de la Meuse, 



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sous LOUIS DE BOURBON (4486-4483). 41? 

des deux côtés du mont. Dans la nuit du 16 au 17 septembre 
quatre-vingts jeunes gens bien déterminés gravirent le mont 
Nierbone par des sentiers couverts et en grimpant ; ils sur- 
prirent la garde qui veillait à rentrée du fort ; ils massa- 
crèrent les uns et mirent en Tuite les autres ; maîtres de 
'l'entrée du fort, ils crièrent avec Guillaume de Lamarck qui 
les conduisait : Notre-Dame et Saint- Lambert^ ville gagnée. 
Les troupes qui défendaient le mont Nierbone, prirent la 
fuite et entraînèrent celles qui gardaient la nouvelle ville ou 
quartier d Outre-Meuse. Louis de Bourbon qui était dans la 
forteresse située sur la rive droite, en descendit et rencontra 
les fuyards sur le pont ; il retourna immédiatement et se 
rendit au Marché. Croyant qu'il n'y avait pas de chance de 
lutter avec avantage contre les Liégeois, il retourna à la 
forteresse et partit précipitamment pour Namur avec ses 
adhérents. Éverard de Lamarck qui commandait les milices 
hutoises, montra plus de courage. Il défendit vaillamment la 
petite ou nouvelle ville (quartier d'Outre-Meuse) et le pont 
contre les Liégeois. Voyant qu'il n'était point secouru par le 
prince et apprenant que celui-ci avait pris la fuite, il cessa 
la lutte et se retira également vers les onze heures du matin. 
Les plus ardents d'entre les Liégeois proposèrent de se 
rendre droit à Namur pour s'en emparer par surprise, mais 
la plupart préférèrent piller la ville de Huy. Le pillage dura 
deux jours. Les églises et les couvents furent pillés, aussi 
bien que les maisons des bourgeois, à l'exception de l'église 
de Notre-Dame et du couvent des Groisiers. Le butin fut 
immense, car une partie notable du clergé, de la noblesse, 
des riches bourgeois y avaient transporté leurs objets pré- 
cieux, croyant les y mettre en sécurité. Le troisième jour, les 
soldats retournèrent à leurs foyers. Raes de Heers resta à 
Huy avec quatre à cinq cents soldats pour mettre le cbàteau- 
fort en état de défense et l'approvisionner de vivres. Il 
répara aussi les murs, les portes et les fossés de la ville et 
fortifia le pont. 



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418 LA PRINCIPAUTÉ 

La nouvelle de la prise de Huy qui eut lieu le jour de 
Saint-Lambert (17 septembre), excita le plus grand enthou- 
siasme à Liège. On Fattribua à la protection de ce Saint 
et on illumina sa statue de pierre qui se trouvait au 
Marché. 

Le 1*^ octobre, arriva à Huy François Royer, bailli de 
Lyon, ambassadeur du roi de France. Le lendemain, Raes 
de Heers le conduisit à Liège. L'ambassadeur français 
annonça aux chefs que le Roi de France allait leur envoyer 
des troupes et en public il recommanda au peuple réuni 
au palais de se conduire avec sagesse. Louis XI qui ne 
croyait pas le moment opportun pour recommencer la 
guerre contre le duc et ses alliés, n'avait pas l'intention 
d'envoyer des secours aux Liégeois. Le peuple espérait dans 
la protection de la sainte Vierge et de saint Lambert. Il fit 
porter à Liège la statue de Notre-Dame qui se trouvait dans 
l'église de Montenaken et devant laquelle plusieurs miracles 
s'étaient opérés. Elle fut portée processionnellement de 
l'église de Saint-Séverin à la Cathédrale où l'on entretint 
un nombreux luminaire devant elle. L'étendard de saint 
Lambert, exposé sur un auiel, fut aussi l'objet de la véné- 
ration du public. Le 16 octobre, trois mille hommes furent 
placés à Saint-Trond sous le commandement de Renard de 
Rouveroi pour défendre la ville. 

Dès la tin du mois de juillet 1467, le duc Charles avait 
fait des préparatifs de guerre. Après la prise de Huy (17 sep- 
tembre) par les Liégeois, il envoya des hérauts d'armes, 
portant d'une main une torche et de l'autre un glaive, pour 
convoquer ses vassaux et ses soldats sous les armes. Avant 
de partir pour la principauté de Liège, il délibéra avec ses 
conseillers sur le sort des cinquante otages. Le sire de 
Contai conseilla de punir les Liégeois dans leurs personnes 
et de les mettre tous à mort. Le sire de Humbercourt fit 
observer que ces otages n'étaient ni complices, ni respon- 
sableç des excès des Liégeois et qu'en se constituant en 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-d48â). 419 

Otage ils s'étaient fiés à la loyauté du duc. Il valait mieux* 
ajoutait-il, les renvoyer à leurs foyers sous la condition 
qu'ils ne prendraient aucune part à la guerre et qu'ils don- 
neraient plutôt des conseils de paix. Le duc ne suivit aucun 
de ces avis. Il garda les otages dans ses États, comme il le 
dit lui-même dans la sentence du 18 novembre. Les otages 
avaient écrit plusieurs fois à leurs co-bourgeois d'exécuter 
loyalement la paix conclue avec le duc, mais leurs suppli- 
cations n'avaient jamais été agréées par les chefs de l'oppo- 
sition. A.U moment de son départ de Louvain , le duc y vit 
arriver deux ambassadeurs français, le cardinal de Milan 
et le connétable du Roi auxquels il ne put refuser une 
audience. Ils le prièrent de ne pas faire la guerre aux 
Liégeois. Charles n'accéda point à leurs prières. Ils lui pro- 
posèrent ensuite que, s'il abandonnait le duc de Bretagne 
son allié, le Roi lui abandonnerait les Liégeois qui étaient 
ses alliés. Charles rejeta également cette proposition et 
partit pour la principauté de Liège. Dès le 20 octobre, ses 
soldats avaient déjà envahi la Hesbaye et brûlé les villages 
de HoUogne, de Ferme, de Borlée, de Viemme et de 
Bovenistiers. 

Ils avaient également envahi et pillé l'abbaye de Sainte- 
Lucie, près de Saint-Trond, et même spolié les religieuses 
de leurs vêtements, sans commettre cependant des attentats 
à la pudeur. Un détachement avait été brûler la ville de 
Beeringen pour châtier les habitants qui, à la mort de 
Philippe-le-Bon , avaient sonné pour ses obsèques dans 
des ruches d'abeilles, en criant que le vieux diable était 
mort. 

Le 26 de ce mois, Charles mit le siège devant la ville de 
Saint-Trond. 

A Liège on se prépara activement à la guerre. On offrit 
au bailli de Lyon l'honneur de porter l'étendard de Saint- 
Lambert, mais il le refusa. Le droit et le devoir de le porter 
revenaient à l'avoué de la Hesbaye, Jean de Lamarck. Comme 



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420 LA PRINCIPAUTÉ 

celui-ci était du parti du priace, Guillaume de Berlo se 
chargea de porter Fétendard. La milice urbaine qui fut 
empêchée par une forte pluie de sortir le 26 octobre, ne 
sortit que le lendemain. L'étendard de Saint -Lambert fut 
remis, avec les solennités d'usage à Guillaume de Berlo. Sur 
lesinstances et même sur les menaces des métiers, plusieurs 
ecclésiastiques durent l'accompagner, savoir, le prévôt de 
Tongres, son frère Roland, Middelbourg et Waya, tous les 
quatre chanoines de la cathédrale, un chanoine avec un 
domestique de chaque collégiale, un religieux de Saint- 
Gilles, un de Beaurepart, un des Écoliers, chacun avec un 
domestique. La statue de Notre-Dame de Montenacken fut 
également portée dans l'armée. Les Liégeois passèrent la 
nuit à Xhendremael. Les ecclésiastiques voulurent alors re- 
venir à Liège, mais ils furent contraints d'accompagner 
l'étendard et la statue. Le lendemain, 28 octobre, l'armée 
Liégeoise arriva à Brustem, vers les trois heures de l'après- 
dtner. Elle se déploya le long d'une haie, ayant son artillerie 
placée devant elle ; sur les côtés elle était protégée par des 
marais, appelés aujourd'hui Guldebeempden et Penspoel et 
sur le devant elle était protégée par les deux ruisseaux 
coulant paralèllement, Molenbeek et Boogebeek. 

Le duc Charles avait rangé son armée en bataille dans la 
campagne, entre Saint-Trond et Brustem, dès qu'il avait été 
informé de l'approche des Liégeois. L'action commença 
immédiatement par les Liégeois qui, sans attendre l'arrivée 
des milices du comté de Looz, déchargèrent leurs canons sur 
l'armée ennemie. Le duc lança contre eux les archers de 
l'avant-garde et une partie de ceux du centre. La lutte fut 
ardente. Les Liégeois se défendirent avec courage, mais 
vers les cinq heures, ils se mirent à fuire, laissant toute 
leur artillerie et leurs bagages sur le champ de bataille. 
Les troupes du duc les poursuivirent à la distance d'une 
lieue et demie et revinrent au camp vers les sept heures. 
L'armée Liégeoise, forte de 14,000 à 17,000 hommes, 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 421 

avait perdu de 3,000 à 4,000 hommes, parmi lesquels il 
y avait Baré-Surlet , Eustache de Streel , et trois chanoines 
de la cathédrale. Le duc n*avait perdu qu'une vingtaine 
d'hommes, (i) 

Pendant cette bataille, le siège de la ville de Saint-Trond 
n'avait pas discontinué. Le 1" novembre, l'artillerie du duc 
avait fait une large brèche aux murs. Dès lors, les chefs de 
la ville voyant qu'une plus longue résistance était impossible, 
se rendirent près du duc pour lui livrer la ville. Ils obtinrent 
que les habitants auraient la vie et les biens saufs, mais 
ils durent accepter des conditions bien dures : la ville 
démolira toutes ses fortifications, sans pouvoir jamais les 
rétablir ; elle livrera toutes ses armes et munitions ; elle 
ne pourra jamais prendre part à une guerre contre le duc ; 
elle livrera au duc tous ceux qui sont de ses États et se 
trouvent dans ses murs ; elle livrera, en outre, douze de ses 
bourgeois que le duc lui désignera pour disposer de leur 
vie et de leurs biens ; elle payera une rente annuelle et 
perpétuelle de deux cents livres au duc ; elle lui payera, en 
outre, une somme de vingt mille florins d*or en quatre 
termes ; elle observera la paix du 22 décembre 1468 ; elle 
se soumettra à son prince-évéque et se conformera à la 
sentence du Pape ; elle sera fidèle aux ducs de Brabant, 
ses avoués; elle livrera des otages comme garantie de 
l'exécution de la paix. Ces otages, au nombre de seize, se 
rendirent à Louvain. Les autorités de la ville firent le ser- 
ment de fidélité au duc. Les étrangers qui devaient lui être 
livrés, parvinrent à se sauver pour la plupart. Les douze 
habitants, désignés par le duc, lui furent livrés. Il les fit 
exécuter tous. Il y avait, parmi eux, six des otages renvoyés 

(0 L*auteur du Magnum Chroniœn Belgicum dit que les Liégeois 
avalent plus de soixante dix canons et qu'ils tiraient avec des boulets 
de pierre. K porte à une centaine d'hommes les pertes du duc Charles. 

Le tir se faisait, à cette époque, d'une manière très lente et avec peu 
de justesse. 



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422 LA PRINCIPAUTÉ 

avant la guerre (t). (V. Gest. Abb. ; Philippe de Commines ) 
Adolphe de Clèves, seigaeur de Ravenstein, commandant 
de l'avant-garde, avec Jacques de Saint-Pôl, maréchal de 
Bourgogne et le seigneur de Fiennes, se dirigea vers la 
ville de Tongres. Arrivé à Looz, il envoya un détachement 
à Wellen pour en déloger les couleuvriniers ; ceux-ci, à 
l'approche des soldais prirent la fuite ; néanmoins quatre- 
vingts traînards furent pris. Un autre détachement alla 
brûler le château de Heers. 

Le duc partit de Saint-Trond, le 6 novembre, en suivant 
la chaussée romaine et arriva le soir à Lowaige. Dès le 
lendemain, les Tongrois vinrent lui livrer leur ville. Les 
conditions que le duc leur imposa, furent les mêmes que 
celles qu'il avait imposées à la ville de Saint-Trond. Les 
douze hommes que les Tongrois lui livrèrent plus lard à 
sa demande, furent tous exécutés, dit Philippe de Com- 
mines. Il y avait parmi eux cinq ou six anciens otages. Le 
8 novembre, les députés des villes du comté de Looz 
allèrent également faire leur soumission au duc, à Lowaige. 
Les conditions qu'il leur imposa, sont : les habitants du 
comté obéiront à la sentence du Pape ; ils remettront leurs 
bannières entre les mains de leur prince ; ils payeront à 
leur prince une rente annuelle de deux patars sur chaque 
maison, sauf les pauvres ; les biens de Robert de Greven- 
brouck, situés au comté de Looz, sont confisqués au profit 
du prince ; il en est de même des biens de Raes de Heers 
et de Guillaume de Berlo ; tout crime de lèse-majesté commis 
contre le prince sera puni dorénavant de la confiscation des 

(i) L'artillerie, abandonnée par les Liégeois sur le champ de Brustem, 
fut envoyée en Brabant. C'étaient « cent serpentins, veuglaires, ribau- 
dequins (machines de guerre en forme d'arc) et des courtauwen pour 
cinquante-deux petites charettes, chacune chargée d'un engin et 
d'étendards des métiers ; et sur quelques-unes il y avait deux ou trois 
ribaudequins. » (Lettre du 6 novembre, dans le Bulletin de la Société de 
Limbourg, t. V. p. 366.) 



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sous LOUIS DE BOURBON (i 456-4482). 423 

biens ; les habitants du comté seront fidèles à leur prince; 
i's exécuteront la paix de Saint-Trond et d'Oley ; ils remet- 
tront leurs privilèges entre les mains du duc ; leurs fiefs et 
biens, situés aux pays du duc, sont confisqués en sa faveur; 
toutes les fortifications seront démolies; les habitants livre- 
ront au duc leurs armes et munitions ; ils payeront au duc 
une indemnité de cent mille florins en cinq ans ; ils lui 
Uvreront quarante otages ; ils le reconnaîtront pour leur 
avoué et lui payeront, de ce chef, une rente annuelle de 
mille florins ; ils seront fidèles à leur avoué ; ils ne feront 
plus aucune alliance avec la cité; ils livreront, au duc, Goswin 
de Streel et ses complices, coupables d'un crime commis à 
Wijdoie, près de Tongres; ils lui livreront les couleuvriniers 
ou compagnons de la tente- verte ; ils livreront au duc les 
douze personnes qu'il aura désignées, pour disposer de leur 
vie et de leurs biens ; ils restitueront les objets d'église 
enlevés pendant le pillage de la ville de Huy. 

Le jour de la bataille de Brustem (28 octobre), Guillaume 
de Berlo arriva à dix heures du soir à Liège avec l'étendard 
de Saint-Lambert tout déchiré. La nouvelle de la perte de 
la bataille jeta la consternation dans les familles. Raes de 
Heers, dans sa fuite, s'était arrêté au château d'Oreye et y 
avait passé la nuit. Il ne se rendit à Liège, qu'après qu'il 
eût appris qu'il y avait de la sécurité pour lui; car il avait 
déjà écrit à sa femme et à ses enfants, qu'il avait laissés à 
Huy, de se rendre au château de Montjoie où il se proposait 
de les suivre. La plupart des soldats Liégeois revinrent, le 
29 octobre, de grand matin ; le détachement qui se trouvait 
à Ëmael, fut rappelé à Liège. La garnison brabançonne de 
Maestricht, informée de la victoire du duc, alla aussitôt 
ravager les villages d'Emael, de Wonck et plusieurs autres. 
A Liège, on était dans l'hésitation. A la réunion générale 
du peuple, le i^ novembre, on discuta, mais inutilement, 
les causes de la défaite et on montra quelque velléité de 
défendre la cité. Le bailli de Lyon et Raes de Heers se 



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424 LA PRINCIPAUTÉ 

proposèrent de la faire mettre en état de défense et même 
de démolir à cet effet les abbayes de Saint-Laurent et de la 
Chartreuse avec plusieurs maisons des faubourgs. Le clergé, 
après avoir reçu l'autorisation des bourgmestres, envoya 
Tabbé du Val-Saint-Lambert et le prieur de Fhôpital de Saint- 
Mathieu, à Hasselt, prendre des informations. Les envoyés 
rapportèrent bientôt la nouvelle que la ville de Saint-Trond 
s'était rendue et que celles de Tongres et du comté de Looz 
allaient le faire. Dès lors, les conseils de paix prévalurent. 
Deux Croisiers et deux Mineurs furent envoyés au prince- 
ëvêque pour lui demander des passeports en faveur des 
négociateurs de la paix. Ils en obtinrent douze pour quatre 
ecclésiastiques et huit laïques. Pendant qu'on choisissait les 
douze et qu'on rédigeait leurs instructions, Raes de Heers, 
tombé dans le découragement, déplora la perte de sa fortune 
confisquée et regretta de n'être pas parti à temps pour la 
France; il demanda à être conduit en sécurité hors le pays. 
Les bourgmestres lui répondirent que les négociateurs de la 
paix parleraient aussi en sa faveur. 

Le duc Charles, accompagné de Louis de Bourbon, s'était 
avancé, avec son armée, de Lowaige à Othée (9 novembre). 
Les négociateurs Liégeois y conférèrent avec leur prince et 
rapportèrent, le 10 novembre, à Liège, les quatre points 
que celui-ci demandait pour le rétablissement de la paix. 
Le peuple accepta les quatre peints et fit prier le prince 
d'intercéder auprès du duc pour obtenir de lui aussi une 
paix acceptable. Les négociateurs n'obtinrent du duc que 
deux choses, savoir, que la cité ne serait ni incendiée ni 
pillée. Dix hommes de chaque métier devaient aller lui 
demander pardon. Les conditions delà paix seraient dictées 
dans la cité même. Le lendemain, H novembre, furent choisis 
les trois cent vingt hommes des métiers qui, sous peine de 
mort, iraient faire amende honorable. Ils partirent immé- 
diatement et s'arrêtèrent à Saint-Laurent pour attendre leur 
chefi Jean Leruyt, qui devait porter la parole. Ce chef n'étant 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 42S 

pas venu, le prince-évêque se retira à Saint-Gilles et le duc 
à Boisée. Les hommes des métiers, dont plusieurs étaient 
exténués de faim, entrèrent dans Tabbaye de Saint-Laurent 
où les religieux leur donnèrent à manger. Ils y passèrent 
même la nuit, car on ne voulait pas les laisser rentrer en 
ville, avant qu'ils n'eussent fait amende honorable. Le sire 
de Humbecourt et Antoine le bâtard, qui avaient voulut 
entrer dans la cité par la porte de* Sainte-Marguerite , se 
virent refuser l'entrée par Guillaume de Berlo, parce que le 
duc refusait d'accorder la vie sauve aux Liégeois. Ils allèrent 
aussi loger à l'abbaye de Saint-Laurent avec deux cents sol- 
dats. Dans la nuit du 11 au 12 novembre, les gardiens de la 
porte Sainte Marguerite conçurent le projet d'assassiner ces 
deux seigneurs avec leur suite et d'incendier l'abbaye, puis de 
prendre la fuite. Ils ne l'exécutèrent point, parce que les trois 
cent vingt hommes des métiers s'y trouvaient et probable- 
ment pour d'autres raisons encore. Le sire de Humbercourt, 
en effet, craignant une attaque pendant cette nuit, envoya, 
vers douze heures, deux bourgeois qui avaient été en otage, 
vers les chefs delà cité, pour leur faire certaines propositions. 
Comme ces deux envoyés ne revenaient point, le sire de 
Humbercourt en envoya quatre autres avec de nouvelles 
propositions. Ces propositions furent discutées en public au 
palais et enfin acceptées. Immédiatement après cette accep- 
tation, Raes de Heers, le bailli de Lyon et tous les bourgeois 
compromis émigrèreni. Le lendemain, Humbercourt, invité 
par le peuple à se rendre au palais, s'y rendit et promit que 
la cité serait préservée de tout incendie et de tout pillage. 
Aussitôt les portes de Sainte-Marguerite et de Saint-Martin 
lui furent livrées. 

Le 12 novembre, les trois cent vingt hommes des métiers 
se rendirent à Boisée, près du duc et du prince, en manches 
de chemise ; ils y crièrent mercy et présentèrent au duc les 
clefs de la cité. Charles fît occuper immédiatement les portes 
de Saint-Martin et de Sainte-Marguerite et le 13 il prit son 



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426 LA PRINCIPAUTÉ 

quartier dans Tabbaye de Sainl-Laurent. Il se fit remettre 
le 14, par les Liégeois, « tous leurs basions (armes) et 
armures et aussi toute leur artillerie, grosse et menue, avec 
leurs tentes et pavillons, ce qu'ils ont volontiers fait, » 
écrivit-il aux Yprois. Le dimanche, 18 novembre, les Liégeois 
firent amende honorable àleur prince-évôque, à Saint-Michel, 
tète nue, à genoux, sans ceintures et sans jarretières (i). Les 
portes de Saint-Martin et de Sain te- Marguerite furent démon- 
tées et les murs entre les deux portes démolis. Le mardi, 
17 novembre, le duc fit son entrée solennelle à Liège avec 
le prince-évéque, par la porte de Sainte-Marguerite. Le doyen 
de Saint-Pierre fit l'allocution au nom du clergé. Le cortège 
avança entre deux haies formées par le clergé portant des 
cierges et les bourgeois portant des torches. Le défilé dura 
depuis neuf heures du matin, jusqu'à quatre heures de 
Taprès-dtner. Le duc Charles prit son logement au palais et 
le prince-évéque dans la maison du chanoine De Mérode. 
Les jours suivants furent employés à régler les affaires. Les 
fugitifs devaient rentrer dans les trois jours, sous peine de 
passer pour ennemis. Les villages de la Hesbaye achetèrent 
des sauves-gardes à Antoine, le bâtard de Bourgogne, auquel 
le duc Charles les avait comme abandonnés. Les Liégeois 
payèrent au duc, une somme septuple de celle qu'ils avaient 
payée Tannée précédente. Le clergé donna au prince-évéque 
la somme de deux mille florins que celui-ci avait promise 
aux négociateurs de la paix, Antoine le bâtard, Adolphe de 
Clèves, seigneur de Ravensteyn, le maréchal de Bourgogne 
et le sire de Humbrecourt. Le 26 novembre, le clergé et le 
peuple furent réunis dans l'enceinte du palais où on leur fit 
la lecture des conditions de la paix, datée du 18 novembre. 
Le peuple accepta la paix et jura de l'observer; le prince- 



Ci) Ce fait se trouve raconté dans une lettre datée de Liège du 
16 novembre, écrite par Louis Van den Rhijn. (V. Bull, de La Société 
du Limbourg, t. V, p. 370.) 



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sous LOUIS DE BOURDON (4456-448S). 427 

évêque et Godefroid de Hannut, doyen de Saint-Pierre 
ragréèrent également au nom du clergé. A cet acte 
solennel assistèrent Jacques de Bourbon, fils du duc de 
Bourbon, Adolphe de Clèves seigneur de Ravensteyn, 
Jean de Luxembourg comte de Marie, Antoine bâtard de 
Bourgogne comte de Laroche, Jacques de Luxembourg, 
seigneur de Rikanbourg, Rodolphe de Baden marquis de 
Rothelin, Thiebald seigneur de Neufchâteau, maréchal de 
Bourgogne, Jean seigneur de Créqui, Guy de Brimeu 
seigneur de Humbrecourt, Louis seigneur de Gruthuse, 
Simon de Lalaing seigneur de Montigny, Antoine seigneur 
d*Emeries, bailli du Hainaut, François d'Esté marquis de 
Ferrare, Jean Damas seigneur de Glechi, Antoine de 
Grevecourt, Philippe de Quedres, chevaliers et plusieurs 
autres de la suite du duc, Renaul de Momale, abbé du 
Val-Saint-Lambert, Guillaume de Brus seigneur de Berlo et 
de Sclachins, Jean délie Boverie, Jean de Seraing seigneur 
de HolIogne-sur-Geer, Beaudoin de Hollogne, Jean seigneur 
de Lavaulx et Jean de Streel. Les principales conditions de 
cette paix sont : toutes les Cours de justice siégeant à 
Liège, sont supprimées, savoir, la Cour des échevins, la 
Cour allodiale, la Cour des douze lignages, le Tribunal 
des XXII, le Tribunal des bourgmestres de la cité, celui 
des jurés des Vinâves, celui des gouverneurs des métiers (64), 
celui des dix hommes (de chaque métier) qui font exécution 
réelle en corps et biens, celui des seize commissaires, celui 
des trente-deux, celui des six de la foire, celui des quatre 
de la Violette qui sont lieutenants des bourgmestres, celui 
deTAnneau du palais et celui de la Paix; le prince nommera 
quatorze échevins; leurs pouvoirs dureront une année; 
ils prêteront serment de fidélité au duc et au prince ; ils 
rendront la justice à la semonce du maieur; le ressort de 
la Cour des échevins ne comprendra que la cité ; les autres 
Cours ressoniront au Conseil du prince ; la Cour spirituelle 
de rOfficial ne siégera plus à Liège; une section sera établie 



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428 LA PRINCIPAUTÉ 

à Maestricht, une à Louvain et une troisième à Namur, 
ayant chacune pour ressort une partie du diocèse ; sont 
abolis les privilèges de bourgeoisie et de bourgeoisie fo- 
raine; les trente-deux métiers sont supprimés comme corps 
politiques et administratifs et ils remettront leurs bannières 
et papiers au prince ; les alliances sont supprimées ; le 
Perron sera enlevé du Marché ; tout ce qui est contraire 
aux libertés et franchises des églises est supprimé ; les 
émigrés sont bannis du pays et leurs biens sont confisqués ; 
les biens de ceux qui ont fait la. guerre au prince, sont à sa 
disposition ; les biens enlevés aux églises leur seront resti- 
tués ; le prince-évéque sera indemnisé des frais qu'il a dû 
faire; la sentence du Pape sera exécutée ; le pays de Liège 
donnera six mille florins pour la construction et la dotation 
d*une chapelle oii trois chapelains diront chaque jour la 
Messe pour ceux qui ont péri dans la guerre; la principauté 
ne pourra jamais faire la guerre, ni même faire des prépa- 
ratifs de guerre, ni contracter des alliances sans le consen- 
tement du duc ou de ses successeurs ; elle renoncera à 
toute alliance faite ; les ducs de Brabant seront les avoués 
des églises et du pays de Liège et percevront, à ce titre, 
une rente annuelle de deux mille florins ; ils auront libre 
passage à travers le pays de Liège; pour indemnité de 
cette dernière guerre, le pays payera au duc la somme 
de cent et vingt mille lyons d'or, sans y comprendre les 
indemnités stipulées dans les paix antérieures ; la cité 
démolira ses portes et ses murs et comblera ses fossés ; il 
ne pourra être construit aucun château-fort, sauf les châ- 
teaux de Jean de Lavaulx, de Guillaume d*Ordingen, 
d'Alexandre Berart, d'Adam de Guygoven, de Raes son fils, 
de Godefroid de Vlodorp, de Jacques de Morialmé, de Josse 
de Coelhem, seigneur de Duras, et d'Arnould de Horion ; 
les échevins des Cours de justice des villes seront nommés 
par le prince pour une année ; ils prêteront serment de 
fidélité au duc et au prince ; ils ressortiront au Conseil du 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-4482). 429 

prince ; les Cours des villages ressortiront aussi au Conseil 
du prince; les portes, murs et fortifications des villes 
seront démolis ; le port d'armes est prohibé ; le village de 
Saint-Pierre près de Maestricht, étant brûlé et détruit, res- 
tera inhabité ; en expiation du meurtre de Jean Carpenlier 
et d'autres innocents exécutés, douze hommes, au choix du 
duc, lui seront livrés, et il pourra disposer de leur vie et 
de leurs biens : les sentences portées contre les adhérents 
du prince sont annulées. 

Ces traités de paix imposés par le vainqueur renfermaient 
plusieurs dérogations aux droits légitimes de l'église de 
Liège. Le clergé en fit la remarque au duc et demanda de 
réserver au moins l'approbation du Saint-Siège touchant ces 
dérogations. Le duc Charles s'y refusa et exigea de l'évéque 
et du chapitre un consentement absolu , sans réserves. Ils 
le donnèrent, mais peu de jours après, ils protestèrent en 
secret , par acte notarié , contre la violence qu'ils avaient 
subie en cette circonstance. Cet acte fut transmis, l'année 
suivante, au Saint-Siège, par l'intermédiaire du Légat. 
(V. Onufrius, p. 20.) 

Les habitants de la terre de Franchimont qui avaient 
également fait leur soumission au duc et à leur prince, 
furent admis à la paix, à des conditions moins dures : ils 
seront fidèles à leur prince et à leur avoué, le duc; ils 
démoliront leurs fortifications; ils livreront toutes leurs 
armes et munitions ; ils répareront les dommages qu'ils ont 
causés aux habitants de Limbourg, Dalhem et Fauquemont ; 
ayant déjà payé trois mille florins d'or pour avoir leurs vie 
et biens saufs, la grâce de la vie et de leurs biens leur est 
accordée (28 novembre 1467). 

Le 27 novembre, le peuple, convoqué au palais, y compa- 
rut. Douze bourgeois désignés par le duc y furent arrêtés; 
neuf furent exécutés, le lendemain, sur l'échafaud dressé au 
Marché et trois furent bannis du pays de Liège et des États 
du duc, savoir, Henri SoUe, le grand Wauthier et Adrien 



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430 LA PRINCIPAUTÉ 

Bourlet. Les chartes et papiers des métiers furent livrés 
entre les mains du sire de Humbrecourt. Les armes furent 
également livrées entre les mains du prince. Le Peron fut 
démonté et envoyé à Bruges. Le sire de Humbrecourt fut 
nommé, par le duc, son sous-avoué et obtint la jouissance du 
château de Clermont, situé près de la cité, qui appartenait à 
Guillaume de Berlo. Le prince de Liège lui donna les biens 
que Baes de Heers possédait aux pays de Looz et de Liège, 
entre autres, le château de Heers. (V. Aurunus de Veteri- 
Busco; Gachard, Collect, t. I, p. 167-182; t. II, p. 420-489 ; 
Bull, de la Société du Limbourg, t. V.,p. 387; Bormans, 
Recueil, p. 615. 

Après la prise de la ville de Huy, Raes de Heers y avait 
placé une garnison composée de Liégeois pour l'empêcher 
de rentrer sous l'obéissance du prince. Le 28 octobre 1467, 
les Hutois émigrés se réunirent et voulurent provoquer une 
contre-révolution dans leur ville; plusieurs y entrèrent en 
criant ville gagnée ; leurs cris restèrent sans écho ; la femme 
de Raes de Heers montée à cheval, excita de toutes ses 
forces les Liégeois à repousser ces adhérents du piince ; ce 
qui eut réellement lieu. Après la victoire de Brustem et la 
reddition de la ville de Saint-Trond, les Liégeois qui gar- 
daient la ville de Huy, en sortirent pour émigrer; en passant 
par Andenne, ils incendièrent cette commune, après l'avoir 
pillée. Les Hutois restés fidèles au prince rentrèrent dans 
leur ville et ne tardèrent pas de la soumettre au duc et au 
prince (vers le 14 novembre). 

Le samedi, 28 novembre 1467, le duc partit pour Huy, 
emmenant environ deux cent cinquante otages qu'il plaça à 
l'abbaye des Croisiers. Ces otages cependant purent revenir 
à Liège, vers la Noël, à la demande du prince-évéque. Après 
avoir réglé les affaires et placé une garnison à Huy, Charles 
en partit (le 7 décembre) pour Marche et Saint-Hubert. Il 
revint à Huy, le 12 décembre, et se rendit ensuite à 
Maestricht, ville qui était restée fidèle à ses deux Souverains. 



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sous LOUIS DE BOURBON (i456-i48â). 431 

Il retourna enfin à Bruxelles par Hasselt, Diest et Louvain ; 
son armée sortit aussi du pays pendant le mois de décembre. 

Pour achever la réconciliation entre tous les ordres de 
citoyens, le clergé qui était resté à Liège et les bourgeois 
se rendirent, le 30 novembre, à Saint-Léonard et de là ils 
reconduisirent processionnellement à la cathédrale, les cha- 
noines qui avaient émigré. Le prince évéque y attendit le 
cortège ; sous les tours, il reçut Facte de soumission et de 
réconciliation de trois à quatre mille bourgeois et au chœur, 
il reçut celui du clergé. Pendant le mois de janvier 1468, il 
visita une grande partie de la principauté pour y rétablir 
les affaires et opérer la réconciliation. Il fut très bien reçu 
partout. La paix imposée par le duc était bien difficile à 
exécuter. À Liège et dans les villes, on commença sans 
tarder à démolir les fortifications. On recueillit aussi 
quelque somme d'argent, mais il étant impossible de lever 
toute la somme nécessaire ; le pays était épuisé. Le clergé 
prêta à la cité la somme de vingt mille florins. Il consentit, 
en outre, à ce que ses biens, situés en Brabant, fusssent 
grevés des rentes que la cité se proposait de vendre à des 
Brabançons, pour se procurer les capitaux nécessaires 
(4 mars 1468). 

Après bien des négociations, le duc se contenta provisoi- 
rement de plusieurs à-compte ; la cité qui lui devait encore 
cinquante mille florins, obtint, après bien des prières, que 
le clergé se portât garant de cette somme envers le duc , 
mais le clergé se réserva, à son tour, la faculté de faire saisir 
et vendre les biens des bourgeois de la cité et de la banlieue, 
(V. ScHOONBRooDT, Miscellanées , p. 82. Pièce inédite du 4 
mars 1468.) 

Le duc s'était réservé, par le traité de Lowaige, la faculté 
de choisir douze hommes du comte de Looz pour en faire 
son bon plaisir et de confisquer les biens, châteaux, héri- 
tages du comté. Il céda cette faculté à Antoine, bâtard de 
Bourgogne. Celui-ci y renonça, le 16 mars 1468, sous lu 



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432 LA PRINCIPAUTÉ 

condition que les villes de Hasselt, Looz, Herck, Bilsen, 
Beeringen, Maeseyck, Brée et Stockera et le resle du comté 
lui payeraient la somme de sept mille florins. (V. Schoon- 
BROODT, Cart. de St-Lamb,, n** 1050.) 

Les habitants du pays de Liège et ceux du comté de Looz 
voulaient contraindre les Hutois à contribuer aux sommes 
qu'on devait payer au duc. Les Hutois s*y refusèrent, parce 
qu'ils étaient restés constamment fidèles à leur prince - 
évéque. Le duc Charles auquel ils s'adressèrent, déclara, le 
31 mars 1468, par un acte daté de Mons^ que les Hutois 
n'étaient pas obligés de contribuer à ces sommes, mais 
qu'ils lui payeraient la somme de trente-deux mille florins 
ou une rente annuelle de deux mille florins, jusqu'à ce qu'ils 
aient payé cette somme capitale. (V. Schoonbroodt, Cart, de 
S^Lamfr., nMOSl.) 

La cité, les villes et le plat pays devaient de fortes sommes 
au duc Charles, en vertu des traités de Saint-Trond (2!2 dé- 
cembre 1465), de Vechtmael et Oleye (septembre 1466), 
de Saint-Trond, Lowaige et Liège (novembre 1467). Comme 
on était dans l'impossibilité matérielle de lui payer ces 
sommes, il consentit, le 2 mai 1468, à ce qu'on lui en 
payât chaque année les intérêts, au denier seize, c'est à dire, 
la rente annuelle de 28,628 florins ; dans cette rente, n'était 
point comprise la rente de 3200 florins qu'on lui devait 
du chef de l'avouerie. (V. Schoonbroodt, Cart. de St-Lamb.y 
no 1052.) 

Paul II, dès qu'il eut appris ce qui s'était passé au pays 
de Liège, ordonna à Onufrius de Sainte-Croix de s'y rendre 
en qualité de légat. Les instructions qu'il lui donna sont 
datées du 11 février 1468. Elles portaient de rétablir la 
concorde entre le prince et ses sujets, de lever l'interdit, 
d'absoudre clercs et laïques des censures et des irrégula- 
rités, de rétablir un chacun dans ses honneurs, dignités et 
biens, de contraindre à la concorde le parti qui s'y refu- 
serait. Le Légat devait, en outre, prier le duc Charles de 



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sous LOUIS DB BOURBON (4456-4482). 433 

respecter les droits et les biens de Téglise de Liège et il 
pourrait approuver les traités de paix faits ou à faire de 
commun accord, sauf les articles contraires au domaine, à 
l'autorité, à la juridiction et à la liberté de l'église de Liège. 
Onufrius de Sainte-Croix partit, le 27 février, de Rome, 
accompagné de vingt-cinq personnes parmi lesquelles il y 
avait Guillaume de Laner de Breitbach, abbé de Deutz, 
Henri de Loevenborch, originaire de Lennich au pays de 
Juliers, chanoine de Saint-Lambert et plusieurs clercs et 
prêtres. Il traversa le Tyrol et la Souabe ; arrivé à 
Mayence, il y trouva Raymond de Marliano que le prince- 
évéque de Liège avait envoyé à sa rencontre. Une nom- 
breuse dépulation Liégeoise l'attendait à Cologne. Arrivé 
dans cette ville, le Légat y fit une maladie d'une dizaine de 
jours. Dès qu'il fut rétabli, il se remit en route pour Aix et 
Maestricht et de là pour Liège, où il arriva le 27 avril 1468. 
Il prit son logement à la Chartreuse. Le lendemain, de 
nombreuses députations de tous les ordres de l'État, con- 
duites par le prince-évéque, se rendirent à la Chartreuse 
pour présenter leurs hommages et leurs sentiments de sou- 
mission au légat du Saint-Siège. Hubert Léonardi, carme, 
conseiller et confesseur de Louis de Bourbon, prononça une 
allocution latine au nom de Tévéque; Alexandre Berart 
échevin fit une allocution en français au nom de la Cour et 
de la cité et Josse de Lamarck ofiicial parla au nom du 
clergé et des fidèles. Le prince-évêque se mit ensuite à 
genoux devant le Légat; il le pria de lever l'interdit, d'ab- 
soudre clercs et laïques des censures ei de pardonner les 
fautes commises ; il déclara ensuite pardonner lui-même 
les offenses qui lui avaient été faites et n'exiger aucune 
satisfaction de ce chef. La cité et les bonnes villes pro- 
mirent, par l'organe de leurs députés, de payer les amendes 
qu'elles avaient encourues pour n'avoir pas respecté les 
points litigieux qu'elles avaient soumis à l'arbitrage du 
Saint-Siège. Ces amendes qui dépassaient la somme de 

98 



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434 LA PRINCIPAUTÉ 

quatre-vingts mille florins, seraient employées à la guerre 
contre les Turcs. Les pièces authentiques de la cité, des 
bonnes villes, de Tévêque et du clergé concernant toutes 
ces affaires, au nombre de cent vingt, furent remises au 
Légat. 

Le 30 avril, le Légat se rendit processionnellement dans 
la cité et leva l'interdit. Le 8 mai il donna l'absolution des 
censures et des peines encourues. Ayant pris son logement 
dans l'abbaye de Saint-Jacques, il y eut de fréquentes confé- 
rences avec le prince-évêque, le clergé, les nobles, les 
députés de la cité et des bonnes villes, pour régler les 
affaires publiques. Tous se plaignaient, les uns publique- 
ment, les autres en secret,. de la conduite de Charles-le- 
Téméraire à l'égard du pays de Liège. Le Légat les consola 
et leur fit espérer que le duc, à la demande du Pape, modi- 
fierait sa conduite et cesserait d'opprimer et d'épuiser le 
pays. 

Le 8 juin, Onufrius se rendit à Bruges pour y être reçu 
en audience par le duc et accomplir la légation dont il était 
chargé par le Pape. Charles reçut très bien le Légat du 
Saint-Siège et eut plusieurs entretiens avec lui. Il lui 
demanda d'approuver, au nom du Pape, la paix de Saint- 
Trond du 22 décembre 146S et celle de Liège du 18 no- 
vembre 1467. Le Légat répondit que les dispositions de ces 
deux paix qui concernent la sécurité des Etats du duc et les 
indemnités de la guerre, consenties par les deux parties, 
pouvaient être approuvées, mais qu'il n'en était pas de 
même des dispositions qui renferment des usurpations sur 
l'autorité, la juridiction, le domaine et la propriété de 
l'évêque et de l'église de Liège ; d'ailleurs, ajouta-t-il, ces 
dernières dispositions, lors des négociaiions de la paix de 
Saint-Trond, ont été formellement réservées au Saint-Siège; 
lorsque vous en avez demandé la confirmation apostolique, 
vous ne l'avez pas obtenue ; vous ne pouvez prendre en 
mauvaise part que l'église de Liège conserve ses droits et 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 43S 

ses biens, car, avant votre dernière expédition au pays de 
Liège, vous avez fait annoncer dans toutes les églises du 
Brabant que vous alliez au secours de l'église de Liège 
pour défendre ses droits et ses biens ; or les traités de paix 
que vous avez imposés et l'exécution de ces traités par vos 
officiers, renferment bien des violations de ses droits et 
de ses biens. 

Le duc, après avoir consulté son chancelier, répondit au 
Légat que, comme il s'agissait d'affaires graves, il en référe- 
rait à son conseil et que, dans peu de jours, il donnerait 
une réponse qui serait agréable à Dieu, à l'Église et au Pape. 
(V. Onufrius, p. 23 à 37.) 

Les affaires Liégeoises furent soumises par le duc à son 
conseil, mais les délibérations de ce conseil furent interrom- 
pues et traînaient en longueur, par suite du mariage du duc 
avec Marguerite, sœur du Roi d'Angleterre (3 juillet 1468) et 
des préparatifs de guerre qu'il faisait pour se défendre contre 
Louis XI, roi de France. Louis de Bourbon qui fut informé 
de ces retards par ses amis et par le Légat qui était resté à 
Bruges, lui envoya son secrétaire, Richard Troncillon, pour 
le remercier des peines qu'il se donnait et pour l'engager à 
continuer ses démarches. La lettre que le secrétaire remit 
au Légat de la part du prince-évêque exprime les plus beaux 
sentiments ; Louis de Bourbon déplore la violation des droits 
de l'église et du pays de Liège ; il regrette vivement que les 
agents du duc continuent la démolition des murs de la cité et 
des bonnes villes (14 juillet 1468). Le Légat se trouvait encore 
à Bruges à la fin du mois de juillet. Il transmit alors ii Paul II 
une réponse assez désagréable du duc et il informa le Pontife 
tant par lui-même que par Raymond de Marliano et Etienne 
de Trenti, évéque de Lucques, que Charles-le-Témèraire 
n'était pas disposé à modifier les deux traités de paix. Le duc 
qui partait en ce moment pour la Hollande, afin de s'y faire 
inaugurer, pria le Légat de l'attendre à Bruxelles où de nou- 
velles conférences auraient lieu. (V. Onufrius, p. 37 à 40.) 



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436 LA PRINCIPAUTÉ 

Le Légat se rendil à Bruxelles. Dès que le duc y fut de 
retour, l'affaire des traités de paix fut reprise. Le duc et son 
conseil, bien loin de modifier les traités, prièrent le Légat de 
les confirmer au nom du Pape; ils ne renfermaient rien, 
affirmaient-Us, de contraire ou de préjudiciable aux droits 
de l'église de Liège; d'ailleurs ces traités avaient été approu- 
vés par le prince et les trois Étals; il ne convenait pas de 
les modifier en leur absence. Le Légat répliqua qu'il ne pou- 
vait approuver ces traités qu'à la demande des deux parties 
contractantes et qu'après que les deux parties auraient 
affirmé sous serment qu'ils ne renferment rien de contraire 
aux droits de TÉglise. Le duc fit mander immédiatement 
Louis de Bourbon à Bruxelles. Le Légat se concerta avec 
le prince-évêque et avec Charles de Bourbon, archevêque de 
Lyon, qui se trouvait dans la capitale, envoyé par le roi 
Louis XL Le 10 août, le duc les réunit tous les trois, en sa 
présence, dans la chapelle du palais. Il interpela vivement 
l'évéque de Liège, sll voulait faire approuver ou bien faire 
modifier les traités. Louis de Bourbon répondit qu'il consul- 
terait à cet égard le chapitre et les trois États. Cette réponse 
mit le duc hors de lui-même. Il reprocha, avec colère, à 
l'évéque de vouloir faire modifier ce qu'il avait approuvé à 
Liège et de se montrer ingrat envers celui qui avait vaincu 
ses adversaires ei qui l'avait rétabli sur son siège. Les traités, 
ajouta-t-il, seront exécutés et ceux qui s'y opposeront, éprou- 
veront les effets de mon épée. Le l-.égal auquel l'archevêque 
de Lyon et le duc traduisirent cette apostrophe en latin, fit 
comprendre au duc qu'il convenait que les trois États de 
Liège fussent consultés ; il assura même que les droits de 
l'église de Liège pouvaient être sauvegardés sans léser l'hon- 
neur et les intérêts temporels du duc ; il s'offrit, en outre, 
pour consulter les États et recevoir leurs demandes. L'offre 
fut acceptée par le duc, mais sous la condition que rien ne 
serait conclu sans son consentement. Charles partit ensuite 
à la tête de son armée pour la France. Le Légat et l'évéque 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456- 148i). 437 

revinrent à Liège où ils arrivèrent, le 22 août 1468. Dès le 
lendemain, les chanoines furent réunis au chapitre où le 
Légat leur exposa ce qui avait été fait à Bruges et à Bruxelles. 
Il leur demanda leur avis sur les modifications à faire au 
traité de paix du 18 novembre 1467. Tous les chanoines, 
même ceux qui avaient des sympathies pour le duc Charles, 
désiraient que le traité fût modifié pour sauvegarder les 
droits de Téglise et Tindépendance du pays, mais aucun 
n'osait dire ouvertement wsa pensée, par crainte de s'exposer 
à la vengeance du duc. Le Légat qui s'en aperçut immédia- 
tement, leur conseilla de prêter tous le serment de garder 
le secret. Après qu'ils l'eurent prêté, ils se prononcèrent 
librement contre le traité et chargèrent six d'entre eux de 
rédiger les modifications à y faire. Le travail de ces derniers 
fut achevé dans la huitaine et remis au Légat. Dans ce travail 
on fait les demandes suivantes: la Cour allodiale et celle des 
seize de la foire seront conservées et ne dépendront que du 
prince et du chapitre (art. 1) ; le prince seul approuvera ou 
improuvera les coutumes en matière de justice à rendre 
(art. 4) ; les échevins continueront à prêter serment au 
chapitre, d'après l'ancien usage, avec la promesse de ne rien 
faire au préjudice du duc et de ses états (art. 5) ; le ressort 
de la Cour des échevins de Liège restera le même dans la 
principauté de Liège (art. 6) ; la Cour de l'official restera à 
Liège et conservera son ressort (art. 7) ; le prince de Liège 
conservera son pouvoir d'établir des corps de métiers (art. 
9) ; les revenus de la fermeté continueront de servir à 
l'entretien des rues et des ponts (art. 12) ; les biens des 
clercs seront restitués, comme les biens des églises (art. 19) ; 
les Cours de justice des pays du duc qui dépendaient de 
celles de Liège, continueront d'en dépendre ou du moins par 
voie de réciprocité, aucune Cour du pays de Liège ne dépen- 
dra d'une cour étrangère (art. 22) ; on pourra fabriquer des 
armes à Liège pour la défense du prince, du clergé et du 
pays (art. 24) ; Tavouerie et les droits d'avoué que s'attribue 



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438 LA PRINCIPAUTÉ 

le duc, sont contraires au droit commun et préjudiciables à 
réglise de Liège (art. 26 et 28) ; le droit de libre passage, 
attribué au duc, est contraire au bien du pays (art. 29); la 
démolition des fortifications cessera; les bonnes villes pour- 
ront se fortifier (art. 32) ; le prince pourra faire rebâtir le 
village de Saint-Pierre (art. 38). Ce projet de modification 
au traité de paix devait être porté à Bruxelles par deux 
chanoines ; mais les événements qui survinrent à Liège peu 
de jours après, firent ajourner indéfiniment leur départ. 

VI 

La destruction de la ville de Liège, 1468. 

Louis de Bourbon qui était rentré à Liège, le 17 no- 
vembre 1467, organisa sa cour à l'instar de celle du duc de 
Brabant et établit un corps de francs-archers pour la sécu- 
rité de sa personne. Il remplaça le grand maïeur Eusiache 
de Hosden par Jacques de Morialmé qui lui était resté con- 
stamment fidèle. 

Les émigrés de Liège s'étaient tous retirés en France. 
L'astucieux Louis XI , qui voulait recommencer la guerre 
contre le duc de Bretagne et son allié le duc de Brabant, 
chercha , dès lors , à susciter des ennemis à ce dernier dans 
son voisinage. Il fournit aux Liégeois émigrés des moyens 
pour rentrer dans la principauté et y susciter une nouvelle 
révolution. Vers le 4 août 1468, ces émigrés entrèrent 
dans la ville de Bouillon et essayèrent de s'emparer de 
la forteresse, mais ils n'y réussirent point. Descendant le 
cours de la Meuse, ils parvinrent à s'emparer du château de 
Montfort, sur l'Ourthe, qu'ils pillèrent, après en avoir tué 
les gardiens. Au pays de Franchimont, ils commirent aussi 
des dégâts. Ces faits causèrent de l'inquiétude à Liège, 
parmi les amis de la paix. Le prince qui ne partageait point 
ces inquiétudes, partit le 25 août pour Maestrichl, pour y 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482) 439 

tenir des conférences avec les nobles sur les intérêts du 
pays, dit Onufrius. Le sire de Humbrecourt qui avait été 
appelé au Brabant, était naieux renseigné; il avertit Renard 
de Rouveroi et le seigneur de Corswarera et les engagea à 
veiller et à occuper les passages. Les émigrés étaient sur 
h^s bords de la Meuse à Seraing et dans le voisinage et y 
voyaient leur nombre grossir par l'arrivée de leurs amis. 
Leurs chefs étaient Vincent de Bueren , Jean de Bornes le 
sauvage, Goswin de Slreel et son frère Euslache. Leur projet 
éiait de resaisir le pouvoir à Liège, d'y tuer tous les Bour- 
guignons et de respecter, au moins pour la forme, l'autorité 
du prince-évéque. Ce projet devait être exécuté, le 9 sep- 
tembre, de bonne heure au matin. Le grand maïeur et 
Renard de Rouveroi en furent informés à temps. Les bour- 
geois, amis de la paix, demandaient des armes pour repous- 
ser les envahisseurs, mais le |grand maïeur les leur refusa, 
soit qu'il n'appréhendait aucun danger, soit qu'il craignait 
des conflits sanglants. Les chefs de la cité, après avoir été 
reconnaître le nombre et les forces des émigrés, hors la 
porte de Saint-Martin, prirent la fuite vers Maestricht. Amel 
de Velroux arrêté par des émigrés, se joignit à eux. Les 
portes de la ville étant démolies et les bourgeois étant sans 
armes et sans chefs, les émigrés n'eurent aucun obstacle k 
vaincre. Vers les onze heures du 9 septembre, ils se parta- 
gèrent en trois groupes et entrèrent simultanément par les 
portes de Sainte- Walburge, de Saint-Martin et d'Avroye en 
criant : Vivejit le Roi de France et les francs Liégeois ! 

Bien des Liégeois se joignirent à eux et prirent la cocarde 
française (la croix blanche et droite). Ils envahirent les 
maisons des partisans du duc de Bourgogne et les pillèrent ; 
ils tuèrent même ceux qu'ils pouvaient atteindre. Un grand 
nombre de bourgeois s'étaient réfugiés dans les églises et 
les couvents surtout dans celui de Saint Jacques pour y être 
sous la protection du Légat. Les désordres durèrent pen- 
dant trois heures. Vincent de Bueren et Jean de Homes 



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440 LA PRINCIPAUTÉ 

s'installèrent au palais et d'autres dans les maisons des 
chanoines et des bourgeois fugitifs. Bien des prêtres furent 
massacrés, un devant Saint-Séverin, un devant Saint-Hubert, 
deux devant le palais, un devant Saint-Pierre ; un chapelain 
de Saint-Paul fut jeté à la Meuse, le chanoine Jean Bau fut 
étranglé à Herstal. Les bourgeois qui s'étaient enfuis par 
Sainte-Walburge, arrivèrent sains et saufs au lieu de 
leur refuge, mais ceux qui s'étaient enfuis par Herstal 
turent, pour la plupart, pris et spoliés jusqu'à la chemise; 
près de deux cents furent ou tués par des armes ou noyés 
dans la Meuse. A la nouvelle de la prise de Liège par les 
émigrés rentrés, leurs adhérents de Franchimont et du 
Rivage accoururent immédiatement ; les couleuvriniers eu 
comté de Looz, conduits par Jean de Lobosse, arrivèrent 
bientôt aussi. (V. Abrien, Onufrius, p. 49 et 50.) 

Le Légat, suivant les conseils des religieux de Saint-Jacques, 
résolut de rester dans leur abbaye et de ne pas s'enfuir, 
comme le lui conseillaient Guillaume, abbé de Deutz, et 
Henri de Lovenberg. Ces derniers s'enfuirent, mais ils furent 
arrêtés et ramenés ; ils ne durent même leur salut qu'à leur 
qualité de conseillers et d'amis du Légat. Au coucher du 
soleil, deux religieux et deux chapelains du Légat allèrent 
parler aux chefs et leur dirent, de la part du Légat, qu'il 
négociait la concorde et la réconciliation entre tous et que, 
si ces négociations leur déplaisaient, il était disposé à partir 
pour d'autres provinces de l'Allemagne. Les chefs, suivant 
les conseils de la prudence, comprirent qu'il n'y avait de 
salut pour eux que dans leur réconciliation avec le prince- 
évêque. Aussi firent-ils répondre au Légat qu'ils seraient 
soumis et dévoués au Pape, à son représentant et à leur 
prince. Ils sollicitèrent même une audience pour le lende- 
main. Cette réponse rassura le Légat et lui fit concevoir des 
espérances de succès. 

Le 10 septembre, le Légal entouré de chanoines, de reli- 
gieux, de Jean Soreth, général des Carmes, de deux reli- 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1489). 441 

gieux carmes, docteurs en théologie, et de Jean Altfast^ 
doyen de Mersch, au diocèse de Trêves, qui lui servirent 
d'interprètes, reçut une dépulalion composée des chefs et 
d'une quarantaine de bourgeois. Il leur parla le langage de 
l'union et de la concorde; il leur recommanda la soumission 
à l'église et à leur prince-évéque. Son discours fut rendu en 
français par le général Soreth. Amel de Velroux répondit au 
nom de la députaiion ; il proposa d'envoyer vingt délégués au 
prince à Maestricht pour négocier la réconciliation avec lui 
et rétablir les affaires. Louis de Bourbon auquel on envoya 
l'abbé de Deutz, Jean Altfast et deux chanoines de la cathé- 
drale, y consentit volontiers et délivra les saufs-conduits 
qu'on lui demandait. Les bourgeois de Liège craignant que le 
Légat ne partît définitivement pour ne plus revenir, lui firent 
promettre de revenir, car ils mettaient en lui seul toute leur 
espérance de salut. Le Légat le leur promit et pour leur en 
donner une preuve, il laissa la majeure partie de son per- 
sonnel à Saint-Jacques. Il partit, le 12 septembre, avec les 
députés de la cité, parmi lesquels se trouvaient Jean Beasen 
et les fils de Goswin de Streel Louis de Bourbon qui n'aimait 
pas de les recevoir dans la ville de Maestricht pour prévenir 
tout conflit entre les Maestrichtois et les Liégeois, les reçut 
au couvent des Observantins à Lichtenberg. situé sur le 
territoire liégeois. 

Les députés Liégeois supplièrent humblement le prince 
de revenir à Liège, de leur pardonner tout et de leur 
permettre de vivre tranquillement dans leurs familles; ils 
respecteront, ajoutèrent-ils, la décision du Pape, ils seront 
obéissants et soumis à leur prince et ils accepteront l'arbi- 
trage du Légat dans tous les conflits qui pourront surgir; 
mais ils espèrent aussi que le régime insupportable, imposé 
par Charles-le-Téméraire, sera modifié. 

Le prince, après avoir conféré avec ses conseillers, 
promit aux députés de rentrer à Liège et de pardonner tout, 
mais il exigeait préalablement trois choses : les émigrés 



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442 LA PBINCIPAUTÉ 

rentrés se retireront provisoirement h Aix ou à Reckheim 
jusqu'à ce qu'il se soit concerté avec le Légat sur les grâces 
à leur faire; ils y jouiront d'une pleine sécurité; ceux de la 
principauté qui sont venus à Liège pour aider les émigrés 
rentrés, retourneront à leurs foyers; ceux des Liégeois qui 
ont pris les armes , les déposeront et les consigneront entre 
les mains du prince. 

Ces conditions parurent très dures aux députés Liégeois. 
Le Légat les engagea vivement à les faire agréer par le 
peuple à Liège et il ajouta qu'il resterait encore quelques 
jours à Maestricht pour combattre l'avis que certains 
conseillers donnaient au prince de réduire la cité par la 
force armée. Les députés prièrent avec instances, mais en 
vain, le Légat de retourner avec eux ce jour à Liège pour 
prévenir les injustes soupçons et l'émotion du peuple. Ils se 
remirent en route sans le Légat. Arrivés à Argenteau, la 
garnison bourguignonne de la forteresse qui avait déjà tiré 
le matin sur les trois barques qu'ils montaient pour se 
rendre à Maestricht, les arrêta tous et les emprisonna. 
L'émotion fut grande à Liège, dès qu'on l'eut appris. On 
accusa le Légat de trahison et on menaça de tuer ses gens 
restés à Saint-Jacques. Ce ne fut que le troisième jour que 
la garnison remit les députés en liberté, sur les vives 
instances du prince et du Légat. Les gens, amis de la paix et 
de la concorde, comprenaient parfaitement que la présence 
du Légat à Liège et son influence étaient indispensables pour 
faire accepter les trois conditions par le peuple, car Vincent 
de Bueren, Jean de Homes, Jean de Lobosse, Goswin et 
Eustache de Slreel et les autres chefs y étaient opposés. Le 
Légal, cédant à leurs prières, rentra, le 21 septembre, à Liège. 
Le peuple le reçut avec enthousiasme et lui fit cortège 
depuis la porte de Saint-Léonard jusqu'à l'abbaye de Saint- 
Jacques. Il y eut ce jour des conférences entre les principaux 
bourgeois et le Légat. Celui-ci les engagea vivement à accepter 
les trois conditions et il leur promit toutes les gai*anlies qu'ils 



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sous LOUIS DE BOURBON (4456-4482). 443 

seraient bien traités par le prince. Les bourgeois répondirent 
que le Légat ferait bien d'en parler au peuple, mais ils lui 
conseillèrent de ne pas faire mention des Bourguignons, ni 
des fidèles serviteurs du prince qui avaient été bannis de la 
cité. Le peuple fut réuni au Marché près de Téglise Saint- 
Lambert. Le carme Hubert Leonardi qui était l'interprète du 
Légat, lui parla avec éloquence et l'engagea à accepter les 
conditions du prince, en lui promettant toutes garanties au 
nom du Légat. L'offîcial Josse de Lamarck lui parla dans le 
même sens, au nom du clergé, et Amel de Velroux au nom 
des principaux bourgeois. Deux des chefs prirent ensuite la 
parole, Jean de Lobosse et Goswin de Streel, et parlèrent au 
peuple de ses libertés etde ses franchises qu'il devait défendre 
les armes à la main et ne les sacrifier à aucun prix. Le 
peuple acclama. Subissant l'influence de ses chefs, il donna 
au soir la réponse suivante au Légat: «Les émigrés rentrés, 
ne pouvant se fier aux garanties promises, ne se rendront 
ni à Aix ni à Reckheim, mais ils se retireront dans le quar- 
tier d'Outre-Meuse de la cité ; ceux de la principauté qui 
sont arrivés en armes et ceux des Liégeois qui ont pris les 
armes, les employeront à défendre l'Église, le prince-évêque, 
la cité et la patrie contre tous leurs ennemis ; ils supplient 
le prince-évêque de rentrer dans la cité ; ils lui seront sou- 
mis ; ils respecteront la décision du Pape ; mais ils espèrent 
aussi que le prince évêque se concertera avec le Légat pour 
alléger le régime d'oppression sous lequel le pays gémit ; les 
seize bannis de la cité, qui sont dans l'entourage du prince, 
ne pourront rentrer avec lui ; ils ont été bannis pour avoir 
commis des homicides sur des bourgeois et pour en avoir 
fait exécuter juridiquement.» 

Cette réponse signifiait que le prince devait rentrer sans 
ses serviteurs et se mettre entre les mains de la bourgeoisie 
armée dont les chefs lui étaient ouvertement hostiles. Une 
seconde entrevue eut lieu à Milmort dans la ferme de 
l'abbaye de Beaureparl. Le prince y était avec ses conseillers. 



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444 LA PRINCIPAUTÉ 

sa Cour, les nobles et environ mille gens d*armes. Il con- 
sentit à ce que les émigrés rentrés se retirassent dans le 
quartier d'Outre-Meuse ; il consentit aussi à ce que les armes 
el bannières fussent remises au Légat, mais il s'opposa à ce 
que les franchises et l'exclusion des seize bannis fussent 
mentionnées. 

Le Légat, de retour à Liège, fit de nouveau réunir le peuple. 
Ses interprètes, Hubert Leonardi et Josse de Lamarck, le 
haranguèrent pour le porter à accepter et à exécuter les 
conditions. Le peuple agréa la proposition de remettre ses 
armes au Légal, mais pour être déposées dans l'abbaye de 
Saint-Jacques oii il aurait pu les reprendre à loisir et il 
conseilla au prince de ne pas amener les seize bannis avec 
lui, parce qu'ils seraient assassinés par leurs adversaires. 
Le Légat refusa de se charger du dépôt des armes ; il con- 
seilla de les mettre dans une forteresse du pays, sous une 
bonne garde. 

Une troisième entrevue eut lieu, à Liers, dans un château 
entouré de murs et de fossés. Le Légat trouva le prince 
moins condescendant. Pendant leurs conférences, les gens 
armés que l'évâque avait amenés pour sa sécurité, eurent 
des escarmouches avec les Liégeois et poussèrent même une 
excursion jusqu'aux portes de la cité. Le Légat en fît de vifs 
reproches au prince; il rompit la conférence et partit. Il fut 
toutefois rappelé par le chancelier Herman d'Elderen et par 
le président du Conseil qui était un Bourguignon. Le prince 
fit encore la concession que les bourgeois pourraient con- 
server leurs armes, mais il refusa d'adhérer à toute stipu- 
lation touchant les franchises et les seize bannis. A ces 
conditions , il rentrerait à Liège avec ses gens armés. 
L'armée du prince pouvait comprendre environ trois mille 
hommes, cavaliers et piétons. Il se retira avec eux à Fexhe 
et le Légat revint à Liège. 

Le peuple ayant obtenu toutes les concessions, sauf l'ex- 
clusion des seize bannis, accepta les propositions du prince 



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sous LOUIS DE BOURBON (U56-1482). 445 

et soumit à l'arbitrage du Légat et du chapitre tous les con- 
flits qui pourraient surgir. Il promit d'aller à la rencontre 
du prince sans armes. Tout le monde croyait la concorde 
rétablie. Plusieurs prélats et chanoines écrivirent même au 
prince pour le prier de revenir et de ne pas se faire accom- 
pagner des seize bannis. 

Une quatrième entrevue devait avoir lieu à l'abbaye de 
Vivegnis, le 26 septembre. Le Légat s'y rendit ce jour et 
attendit l'arrivée du prince jusqu'à sept heures du soir ; il 
reçut alors une lettre datée de la veille, de Fexhe, par 
laquelle le prince lui annonçait que le duc Charles allait 
intervenir pour soumettre les Liégeois et que, par consé- 
quent, il n'osait, ni ne pouvait rétablir la concorde avec eux 
sur les bases convenues. Louis de Bourbon qui craignait de 
mécontenter le duc Charles, avait reçu de lui une lettre 
menaçante. Le duc lui annonçait qu'il se réservait de sou- 
mettre les Liégeois et qu'il allait envoyer des troupes. Les 
négociations étaient rompues et la guerre allait recom- 
mencer. Le Légat craignait que, s'il l'annonçait à la cité, 
les bourgeois surexcités n'allassent surprendre le prince à 
Fexhe, pour le faire prisonnier et le ramener à Liège. Le 
Légat craignait même pour sa propre vie et celle des gens 
de sa suite. Il ne retourna point k Liège et dès le lende- 
main matin, il se rendit à Maestricht, dans le dessein de 
partir bientôt pour l'Empire d'Allemagne. Cependant, avant 
d'exécuter ce dessein, il voulut avoir une dernière entrevue 
avec le prince pour prendre congé de lui. Cette cinquième 
entrevue eut lieu à Millen, près de Tongres,Op den Driesch, 
le mercredi 28 septembre. Le prince s'y était rendu avec 
une partie notable de son armée. Le Légat lui parla longue- 
ment des peines qu'il s'était données jusque-là; il lui mit 
sous les yeux les maux incalculables que l'intervention du 
duc Charles allait causer; ils lui représenta qu'en se rendant 
à Liège, il pouvait rétablir la concorde par des moyens paci- 
fiques, qu'il serait secondé dans cette œuvre de paix par le 



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446 LA PRINCIPAUTÉ 

clergé et la plus grande partie de la bourgeoisie et enfin 
qu*il devait suivre les conseils du Légat du Saint-Siège 
plutôt que les ordres d'un Souverain étranger, dont la prin- 
cipauté ecclésiastique de Liège ne dépendait point. Tous 
ceux qui accompagnaient le Légal, joignirent leurs supplica- 
tions i ses conseils, notamment le doyen Jean de Seraing, 
le chanoine Jean de Quercu, le carme Hubert Leonardi. 
Louis de Bourbon, touché et convaincu, se retira à l'écart 
et tint conseil avec une centaine de personnes de sa suite. 
Après une heure de délibération, il revint près du Légat et 
lui dit qu'il suivrait son conseil , que le vendredi suivant 
(30 septembre), il ferait son entrée solennelle à Liège, et 
que là tout serait réglé de commun accord, mais sauf la 
décision du Saint-Siège et sans préjudice des droits du duc 
de Bourgogne. Il remit ensuite au Légat un billet, écrit de sa 
propre main et contenant cette déclaration. 

La nouvelle de la prochaine rentrée du prince que le 
Légat rapporta à Liège, fut très bien accueillie , même des 
chefs des émigrés rentrés. Le Boi de France en fut immé- 
diatement informé par un messager. Tous se disposaient à 
se rendre sans armes au devant du prince. Le vendredi, ils 
étaient réunis sur la place publique devant la cathédrale, 
lorsque Pierre de Hannut, doyen de Saint Pierre, et Gilles 
Boonen, chanoine de Sainte-Croix, apportèrent de Tongres 
une lettre par laquelle le prince annonçait au Légat que son 
entrée à Liège était différée jusqu'au dimanche suivant. Vive- 
ment contrarié, le Légat lui répondit immédiatement que s'il 
désirait le salut de la cité, il devait arriver sans tarder. 
Cette lettre fut portée à Tongres par les deux chanoines. Le 
Légat, espérant que le prince arriverait, se rendit à sa ren- 
contre dans la soirée. Au lieu du prince, c'était son mes- 
sager qui arriva, au soleil couchant; il apporta la nouvelle 
que le prince, avant de rentrer dans la cité , désirait avoir 
une dernière entrevue avec le Légat dans le lieu que celui-ci 
désignerait. On murmura à Liège; on se livra à toutes sortes 



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sous LOUIS DE BOURBON (um-u$^). 447 

de conjectures ; on accusa le Légat d'être de connivence avec 
le prince et de jouer les Liégeois. Quelques-uns attribuaient 
les hésitations du prince aux ordres et aux menaces du duc 
Charles. Ceux-ci étaient seuls dans le vrai. 

Les conseillers du prince étaient partagés de sentiments. 
Les uns étaient favorables aux moyens pacifiques; les autres 
préféraient employer la force armée, ne se liant, ni aux chefs 
des émigrés rentrés, ni à leur parti. Le duc Charles avait 
écrit au prince qu'il se chargeait de soumettre les Liégeois 
et il est certain qu'il lui avait même (ait des menaces, s'il 
négociait la paix avec eux au préjudice du traité du 18 
novembre 1467. Louis de Bourbon ne savait à quel avis se 
ranger. 

Le samedi, 1*" octobre, il y eut une certaine émotion dans 
la cité. Le faux bruit s'y était répandu que Guy de Humber- 
court était arrivé à Meefle à la tète de cinq mille hommes, 
qu'il avait déjà commencé à brûler les villages et que le 
même sort était réservé à la cité. Les Liégeois coururent 
aux armes et sortirent même pour aller au devant de l'en- 
nemi. Le Légat lui-même, menacé par des hommes égarés, 
ne parvint à les calmer qu'en leur exposant la vérité. Il se 
concerta ensuite avec le peuple et établit Amel de Velroux 
et Gilles de Lens, maîtres de la cité, pour y maintenir l'ordre 
public et favoriser la cause de la paix, car Jean Beasen, 
entouré de Liégeois, et Jean de Lobosse, entouré de Fla- 
mands, se conduisaient en souverains de la cité et comp- 
taient parmi les chefs de l'opposition. 

Le dimanche, â octobre,le Légat accompagné de plusieurs 
ecclésiastiques, parmi lesquels il y avait Jean Soreth, 
généi*al des carmes, et escorté par une compagnie liégeoise 
que commandaient Vincent de Bueren et Goswin de Streel, 
partit dans l'après-dîner pour Tongrôs. Le prince avait 
envoyé une escorte à sa rencontre, jusqu'à mi-chemin, pour 
remplacer celle de Liège. Le Légat prit son logement dans la 
maison d'un chanoine, près de celle du prince. Louis de 



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448 LA PRINCIPAUTÉ 

Bourbon lui montra les lettres menaçantes du duc, et lui 
exposa ce qull avait à craindre s'il faisait la paix avec les 
Liégeois au préjudice du traité du 18 novembre 1467. En 
lisant la déciaralion donnée par le prince dans Tentrevuc de 
Milieu, le duc s'était écrié en colère : «L'évéque de Liège fait 
ses affaires sans moi; je ferai mes affaires sans lui.» La 
crainte seule du duc avait porté le prince à ne pas se rendre 
à Liège. Le Légat lui fit remarquer qu'en se rendant k Liège 
et en faisant la paix avec ses sujets, il ne se serait point 
gravement compromis avec le duc; on aurait pu, après la 
guerre de France, négocier avec lui des modifications au 
traité du 18 novembre 1467. Louis de Bourbon pria le Légat 
de rester près de lui et en même temps d'informer les Lié- 
geois des véritables motifs de ses hésitations. Dès qu'on 
connut ces motifs à Liège, quelques-uns accusèrent le Légat 
d'être de connivence avec le prince; les autres, se fiant à sa 
sincérité et à son dévouement, le firent prier de leur procurer 
trente saufs-conduits, de la part du prince et de Humber- 
court, pour aller négocier à Tongres. Le prince les accorda 
volontiers, mais Guy de Humbercourt qui était arrivé à 
Huy, les refusa. 

Le 10 octobre, Humbercourt arriva à Tongres avec sa 
suite. Il apprit au Légat qu'il avait ordre du duc Charles de 
ne pas négocier la paix avec les Liégeois et d'aller le lende- 
main, raconte Onufrius, s'emparer de leur ville avec ses 
troupes et celles du prince. Il pria même le Légal de l'ac- 
compagner» parce qu'il défendait, disait-il, la cause de 
l'Église. Les Liégeois, répondit le Légat , respectent l'Église 
et obéissent à ses décisions ; si vous exécutez votre projet, 
la résistance que vous éprouverez, sera désespérée. Le Légat 
demanda ensuite une escorte pour le conduire, dès le lende- 
main matin, à Maestricht. Ce récit d'Onufrius est-il bien 
exact ? Guy de Humbercourt avait-il près de lui une armée 
de cinq mille hommes et le prince une de trois mille ? Les 
événements de la nuit suivante en font douter. Le départ du 



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sous LOUIS DE BOURBON (1456-1482). 449 

Légat n'entrait pas dans les vues de Guy de Humbercourt. 
Ce fut probablement de sa part que Jean de Glymes, 
seigneur de Berg-op-Zoom alla trouver le Légat vers 
minuit pour le prier de ne pas partir, le lendemain matin. 
Humbercourt, ajoutait-il, a reçu les ordres de ne rien entre- 
prendre sans le consentement du prince-évéque ; votre 
médiation et votre influence pourront être très utiles pour 
prévenir la guerre et rétablir la concorde. On regrette, con- 
tinua-t-il, de vous avoir refusé les saufs-conduits ; on va les 
rédiger ; vous pourrez en avertir les Liégeois, dès demain 
matin. Le Légat répondit que les Liégeois n'auraient plus 
aucune confiance dans ces saufs-conduits. Il engagea le sei- 
gneur de Bergbes à se rendre lui-même à Liège oii il était 
bien vu et à négocier avec les bourgeois. Le seigneur de 
Berghes accepta, si le Légat voulait l'accompagner. La pro- 
position fut agréée et il fut convenu qu'ils partiraient pour 
Liège, dès le lendemain matin. (V. Onufrius.) 

Les Liégeois, que le Légat tenait au courant des négocia- 
tions, étaient convaincus que le prince-évéque désirait rentrer 
et rétablir la paix, mais qu'il était retenu par la crainte que lui 
inspiraient les menaces du duc. La pensée de le soustraire 
à l'influence des Bourguignons dut se présenter à leur esprit. 
Les trois chefs militaires formèrent le projet d'aller l'enlever 
et de le conduire à Liège. Le Légat qui recevait deux fois 
par jour des dépêches des Liégeois, a-t-il été informé de ce 
projet? S'il l'a été, l'a-t-il déconseillé? On ne saurait le dire. 
Est-ce que Louis XI, Roi de France, a eu quelque part à ce 
projet et à son exécution? Il y a des motifs de le conjecturer. 
Le but des chefs militaires était d'amener le prince à faire 
des concessions aux Liégeois et, en cas de refus, de le retenir 
prisonnier. Le dimanche, 10 octobre, au soir, Jean de Hornes 
sortit avec ses gens par une porte ; Goswin de Streel avec 
les siens par une autre et Jean de Lobosse avec ses Flamands 
partit de Saint-Laurent. Ils étaient environ, dit Onufrius, 
deux cents cavaliers et cinq mille piétons. Ils firent leur 

S9 



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450 LA PRINCIPAUTÉ 

jonction à Lowaige et dressèrent leur plan. Les deux cents 
cavaliers Liégeois cernèrent la ville pour empêcher la fuite 
des gens du prince et des Bourguignons et l'arrivée de tout 
secours. Les cinq mille piétons entrèrent dans la ville par la 
porte de Uasselt qui était démolie. Arrivés au Marché, ils en 
prirent possession en poussant les cris : Vive le Roi de France, 
mort aux Bourguignons et en déchargeant leurs armes. Ils 
occupèrent en même temps toutes les rues qui aboutissent au 
Marché. Les maisons habitées par le prince, le Légat, Guy de 
Humbercourt, ainsi que plusieurs autres, furent immédia- 
tement cernées. Jean, seigneur de Berghes, parvint à se 
sauver par le jardin, à moitié vêtu et à gagner la ville de 
Maestricht. Le châtelain de Limbourg (Antoine de Croy (?) 
et le président du Conseil du prince parvinrent également 
à se sauver à Maestricht. Guy de Humbercourt, dont la 
maison fut forcée, se défendit vaillamment avec ses domes- 
tiques dont neuf furent tués ; ne pouvant prolonger la 
résistance, il se sauva par le jardin dans la maison du 
prince. Ce seigneur, dans la prévision d'un danger, avait 
demandé la veille une forte garde au prince, mais ne l'avait 
pas obtenue, parce que celui-ci ne partageait point ses 
craintes. Louis de Bourbon, revêtu de ses armes, essaya 
de se sauver par une rue qu'il croyait libre. Il fut repoussé 
par les Liégeois ; un seigneur de sa suite , le chanoine 
Robert de Morialmé, fut même grièvement blessé à la jambe 
et porté dans la maison du prince. Il se trouvait dans 
cette maison une centaine de nobles de la suite du prince, 
comme de celle de Humbercourt, entre autres, le seigneur 
de Payage, Jacques seigneur d'Argenteau et ses deux frères 
Jean et Guillaume qui étaient au service du duc, Arnoul de 
Corswarem, Jean d'Elier, seigneur de Vogelsang, Guillaume 
d'Elderen. Ils barricadèrent la maison pour s'y défendre 
jusqu'à la dernière extrémité. Il y avait une panique générale 
dans la ville. Les adhérents du prince et les Bourguignons 
86 cachèrent ou se sauvèrent, comme ils purent. Ceux qui 



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sous LOUIS DE BOURBON (l4i(6-148S). 451 

étaient découverts ou pris, et surtout ceux qui résistaient à 
main armée, étaient tués. Onufrius porte le nombre des tués 
à cinquante. Thierry Pauli compte parmi eux le comte 
d'Elderen, les deux frères de, Tris (Thys (?) les deux frères 
d'Arkenteel, les ecclésiastiques, Jean de Seraing, Robert de 
Moereme (Morialmé) et Milon (i). (V. De Ran, p. 211). 

Le Légat protégea tous ceux qui s'étaient réfugiés dans sa 
maison. Comme ils s'attendaient tous à être massacrés, ils se 
préparèrent à la mort et reçurent l'absolution du Légat. A la 
première |lueur du jour, le Légat sortit de sa maison et se 
présenta aux Liégeois. Par ses douces paroles, il parvint 
à les calmer. Il parlementa, ensuite, avec leurs chefs Jean de 
Bornes, Goswin de Streel et son frère Eustache, et obtint 
d'eux que les Bourguignons et les adhérents du prince 
réfugiés dans sa maison auraient la vie sauve, mais qu'ils 
se constitueraient prisonniers sous la protection du Légat. 
Jean de Bornes entra ensuite dans la maison pour prendre 
leurs noms et recevoir leur acte de soumission dans la 
forme usitée des chevaliers. Guy de Bumbercourt ne 
voulut se livrer qu'aux conditions de conserver ses armes 
et la cocarde du duc, et d'être encore libre pendant 
vingt jours au bout desquels il reviendrait se constituer 
prisonnier dans la forteresse de Montfort. Jean de Bornes 
lui accorda sa demande sous la promesse d'employer ces 
vingt jours à négocier la paix avec le duc Charles. Les trois 
chefs des Liégeois, qui craignaient réellement la puissance et 
la colère du duc, se félicitaient d'avoir rendu la liberté à 
Guy de Bumbercourt que le Légat accompagna même sur la 
route vers Saint-Trond pour assurer sa sécurité. Le prince 

(i) Thierry Pauli a versé dans quelques erreurs : Guillaume de 
Hamal fut seigneur de s*Heeren-Elderen de 1436 à 1494 ; Guillaume 
d'EIderen fut seigneur de Genouls-Elderen de 1458 (?) à 1515, le 
doyen Jean de Seraing mourut en 1474 et le chanoine Robert de 
Morialmé» blessé à Tongres, fut assassiné à Liège quelques jours 



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482 LA PRINCIPAUTE 

dépêcha en même temps Montarchier, un des serviteurs de 
feu son frère, Jacques de Bourbon, vers le duc pour lui 
donner des renseignements exacts, sur le coup de main 
exécuté à Tongres. Les Liégeois avaient pris pendant cette 
nuit, dit Onufrius, plus de deux mille chevaux des Bourgui- 
gnons et beaucoup de bagages. Robert de Morialmé, laissé à 
la maison du Légat, y fut soigné par deux domestiques. Ces 
derniers veillèrent aussi aux objets précieux que le prince, 
ses nobles et les autres prisonniers y avaient laissés en dépôt. 
Les Liégeois, avec le prince à leur tête, reprirent le chemin 
de leur cité et conduisirent les prisonniers avec eux , parmi 
lesquels il y avait le seigneur d*Argenteau, protonotaire, et 
Jean de Busco. Ils furent rejoints en route par le Légat. Le 
cortège grossit, à chaque instant, d'habitants de la campagne. 
De la cité, on se rendit par milliers à la rencontre du princc- 
évêque. Tous manifestèrent la plus vive joie et se promirent 
une paix durable. L'entrée eut lieu dans la cité, au son des 
cloches. L*épouse de Raes de Heers salua le prince du haut 
d'une fenêtre et lui souhaita la bienvenue. Sur tout le parcours 
de Tongres à Liège, le prince et le Légat furent respectés. 
Les prisonniers aussi n'eurent aucune avanie à subir. Le 
Légat, à la demande du prince, prit son logement au palais. 
Dès le soir, ils reçurent tous les deux les félicitations de la 
bourgeoisie. Le messager envoyé au Roi de France, le 
28 septembre, était de retour à Liège le 11 octobre et remit 
une réponse du Roi aux chefs de la cité. Des frères Mineurs, 
venus de la part de ce Souverain, devaient prier le Légat de 
vive voix de solliciter, par une lettre, sa protection, dès que 
le prince serait rentré à Liège et ils devaient promettre que 
cette protection ne ferait point défaut, mais une demande 
par écrit du Légat était indispensable. Le Légat auquel 
cette demande royale fut communiqué